Ta mère est folle
Remerciements
Un merci particulier à ma tante Anne pour nos conversations sur l’écriture et autres confidences.
Merci à mes copains et encore plus à mes copines pour leur soutien multiforme: Julie-Anne, Elsa, Eveline, Rachelle, Elise et Maude. Merci à Pascale, mon éditrice, pour son enthousiasme et ses commentaires judicieux.
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LA BOMBE
Tout était prêt. Il ne restait plus qu’à boucler la grosse valise à roulettes de sa mère. L’avion décollait dans moins de vingt-quatre heures. Alex avait hâte de quitter le continent africain et de rentrer chez elle, à Montréal, où l’attendait Sébastien. De Lomé, la capitale du Togo, en vérité un trou minuscule où il n’y avait pas grand-chose à faire, elle repartait la tête pleine de souvenirs. Des images en contraste avec l’hiver qui battait son plein de l’autre côté de l’Atlantique.
On cogna à la porte. Trois coups fermes.
— Alex, tu peux descendre un moment? J’ai à te parler, lui dit son père.
— J’arrive tout de suite.
Elle enfila un short en jeans et descendit l’escalier. Le dos droit, le père d’Alex patientait sur le divan. Il affichait une mine sérieuse. Les doigts de sa main gauche pianotaient nerveusement sur l’accoudoir. La maison était plongée dans un silence inaccoutumé. Alex chassa une mouche qui bourdonnait autour de son oreille et rejoignit son père. Ce dernier attendit qu’elle soit installée dans le fauteuil qui lui faisait face avant de lâcher la bombe qui allait faire exploser sa vie.
— Il n’y a pas de billet de retour.
Une phrase en tout point inintelligible. Alex haussa les sourcils, perplexe, tout en se demandant si son père testait son sens de l’humour.
Il poursuivit: «Je te garde en Afrique jusqu’à la fin de l’année scolaire.»
— De quoi tu parles? J’ai un billet Lomé-Montréal pour le 3 janvier. Sébastien vient me chercher à l’aéroport à seize heures. Tout le monde m’attend là-bas.
— Les plans ont changé. Alex, regarde la réalité en face: tu ne vas plus à l’école, tu n’es jamais à la maison, ta mère ne s’occupe pas de toi. Ce n’est pas normal pour une fille de quinze ans. Je t’aime trop pour te laisser partir, même si je sais que tu vas m’en vouloir.
— Ce n’est pas vrai. Tu ne connais rien de ma vie. RIEN! Tu ne peux pas décider pour moi. C’est fini ce temps-là. Je n’ai plus dix ans.
— Je regrette, mais c’est comme ça.
— Menteur!
— Alex, je n’ai jamais été aussi sérieux. Même si tu ne veux pas, tu es obligée de rester ici. Il faut que tu te fasses à l’idée. Il n’y a pas de billet de retour avant juillet. Je suis désolé, mais c’est comme ça.
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