Un voyage botanique au Sahara
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Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.
En route de nouveau, à travers les Salsola tetragona. Il n’y a qu’eux pendant des heures, d’informes buissons aux branches tordues, plates, souvent fendues, n’ayant gardé vivants que les bouts des ramuscules. Beaucoup d’entre eux sont morts, et leurs squelettes noircis, comme calcinés, ont l’aspect le plus lamentable. (Voir phot. 17.) Abdallah qui a passé ici il y a quelques années, avec la mission Flatters, nous raconte que toute cette plaine était verdoyante, que des milliers de chameaux venaient y paître. Mais les trois années de sécheresse persistante ont eu raison de cette verdure.
Nous sommes exténués de soif. Afin de ne pas devoir à chaque instant arrêter les chameaux pour prendre l’eau dans les outres, l’un des hommes a rempli une grande gamelle. Elle fait le tour, de bouche à bouche. Mon compagnon et moi détournons les yeux pour ne pas être induits en tentation. Rarement, je pense, les prescriptions de l’hygiène ont dû résister à un aussi rude assaut. C’est un raffinement du supplice de Tantale : sentir qu’on se momifie rapidement, voir circuler la gamelle pleine d’eau, et ne pas y toucher parce que le liquide est trop suspect. Félicitons-nous de notre prudence ; c’est à elle que nous devons d’être restés l’un et l’autre indemnes de tout accès de fièvre.
Il est vrai que rien n’eût été plus facile que d’obtenir maintenant du feu ; mais la caravane aurait dû s’arrêter, et nous étions tous pressés de sortir de cette lugubre steppe à Salsola tetragona…. Pourtant, quelle affreuse sensation que celle de la soif. Les lèvres et la langue se gercent, la gorge est contractée, plus la moindre salive ne s’écoule dans la bouche, il semble qu’on ait autour de la tête un bandeau serré. Cette dernière torture est la plus intolérable. On marche inerte, sans penser.
Il faut faire halte dans la broussaille. Le vent est tombé, mais le thermomètre marque encore 36°7. « Abdallah ! du feu ! » Enfin, nous allons boire, avaler du thé chaud, brûlant même. Le liquide n’a pas eu le temps de descendre dans l’estomac, qu’on sent la sueur perler sur la peau. En un instant, elle est évaporée, et une délicieuse fraîcheur envahit tout l’être. C’est incontestablement la boisson chaude, vers 60°, qui désaltère le plus vite dans un pays aride et ardent comme celui-ci. A vrai dire, un liquide froid a également ses charmes : on éprouve une si agréable sensation dans la bouche et la gorge ; mais le soulagement est moins durable. D’ailleurs nous n’avons pas le moyen de refroidir beaucoup nos boissons. On se contente d’entourer les bidons et les bouteilles d’un linge mouillé, afin de leur soustraire la chaleur latente de vaporisation. On arrive ainsi, en une heure, à faire tomber la température des liquides, de 40° qu’elle était en début, à 24° ou 25°. En Europe, une pareille eau donnerait des nausées ; ici, elle est d’une exquise fraîcheur.
Mon compagnon est moins accablé que moi. Tandis que je suis étalé sur ma couverture, il s’en va avec sa lanterne, faire la chasse aux Insectes. Un incident désagréable me tire de ma torpeur : Lakhdar tue au milieu du campement une petite Vipère très dangereuse (_Cerastes vipera_) dont la morsure est même plus mauvaise que celle de la Vipère à cornes. Au moment où M. Lameere revient, une seconde Vipère rampe au milieu de nous. C’est peu rassurant. Nous sommes, à la vérité, munis de sérum antivenimeux, mais, tout de même, ce qui peut arriver de plus heureux quand on possède un bon médicament, c’est de n’avoir pas à s’en servir. Après un moment de trouble, il est décidé que le campement sera transporté sur une haute dune, loin de ces maudites broussailles qui, au dire d’Abdallah, sont toujours « pleines de serpents. » Chacun porte sa literie, et après nous être pas mal embarrassés dans les Salsola, nous installons l’hôtel sur le sable.
Le lendemain matin, un temps délicieux. Mais notre jouissance est contrariée par la vue de la steppe qui étale toujours son unique espèce végétale. Que nous ayons du sable nu, ou un fond de sebkha sans une herbe, plutôt que cette interminable plaine, avec les squelettes d’arbustes dont les brindilles restées vivantes parmi les branches consumées semblent demander grâce au soleil implacable.
Le répit n’est pas de longue durée. Le vent du Sud se remet à souffler avec furie, et à une heure, pendant que nous sommes affaissés sous un Tamarix, le thermomètre indique près de 41°. Nous avons enfin quitté la steppe salée, pour passer entre les dunes. Mais tout n’est pas rose non plus sur le sable. Le vent chasse devant lui des tourbillons de grains coupants qui vous mitraillent le visage. Les chameaux, avec leur volumineuse charge, tanguent d’un air désespéré sous les rafales.
Courage ! Le guide signale des Palmiers à l’horizon. C’est le village d’El Bôr, avec des jardins enfoncés comme les oasis du Souf. Ils nous font l’effet de Paradis terrestres, et les masures de boue dispersées dans les dunes, sont belles comme des palais. Nous y voilà. Le chef du village nous introduit dans une habitation dont le propriétaire est actuellement « aux champs », comme il dit, ce qui signifie qu’il est allé camper dans le désert avec ses troupeaux et sa famille. Singuliers champs ! Ne discutons pas la valeur des mots ; l’essentiel est que nous pouvons disposer de la maison.
On a l’obligeance de nous offrir du café chaud. Accepté avec reconnaissance, car de toute la journée nous n’avons eu que du thé dont la température était comprise entre 35° et 40°. Et l’on a beau ingurgiter des quantités invraisemblables d’une telle boisson, déjà plate et indigeste par elle-même, on ne réussit pas à se désaltérer.
Le bruit se répand dans le village qu’un médecin est arrivé. Tous ceux que leurs infirmités empêchent d’émigrer vers des régions moins ravagées par le soleil, viennent me consulter dans la petite chambre où nous avons cherché refuge. Mais que prescrire dans un pays où la pharmacie la plus proche est à Biskra, à une huitaine de jours d’ici ? A un homme atteint d’une maladie de foie, je recommande le régime lacté. On me regarde avec stupeur. « Puisque les troupeaux sont aux champs ! Il ne reste dans le village ni une chèvre, ni une chamelle ! » D’ici à plusieurs mois, pas moyen d’avoir une tasse de lait ; la nourriture consiste exclusivement en orge et en dattes sèches.
Le simoun a enfoui nos cheveux et notre barbe sous une carapace de sable. D’innombrables grains se sont introduits sous nos vêtements et nous grattent la peau. « Abdallah, y a-t-il beaucoup d’eau à El Bôr ? » — « Tant qu’on en veut. » — « Parfait, tu vas nous en apporter un grand seau pour que nous puissions nous débarbouiller. » Ahurissement d’Abdallah. « Tout un seau, dit-il, c’est peut-être beaucoup. Enfin, j’irai voir. » Et il nous revient avec une gamelle d’eau, tout ce qu’il avait pu se procurer dans les puits presque taris du village.
Le soleil est étrange, les jours de simoun. Il se couche tout blanc et flou, dans un ciel jaune. Contrairement à ce qui s’est passé hier, le vent continue à souffler jusqu’après minuit. Le lendemain matin à quatre heures, il y avait encore 22°7.
Qu’il nous soit permis de publier les observations de température et d’humidité que nous avons faites pendant les deux journées de simoun, ainsi que le lendemain matin.
+–––––+–—+–—+–—+–—+––-+
| HEURES | t |t′ |e″ | F | T |
+–––––+–—+–—+–—+–—+––-+
|Mai 17 — 11 |37.5 |19.2 |5.14 | 11 | 1.6| | | | | | | | | 14 |39 |19.6 |5.21 | 10 | 1.8| | | | | | | | | 15.45 |40.4 |18.7 |2.95 | 5 | − 5.9| | | | | | | | | 18.30 |36.7 |16.3 |1.53 | 3 | − 14.2| | | | | | | | |Mai 18 — 5 |20.2 |10 |3.09 | 18 | − 5.3| | | | | | | | | 10.30 |35.6 |17 |3.22 | 7 | − 4.7| | | | | | | | | 13.30 |40.6 |18.4 |2.34 | 4 | − 8.9| | | | | | | | | 14.45 |39.5 |17.5 |1.73 | 3 | − 12.7| | | | | | | | | 16.10 |39.2 |17.3 |1.48 | 3 | − 14.6| | | | | | | | | 18 |36.5 |17 |2.65 | 6 | − 7.3| | | | | | | | |Mai 19 — 4 |22.7 |14.6 |7.47 | 36 | 7 | | | | | | | | | 5 |20.5 |13.2 |6.89 | 38 | 5.8|
Signification des colonnes de ce tableau :
t = la température de l’air, en degrés centigrades.
t′ = la température du thermomètre mouillé, en degrés centigrades.
e″ = la pression en millimètres de la vapeur d’eau, c’est-à-dire, l’humidité absolue.
F = la pression relative (100 = saturation), en d’autres termes, l’humidité relative.
T = la température à laquelle il faudrait abaisser l’air pour obtenir de la rosée.
Les températures t et t′ étaient prises au moyen d’un thermomètre-fronde qui avait été mis à notre disposition, avec beaucoup d’autres instruments, par l’Observatoire royal d’Uccle. Aussitôt après avoir déterminé la température de l’air (t), j’entourais la boule d’une mousseline imbibée d’eau et je faisais de nouveau tournoyer l’instrument[4].
Les chiffres des trois colonnes e″, F et T ont été calculés par M. Jean Vincent, météorologiste à l’Observatoire d’Uccle, d’après les données thermométriques.
Quelques mots d’éclaircissements au sujet de nos observations.
Pendant que, tout au début du simoun, nous étions couchés près du poste optique de Khaldiet, le 17 mai, de onze à deux heures, la température était déjà élevée, mais la quantité de vapeur d’eau était restée notable. C’est plus tard seulement, quand toute l’humidité eut été balayée par le simoun brûlant, que le degré hygrométrique se mit à décroître, pour tomber à 3 %, le soir, quand nous campions dans les Salsola. Si, à ce moment, on avait voulu précipiter sous forme de rosée la vapeur d’eau contenue dans l’air, il eût fallu la refroidir à − 14°, c’est-à-dire qu’on aurait obtenu, non de la rosée, mais du givre.
Pendant la nuit, calme plat. Le sol et les plantes émettent de la vapeur d’eau : le matin, la quantité absolue d’humidité (e″) a doublé. Puis, le simoun reprend, et graduellement l’humidité baisse jusque vers cinq ou six heures de l’après-dîner. Quand nous étions à El Bôr, le vent, encore violent, était devenu moins sec, ce qui faisait présager la fin de la tourmente.
Le lendemain, 19 mai, l’air de nouveau chargé de vapeurs, était revenu à un degré hygrométrique qui est normal pour le désert.
Certes, la série d’observations que nous venons de relater est exceptionnelle, même au Sahara ; si une semblable sécheresse se continuait quelques semaines, tout serait inévitablement grillé. Pourtant on constate parfois un degré hygrométrique encore plus bas. Ainsi, le 23 mai, à midi, pendant que nous serons dans le désert rocheux au N. W. de Ouargla, nous observerons une température de 33° (t), alors que le thermomètre mouillé ne marque que 14°2 (t′), ce qui correspond à une pression absolue de 0,75 mm. (e″) et à une humidité relative de 2 % (F) ; à ce moment, le point de rosée (T) est à − 22°7. Ajoutons qu’à diverses reprises on a signalé, dans le Sahara, une humidité nulle. Ceci ne signifie pas qu’aucune vapeur n’existât en ces moments dans l’atmosphère, mais simplement que les instruments, quelques sensibles qu’ils fussent, étaient incapables de déceler les faibles traces de vapeur. « Alors les lèvres se gercent, les ongles cassent comme du verre, l’encre sèche dans la plume, tous les objets en bois ou en corne se contractent, et l’on a vu des miroirs éclater sous la pression de leur cadre. » (Schirmer, =1893=, p. 64.)
Nous nous remettons en route. On se rend bien compte maintenant des effets du simoun sur la végétation. Des touffes de Drîn ont été enfouies jusqu’aux inflorescences. Les Euphorbia Guyoniana laissent pendre leurs rameaux fanés : l’apport d’eau par les racines n’a pas pu se faire assez vite pour compenser les pertes. Les dernières plantes annuelles sont rôties. L’effet le plus désastreux est celui qu’ont subi les Limoniastrum Guyonianum. Le simoun a enlevé le sable sur le versant méridional des mottes, et dénudé les rameaux. Ceux-ci, brusquement mis en présence de l’air, ont été desséchés par le vent torride et ne portent plus que des feuilles ratatinées.
Il n’y a plus qu’une demie journée de marche avant Ouargla. Tantôt nous traversons les sebkha, échelonnés dans le lit de l’oued Mya ; tantôt il faut grimper sur de hautes dunes, aussi tristes que celles du Souf. Ces dunes, très mobiles, sont une menace perpétuelle pour les oasis établies entre elles, et même pour la ville de Ouargla. Les autorités militaires y ont fait semer du Drîn, espérant que les longues racines de la Graminacée maintiendront le sable. Les résultats ne sont pas très encourageants : le Drîn a des rhizomes beaucoup moins traçants que l’Oyat, tant employé en Europe pour fixer les dunes littorales.
Tout à coup, au delà de l’océan de dunes et du vaste sebka parsemé de plaques salines, les deux minarets blancs de la ville se dressent par dessus les palmes.
Deux journées employées à parcourir l’oasis et à faire visite aux officiers et aux Pères Blancs. Nous recueillons de nombreux renseignements sur les mœurs des habitants. Ouargla avec ses rues étroites, en partie voûtées, a une population fort mêlée où dominent les Nègres et les Aratins, noirs également, dont les femmes, tout comme les Négresses, aiment à se parer de cauris.
En automne, des milliers de Nomades, surtout des Châmba, affluent vers Ouargla, et établissent sur les hauteurs voisines une ville de tentes, bien plus populeuse que la ville fixe. Depuis plus d’un mois, ils ont levé leurs campements pour s’éparpiller sur le désert. Chaque tribu possède dans le Sahara un immense « territoire de parcours », sur lequel elle fait paître ses troupeaux. Les montagnes sont trop éloignées, et les Châmba sont bien obligés de chercher dans le désert même des contrées renfermant quelques points d’eau et où l’herbe est moins brûlée qu’ailleurs. A l’époque de la maturité des dattes, ils reviennent vers les oasis. Ils se prétendent les légitimes propriétaires du sol et exigent que les malheureux Oasiens, rendus pacifiques par les occupations agricoles, leur remettent, pour prix de la location, les quatre cinquièmes de la récolte ; d’où le nom de khammès (hommes au cinquième), qu’on donne aux cultivateurs. Exactions au détriment des Sédentaires, razzias organisées contre les caravanes et contre les tribus voisines, voilà ce qui compose toute l’existence des Châmba. De quoi vivraient, somme toute, ces Nomades faméliques s’ils devaient renoncer à leurs brigandages. Les produits de leurs troupeaux sont par trop insuffisants : le désert ne nourrit pas les peuples pasteurs, pourtant bien clairsemés, qui errent à sa surface.
Du haut d’un minaret, nous contemplons la ville. (Voir phot. 15.) Ouargla occupe le centre d’un grand sebkha entouré d’une falaise rocheuse verticale. A nos pieds s’étend la ville, entièrement construite en briques crues. Les minarets eux-mêmes, hauts de vingt-cinq mètres, sont faits en boue durcie au soleil. Il faut que la réputation d’aridité du climat saharien soit solidement établie, pour qu’on ose construire les maisons et les mosquées en une matière aussi peu résistante à la pluie. — Autour de la ville s’étend l’oasis avec plus d’un demi million de Dattiers. C’est encore à l’heure actuelle, l’une des plus importantes du Sahara occidental. Mais sa déchéance est prochaine. Malgré les nombreux puits artésiens qui ont été forés, les arbres dépérissent faute d’eau. Déjà, ceux qui occupent le bord de l’oasis ne sont plus que des mâts que surmontent deux ou trois palmes flétries. Ils vivotent encore, mais n’ont plus la force de fleurir. Et pourtant cette contrée a été jadis occupée par un fleuve qui s’est creusé un lit large et profond, et qui a déposé d’épaisses couches de vase. Que sont en somme les falaises, hautes de plus de cent mètres, qui limitent de toutes parts l’horizon, sinon les rives escarpées de cet ancien fleuve ? Et l’étendue plate qui étale son vide au delà des Palmiers agonisants ? C’est un fond de lac, en partie comblé par les alluvions argileuses que l’oued Mya amena des montagnes de l’Ahaggar. L’oued Mya, cherchant un refuge contre le soleil, n’a gardé qu’un cours souterrain. Mais les pluies deviennent de plus en plus rares, et cette nappe artésienne elle-même s’épuise chaque jour davantage…..
=3. — Le désert pierreux.=
Ce matin, nous sommes remontés sur nos mulets. Devant nous se dresse la falaise qu’il s’agit de gravir. Elle limite le hamâda, plateau pierreux sur lequel nous allons voyager pendant dix jours. Vu de Ouargla, l’escarpement semblait uni et régulier ; de près, on constate qu’il est tout raviné. Une foule de torrents dévalant du hamâda, au temps jadis, l’ont découpé en massifs isolés qui, lentement, se sont éboulés dans le cours des siècles. Les uns ont pris l’aspect de cônes à sommet arrondi ; les plus larges se terminent encore par une table horizontale aussi élevée que le grand plateau voisin. Quand ces collines d’érosion sont tout à fait séparées les unes des autres, elles reçoivent le nom de gour (sing. gara.)
Avec mille précautions, chameaux et mulets se sont hissés sur le hamâda. Tout de suite on se sent dans un pays neuf, bien différent du désert « alluvial » et du désert « éolien », que nous avons parcourus jusqu’à présent. Dans le premier la couche superficielle est constituée par des sédiments fluviaux. Cette formation porte le nom de reg. Les anciens fleuves ont apporté dans les fonds les galets, les graviers et l’argile, résultant de la trituration des roches dans lesquelles ils ont creusé leur lit. Mais depuis des siècles, les rivières sont taries et n’ont plus qu’un faible écoulement souterrain. En l’absence d’érosion et de sédimentation actuelles, le reg ne subit d’autres changements que ceux qui proviennent des fluctuations de l’eau souterraine (voir p. 210 et phot. 5) : il se sale ou se dessale suivant les saisons, mais son modelé reste immuable. Tout autres sont les conditions dans le désert éolien. Sauf dans les régions où les matières salines du sous-sol viennent agglutiner les grains de sable (voir p. 253 et phot. 14), l’erg a un modelé essentiellement instable : jamais une dune n’a de configuration permanente et définitive. Le vent, seul maître de la région, s’empare du sable mobile ; il édifie les collines, puis il les échancre, les rase, et les porte plus loin.
Mais d’où vient le sable ? Quelle est la force qui émiette les pierres et qui en fait le jouet des vents ? C’est le soleil. « Après l’air et les nuages, il dévore la terre ; il chauffe ses pierres à blanc ; il les dissout en poussière impalpable. Sa splendeur hostile ne veut éclairer que la mort. » (Hughes Le Roux, =1895=, p. 163.) Sous l’action des effroyables variations de température, les rochers eux-mêmes sont tirés de leur inertie. En été, leur température superficielle dépasse souvent 70° ; en hiver, elle s’abaisse à − 7°. Tour à tour dilatées et contractées, les pierres finissent par se fendre (voir phot. 1) ; des blocs se détachent, qui soumis aux mêmes conditions, se morcellent et se pulvérisent de plus en plus.
Le vent se charge de trier les produits de la désagrégation. Les fines poussières sont emportées jusqu’au-delà des limites du désert : on a observé des pluies de « poussière rouge », saharienne, jusque dans les îles Canaries. Le sable, trop lourd pour que les courants atmosphériques le soulèvent très haut, peut néanmoins être entraîné au loin ; mais sa migration se fait lentement, de proche en proche. Auprès de chaque obstacle, le vent dépose une partie de ses sédiments arénacés, première ébauche d’une dune. Le sort des monticules dépend des conditions extérieures : parfois leur croissance est très limitée (voir p. 212 et phot. 6) ; ailleurs ils atteignent une élévation de plus de cent mètres. (Voir p. 243 et phot. 11 et 12.) Quelles que soient les dimensions des dunes, à chaque coup de vent, une partie de leurs matériaux s’envole plus loin.
Les gros éclats de pierre restent en place. Quand ils viennent de se détacher, leurs angles sont tellement coupants qu’on est souvent obligé de mettre des chaussures aux chameaux. Mais le sable chassé par les rafales a bientôt fait d’émousser les tranchants. La mitraillade par les grains quartzeux sculpte littéralement la pierre. Les fragments prennent un aspect et un toucher particuliers. Si la pierre a une structure homogène, si c’est par exemple du calcaire, elle garde sensiblement sa forme primitive, mais toutes les petites aspérités s’effacent, et elle se polit complètement. Les roches à texture hétérogène gagnent une surface polie, inégale, rappelant celle d’un noyau de pêche, sur laquelle les parties les plus dures forment un dessin en relief, limité par des creux correspondant aux éléments moins résistants qui ont été sculptés davantage.
On remarquera qu’ici, dans le désert « déflatoire »[5] aussi bien qu’ailleurs, la sécheresse de l’air est un facteur essentiel. Elle fige dans son immobilité la surface du désert alluvial, elle permet au vent de bouleverser sans répit les dunes ; c’est encore elle qui provoque l’éclatement de la pierre. On sait, en effet, que la vapeur d’eau fonctionne comme un écran qui arrête les rayons calorifiques : elle empêche le sol de s’échauffer outre mesure pendant le jour, et retient durant la nuit la chaleur qui tend à rayonner dans l’espace. Dans le Sahara, cet écran de vapeur fait défaut et la roche passe successivement par les extrêmes de froid et de chaud.
Selon que le morcellement des pierres est plus ou moins avancé, on rencontre sur le hamâda des régions qui sont simplement craquelées, d’autres qui sont couvertes de débris à angles vifs, ou d’éclats déjà usés et polis par le frottement du sable.
Mais si, sur le hamâda, le soleil et le vent sont à présent seuls en cause, l’érosion par les cours d’eau a également eu son heure. Le désert que nous traverserons d’ici à Settafa, sur un parcours d’environ trois cents kilomètres, a été entaillé par de nombreuses rivières. De même que dans le pays de dunes, c’est la disposition des vallées qui, pour les Arabes, caractérise la région. Elle a reçu le nom de « Chebka » (filet) : les rivières tortueuses qui la sillonnent ont été assimilées à un filet qui aurait été déposé sur le plateau et qui s’y serait incrusté.
Sur ces vastes espaces privés de terre, l’eau de pluie ne peut que ruisseler à la surface du sol ou bien se perdre dans les crevasses, sans se collecter nulle part. La végétation y atteint son maximum de maigreur. Tout lui manque à la fois : ni eau, ni terre.
A part l’Aristida floccosa et une ou deux autres plantes sabulicoles, la flore du hamâda est très spécialisée : elle se compose presque uniquement de petits arbrisseaux à feuilles et à tiges velues. Pendant toute la première journée de marche, nous ne voyons guère que l’Erodium glaucophyllum, herbe malingre dont les fruits ont presque huit centimètres de longueur, et l’Anthyllis sericea, minuscule arbuste globuleux, de trente ou quarante centimètres de hauteur.
Le vent s’est mis à souffler. L’horizon et le ciel sont déjà obscurcis par les fines poussières. Des traînées de sable serpentent sur le sol. Auprès de chaque pierre, dans les touffes d’herbe, au fond de légers creux, des dunes microscopiques s’édifient. Les feuilles raides d’Aristida floccosa crépitent sous le choc répété des grains.
Tout à coup nous arrivons au bord supérieur d’un escarpement. C’est la rive d’un oued. Tant bien que mal nous descendons la falaise. On se rend compte ici de l’action érosive des rafales chargées de grains quartzeux. Sans répit, d’énormes vagues de sable battent en brèche le pied de la muraille rocheuse. Celle-ci est littéralement affouillée : on dirait une falaise littorale minée par les flots. Plus haut l’érosion éolienne a opéré la dissection de l’escarpement : les bancs de roches dures, — le squelette de la falaise, — sont restés intacts ou n’ont subi que le polissage, tandis que les couches moins résistantes ont été profondément excavées. Il se produit ainsi des crénelures du plus singulier aspect.
Nous sommes à présent sur le sable qui a envahi l’oued. Aussitôt la flore change de caractère : l’Ephedra alata, le Drîn, le Calligonum comosum, l’Euphorbia Guyoniana et les autres espèces arénicoles occupent le terrain.
Le vent fait rage, et nous sommes heureux de nous réfugier dans le caravansérail de Mellalah. Quelques heures plus tard, le calme est revenu, et nous sortons pour faire un bout de promenade. L’admiration nous cloue surplace. Avec le chott Melrhir et les dunes du Souf, le site de Mellalah est ce que nous avons vu de plus grandiose depuis que nous sommes dans le Sahara. D’un côté surgit la falaise par où nous sommes descendus ; les anciens torrents l’ont déchiquetée ; les rafales de sable découpent des bandes horizontales sur les flancs de chaque gara. — Derrière nous, tout l’horizon est bouché par une dune, une seule, beaucoup plus haute et plus large que les plus grandes que nous ayons vues dans le Souf. Il est fort difficile d’évaluer la hauteur d’une montagne, mais je pense rester en dessous de la vérité en estimant celle-ci à deux cent cinquante mètres. Et quelle forme étrange ! De son sommet partent de nombreuses arêtes qui rayonnent dans toutes les directions et qui, plus bas, se bifurquent plusieurs fois de suite.
Ailleurs, les sables qui encombrent l’oued s’écartent, et nous voyons briller sur le lit de la rivière une couche éblouissante de blancheur. C’est du gypse, dont les cristaux usés par le sable forment une immense table d’une horizontalité parfaite. Sur le gypse, quelques traînées de sable ont été fixées par la végétation : Retama Raetam, Aristida pungens, Limoniastrum Guyonianum, Traganum nudatum, Anabasis articulata, Ephedra alata. La flore, comme on le voit, est celle du sable légèrement salé. Mais une sélection très stricte y a été opérée : il n’y a ici que les espèces à racines traçantes ; celles qui ont des racines plongeantes (par exemple, Calligonum comosum et Euphorbia Guyoniana) ne pourraient pas vivre dans ces minces nappes de sable, posées sur du gypse imperméable aux racines.
Toute la journée du lendemain se passe sur le hamâda. Au début il y a encore des Anthyllis sericea. Mais peu à peu les buissons deviennent plus rares, ne laissant plus que de tristes plantes, chétives et malingres. Leur teinte verte est masquée sous un dense revêtement pileux. Le voyageur qui passe à la hâte et jette sur le désert un coup d’œil superficiel, ne se douterait pas que le plateau pierreux porte une végétation quelconque, tant elle est misérable, clairsemée et incolore. Citons le Halogeton alopecuroides, Salsolacée charnue à feuilles cylindriques, pâles, terminées par une soie blessante ; — le Herniaria fruticosa, dont les organes aériens sont presque entièrement scarieux ; — un Helianthemum à feuilles très velues, dont les bords s’enroulent en dessous ; — le Fagonia microphylla, Zygophyllacée fauve, toute garnie de poils glanduleux ; ses feuilles ne se composent guère que des stipules épineuses et du pétiole : les folioles sont très petites et charnues ; — le F. glutinosa, avec des limbes foliaires bien conservés, mais disparaissant également sous les glandes ; — l’_Argyrolobium uniflorum_, Papilionacée presque aphylle, à poils soyeux-argentés ; — l’_Asteriscus graveolens_, Compositacée frutescente à rameaux bifurqués et à feuilles velues-soyeuses ; — enfin, le Deverra chlorantha (voir phot. 1), l’une des rares plantes glabres du hamâda, une Ombellacée dont les feuilles ne sont plus représentées que par deux ou trois courts segments capillaires. M. le lieutenant Pein, chef du poste de Ouargla, nous l’avait déjà signalé : « C’est un jonc à odeur de persil, auquel les Arabes donnent le nom de Gheza. Ils assurent que les chameaux qui en mangent deviennent aveugles. » Notre curiosité était piquée. Les chameliers ont soin de chasser leurs bêtes loin de la redoutable herbe, mais chaque fois que nous en avons l’occasion, nous laissons les chameaux brouter tout à leur aise. Quelques jours plus tard, nous faisons remarquer que le Gheza ne les a pas rendus aveugles. Le fait est patent, mais il n’ébranle pas la foi des chameliers : ils continueront à soutenir que le Gheza est une plante diabolique. Tapez sur une superstition, vous l’enfoncez davantage.
La flore reste la même pendant la plus grande partie de la journée suivante. Nous avons dû partir en pleine nuit, vers trois heures du matin, car l’étape est aujourd’hui de 57 kilomètres, la plus longue de tout le voyage. Nous cheminons frileusement enveloppés dans les cabans. De temps en temps une détonation nous arrache à nos rêveries : c’est un bloc de pierre qui éclate par l’effet de la contraction. Quand le soleil se lève, le désert nous apparaît aussi nu que la veille. Toujours les mêmes plantes pâlottes, hâves, qu’on n’aperçoit que lorsqu’on se donne la peine de les chercher. Nos chameaux poussés par la faim, se débandent à chaque instant, pour courir vers quelque maigre Aristida floccosa. Il faut voir comme ils vous déplument la touffe en deux coups de lèvres.
Voici que la flore s’embellit. Sur le sable qui s’est déposé çà et là entre les pierrailles, poussent de petits buissons globuleux de Rhanterium adpressum, une Compositacée que nous avons déjà rencontrée dans le Souf. Nous sommes enchantés : on voit de nouveau des végétaux. Ils ne sont certes pas attrayants, avec leurs rameaux cotonneux et leurs feuilles minuscules, mais enfin, en y regardant de près, on distingue parmi les rameaux desséchés quelques capitules jaunes, — et cela paraît merveilleux que des arbustes puissent vivre et même fleurir au milieu de cette désolation. Faut-il que la plante s’accroche à l’existence, pour s’obstiner à croître et à se reproduire sous le climat délétère de la Chebka !
Nous ne pouvons pas songer aujourd’hui à faire dresser la tente. Le guide nous accorde à peine le temps de descendre de mulet pour déjeuner, pendant que les chameaux, pas même déchargés, vaguent dans le désert à la recherche d’une herbe problématique. Autour de nous, les Rhanterium, posés sur le sol comme des verrues grises, paraissent de plus en plus petits à mesure qu’ils s’enfoncent dans le lointain ; puis l’œil ne les distingue plus, et leur présence ne se révèle que par la teinte blanchâtre qu’ils donnent au désert ; et au delà des dernières ondulations du plateau, on se les représente encore, toujours pâles et tristes. Sur ce paysage lugubre, une lumière ardente tombe d’un ciel trop bleu. C’est vraiment « le ciel sans nuages, au-dessus du désert sans ombre. » (Fromentin, =1896=, p. 11.) On dirait que la vie s’est retirée de cette solitude. Aucun son ne vient rompre le silence accablant. Rien ne bouge. Serpents et lézards sont assoupis derrière les touffes d’herbes. Pas un oiseau ne chante ; pas une mouche ne bourdonne ; les fourmis elles-mêmes sont rentrées sous terre, et peu soucieuses de rôtir au soleil, s’occupent de travaux domestiques. Un thermomètre placé dans la traînée de sable qui recouvre une pierre, s’élève à 67°. Et pourtant de nombreuses plantes (Herniaria fruticosa, Erodium glaucophyllum, Fagonia glutinosa, etc.) laissent reposer leurs rameaux sur le sol brûlant. Si encore elles pouvaient transpirer : dans un air qui ne contient que 2 % d’humidité (voir p. 273), la déperdition de la chaleur serait rapide. Seulement elles meurent de soif, et font tout au monde pour empêcher l’évaporation. Comment donc le protoplasme fait-il pour n’être pas coagulé par la chaleur !
Les tempes nous battent avec violence quand nous remontons en selle. Nous nous laissons aller inertes, au pas caboté de nos mulets. Mais voici une chose qui nous fait lever la tête : un cadavre de chameau qui s’est desséché en entier. Bien souvent, tant dans El Erg qu’ici, nous passons à côté de dépouilles d’animaux qui se momifient sur place, sans avoir été rongées. Nous en faisons l’observation à Abdallah. « A Biskra les cadavres sont tout de suite déchirés par les fauves ; pourquoi ceux-ci restent-ils intacts ? » Et Abdallah de répondre : « Où donc les chacals et les hyènes iraient-ils boire ? » De fait, il n’y a pas à cinquante ou cent kilomètres à la ronde, une seule mare ou rivière à laquelle des animaux puissent se désaltérer. C’est assez dire que le fameux lion du Sahara est un mythe. Non, les seuls animaux du désert sont ceux qui ne connaissent pas la soif : des Arthropodes extrêmement variés, des Reptiles, quelques Oiseaux, et parmi les Mammifères, des Rongeurs (Lièvre, Gerboise, Gerbille, etc.), la Gazelle, un Renard et le Fenec. Les espèces domestiques ont dû également s’adapter à la sécheresse. Les Chèvres qui paissent dans le désert ne se désaltèrent que tous les trois ou quatre jours. En cette saison, les Dromadaires restent facilement huit jours sans boire, à condition, bien entendu, qu’ils aient du fourrage vert. L’adaptation du Dromadaire au désert présente ceci de particulier qu’en plein été l’animal peut se passer de liquide pendant une vingtaine de jours de suite ; tandis qu’en hiver, la saison où l’eau est plus abondante, il boit tous les quatre ou cinq jours. On sait que dans son estomac, il peut mettre en réserve une centaine de litres d’eau.
Mais s’il est vrai que les animaux sauvages ne boivent jamais et que les animaux domestiques ne boivent guère, leurs tissus contiennent néanmoins une certaine quantité d’eau. Où la prennent-ils ? Chez les plantes évidemment. Ne sont-elles pas les seuls organismes capables d’extraire du sol les particules d’eau qui s’y trouvent cachées ?
Un exemple emprunté à la biologie générale précisera davantage notre pensée. A l’exclusion de tous les autres organismes, les plantes pourvues d’une chromophylle ont le pouvoir d’extraire de l’atmosphère le carbone qui s’y trouve sous la forme d’anhydride carbonique et de combiner ce carbone à d’autres éléments pour élaborer l’infinie variété des substances protoplasmiques. Le règne animal, ne jouissant pas de cette faculté d’assimilation du carbone, vit tout entier aux dépens du règne végétal. Ainsi que me le faisait remarquer mon compagnon, M. Lameere, quelque chose d’analogue se passe ici pour l’eau. Les végétaux vont la puiser dans le sol, soit qu’elles exploitent les couches profondes, comme c’est le cas pour les plantes à longues racines pivotantes (voir p. 242), soit qu’elles utilisent plutôt les pluies fortuites, comme le font les espèces éphémères et celles dont les racines s’étalent tout près de la surface du sol (voir p. 237). Les animaux herbivores mangent la plante et, avec elle, les liquides ; puis ils deviennent la proie des carnivores.
Ce que nous venons de dire de l’eau s’applique aussi aux matières minérales dont les animaux ont besoin. D’ordinaire l’eau des boissons introduit dans l’économie une certaine portion des substances inorganiques ; dans le Sahara elles ne peuvent parvenir à l’animal que par l’intermédiaire des végétaux. Mais laissons de côté les matières minérales pour ne nous occuper que de l’eau.
On a vu de quelle façon elle arrive dans les organismes. Mais ceux-ci transpirent : pendant toute la durée de la vie, ils dégagent dans l’atmosphère le liquide péniblement acquis. De sorte qu’à la perte d’eau que le sol du désert subit par son évaporation propre, il faut encore ajouter la transpiration de tout ce qui vit à sa surface. Ce n’est pas tout : les cadavres contiennent également de l’eau ; de même, les excréments des animaux. Voilà une nouvelle portion du précieux liquide soustraite à la circulation vitale.
Ne nous hâtons pourtant pas de conclure que l’eau des détritus est irrémédiablement perdue. Les déjections fraîches, ainsi que les cadavres, sont activement recherchés par de nombreux Insectes coprophages et nécrophages. Les quelques rares Champignons saprophytes du désert en prennent aussi une part. Enfin, les détritus qui se sont désséchés par une longue exposition à l’air, ne sont pas pour cela inaptes à nourrir certains organismes. A la vérité, ils ne contiennent plus d’eau libre, mais les molécules complexes qui les constituent renferment de l’hydrogène combiné au carbone, à l’azote, à l’oxygène, au soufre, etc. Chaque fois qu’un être oxyde un hydrate de carbone, une matière albuminoïde ou quelque autre corps organique, l’hydrogène se combine généralement à l’oxygène pour former de l’eau. Si cette source d’eau n’a aucune importance pour les animaux qui peuvent boire de l’eau liquide, il n’en est pas de même pour les Insectes qui ne se nourrissent que de crottins secs, et qui en sont réduits à extraire l’hydrogène des combinaisons où il est engagé. L’absorption intramoléculaire d’eau, n’est pas sans analogie avec le processus par lequel la Levure de bière arrache l’oxygène au glycose.
Somme toute, cette oxydation de l’hydrogène intramoléculaire ne constitue pas un gain d’eau pour l’ensemble des organismes déserticoles : l’hydrogène provient en dernière analyse de l’eau que les plantes ont puisé dans le sol. Après une longue série de transformations, les molécules hydrogénées échouent dans des excréments. D’ici elles passent dans l’économie d’un Insecte. Finalement l’hydrogène, complètement oxydé, revient à son état initial et, sous forme de vapeur d’eau, retourne à l’atmosphère.
Comment le cycle biologique de l’eau dans le désert va-t-il se fermer ? De quelle manière, la plante, et après elle les animaux, récupèrent-ils l’eau qu’ils perdent sans relâche par suite de la transpiration ?
La majeure partie de l’eau dérive de l’atmosphère. En hiver la pression atmosphérique est forte. Le ciel reste serein durant de longues semaines : les vents se dirigent du centre du Sahara vers la périphérie. Ce n’est pas de cet air très sec, descendu des hautes régions de l’atmosphère, qu’on peut attendre de la pluie. Pendant l’été les conditions barométriques sont tout autres. Il y a maintenant sur le Sahara une aire de basses pressions ; l’anticyclone a fait place à un cyclone, qui naturellement aspire l’air des régions voisines. Les vents qui soufflent sur le Grand Désert sont chargés de vapeur d’eau, puisqu’ils viennent de l’océan Atlantique, de la Méditerranée, de l’océan Indien et des grandes forêts équatoriales de l’Afrique. Ces courants humides de l’été amènent-ils la pluie ? Nullement. Le Sahara est devenu une fournaise ; son contact surchauffe l’atmosphère et augmente, par cela même, sa capacité de contenir de la vapeur d’eau. L’air qui arrive humide devient donc très sec : loin d’apporter de la fraîcheur, le vent enlève encore de l’eau à la terre déjà si aride.
Mais alors, quand donc pleut-il ? Lors du renversement des saisons, au moment où par hasard un courant froid heurte une couche d’air humide et détermine la condensation de sa vapeur. Les pluies sont donc nécessairement inconstantes : parfois copieuses, le plus souvent presque négligeables. On serait certes au-dessus de la vérité en admettant que le Grand Désert reçoit 15 centim. de pluie par an. La rosée est encore moins abondante. Pour notre part, du 1r avril au 15 juin, nous l’avons observée une ou deux fois. Peut-être faut-il tenir compte de la vapeur que certaines plantes peuvent condenser à la faveur de leurs sels déliquescents (voir p. 212) et de celle qu’absorberaient certains poils. (Voir p. 263). Est-elle assez précaire, assez insignifiante, l’eau que l’atmosphère cède au désert ! Et pourtant c’est elle qui entretient la vie, surtout en alimentant les nappes souterraines ; car les quelques rivières qui descendent des montagnes voisines du Sahara sont aussitôt bues par le sol avide d’humidité et leur influence ne se fait sentir que le long de la lisière.
On peut représenter par le schéma de la page suivante la circulation vitale de l’eau dans le désert.
Si nous pouvions faire la somme de l’eau qui est évaporée dans l’atmosphère par le sol et par les êtres vivants, pour la comparer à celle que les précipitations atmosphériques et les rivières apportent à la terre, nous constaterions certainement que le premier chiffre est de loin le plus considérable. En d’autres termes, l’apport d’eau ne balance pas les pertes. Un jour viendra, jour lointain à la vérité, où toute vie sera devenue impossible dans le Sahara désormais tari.
Dans un pays où les animaux dépendent complètement du règne végétal, non seulement pour la nourriture solide, mais encore pour leur eau, où toute molécule liquide qui existe dans le sang d’un carnassier a passé au moins pas l’économie d’une plante et par celle d’un herbivore, la lutte entre les animaux et les végétaux doit être plus acharnée que partout ailleurs.
[Illustration]
Les herbivores sont exclusivement des Insectes et quelques Vertébrés. Aucune partie du végétal n’est à l’abri des Insectes. Les racines sont rongées par des larves de Coléoptères. De nombreuses galles se développent sur les rameaux. Citons parmi les plus caractéristiques : une galle de Diptère sur Ephedra alata ; une galle de Pucerons sur Anabasis articulata ; une galle de Microlépidoptère sur Limoniastrum Guyonianum. Quant aux graines, elles logent si souvent des Insectes, que nous avons eu énormément de peine à nous procurer, pour le Jardin botanique de Bruxelles, des graines intactes et mûres de Calligonum comosum, de Henophyton deserti, de Farsetia aegyptiaca et de F. linearis.
La Gazelle est le Vertébré sauvage contre lequel les plantes du Sahara ont à soutenir la lutte la plus vive. Les Oiseaux peuvent être négligés, tant ils sont rares. Seule, l’Autruche avait de l’importance comme herbivore. Cet Oiseau n’existe plus à l’état spontané dans le Sahara algérien. Sa disparition est toutefois fort récente, et en maints endroits les débris de coquille de ses œufs émaillent le sable.
En l’absence d’observations sur les moyens de protection contre les Vertébrés sauvages, nous devons nous contenter d’annoter quelles plantes sont mangées et quelles autres sont refusées par les chameaux et les mulets de notre caravane. Du reste, à l’heure présente, les plantes du Sahara algérien ont à craindre beaucoup plus les animaux domestiques que les herbivores sauvages.
Dans un instant nous allons avoir l’occasion d’étudier comment les végétaux se défendent contre leurs ennemis.
Brusquement le plateau se creuse. Devant nous s’ouvre le lit ensablé de l’oued Mzab, gai et verdoyant, large de plus d’un kilomètre. A dire vrai, il faut être resté quelques jours sans voir de plantes vertes, pour tomber en admiration devant la flore sabulicole du désert. Il n’importe ; elle nous paraît merveilleuse. Séduits par la vue de « l’herbe tendre », nos animaux dégringolent jusqu’au bas de la côte, et sans perdre une minute, broutent goulûment. Ils ne font plus les difficiles, maintenant que l’abstinence a aiguisé leur appétit, et ils se jettent avec voracité sur des plantes qui étaient régulièrement dédaignées dans El Erg, où le Drîn abonde. Les premiers arbrisseaux de l’oued sont des Ephedra alata. Pas trop appétissants avec leurs rameaux articulés, ligneux, sans une feuille, protégés par une épaisse cuticule et par de la résine durcie ; quand le vent les secoue, ils font un cliquetis comparable à celui d’osselets qu’on entrechoque. Mais ils ont beau sonner comme s’ils étaient morts, « ventre affamé n’a pas d’oreilles », et en un clin d’œil les chameaux les tondent jusque tout contre le vieux bois. Or, comme les nombreuses caravanes qui vont de Ouargla à Ghardaïa arrivent toutes ici après une longue diète, les Ephedra ont pris un aspect insolite : ce ne sont plus les arbrisseaux tortus, aux branches embrouillées, que nous avons rencontrés dans El Erg (voir p. 239) ; ils ressemblent plutôt aux buis en forme de boule, soigneusement taillés au sécateur, tels qu’on les voit dans les jardins de campagne.
Et l’Aristida pungens lui-même, en faveur duquel les herbivores marquent une si grande préférence, n’est pas non plus un fourrage bien savoureux. Ses feuilles sont raides, piquantes, fibreuses, imprégnées de silice. Dans les steppes asiatiques, où il est fort répandu, il n’est jamais mangé : les bestiaux y trouvent suffisamment d’autres herbes, plus nourrissantes. Mais dans le Sahara, la disette fait qu’il est avidement recherché : c’est à l’abondance de Drîn que le Nomade juge de la valeur d’un pâturage. Bien plus ; on s’occupe de le propager par le semis ; et nous avons vu dans les sables, aux portes de Tougourt, des prairies artificielles qui ne se composaient que de cette Graminacée[6].
Ces faits montrent que les structures défensives des végétaux vis-à-vis des herbivores n’ont qu’une valeur relative. Un moyen de protection qui est excellent dans un pays où les animaux peuvent choisir leur nourriture, est mis en défaut quand l’herbe est rare. D’ailleurs nous avons déjà fait la connaissance d’une autre plante chez laquelle la protection est devenue inefficace. Sur le reg, au Sud de Biskra (voir p. 217), les chameaux se gavaient de Guetaf (Atriplex Halimus). Cette Salsolacée, dont les troupeaux font leurs délices dans le Sahara, est très voisine du Halimus pedunculatus, qui habite les alluvions fluviomarines de l’Europe occidentale ; en Belgique, il se trouve dans le Zwijn et au chenal de Nieuport. Mais jamais il n’y est brouté : sa saveur acerbe le défend suffisamment contre les herbivores, quand ceux-ci ont à leur disposition une verdure mieux appropriée à leurs goûts.
Certaines plantes restent pourtant indemnes de toute attaque, même dans l’oued Mzab où la végétation est éternellement en conflit avec des animaux sortant d’un long jeûne. Ce sont d’abord les végétaux pourvus d’une puissante armure défensive, par exemple les touffes glauques de Cyperus conglomeratus, aux feuilles scabres et coupantes, et le Pennisetum dichotomum, une Graminacée aphylle (en ce sens que les feuilles sont réduites aux gaines) ; ses chaumes raides, rameux, serrés en grosses bottes, sont silicifiés autant que des bambous. Citons enfin une broussaille bizarre, à rameaux divariqués, verts, terminés par une forte épine ; pas la moindre trace de feuille ; en cette saison, pas non plus de fleurs ; rien que des fruits globuleux, ailés, qui sont ligneux et piquants comme le reste du végétal. Je n’ai pu le déterminer qu’à Ghardaïa, où le hasard m’a mis en face d’un individu tardif, encore garni de fleurs, et mon étonnement fut grand lorsque je m’aperçus que c’est une Cruciféracée, le Zilla macroptera. Les chameaux font un détour pour ne pas frôler ce disgracieux arbuste-hérisson. Dois-je ajouter qu’ils n’essaient pas de le brouter ?
Ils évitent aussi avec soin de manger le Retama Raetam (voir p. 239 et phot. 13) dont la saveur styptique rappelle celle du Sarothamnus scoparius. Mais ils distinguent immédiatement du Retama, le Genista saharae qui lui ressemble pourtant beaucoup et qui, sans être succulent, est néanmoins mangeable. Aussi, au milieu des Retama dont les longs rameaux flexibles continuent à se balancer au vent, les Genista n’ont-ils plus que des moignons effilochés.
La majorité des plantes respectées par les herbivores doivent leur immunité à la présence de substances toxiques, ou tout au moins désagréables. Il en est ainsi de la Coloquinte (Citrullus Colocynthis) et du Phelipaea lutea. Quand on voit sur le sable les fruits de la Coloquinte, gros comme des oranges, ou les inflorescences gorgées d’eau du Phelipaea, on est tenté de s’écrier : quelle aubaine pour nos bêtes ! Erreur ; elles s’en écartent avec dégoût. L’amertume du chicotin (le suc de la Coloquinte) est proverbiale ; quant au Phelipaea, qui vit en parasite sur les racines de diverses plantes et dont les tiges charnues, épaisses de trois doigts, atteignent une hauteur totale d’un mètre, — il est très vénéneux. Abdallah nous raconte qu’en temps de famine, — cela signifie : quand la disette est plus complète que de coutume, — les Nomades vont les cueillir dans le désert ; quand nous étions à El Oued, quatre hommes venaient de succomber à l’ingestion de Phelipaea qui n’avaient pas été suffisamment bouillis.
Le dégoût salutaire qu’inspirent le Cleome arabica et le Haplophyllum tuberculatum est dû à leur odeur fétide. Chez le Haplophyllum les glandes qui sécrètent l’essence odorante sont logées dans le parenchyme assimilateur ; elles sont assez grosses pour faire saillie, comme des pustules, à la surface de la feuille. Le Cleome est bien la plante la plus nauséabonde que j’aie jamais rencontrée ; il suffit d’un seul individu pour empester l’air à dix mètres à la ronde. Les glandes stipitées, répandues à profusion sur les tiges, les feuilles, les fleurs et les fruits, sécrètent une substance visqueuse à laquelle se collent des plumes d’oiseau, des fruits à aigrette, des pétales flétris, etc.
D’autres espèces possèdent un latex âcre. Tels sont le Daemia cordata, le Convolvulus supinus et l’Euphorbia Guyoniana. La première est une Asclépiadacée voluble, mais comme elle ne trouve pas dans le désert de supports verticaux autour desquels elle puisse s’enrouler, elle y croît toujours solitaire. Néanmoins ses tiges présentent encore la circumnutation ancestrale, devenue inutile, et elles s’obstinent à se contourner en hélice. Le Convolvulus dérive également d’une plante voluble. Dans le Sahara, ses rameaux rampent sur le sable avec ceux de la Coloquinte, dont les vrilles héréditaires sont presque entièrement atrophiées. Ces deux dernières plantes, — quoique ayant conservé quelques-uns des caractères accessoires des lianes : ténuité de la tige, longueur des entrenœuds, forme et disposition des feuilles, — se sont débarrassées des structures spécialement destinées à assurer le grimpement.
Que ces considérations phylogéniques ne nous fassent pas oublier l’objet de nos observations actuelles ; revenons aux adaptations défensives des végétaux. Nous sommes bien placés ici pour juger l’efficacité des divers moyens de protection : nous allons comparer aux chameaux de notre caravane, ceux d’une tribu nomade qui sont mis au vert dans l’oued Mzab depuis un mois. Alors que les nôtres ne font aucun choix et se bourrent indistinctement de tout ce qui est mangeable, ceux qui paissent ici depuis longtemps et qui ont déjà pu se refaire, dans leur bosse, une provision de graisse, ne mangent que du bout des lèvres ; ils ne consentent à brouter que l’Aristida floccosa, le Helianthemum sessiliflorum et le Lithospermum callosum. Il est pourtant une herbe, qu’ils aiment plus que toutes les autres, qui est très commune, et que malgré cela ils ne réussissent jamais à atteindre. C’est le Zollikofferia resedifolia, une Compositacée Liguloïdée à capitules jaunes, qui ne se rencontre jamais que dans les touffes d’Euphorbia Guyoniana. Pour cueillir le Zollikofferia, les herbivores devraient enfoncer le museau parmi les branches de la plante vénéneuse, et risquer peut-être d’en arracher quelques fragments ; ils ne parviennent pas à surmonter l’effroi que leur cause le latex irritant de l’Euphorbe.
Dans El Erg, nos chameliers allaient eux-mêmes arracher la Compositacée pour l’offrir comme friandise à leurs bêtes. L’Euphorbe remplit vis-à- vis de la Compositacée le même office que les épouvantails qu’on plante dans les champs de blé pour chasser les oiseaux. Le Zollikofferia appartient à la catégorie que M. Errera (=1886=, p. 88) appelle les « plantes vassales », c’est-à-dire celles qui se mettent sous la protection d’autres organismes. Je ne veux pas dire qu’il recherche les touffes d’Euphorbe, mais uniquement que parmi les innombrables graines de Zollikofferia qui germent au hasard dans le désert, les seules qui aient quelque chance de produire une plante adulte sont celles qui ont été arrêtées par leur aigrette dans les branches serrées de l’Euphorbia.
Pendant que j’étudie sur le vif les effets de la sélection naturelle, la caravane m’a depuis longtemps dépassé. Mais je n’aurai pas de peine à la retrouver : quoique aucun chemin ne soit tracé sur le sable, rien n’est plus aisé que de reconnaître la route que suivent d’habitude les caravanes. Toutes les plantes quelques peu comestibles y ont été tondues de près. Au milieu des Aristida pungens, des Genista, des Ephedra entièrement dépouillés, réduits à l’état de moignons informes, les Retama, les Euphorbia, les Daemia, les Haplophyllum, les Zilla forment des touffes vigoureuses. En beaucoup de points les plantes fourragères sont même broutées jusqu’à ce que mort s’ensuive, et les espèces réfractaires subsistent seules.
Nous n’allons pas suivre tous les méandres de l’oued Mzab. Notre guide nous fait couper au plus court. Avant d’arriver au caravansérail de Zelfana où nous passerons la nuit, nous grimpons plusieurs fois sur le hamâda, pour redescendre aussitôt après dans le lit de la rivière. Nous remarquons, à notre étonnement, que la flore du plateau rocheux est ici plus riche qu’ailleurs. Pourtant la structure du terrain est la même, et l’eau est tout aussi rare. Outre les plantes déjà connues, nous récoltons : Aristida ciliata, Zollikofferia mucronata, Gymnocarpon fruticosum, Henophyton deserti, Salsola vermiculata, Helianthemum eremophilum, Farsetia aegyptiaca, F. linearis, Marrubium deserti, Teucrium Polium, Thymelaea microphylla, Artemisia Herba-alba. A l’exception de l’Aristida et du Zollikofferia, toutes les autres sont ligneuses. Le Gymnocarpon (Caryophyllacée), le Henophyton (Cruciféracée) et le Salsola ont des feuilles charnues. Le Salsola, le Helianthemum et toutes les espèces qui suivent ont une épaisse garniture de poils tomenteux ; l’Artemisia Herba-alba, le Chih des Arabes, en est chargé d’une façon toute particulière. Le Thymelaea a des feuilles très petites et l’assimilation s’effectue surtout par les rameaux. Chez les Farsetia (Cruciféracées) les feuilles manquent totalement ; ces arbustes sont étranges, avec leurs rameaux grêles et raides, désséchés en apparence, et revêtus d’une pubescence un peu rosée ; on dirait un faisceau de minces fils métalliques recouverts de soie, comme ceux qu’emploient les électriciens.
Il est évident que ces plantes sont bien adaptées à vivre sur le hamâda. Et la question se pose derechef : pourquoi donc manquent-elles dans les régions que nous avons parcourues les jours précédents ? Observons comment les animaux se comportent envers elles : presque toutes sont mangeables. Dès lors on comprend pourquoi elles se localisent au voisinage de la rivière : la végétation abondante de l’oued Mzab détourne d’elles les herbivores ; quand ces derniers arrivent sur le plateau, ils se sont déjà rassasiés de l’herbe relativement succulente des sables, et n’ont que du mépris pour la maigre chère que leur fournirait la flore des pierrailles. Mais que serait-ce si les plantes étaient exposées à la pleine voracité d’animaux à jeun ! Sur la portion du hamâda qui est comprise entre les boucles de l’oued Mzab, la végétation est donc immunisée contre les herbivores par les « gras pâturages » de l’oued. Ce moyen préventif rappelle un procédé qu’utilisent les jardiniers pour garantir les carrés de légumes contre les limaces : ils y plantent quelques laitues, confiants que les Mollusques renonceront à toutes les autres plantes pour se porter vers la laitue.
Malgré la proximité de l’oued, les conditions ne sont plus les mêmes autour du caravansérail de Zelfana, où de nombreuses bêtes de somme viennent boire et se reposer. Ici, toutes les plantes comestibles ont été éliminées pour ne laisser que celles qui sont réfractaires : Thymelaea microphylla et Artemisia Herba-alba. Jamais un animal, quelque famélique qu’il soit, ne touche au Thymelaea. Quant au Chih, les chameaux en broutent les brindilles desséchées, dans les cas d’extrême détresse.