Un voyage botanique au Sahara

Jean Massart · Chapitre 1 sur 9 · partie 4/4

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Un voyage botanique au Sahara

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Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.

On voit que la lutte est vive entre les animaux et les végétaux : l’eau manque dans le Sahara, et les animaux ne peuvent se la procurer qu’en dévorant les plantes. La sélection naturelle intervenant, ces dernières s’arment pour résister aux attaques de leurs ennemis. Toutefois le résultat final du conflit dépend de causes multiples : les plantes, organismes essentiellement passifs, ne peuvent opposer aux assaillants que des moyens dont l’efficacité varie avec l’état de jeûne ou de satiété des herbivores. Dans El Erg où la profusion du fourrage permet aux chameaux de faire bombance, toutes les plantes sabulicoles vivent côte à côte. Mais quand l’herbe est rare et que la lutte atteint par conséquent sa plus grande acuité, les espèces mal défendues finissent par être complètement exterminées. Il ne subsiste alors que les végétaux qui réussissent à se faire refuser : ceux qui sont trop durs ou trop épineux ; — ceux qui sont toxiques ; — enfin ceux qui se mettent sous la tutelle d’espèces bien armées. Rappelons aussi qu’un pâturage de bonne qualité immunise à distance les plantes médiocrement comestibles.

En résumé, ces observations nous indiquent que le conflit des plantes et des herbivores joue un rôle important, et trop souvent négligé, dans la géographie botanique des pays peu fertiles.

 

Pendant toute une journée nous remontons encore le cours de l’oued Mzab. Pour éviter ses nombreux lacets, nous marchons alternativement sur le hamâda avec ses malingres arbustes cendrés, et dans l’herbe presque verte qui garnit le lit de la rivière. Vers le soir nous voyons enfin apparaître, au fond de l’oued, les Palmiers d’El Ateuf, la première des villes du Mzab.

Les Mzabites, ou Beni Mzab, descendent des Berbères, peuple qui habitait d’Algérie au moment de l’arrivée des Arabes. Refoulés par les envahisseurs musulmans, ils se réfugièrent dans le Sahara et fondèrent, au dixième siècle, une ville au S.-W. de Ouargla. Actifs et intelligents, leur ville fut bientôt prospère. Mais ils s’étaient convertis à une secte dissidente, celle des Kharedjites, partisans des assassins d’Ali, le gendre du Prophète ; les Arabes orthodoxes prirent prétexte de leur hérésie pour les déposséder et les chasser une seconde fois. La ville fut détruite, et au treizième siècle ils vinrent s’établir dans la Chebka. Ici, à l’abri de la formidable ceinture de stérilité que leur fait le désert pierreux, ils ont bâti sept villes florissantes, dont cinq se trouvent sur les rives de l’oued Mzab.

Les vexations qu’ils ont si longtemps subies, et le mépris avec lequel les Arabes les traitent encore à l’heure actuelle, les ont rendus méfiants à l’égard des étrangers, quels qu’ils soient. Des cinq villes de l’oued Mzab, il n’y en a qu’une, Ghardaïa, où les étrangers puissent librement s’établir ; encore sont-ils cantonnés dans des quartiers distincts de ceux qu’habitent les Beni-Mzab. Dans les autres villes, aucun étranger — Arabe, Juif ou Européen — ne peut demeurer, ni seulement passer la nuit…. et quand nous arrivons à El Ateuf, à la nuit noire, nos guides nous font coucher à la belle étoile, dans le lit de l’oued.

Le lendemain matin, nous examinons à loisir le curieux spectacle qu’offrent la ville et l’oasis. De même que les autres villes mzabites, El Ateuf est étagé en amphithéâtre sur la rive rocheuse. Les maisons blanches, cubiques, sont dominées par deux minarets carrés, qui penchent d’un façon menaçante. L’agglomération est entourée d’un mur de défense.

Quant à l’oasis, elle est à peu prés continue sur une longueur d’environ vingt kilomètres. Elle commence à une lieue en aval d’El Ateuf et va jusqu’en amont de Ghardaïa. Mais elle n’a pourtant pas une grande superficie, et ne renferme en tout que cent-dix mille Palmiers. Les jardins forment deux étroites bandes qui bordent le lit de l’oued contre la base de l’escarpement. Leur produit ne suffit naturellement pas à faire vivre les cinquante mille habitants de l’oued. Ceux-ci sont d’ailleurs de piètres cultivateurs. L’état d’insécurité dans lequel ils ont vécu pendant des siècles a plutôt développé leurs aptitudes commerciales et financières ; ils s’expatrient en grand nombre pour aller faire le négoce et l’usure dans les villes de l’Algérie et de la Tunisie. Lorsqu’ils reviennent au pays avec un petit pécule, ils achètent des Palmiers et des Nègres. Officiellement la traite des esclaves est abolie, mais elle continue à être pratiquée en cachette, et ce sont presque uniquement des Noirs qui travaillent dans l’oasis.

Les jardins du Mzab diffèrent beaucoup de ceux que nous avons vus jusqu’ici. A Biskra, les cultures sont arrosées par l’eau courante que fournit la rivière. (Voir p. 206). Dans l’oued Rirh, on a foré des puits dans la nappe artésienne qui représente le cours souterrain de l’ancien fleuve (voir p. 228) ; l’eau est abondante, elle coule sans effort et il suffit de la distribuer aux Palmiers. Enfin, dans El Erg, et en particulier dans le Souf (voir p. 245), les Dattiers sont plantés au fond de larges entonnoirs où leurs racines s’étalent dans le sable humide. Mais dans le lit, maintenant ensablé, que l’oued Mzab s’est taillé à travers le hamâda, il n’y a pas une goutte d’eau vive ; la nappe souterraine est trop peu puissante pour jaillir ; et trop profonde pour qu’on puisse creuser le terrain jusqu’à elle afin de mettre les racines des Dattiers en relation directe avec l’humidité.

Les Mzabites font dans le sable des puits profonds de cinquante à quatre-vingts mètres. L’outre en cuir est attachée à une corde qui roule sur une poulie fixée à deux forts piliers en maçonnerie. Devant chaque puits, s’étend une piste rectiligne, dont la longueur est égale à la profondeur du puits. Un chameau, des mulets, des bourriquets ou des hommes sont attelés à la corde ; quand ils sont auprès de puits, le seau de cuir est descendu au fond ; ils marchent jusqu’au bout de la piste : l’outre est maintenant en haut, et un système ingénieux amène son renversement automatique. Et l’on recommence. L’eau s’écoule dans un bassin en plâtre, d’où des rigoles, également en plâtre, la conduisent aux Palmiers. Deux mille de ces puits sont nécessaires pour arroser les cultures. Tous les jours de l’année, du matin au soir, bêtes et gens font la même besogne uniforme. Quelle vie ! « Nul ne choisit sa destinée, » disent les Arabes ; « mektoub », « c’est écrit ».

De l’eau qu’on amène au pied des Palmiers, une partie seulement est absorbée par les racines ; le reste retourne à la nappe profonde d’où elle sera de nouveau ramenée à la surface. Par où s’alimente la nappe aquifère ? En hiver il y a généralement quelques pluies ; tous les quatre ou cinq ans, en moyenne, une averse survient et la rivière coule. Pendant quelques heures, l’oued Mzab contient de l’eau ! Phénomène exceptionnel, mais en prévision duquel les habitants ont pourtant établi des barrages entre les deux rives. De cette façon aucune goutte du précieux liquide ne quittera leur territoire : toute l’eau sera obligée de s’infiltrer dans le sable, où les outres iront la reprendre en temps opportun.

Mais ici, comme à Ouargla, la provision souterraine de liquide s’épuise peu à peu. Beaucoup de puits sont taris, et le plus souvent on a beau les approfondir, on ne réussit pas à les revivifier. Entre El Ateuf et Bou-Noura, notamment, des centaines de Palmiers ont déjà succombé.

Nous voici donc, marchant sur le sable de l’oued, d’El Ateuf à Ghardaïa. La vallée est bordée partout de deux hautes murailles rocheuses que le frottement séculaire des grains de sable a lissées comme si un glacier y avait passé. On a de la peine à se figurer qu’on est en plein Sahara ; celle gorge profondément encaissée rappellerait plutôt certains sites du Tyrol, s’il n’y avait pas les éternels Dattiers, énormes plumeaux à long manche, dont le vent secoue pitoyablement les palmes échevelées. Au Tyrol, aussi, de l’eau murmurerait dans la rivière ; ici, on n’entend que le grincement strident des poulies.

 

Nous séjournons à Ghardaïa pendant deux jours, consacrés à des promenades dans l’oasis et sur le hamâda. Nous licencions les chameliers qui nous ont accompagnés depuis Tougourt, et nous les remplaçons par des Châmba qui iront avec nous à Laghouat.

Mon compagnon, M. Lameere, va principalement dans le désert avec un entomologiste, M. Bayonne, le percepteur des postes de Ghardaïa. De mon côté, je rode dans l’oasis et dans l’oued Mzab.

Ghardaïa est une ville de trente-cinq mille habitants, où aboutissent les caravanes que les Mzabites envoient à Ouargla, en Tripolitaine, dans le Gourara et vers les régions du Sahara central. Il y a donc toujours d’innombrables chameaux autour de la ville, et, en toute saison, des centaines de tentes sont dressées dans l’oued. Voyons comment la flore a été modifiée par cette affluence de chameaux.

D’ici à Beni-Isguen, une autre ville très commerçante, située à une lieue en aval de Ghardaïa, le lit de l’oued est occupé par des sédiments argileux, légèrement salés, le terrain de prédilection du Guetaf (Atriplex Halimus) et des autres Salsolacées. Il est logique de supposer qu’anciennement ces végétaux abondaient ici. Pourtant on n’en voit pas un à l’heure actuelle : trop d’herbivores parcourent l’oued pour que des plantes aussi mal défendues aient été capables de se maintenir. Le sol porte exclusivement le Harmel (Peganum Harmala), une Zygophyllacée sur laquelle nous n’avons pas encore appelé l’attention, bien que nous l’ayons rencontrée dans le désert alluvial, au Sud de Biskra. Elle y vit par pieds isolés au milieu des autres plantes du reg ; mais ces individus étouffés par la végétation concurrente, restent toujours assez malingres. Ce sont les chameaux qui se chargent de les débarrasser de leurs compétiteurs : le Peganum Harmala est à peu près la seule plante des alluvions argileuses qui ne soit pas mangeable ; il bénéficie de l’aversion insurmontable que son odeur inspire aux animaux. Aucun Mammifère, pas même l’Ane ni le Mouton, ne broute une herbe aussi puante. Il en résulte que dans les pays argileux très fréquentés, les troupeaux détruisent les autres plantes, mais respectent de commun accord le Harmel. La sélection très active qu’opèrent les herbivores, tourne, comme on le voit, à leur propre désavantage autant qu’à celui des plantes fourragères. A partir du moment où le Harmel reste seul maître du terrain, il s’étale, il se prélasse, et forme de magnifiques touffes auxquelles pas une feuille ne manque, toutes couvertes de fleurs blanches.

On dirait vraiment que le lit de l’oued Mzab est un vaste champ de Harmel, soigneusement entretenu, où l’on ne tolère aucune « mauvaise herbe ». Les chameaux s’y promènent d’un air mélancolique, sans pouvoir donner un coup de dents. Si d’aventure quelque plante étrangère essaie de s’y installer, les chameaux s’empressent de l’extirper, comme si un esprit malfaisant condamnait les pauvres bêtes à sarcler sans relâche, à enlever tout ce qui risquerait de faire du tort au Harmel détesté.

Dans les crevasses des murailles rocheuses qui bordent l’oued, des Capparis spinosa ont pris racine. Le Caprier est, de tous les arbustes du désert, celui qui a les plus grands organes foliaires : ses feuilles arrondies ont un diamètre de 4 à 5 centimètres. Afin d’éviter la transpiration excessive, le Capparis met ses feuilles verticalement : dans cette position l’échauffement est moindre, et, surtout, la chlorovaporisation est diminuée. Les feuilles sont alternes, avec une divergence de 2/5. Pour amener les limbes dans la situation verticale, les pétioles sont obligés de se courber et de se tordre. Comme les rameaux décombants ont les directions les plus variées, les feuilles ne peuvent pas toutes effectuer leur redressement de la même façon. La feuille est laissée à son initiative personnelle, et l’observation montre que dans chaque cas particulier le mouvement s’exécute par la voie la plus courte, — en d’autres termes, avec un minimum d’efforts. Dans les portions dressées des rameaux, c’est uniquement par les mouvements du pétiole que la feuille s’oriente vis-à-vis de la lumière ; dans les parties horizontales et obliques, l’axe lui-même se tord, et le rameau devient dorsiventral avec des feuilles qui ont presque l’air d’être distiques[7].

 

Avec M. le capitaine Cauvet, commandant du poste de Ghardaïa, nous faisons une intéressante promenade dans la Pépinière de la garnison. Le commandant, grand amateur de plantes, essaie de cultiver des espèces très variées, mais rares sont celles qui réussissent à croître malgré le climat. Il nous raconte ses déboires : « Les ardeurs de l’été, les gelées de l’hiver, la sécheresse de l’air en toute saison, la salure de l’eau, enfin, malgré les multiples puits, le manque perpétuel de liquide : à un pareil ensemble de conditions désastreuses, bien peu de plantes sont capables de résister. — Tenez, nous dit notre guide, regardez ces Figuiers de Barbarie ; ce sont pourtant des plantes habituées à vivre dans le désert. Ils ne venaient pas mal et avaient atteint une hauteur de plus d’un mètre. Par malheur, le puits qui arrose cette partie du jardin est à sec depuis quelques semaines ; voyez maintenant l’effet de la sécheresse : les raquettes de l’Opuntia sont vides, flasques, ratatinées. — Nous avions un arbre, un seul, un Eucalyptus : l’hiver dernier, une tempête l’a brisé. — En somme, les plantes de la Pépinière coûtent beaucoup plus cher que si dès l’origine on les avait fabriquées en métal ».

 

De nouveau en route à travers la Chebka. Depuis que nous avons quitté Ghardaïa, le pays a une autre allure que sur l’immense plateau, à ondulations peu sensibles, qui règne entre Ouargla et le Mzab. D’ici à Settafa, le plateau a été fortement raviné par les eaux courantes, — à l’époque où il y avait de l’eau dans le Sahara. Les anciens oued, très rapprochés les uns des autres, sont dépourvus de berges distinctes ; leurs rives sont doucement inclinées depuis le fond jusqu’au sommet des gour, dont les moins démantelés sont encore couronnés par une large table plate, indiquant le niveau initial de la contrée. (Voir phot. 18). Nous passons obliquement d’une rivière tarie à l’autre, par les cols qui séparent les gour.

Les roches ne contiennent guère de quartz ; c’est à peine si l’on rencontre un peu de sable dans le lit des oued les plus profonds, par exemple à Ourhirlou, où nous passons la première nuit. Les éclats de pierre gardent donc leurs angles coupants, sans aucune trace de l’usure caractéristique que détermine le choc des grains quartzeux. La désagrégation de la pierre laisse sur le sol une matière argileuse, non mélangée de sable. Rien d’étonnant à ce que l’aspect de la flore soit également changé. Les Graminacées, sabulicoles, ont disparu ; et si nous trouvons encore quelques-unes des plantes que nous avons notées précédemment (Deverra chlorantha, Anabasis articulata, Gymnocarpon fruticosum, Marrubium deserti, Artemisia Herba-alba), plusieurs espèces nouvelles, toutes frutescentes, viennent s’y ajouter : l’Ononis angustissima, un arbrisseau glutineux, presque aphylle, à fleurs jaunes ; — le Linaria fruticosa, spinescent, avec de toutes petites feuilles rhomboïdales ; — l’_Antirhinum ramosissimum_, dont les feuilles sont réduites à presque rien ; — le Haloxylon articulatum, une Salsolacée aphylle, à rameaux très grêles et cassants, gris, bruns, cendrés ou rougeâtres, mais jamais verts. C’est cette dernière plante, le Remts des Arabes, qui domine.

Pendant les premières heures de marche, quand nous sommes encore près de Ghardaïa, ces diverses espèces sont reléguées loin du chemin, au fond des oued, où elles forment un léger duvet d’une teinte indéfinissable. Le long de la route, il n’y a absolument pas autre chose que le Peganum Harmala. Grâce à la structure argileuse du sol, et avec la complicité des chameaux, le Harmel a supplanté toutes les autres espèces. Mais plus loin de la ville, la lutte est moins âpre et on voit apparaître timidement le Haloxylon, le Linaria, etc.

 

Deux jours après avoir quitté Ghardaïa, nous sommes à Berrîan, une ville mzabite, sur l’oued Soudan. Le fils du caïd nous promène à travers l’oasis, qui est la plus riche et la plus variée de toutes celles que nous avons vues dans le Sahara. Outre des Abricotiers, des Vignes, des Figuiers, des Grenadiers, elle contient environ trente mille Palmiers, et est arrosée par quatre cents puits, qui ont une quarantaine de mètres de profondeur. Elle a, de plus, l’avantage d’être irriguée par l’oued, d’une façon intermittente, il est vrai. « L’oued Soudan, nous dit notre guide, — et il semblait caresser les mots avant de les prononcer, — l’oued Soudan n’est pas un de ces misérables oued qui ne contiennent de l’eau que de loin en loin : le nôtre coule chaque hiver ». Était-il fier de vanter la prodigalité de son oued ! Pour ne pas lui faire de la peine, nous nous sommes gardés de lui dire qu’il existe au monde, des pays, encore plus favorisés que Berrîan, où les rivières coulent même en été.

Des barrages empêchent que l’eau n’aille se perdre au-delà de l’oasis ; elle s’amasse dans de vastes réservoirs d’où elle est conduite à travers les plantations. Quand nous passons à Berrîan (le 28 mai) les bassins sont déjà vides, et les poulies des puits grincent toutes.

Le fils du caïd ne nous fait pas grâce du moindre coin de l’oasis ; il faut tout voir, tout admirer. « N’est-il pas vrai, dit-il, que c’est tout à fait une forêt ? » Çà, une forêt ! ces colonnes écailleuses, toutes semblables, surmontées de longues palmes régulières ; ces carrés d’ognons ou de carottes auxquels on mesure rigoureusement chaque jour la ration de liquide ; ces champs hérissés de chaumes d’orge, qui, n’étant plus irrigués, ne nourrissent même plus une mauvaise herbe. Notre cicerone n’a jamais vu de forêt ; sinon comment oserait-il désigner du même terme, les plantations de Dattiers où l’on cherche en vain de l’ombre, et la forêt équatoriale, si touffue que le sentier est un tunnel creusé en pleine verdure, où jamais un rayon de soleil ne filtre jusqu’aux herbes du sous-bois pour sécher les perles liquides qui brillent sur toutes les feuilles, où l’on se sent cuire à l’étouffée, tandis qu’ici nous regardons de temps en temps nos mains pour nous assurer que la peau n’est pas encore grillée.

 

Un spectacle inattendu, une de ces rencontres qui font époque dans un voyage. Pour la première fois depuis deux mois, nous voyons aujourd’hui un arbre dans le désert, — non pas un plumeau en zinc, comme l’est un Dattier, — mais un arbre avec un tronc, des branches et des feuilles, — en un mot, un arbre.

Nous étions partis ce matin de Berrîan, par un vent du Nord terriblement froid, quoique le thermomètre marquât 15°. Brusquement, après avoir contourné un gara, nous apercevons un large fond, tout couvert de Chih (Artemisia Herba-alba) au milieu duquel se dresse l’arbre. Nous le reconnaissons sans peine à la description qu’en font les voyageurs. C’est le Betoum (Pistacia atlantica) ; son tronc n’a que trois mètres de hauteur et est couronné par une cime arrondie. Les yeux fixés sur l’arbre, d’instinct, nous poussons de ce côté nos montures ; puis nous descendons de mulet pour le voir de tout près. Nous tournons autour du tronc, nous le caressons. C’est pour nous une grande joie de nous mettre sous l’arbre, et d’avoir de nouveau à lever la tête pour examiner des feuilles, nous qui étions restés si longtemps sans voir autre chose que des herbes et des broussailles basses. La face inférieure de la cime est tout à fait plate : on voit exactement jusqu’où les chameaux peuvent tendre le cou pour brouter les feuilles. Celles-ci sont pennées, luisantes, d’un vert foncé.

 

Sur les rochers de Settafa, nous récoltons les premiers lichens que nous ayons vus depuis Biskra. L’absence de végétaux lithophytes[8] s’explique sans peine dans un pays où la pluie est un phénomène exceptionnel, et où l’insolation fait monter la température superficielle des rochers à 70° ou 80°. On s’étonne un peu, au premier abord, de l’absence de lichens terrestres et épiphytes. Mais nous avons fait déjà remarquer la rareté des Champignons ; quant aux Algues aériennes, elles manquent totalement : même sur les confins du Sahara, dans les oasis de Biskra, de Laghouat, de Messaad et de Bou-Saada, il n’y a pas sur les Palmiers la moindre Protococcacée. Les lichens ne peuvent donc se multiplier que par des sorédies : les spores ne sont pas aptes à refaire un lichen, puisqu’elles ne trouveront pas la compagne verte indispensable.

 

Les vallées creusées dans le plateau rocheux deviennent moins profondes et plus larges. Nous sommes à la limite de la Chebka et de la région des daya. Deci delà, dans les fonds les plus étendus, de l’argile a été amenée par les eaux ; la flore y présente un caractère spécial, dû surtout à la présence de Betoum, de Jujubiers (Zizyphus Lotus), de Zilla macroptera, et de Papilionacées aphylles, à fleurs jaunes : Coronilla juncea var. Pomeli et Retama sphaerocarpa.

A partir du chott Melrhir où nous étions au-dessous du niveau de la mer, nous avons monté sans discontinuer, et nous nous trouvons à présent à l’altitude de 700 mètres. La pluie qui tombe sur le plateau rocheux, complètement imperméable, ruisselle à la surface et va se collecter dans des dépressions à peine indiquées, où elle dépose ses sédiments fins. On donne à ces cuvettes argileuses le nom de daya. Dans le paysage, en apparence plat, les daya ne se marquent que par les bouquets de Betoum.

 

Nous traversons la région des daya pendant trois jours, de Settafa à Laghouat. D’ordinaire les daya sont verdoyants en cette saison : les pluies d’hiver ont fortement mouillé l’argile, et les chameaux y trouvent une herbe abondante. Mais les deux derniers hivers n’ont donné que des précipitations atmosphériques insuffisantes. Au caravansérail de Tilremt, on se plaint amèrement de la sécheresse : « Voilà deux hivers de suite que nous labourons le daya et que nous semons de l’orge. Puis, il ne pleut jamais, et rien ne lève ».

Le daya de Tilremt est l’un des plus étendus de toute la région. D’après le Guide Joanne (_Algérie et Tunisie_, éd. de 1896, p. 86) il a « une superficie de 103 hectares et contient environ 2,400 betoums et une grande quantité de jujubiers sauvages qui protègent la crue des betoums quand ils sont jeunes… » Cela a pu être vrai jadis, mais nous avons cherché en vain de jeunes Betoum. Ici, comme dans tous les autres daya, il n’y a, à l’heure actuelle, que des arbres adultes, pouvant absorber par leurs longues racines l’eau qui reste encore dans la profondeur de la nappe d’argile. Quant aux jeunes plantes, dont les organes souterrains ne parviennent pas jusqu’à l’argile humide, elles sont impitoyablement sacrifiées par la sécheresse. Si, comme tout le fait supposer, l’aridité du Sahara va toujours en augmentant, nous assistons ici à la destruction locale d’un arbre sous la seule influence du milieu naturel. Certes, nous connaissons pas mal de flores qui ont été décimées (p. ex. à Ste-Hélène et à la Nouvelle-Zélande), mais c’est l’homme qui est le coupable. Au contraire, l’extinction du Pistacia atlantica présente le caractère, tout à fait exceptionnel, d’être uniquement l’effet du climat.

Nous avions le fol espoir d’herboriser dans le daya. Au lieu de la prairie que tous les voyageurs décrivent, nous trouvons sous les Betoum et les Jujubiers, la terre dure et sèche comme une aire de grange. Les Asteriscus pygmaeus (voir p. 215), tous également vieux et racornis, témoignent des pluies passées ; mais aucun de ces exemplaires n’a vécu l’hiver dernier. La seule plante herbacée est le Francoeria crispa, une petite Compositacée à capitules jaunes, couverte d’un feutrage de poils cendrés. Sur le tronc des Betoum, une gomme-résine, le mastic, forme de longues coulées blanchâtres. On dirait que l’arbre pleure la fin prochaine de sa race…, mais ses larmes se figent aussitôt dans l’aridité de l’air.

 

Le cinquième jour de marche depuis Ghardaïa : toujours le pays plat, avec un duvet grisâtre, à peine perceptible. Voici la liste complète des espèces que nous cueillons en une heure.

Aristida obtusa ♃.

Stipa gigantea ♃.

*Haloxylon articulatum ♄.

Noaea spinosissima ♄.

*Anabasis articulata ♄.

Peganum Harmala ♃.

Asteriscus pygmaeus ☉.

*Artemisia Herba-alba ♄.

Les trois plantes marquées d’une astérisque sont les plus répandues.

Toutes sont presque mortes de soif. De la Rose de Jéricho, il n’y a que des échantillons des années précédentes.

Nos chameaux n’ont plus rien mangé depuis cinq jours. La bosse leur a fondu sur le dos. Quand nous passons dans un daya, ils se jettent sur les Jujubiers, et sans plus se soucier de l’armure d’épines qui défend les rameaux, ils broutent, broutent avec frénésie. Les malheureuses bêtes ont les lèvres en sang, mais elles continuent à manger.

Devant nous s’étale un fond limoneux tout garni de fleurs jaunes-orangées. C’est l’Anvillaea radiata, une Compositacée frutescente à poils blanchâtres, dont les capitules sont insérés dans les bifurcations des branches. Enfin ! les chameaux vont pouvoir manger ! Abdallah secoue la tête. « Cette plante-ci et le Harmel, dit-il, c’est kif kif pour les chameaux ». Effectivement, les animaux flairent la plante, font la grimace, et, dégoûtés, relèvent leur long cou. Nous goûtons les feuilles de l’_Anvillaea_ : elles sont âcres et amères. Cette large dépression, qui ressemblait à une prairie, fournit à nos bêtes, en fin de compte, des Jujubiers et quelques rares Lygeum Spartum, une Graminacée dont les feuilles jonciformes, piquantes, fibreuses, tenaces, sont employées à faire des sparteries, mais ne constituent qu’un fort maigre régal pour des animaux harcelés par la faim.

 

Nous sommes témoins, aujourd’hui, de curieux phénomènes météorologiques. Pendant la matinée, l’air est d’un calme absolu. Le mirage fait apparaître partout des flaques dans lesquels se mirent les têtes rondes des Betoum. Puis des trombes de poussière jaune se mettent à parcourir le désert. Elles reposent sur le sol par une base assez large ; plus haut elles se rétrécissent, pour s’élargir finalement en forme d’entonnoir très évasé. Nous nous étonnons, au début, de la lenteur avec laquelle elles se déplacent. Simple effet de l’éloignement du phénomène et de la platitude infinie du désert : nous ne nous rendons compte, ni de la distance des trombes, ni du trajet qu’elles effectuent. Une de ces colonnes de poussière passe à travers la caravane : la vitesse est si grande, et le tourbillonnement si intense, que nous pouvons à grand’peine garder notre équilibre sur les mulets.

Dans l’après-midi, le ciel se couvre de nuages. Ce n’est d’abord qu’une multitude de points blancs, tout juste perceptibles, immobiles dans l’azur. Chaque point grandit d’une façon régulière. A présent, ce sont autant de flocons, uniformément distribués dans le ciel. Leur base est plane, comme s’ils flottaient sur de l’air horizontal et calme ; les condensations successives de vapeurs se font uniquement sur les bords et sur la face supérieure mamelonnée. Les taches blanches s’étalent ; elles joignent leurs bords ; elles forment un voile continu qui devient de plus en plus opaque. Tout à coup le nimbus se résout en pluie : le ciel est strié de longues zébrures verticales qui descendent du nuage. Oh bonheur ! Les Haloxylon, les Anabasis, les Artemisia, réduits à de lamentables brindilles grises, pourront enfin reverdir ; les plantes vont être récompensées de l’obstination qu’elles ont mise à ne pas mourir de soif ; une seule forte pluie suffira pour rendre la vie aux daya agonisants. Hélas ! l’averse tant désirée ne tombe pas. Cette pluie que nous voyons rayer le ciel n’atteint pas le sol : les gouttes s’évaporent dans l’air trop chaud qu’elles ont à traverser.

Quel pays de déceptions ! Quand de l’herbe s’offre aux chameaux, elle n’est pas mangeable. Le lac où se reflète l’horizon n’est qu’un fantôme, un caprice du soleil ; dernier désappointement, la pluie, pourtant réelle, n’arrose que l’air.

 

Une dernière journée de pèlerinage avant Laghouat. Ce matin nous avons quitté le caravansérail de Nili, où il n’y a d’autre liquide que l’eau de ruissellement, captée au moyen de barrages et accumulée dans de grands réservoirs.

Quand le jour se lève, nous apercevons à l’horizon les cimes du djebel Amour et des montagnes des Ouled Naïl, ramifications du Grand Atlas. La vue des montagnes nous rend courage. D’ailleurs le pays n’a plus un aspect aussi déshérité que les jours précédents. L’Alfa (Stipa tenacissima) et le Lygeum Spartum commencent à s’ajouter au Chih (Artemisia Herba-alba), au Remts (Haloxylon articulatum) et à l’Anabasis articulata. Les deux Graminacées se ressemblent beaucoup avec leurs feuilles glauques et raides. Plus tard se montrent encore l’Artemisia campestris, le Linaria fruticosa, le Teucrium Polium et le Marrubium deserti.

Près de Laghouat, la flore change une dernière fois : le pays est sablonneux ; de plus, la végétation est en conflit avec les nombreuses caravanes qui viennent à Laghouat. Il n’y a ici que des plantes protégées d’une façon quelconque contre les herbivores. L’Echinops spinosus et l’Acanthyllis tragacanthoides possèdent des épines. L’_Echinops_ a des piquants à tous les segments foliaires, et la tête de capitules est elle-même garnie de très fortes épines blessantes. L’_Acanthyllis_ est un arbrisseau de la famille des Papilionacées ; les rachis s’indurent après la chute des folioles, et constituent sur les anciens rameaux une effrayante armure d’épines blanches, à l’abri desquelles les bourgeons axillaires se développent en toute sécurité. Mais ni l’une ni l’autre de ces deux plantes ne peut repousser l’assaut de bêtes exaspérées par le jeûne. Aussi ne subsiste-t-il finalement que les plantes protégées par des matières chimiques : Thymelaea microphylla, Peganum Harmala, Euphorbia Guyoniana, Citrullus Colocynthis, Artemisia campestris, A. Herba-alba.

 

=4. — Les steppes de l’Atlas et la plaine du Hodna.=

 

En cette saison, il fait déjà trop chaud pour se mettre en voyage. Tous les chameaux de Laghouat sont aux champs, et ce n’est qu’au bout de trois jours que nous parvenons à nous procurer les bêtes de somme qui nous sont nécessaires. Les mulets sont encore plus introuvables. Nous remplacerions volontiers ceux qui nous ont accompagnés depuis Biskra ; voici un mois que les malheureux nous portent à travers le Sahara, sans jamais manger à leur faim. Malgré toutes ses démarches, Abdallah ne trouve qu’un seul mulet frais ; les deux autres traîneront la patte avec nous pendant encore une douzaine de jours.

Nous employons le repos forcé à battre le pays aux environs de la ville. Ainsi qu’il a été dit, les sables et les alluvions ont une flore extrêmement pauvre. Il n’en est pas de même de la colline rocheuse où se trouve le poste optique, au Sud de la ville. Elle est trop escarpée pour que les chameaux puissent la gravir. Les plantes sabulicoles et les chasmophytes (voir la note, p. 312) y vivent en mélange.

Citons parmi ces dernières, le Rhus Oxyacantha, arbrisseau épineux qui a tout à fait le port et le feuillage d’une Aubépine, l’Olea europaea sauvage, et le Zollikofferia spinosa. Celui-ci est très curieux ; il n’a qu’un petit nombre de feuilles basilaires qui sont déjà flétries au moment de la floraison ; de même que chez le Statice pruinosa (voir p. 259), ce sont les pédoncules verts qui sont chargés de l’assimilation. L’inflorescence est ramifiée en fausses dichotomies. Les rameaux sont très nombreux ; la plupart sont stériles : au lieu de porter un capitule, ils se terminent en épine. La plante toute entière a l’aspect d’une grosse pelote, ayant jusque quarante centimètres de diamètre ; elle est constituée en majeure partie par les branches desséchées des années précédentes, entre lesquelles se faufilent les rameaux récents ; quelques capitules sont piqués sur la pelote.

Sur les éboulis à la base de l’escarpement, croît une plante qui est particulière à ces stations : l’Echiochilon fruticosum, une Boraginacée ligneuse à fleurs bleues.

 

Laghouat est trop élevé (alt. 746 m.) et trop septentrional, pour que les bonnes dattes puissent y mûrir. L’oasis, arrosée par l’oued Mzi, ne contient que 15,000 Dattiers, appartenant à des variétés peu estimées. La végétation arborescente est formée, pour une grande part, de Figuiers, de Grenadiers, et surtout d’Abricotiers. On plante aussi beaucoup de légumes. L’abondance de l’eau a permis de cultiver de l’orge sur un millier d’hectares, dans une grande plaine limoneuse. Sans doute pour protéger l’oasis contre le vent, on a mis à la bordure un rideau de Populus pyramidalis, qui font un piteux effet par-dessus les Palmiers.

Nous visitons l’oasis avec un agent de police arabe, qui nous fait ouvrir toutes les portes. La flore adventive est peu importante. En somme, ce qui nous intéresse le plus, c’est la variété des vieux pots et des crânes de chevaux qui sont fichés sur des pieux à l’entrée de chaque jardin, « pour écarter le mauvais œil », prétend notre guide.

 

Nous avons de nouveau enfourché nos mulets. Les deux premières journées sont employées à franchir l’espace qui nous sépare de Messaad, près de l’extrémité occidentale du djebel Bou Kaïl, un rameau du Grand Atlas. Nous sommes sur un plateau légèrement ondulé, portant quelques bouquets de Betoum et de Jujubiers. La végétation est la même que dans la région des daya : Alfa, Chih, Remts, Anabasis. Le voisinage des montagnes, amenant des pluies plus fréquentes, se manifeste par les nombreux ruisseaux. Les rochers sont moins nus. Leur surface porte quelques lichens, mais pas encore de Bryophytes ni de Phanérogames. Dans les crevasses, la flore est également plus abondante qu’en plein désert ; il y a, par exemple, de volumineuses touffes de Zollikofferia spinosa.

Ce pays n’est plus à proprement parler le Sahara. Nous sommes à la limite entre le Grand Désert et les steppes des hauts-plateaux de l’Atlas. Au bord des oued, il y a des buissons d’_Arundo Donax_ et de Laurier-rose (Nerium Oleander). Le Dattier y trouve des conditions favorables à son existence. Mais on remarque tout de suite que ces Phoenix dactylifera, croissant le long des ruisselets, ne sont pas des exemplaires spontanés, ni même naturalisés, mais simplement des individus issus de graines accidentelles : ils restent petits, sans tronc, avec une foule de pousses qui naissent du pied. Ils vivent, mais ne fleurissent jamais.

 

Un autre fait montre d’une façon encore plus évidente que nous sommes à la lisière du Sahara : quand on se lève le matin, on constate qu’une infinité de fruits de plantes annuelles se sont accrochés à la couverture : ce sont des Ægilops ; de nombreux Medicago ; l’Emex spinosa[9] ; le Daucus pubescens et d’autres Ombellacées ; des Compositacées indéterminables ; enfin, le Sclerocephalus arabicus, Caryophyllacée dont les capsules indéhiscentes sont entourées de fortes bractées qui portent les crochets.

Dans le Sahara, les fruits accrochants ne seraient d’aucune utilité : les Mammifères, dans les poils desquels les fruits sont destinés à s’attacher, sont beaucoup trop rares, et les plantes ne peuvent pas compter sur leur aide pour effectuer la dissémination. Nous n’avons vu dans le désert que deux plantes dont les fruits fussent pourvus de crochets : Limoniastrum Feei et Neurada procumbens. Ajoutons-y le Forskahlea tenacissima, une Urticacée ligneuse ; ses rameaux se désarticulent facilement, et comme ils sont garnis de poils raides, crochus, ils se fixent dans les poils des animaux ; les fragments s’enracinent quand ils tombent par terre.

D’autre part, il n’y a pas dans le désert d’oiseaux frugivores en quantité appréciable, et l’on n’y rencontre pas non plus de plantes à fruits charnus. Il ne reste donc, pour opérer la dissémination, que le vent et — quelque invraisemblable que cela paraisse — la pluie. Outre la Rose de Jéricho (Asteriscus pygmaeus) et la Main de Fatma (Anastatica hierochuntica) (voir p. 215), il y a encore d’autres plantes chez lesquelles les graines ne sont mises en liberté que par la pluie : telles sont les capsules des Fagonia et des Zygophyllum, qui ne s’ouvrent que par l’humidité.

Le vent est incontestablement le principal agent de dissémination. Signalons quelques types chez lesquels les organes de transport sont particulièrement développés : l’Ephedra alata, dont les graines sont entourées de bractées scarieuses ; — les Aristida dont le fruit est surmonté d’une longue arête trifide et plumeuse, dépendant de la glumelle inférieure ; — les Salsola, le Haloxylon articulatum, le Noaea spinosissima, dont le calice ailé fait un parachute au fruit ; — le Calligonum comosum, avec un fruit pourvu de longues émergences rousses, rameuses ; — les Farsetia et le Henophyton deserti dont les graines plates sont entourées d’une large aile blanche ; — le Zilla macroptera qui a des silicules indéhiscentes pourvues de quatre ailes longitudinales ; — le Cleome arabica à graines globuleuses, longuement velues ; — les Erodium et le Monsonia nivea avec leur longue arête soyeuse ; — les Tamarix et le Daemia cordata aux graines plumeuses ; — l’Anthyllis sericea dont la gousse est contenue dans le calice ballonné ; — citons, enfin, pour terminer cette énumération, le Marrubium deserti : son calice, au lieu d’avoir les crochets ou les pointes qui existent chez la plupart des espèces, a le limbe largement étalé en forme de parachute.

 

Depuis Messaad jusqu’au-delà d’Aïn-Soltan, nous longeons pendant deux jours le versant méridional du djebel Bou Kaïl, à l’altitude d’environ 1200 m. Dans les oasis, les Abricotiers et les Figuiers ont complètement supplanté les Dattiers. Au lieu d’Orge, on cultive ici un Froment à longues barbes. La brièveté de sa période de végétation fait de l’Orge la céréale qui convient, par excellence, aux pays tels que la Sahara, où la sécheresse vient bientôt mettre un terme à la végétation, et le nord de la Norvège, où l’été est fort court. Mais ici, près des montagnes, on a de l’eau, même en été, et le Froment est cultivé avec succès.

Le pays est tout aussi monotone qu’El Erg ou la Chebka. A gauche et à droite, des montagnes ; devant nous, derrière nous, la steppe d’Alfa à perte de vue, glauque et triste (Voir phot. 16). Dans les fonds, du Chih, du Zeita, de gros buissons de Retama sphaerocarpa, portant une multitude de fleurs jaunes sur leurs rameaux minces. C’est seulement dans les crevasses des rochers qu’on aperçoit une plante réellement verte : le Periploca angustifolia, une Asclépiadacée ligneuse, formant des buissons irréguliers, d’un vert foncé. Vu aussi un Olivier qui a été planté sur la tombe d’un saint marabout. L’arbre est sacré ; tous les passants accrochent à ses branches soit un lambeau de leur vêtement, soit une tresse d’alfa.

 

A la source d’El Bordj, non loin de Messaad, nous récoltons deux plantes qui en elles-mêmes n’offrent aucun intérêt, mais dont la présence indique d’une façon formelle que nous allons sortir du Grand Désert : Adiantum Capillus-Veneris et une Orchidacée fructifiée, probablement un Ophrys. Il n’y a pas, dans tout le Sahara, une seule Fougère, ni une seule Orchidacée. L’absence des Fougères, ainsi que des Ptéridophytes en général, et des Bryophytes, s’explique par le fait que ces plantes ont trop peu de chances de se reproduire. En effet, la fécondation ne peut s’opérer que par l’intermédiaire de la pluie : quel autre agent serait capable d’amener les spermatozoïdes dans le voisinage de l’archégone et de leur fournir la gouttelette liquide nécessaire à la natation ?

Il est probable pourtant qu’à une époque géologique toute récente, ces végétaux habitaient le territoire occupé maintenant par le désert. Les vestiges si frappants de l’érosion par les cours d’eau (oued Rirh, oued Mya, oued Mzab) témoignent de l’humidité de l’ancien climat. Mais à la suite de nous ne savons quelle perturbation, le climat s’est transformé, et une aridité croissante s’est substituée aux pluies de jadis. A mesure que la sécheresse faisait des progrès, la flore perdit les éléments qui avaient le plus grand besoin d’humidité, c’est-à-dire les plantes aquatiques, ainsi que les arbres forestiers et les plantes qui vivaient à leur ombre : Bryophytes, Ptéridophytes, Aracées, Scitaminées, Orchidacées, Amentinées, Mélastomacées, Gesnéracées, Acanthacées. Les lianes, les épiphytes et les épiphylles furent également détruites.

On voit qu’aucun des groupes qui comptent le plus de représentants dans la flore équatoriale n’a subsisté dans le désert. Or celui-ci touche, d’une part à la région forestière équatoriale, d’autre part à la région méditerranéenne. Ce ne sont certes pas les espèces forestières, adaptées à l’humidité et à l’ombre, qui n’ont pu se contenter du climat ardent et aride du Sahara. Les seules plantes qui furent en état de se maintenir sont celles de la région méditerranéenne, habituées à subir la sécheresse pendant une partie de l’année.

A ce résidu, peu important, de la flore primitive, s’ajoutèrent plus tard des espèces qui immigrèrent des pays limitrophes. Sont-elles venues de la forêt ? Evidemment non. Faisons seulement remarquer que tous les grands arbustes du Sahara ont une origine méditerranéenne : Ephedra alata, Salsola tetragona, Calligonum comosum, Rhus Oxyacantha, Capparis spinosa, Zizyphus Lotus, Tamarix. Parmi les petits arbrisseaux et les plantes herbacées, l’immense majorité des genres sont septentrionaux. Les formes endémiques sont presque toutes voisines de celles qui habitent les bords de la Méditerranée. Le Betoum, le seul arbre du Sahara algérien, est proche parent des Pistacia méditerranéens, et il faut aller bien loin vers le Sud ou vers l’Est, pour rencontrer des Acacia qui viennent du Sud.

En somme, au point de vue de la composition de sa flore, le Sahara est actuellement une dépendance de la région méditerranéenne.

 

Vers le soir du quatrième jour après Laghouat, nous nous engageons dans un défilé ouvert dans le djebel Bou Kaïl. Aussitôt la flore change. En fait de plantes désertiques il n’y a plus guère que l’Alfa et le Chih. La physionomie du paysage est donnée par les hauts buissons tortus de Juniperus Oxycedrus et par le Genista capitellata, formant à terre des touffes arrondies qui ont l’air de porcs-épics.

A mesure que nous nous élevons, nous constatons que le djebel Bou Kaïl n’est pas du tout une chaîne de montagnes, mais simplement un seuil gigantesque, haut de quatre cents mètres, qui fait communiquer le plateau inférieur, sur lequel nous venons de cheminer, avec un plateau supérieur, situé à l’altitude d’environ 1600 m. Ce haut-plateau a une largeur de soixante-dix kilomètres. Vers le Nord, du côté de Bou-Saada, il est limité par une marche, plus haute encore que celle que nous gravissons, et on tombe brusquement dans la grande plaine du Hodna, qui est à l’altitude de 450 m. et possède une flore saharienne typique.

Quant au haut-plateau lui-même, quoiqu’il touche presque de toutes parts au désert, sa flore est nettement différente de celle du Sahara. Les deux espèces qui dominent sont l’Alfa (Stipa tenacissima) et le Chih (Artemisia Herba-alba). La première, mêlée de quelques Lygeum Spartum, occupe toutes les parties sèches de la steppe. « ….. l’alfa est pour le voyageur la plus ennuyeuse végétation que je connaisse ; et, malheureusement, quand il s’empare de la plaine, c’est alors pour des lieues et des lieues. Imagine-toi toujours la même touffe poussant au hasard sur un terrain tout bosselé, avec l’aspect et la couleur d’un petit jonc, s’agitant, ondoyant comme une chevelure au moindre souffle, si bien qu’il y a presque toujours du vent dans l’Alfa. De loin, on dirait une immense moisson qui ne veut pas mûrir et qui se flétrit sans se dorer. De près, c’est un dédale, ce sont des méandres sans fin où l’on va en zig-zag, et où l’on bute à chaque pas. Ajoute à cette fatigue de marcher en trébuchant, la fatigue aussi grande d’avoir un jour entier devant les yeux ce steppe décourageant, vert comme un marais, et qu’on est obligé de jalonner de gros tas de pierres pour indiquer les routes » (Fromentin, =1896=, p. 52). Dans les petites dépressions, la végétation est composée de Chih, auquel se joignent des touffes sombres d’Artemisia campestris. D’innombrables troupeaux de chèvres et de moutons paissent dans l’Alfa. Les Nomades qui les gardent ont établi leurs douar (agglomérations de tentes) dans le voisinage des points d’eau. Près des campements, l’Alfa et même le Chih ont été éliminés, et l’on ne voit que le Harmel et le Thapsia garganica, une haute Ombellacée refusée par les herbivores.

 

Après deux longs jours de marche sur le plateau, monotone et ennuyeux, nous sommes à Aïn-Smara. Malgré son nom de « fontaine », c’est à proprement parler une fosse à purin : dans une dépression du sol on a creusé un trou où se collectent les eaux de ruissellement, après qu’elles ont lavé les déjections des troupeaux de la steppe. De tous les points de l’horizon, des femmes accompagnées de bourriquets, viennent s’approvisionner à la fosse ; religieusement elles remplissent leurs outres de cette eau bourbeuse. En attendant le moment de repartir vers le douar, chacun avec ses deux peaux de bouc, les ânes prennent un bain dans la fontaine et jettent le trouble parmi les légions de têtards qui s’y ébattent. Nous carressons du regard nos propres outres, qui sont encore suffisamment rebondies pour nous mener à Bou-Saada.

L’odeur de cette fontaine est insupportable. Faisons une petite promenade dans la steppe. Un jeune Arabe nous assure d’ailleurs qu’il connaît des Terfez ici. Effectivement, il les découvre. Il tapote du doigt aux endroits où la terre est un peu soulevée et craquelée en étoile ; si la percussion donne un bruit sonore, il creuse un peu, et presque chaque fois, à quelques centimètres sous la surface, on aperçoit une petite masse bosselée, grisâtre, qui est l’Ascomycète cherché. Les Terfez (Terfezia et Tirmania) ont une légère odeur de Truffe, et ils sont employés dans le Sahara aux mêmes usages que cette dernière.

 

A présent nous descendons sur le versant qui limite le haut-plateau vers le Nord. La pente est très rapide : en quelques heures nous passons de l’altitude de 1600 m. à celle de 600 m. Les vents humides qui soufflent de la Méditerranée viennent se heurter à la muraille presque verticale. Ils se refroidissent à mesure qu’ils s’élèvent, et il arrive un moment où leurs vapeurs se condensent sous forme de pluie et de rosée.

Spectacle depuis longtemps espéré, il y a des Mousses sur le sol, et les feuilles sont couvertes de rosée ! La végétation est essentiellement méditerranéenne. Voici les espèces les plus répandues et les plus caractéristiques : Pinus halepensis, Quercus Ballota, des Cistus et des Labiacées ligneuses (Rosmarinus, Lavandula), Olea europaea qui a été brouté à tel point qu’il devient dur comme un rocher, Pistacia Lentiscus, Juniperus Oxycedrus et J. communis, Catananche caespitosa, Centaurea Parlatorei, Rhamnus lycioides, Ephedra graeca, Retama sphaerocarpa, Genista capitellata, Anthyllis sericea, Stipa tenacissima.

Plus bas, nous rencontrons une zone intermédiaire d’où les Mousses, les arbres (Pins et Chênes), les broussailles (Cistes, Labiacées, Olivier, Lentisque, Genévrier et Rhamnus lycioides) et les Compositacées ont disparu pour ne laisser que l’Oxycèdre, les Papilionacées et l’Alfa.

Descendons encore de quelques centaines de mètres : ces dernières plantes s’effacent à leur tour devant la flore saharienne typique.

Près de Bou-Saada, la lutte contre les herbivores est de nouveau en jeu, et la flore ne se compose plus guère que de Thymelaea microphylla.

Nous venons de traverser un îlot méditerranéen, serré entre le haut-plateau et le désert. On s’explique sans peine pourquoi cette flore méditerranéenne fait défaut, à la même altitude, sur le versant méridional du plateau, que nous avons gravi il y a trois jours. Les deux versants ont en somme des climats très différents. Le long de celui qui est tourné vers le Nord, les courants atmosphériques doivent grimper et laisser condenser leur humidité. De l’autre côté, au contraire, le vent déjà appauvri en vapeur descend la pente ; il se réchauffe, par conséquent, et il enlève de l’humidité plutôt qu’il n’en dépose. Aussi n’y avons-nous rencontré que les végétaux de la zone intermédiaire d’ici, c’est-à-dire celle où la condensation ne s’opère pas encore.

 

A partir de Bou-Saada, nous sommes dans la plaine du Hodna, une dépendance septentrionale du Sahara. Elle est entourée de toutes parts par des montagnes, excepté en un point où elle communique avec le Grand Désert. Le centre de la plaine est occupé par le chott El Hodna, dans lequel passe la route de Bou-Saada à Msila.

La flore est celle des alluvions et des sables salés, entre Biskra et Tougourt : Salsolacées gorgées d’eau, Plombaginacées, Frankenia thymifolia et autres plantes garnies d’un revêtement salin. Dans le chott, que nous traversons sur une largeur d’une trentaine de kilomètres, la végétation se compose d’abord d’Echinopsilon muricatus et de Tamarix, puis uniquement de Salsola tetragona, auquel s’ajoutent plus tard l’Arthrocnemon macrostachyum et l’Atriplex Halimus.

 

Nous sommes à Msila. Deux journées de voyage à travers un pays cultivé nous mèneront à Bordj-bou-Arreridj, où nous prendrons le train pour Alger.

 

Supposons qu’un botaniste me demande quelques renseignements sur l’utilité d’un voyage dans le Sahara. Je lui dirais à peu près ceci : Si vous désirez voir un pays exotique avec une flore variée, n’allez pas au désert ; dirigez-vous plutôt vers une région équatoriale. — Voulez-vous étudier la flore désertique ? Vous pouvez vous contenter de Biskra : la plupart des espèces du Sahara algérien croissent dans les environs de la ville. — Dans le cas où vous voudriez voir les divers aspects caractéristiques du paysage saharien, mettez-vous à la tête d’une caravane ; vous marcherez pendant des journées entières sans vous baisser une seule fois pour cueillir une plante, et vous reviendrez finalement avec un butin presque nul : en tout un mois, vous aurez vu moins d’espèces végétales que si vous vous aviez herborisé un quart d’heure aux environs de Bruxelles. Et dites-vous bien qu’une telle expédition n’est possible que si vous ne craignez pas les longues marches exténuantes, les journées atrocement chaudes, les midis éblouissants, si vous n’avez pas peur de subir la soif, si vous aimez à coucher à la belle étoile, enfin, si vous ne vous laissez pas décourager par la nudité du pays.

Pour finir, regrettons qu’il n’y ait pas de jardin botanique dans le Sahara. Pendant les premiers temps, le botaniste est complètement dépaysé au milieu de ces plantes grasses ou de ces plantes sans feuilles, toutes semblables lorsqu’elles sont défleuries. Quant à des expériences physiologiques, il n’y faut pas songer. Pourtant il y aurait pas mal de sujets intéressants à étudier : l’absorption de la vapeur atmosphérique et de la rosée par les sels déliquescents et par les poils ; l’absorption de l’eau du sol par les poils radicaux persistants ; l’occlusion des stomates ; l’élimination des matières minérales qui encombrent l’économie de la plante ; la faculté de supporter la dessiccation, etc. Un tel établissement rendrait aussi de grands services au point de vue pratique, pour l’étude des maladies du Dattier, pour la sélection des races d’Orge, pour l’introduction de plantes fourragères, etc.

Rien ne serait plus facile que de faire cette station botanique à Biskra. La dépense serait faible ; les avantages pour la science et pour l’agriculture saharienne seraient inappréciables. Ce jardin aurait autant d’utilité que ’s Lands Plantentuin de Buitenzorg (Java). Et l’on aurait ainsi un centre d’études botaniques, permettant de comparer la riche végétation équatoriale à la végétation, si intéressante dans sa maigreur, qui croît au Sahara.

 

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Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. I.

[Illustration : 1. Deverra chlorantha (voir p. 283), sur des rochers qui ont éclaté par l’action de la chaleur et qui ont été ultérieurement sculptés par le sable. (Voir p. 279.)]

[Illustration : 2. Anabasis articulata. Sous la plante, rameaux morts tombés par terre. (Voir p. 222.)]

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

 

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. II.

[Illustration : 3. Une rue dans l’oasis de Biskra. Maisons en boue. (Voir p. 209.)]

[Illustration : 4. Plantations dans l’oasis de Biskra : Oliviers et Dattiers. (Voir p. 209.)]

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

 

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. III.

[Illustration : 5. Efflorescences salines sur le reg, à Biskra. Au milieu, un petit oued avec Salsolacées. (Voir p. 216.)]

[Illustration : 6. Limoniastrum Guyonianum (Zeita), presque entièrement ensevelis sous le sable. Devant, Nitraria tridentata. (Voir p. 212.)]

[Illustration : 7. Halocnemon strobilaceum, dans le chott Melrhir. (Voir p. 224.)]

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

 

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VI.

[Illustration : 8. Mirage dans un sebkha, entre Ayata et Tougourt. (Voir p. 234.)]

[Illustration : 9. Oasis enfoncées, près d’El Oued. (Voir p. 245.)]

[Illustration : 10. Maisons d’El Oued. Au milieu, un puits à balancier. (Voir p. 246 et 247.)]

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

 

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. V.

[Illustration : 11. Dunes nues dans le Souf. (Voir p. 243.)]

[Illustration : 12. Dunes nues dans le Souf. (Voir p. 243.)]

[Illustration : 13. Retama Raetam, dans le désert sableux au Sud de Tougourt. (Voir p. 239 et 263.)]

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

 

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VI.

[Illustration : 14. Aristida pungens (Drîn), dans le désert sableux au Sud de Tougourt. (Voir p. 237 et 257.)]

[Illustration : 15. La ville et l’oasis de Ouargla. (Voir p. 276.)]

[Illustration : 16. Stipa tenacissima (Alfa), sur le plateau à la base du djebel Bou Kaïl. (Voir p. 323.)]

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

 

Soc. roy. bot. Belg., t. XXXVII. Pl. VII.

[Illustration : 17. Salsola tetragona, dans le désert salé au Sud de Tougourt. (Voir p. 267.)]

[Illustration : 18. Désert pierreux (hamâda) près de Settafa. Au milieu, un gara. (Voir p. 308.)]

[Illustration : 19.Pistacia atlantica (Betoum) dans le daya de Tilremt. Devant, Zizyphus Lotus (Jujubier). (Voir p. 311 et 313.)]

J. M., phot. Phototypie H. Bridoux, à Bruxelles.

 

=Bibliographie.=

 

=1876.= GOBLET D’ALVIELLA. — Sahara et Laponie, 2e édition. Paris,