Une bibliothèque L'art d'acheter les livres, de les classer, de les conserver et de s'en servir
Chapitre VIII: Des Catalogues et de la Classification Bibliographique
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.
CHAPITRE VIII
DES CATALOGUES ET DE LA
CLASSIFICATION BIBLIOGRAPHIQUE
Différentes sortes de catalogues.—Catalogue alphabétique ou par noms
d'auteurs.—Emploi des fiches.—Ex-libris.—Timbrage et rondage des volumes.—Détermination du mot d'ordre et classement des fiches: nombreux cas douteux et principales difficultés.
Catalogue méthodique ou systématique, c'est-à-dire par ordre de matières.—
Classification de J.-Ch. Brunet.—Autres systèmes de classification bibliographique.—Classification décimale de M. Dewey.
«On ne jouit vraiment de ses livres qu'à la condition de les
classer, de les garder et de les cataloguer,» a prétendu
l'académicien Cuvillier-Fleury[429]. Et Jules Richard affirme de son côté que, dès qu'un «bibliophile amateur a commencé sa collection…, il lui faut tout de suite un catalogue; il le lui faut absolument; car il n'y a pas de vrai bibliophile ni de bibliothèque bien
classée sans catalogue[430]».
Sans être aussi certain de la rigoureuse et inflexible nécessité de
cette condition, du moins pour une modeste bibliothèque comme la nôtre, occupons-nous donc le plus succinctement possible, et si complexe, si rébarbative et ingrate que soit la matière, du catalogage des livres et de leur classification.
Les livres peuvent se classer et se cataloguer soit par noms
d'auteurs: c'est le catalogue alphabétique ou onomastique;—soit d'après les titres des ouvrages, c'est-à-dire par ordre de matières: c'est le catalogue méthodique, nommé aussi systématique ou idéologique;—soit selon la place que les volumes occupent sur les rayons: c'est le catalogue topographique, appelé par les Allemands
Lokal-Katalog[431]. On peut aussi les classer d'après leurs dates de publication ou d'impression, et l'on a le catalogue chronologique; ou d'après leurs lieux d'impression, ce qui donne le catalogue géographique: ces deux dernières sortes de catalogues sont presque exclusivement réservées aux incunables, et nous ne nous occuperons que des deux premières, du catalogue alphabétique et du catalogue méthodique.
Le catalogue alphabétique, écrit M. Albert Maire[432], «est le plus
important des catalogues d'une bibliothèque, celui qui est consulté sous toutes ses formes et à tous les instants». Le catalogue méthodique ne lui cède guère en utilité et mérite, et rend aussi les plus grands services. Avez-vous à chercher le titre d'un livre dont vous connaissez le nom de l'auteur, vous le trouvez sans difficulté avec le catalogue alphabétique; mais si vous ne connaissez pas ce nom, ou encore si vous voulez vous rendre compte du nombre d'ouvrages publiés sur une matière, c'est au catalogue méthodique qu'il faut recourir. Tous deux sont donc, et à peu près au même degré, d'un usage essentiel dans les bibliothèques publiques et les grandes collections.
Un principe tout d'abord: ne vous servez pas de registres pour
cataloguer vos volumes, mais de fiches ou cartes[433], faites en bon papier épais, de 8 ou 10 centimètres de large sur 12 ou 14 de haut, et que vous rangerez, par ordre alphabétique, dans une longue boîte
en bois[434], ou, si vos livres, et par conséquent vos fiches, sont en petit nombre, simplement en fort carton. En tête de chaque lettre, il est bon de placer une fiche, dite vedette, plus haute que les autres et de couleur différente, portant à son sommet mention de cette lettre.
Si votre bibliothèque comprend beaucoup de volumes, quatre ou
cinq mille au moins, il sera préférable d'employer des fiches articulées, qui se classent dans des boîtes en chêne, traversées dans toute leur longueur par une vis sans fin. Ces fiches,
échancrées à leur partie inférieure ou talon[435], se placent à cheval sur la vis sans fin. Chaque talon est réuni, par une articulation en toile, au corps de la fiche, à la fiche proprement dite, ce qui donne à celle-ci une grande mobilité, et rend les recherches des plus faciles. Chaque talon possède en outre, à droite et à gauche, un petit rebord en saillie qui vient s'engager dans une rainure tracée dans les parois latérales de la boîte. Le talon de la fiche étant ainsi, grâce à ce rebord, plus large que la boîte, il faut le diriger obliquement pour l'y faire entrer; lorsqu'il est en place, la fiche se trouve comme fixée, par sa partie inférieure, son talon, dans la boîte, et ne peut en être retirée verticalement. Il n'y a plus qu'à manœuvrer la vis au moyen d'une clef spéciale, qu'on ôte à volonté, pour faire avancer un écrou qui serre et immobilise les talons de toutes les fiches et, par suite, empêche celles-ci de se déplacer ou d'être enlevées. Mais chacune d'elles, grâce à l'articulation de toile, peut se mouvoir en avant et en arrière, osciller sur son talon, et par conséquent être aisément consultée. Veut-on extraire de la boîte ou y insérer une ou plusieurs fiches? Il suffit de desserrer la vis. Cet ingénieux système de fiches et de boîtes, d'usage fréquent dans les bibliothèques publiques,
porte le nom de son inventeur, M. Ferdinand Bonnange[436].
Sur chaque fiche on inscrit:
1o Le nom et le ou les prénoms de l'auteur: c'est ce nom qui
devient le mot d'ordre de la fiche, c'est-à-dire qui en détermine le classement: aussi doit-il être écrit en tête et en gros caractères, bien détaché de la suite de l'inscription;
2o Le titre (autant que possible complet) du livre, et, s'il y a lieu,
le chiffre de l'édition;
3o L'adresse, c'est-à-dire le lieu de publication, le nom de
l'éditeur[437] et la date de publication ou millésime;
4o L'indication du nombre de volumes, du format,—beaucoup y
ajoutent le nombre de pages,—et de l'état matériel du ou des
volumes de chaque ouvrage[438]: brochés, reliés, non rognés, dorés sur tranches, etc. Ces dernières indications se mettent toujours en abrégé: br., r. ou rel., n. r., d. s. tr. (Voir à l'Appendice:
A .) Si le titre ne mentionne pas la date de l'édition, on
inscrit sur la fiche s. d. (sans date) ou s. m. (sans millésime), et si le lieu de publication n'y figure pas non plus, on le constate de cette façon: s. l. n. d. (sans lieu ni date) ou s. l. n. m. (sans lieu ni millésime).
Si vous voulez procéder plus régulièrement encore et à l'instar
des bibliothèques publiques, vous aurez un registre d'entrée[439] sur lequel vous inscrirez, en lui donnant un numéro d'ordre, chacun de vos livres, à mesure qu'ils vous arriveront. Si l'ouvrage se compose de plusieurs volumes, il est préférable d'attribuer à chacun d'eux un numéro spécial: tous vos livres auront ainsi en quelque sorte, chacun distinctement, un état civil, et le dernier numéro porté sur votre registre vous indiquera le nombre de volumes entrés dans votre bibliothèque, le total de vos richesses.
Sur les registres ou cahiers du catalogue méthodique, dont il
sera question plus loin, vous ne donnerez, au contraire, qu'un seul numéro à chaque ouvrage, quelle que soit la quantité de volumes dont il se compose; et cela se comprend, puisque, là, dans le catalogue méthodique, chaque ouvrage n'est considéré qu'au point de vue du sujet qu'il traite, n'est envisagé que dans son ensemble, et ne doit, par conséquent, former qu'une unité.
Ces inscriptions effectuées, vous transcrivez dans l'angle gauche
supérieur de la fiche le numéro du registre du catalogue méthodique, ainsi que les lettres ou chiffre indices affectés à la section de ce catalogue à laquelle cet ouvrage appartient, ce qu'on nomme la cote, comme nous le verrons aussi plus loin. Quant au numéro du registre d'entrée, au lieu de le porter pareillement en tête de la fiche, vous l'inscrirez au-dessous du titre et de l'adresse. Voici pourquoi. Un ouvrage peut se composer de nombreux volumes, qui, s'il est en cours de publication, par exemple, vous seront adressés successivement; et, comme vous devez assigner à chacun d'eux un numéro d'ordre, la place ne tarderait pas à vous manquer pour ces inscriptions: vous seriez arrêté, quelques centimètres au-dessous du bord supérieur de la fiche, par le nom de l'auteur, le mot d'ordre, qui, comme nous l'avons dit, doit être écrit en tête et en gros caractères. De plus, les mêmes ouvrages, quel qu'en soit le nombre d'exemplaires que vous possédez, devant respectivement figurer sur la même fiche, avec leurs numéros d'entrée, le chiffre et le format de leur édition, et ce qui caractérise chacune d'elles ou chaque exemplaire (illustrée, annotée, revue, etc.;—broché, cartonné, relié, etc.), il est indispensable de réserver pour ces inscriptions une place suffisante, et, cette place, vous ne pouvez la trouver qu'au-dessous du mot d'ordre, du titre et de l'adresse. Si elle venait à vous faire défaut, si votre fiche était complètement remplie,—ce qui peut arriver, même assez vite, spécialement pour les publications périodiques, dont vous recevez un ou plusieurs volumes par année, —vous prendriez une seconde fiche, que vous réuniriez à la première par le talon, à l'aide de colle, et sur laquelle vous continueriez vos inscriptions. Ajoutons que numéro d'entrée et cote du catalogue méthodique doivent figurer sur l'ex-libris de chaque volume, étiquette ou vignette que vous collerez ou avez déjà collée au verso du premier plat de la couverture.
Supposons que nous ayons à rédiger la fiche d'un exemplaire
broché de l'Histoire de Paris de Dulaure, composé de quatre volumes, inscrits sur notre registre d'entrée sous les numéros 3415 à 3418, et, sur le registre de la section du catalogue méthodique (Histoire: U; Histoire de France U V1; Paris U V1 Oa.—Classification
de Brunet, voir infra, pp. 278-281) sous le no 62; nous libellerons et disposerons ainsi nos diverses indications sur une des fiches précédemment décrites, une fiche du système Bonnange:
U V1 Oa
No 62
DULAURE (J.-A.)
Histoire physique, civile et morale de Paris, 7e édit.
Paris, Librairie des Publications illustrées, 1864. 4 vol. in-8 br.
No 3415: Tome 1.
— 3416: — 2.
— 3417: — 3.
— 3418: — 4.
Par abréviation, on pourrait réunir ces quatre derniers numéros et
se contenter d'écrire, après «4 vol. in-8 br.»: Nos 3415-3418; mais l'affectation d'un numéro spécial à chaque tome sur la fiche même est préférable; elle permet de faire suivre cette mention de la désignation des caractères particuliers à chaque tome comme à chaque ouvrage: relié, broché, etc., et de donner ainsi encore une fois à tous vos livres, sur le registre d'entrée aussi bien que sur les fiches, une sorte de certificat d'identité ou d'état civil.
Pour les tomaisons, employez toujours les chiffres arabes, de
préférence aux chiffres romains, qui occupent trop d'espace et sont une source de confusion et d'erreurs. (Voir l'Appendice.)
De même, pour la fiche d'un exemplaire du roman d'Alphonse
Daudet, Sapho, nous aurions,—la cote du catalogue méthodique étant: Belles-Lettres: O; Fictions en prose: O IV; Romans: O IV 2; Romans français: O IV 2 D; et le numéro d'ordre supposé 515:
O IV 2 D
No 515
DAUDET (Alphonse).
Sapho, mœurs parisiennes.
Paris, Charpentier, 1884. In-18. Cart. brad.
No 4841.
Si un ou plusieurs autres exemplaires de ce même roman
venaient s'ajouter à votre bibliothèque, vous inscririez sur la fiche précédente, au-dessous du No 4841, affecté à l'exemplaire que vous possédez déjà, les numéros d'entrée de vos nouveaux exemplaires, avec les mentions de rigueur:
No 5307: Paris, Flammarion, s. m. In-18. Illustr. Rel. toile.
No 6015: Paris, Lemerre, 1895. Pet. in-12. Br.
Pour un journal ou un recueil périodique, nous aurions:
U Journaux I b
No 43
REVUE DES BIBLIOTHÈQUES. Mensuelle. In-8.
Directeurs: Émile Chatelain et Léon Dorez.
Paris, Émile Bouillon, édit.
No 5885: 4e année, 1894. Demi-rel. chagr. — 7921: 5e — 1895. — — 8518: 6e — 1896. — — 9302: 7e — 1887. — — 9950: 8e — 1898. — — 10217: 9e — 1899. — — 11588: 10e — 1900. —
Nous rappelons que, pour ces nombreuses inscriptions, une fois
la première fiche remplie, on en prend une seconde, puis, s'il le faut, une troisième, une quatrième, etc., et on les réunit toutes par leur talon, qui, grâce à la charnière de toile, laisse indépendante et mobile la partie supérieure, la fiche proprement dite.
Il arrive très fréquemment que le nom de l'auteur figure,
accompagné de mentions ou de qualités, à la suite du titre de l'ouvrage; il est bon alors, quoique ce nom soit déjà placé comme mot d'ordre en tête de la fiche, de le maintenir à son rang dans la transcription du titre. Souvent même il s'y trouve comme incorporé. Exemples:
CHARTIER (Alain).
Les O[eu]vres de feu messire Alain Chartier.
Paris, Galliot du Pré, 1529. In-8. Rel. en vélin.
PASCAL (Blaise).
Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres
sujets, qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers.
Paris, Guillaume Desprez, 1670. In-8. Rel. en parch.
Il ne faut jamais modifier sur les fiches le texte du titre d'un
ouvrage; si ce texte est trop long, s'il semble diffus et chargé de détails inutiles, et qu'on juge à propos de l'abréger, on indiquera par des points (trois points suffisent:…) chaque endroit où une suppression a été opérée.
Si un ouvrage, composé d'un certain nombre de volumes ou de
parties, a mis plusieurs années à paraître, a été, en d'autres termes, imprimé à des dates différentes, on inscrit sur la fiche les deux dates extrêmes, c'est-à-dire celle qui est portée sur le titre du premier volume et celle du dernier, et on les joint par un trait d'union. Ainsi: 1864-1867 indique que l'ouvrage a commencé à paraître ou à être imprimé en 1864 (millésime du premier volume), et qu'il a été terminé en 1867 (millésime du dernier). On pourrait encore, ce qui vaudrait mieux, ajouter à la suite de chaque tome l'adresse de ce tome:
No 1219: Tome 1. Paris, Hetzel, 1864. No 2502: — 2. — — 1865. No 3909: — 3. — — 1867.
Quand un ouvrage n'a qu'un seul volume, il suffit, comme nous
l'avons fait tout à l'heure (fiches D , C , etc.), d'en indiquer le format; la mention 1 vol. se trouve sous-entendue.
Pour vos fiches ou cartes, comme pour vos registres, une
écriture droite, du genre de la petite ronde, est de beaucoup préférable à l'écriture penchée, dite anglaise. L'écriture droite permet de faire tenir dans un même espace bien plus de texte que l'anglaise, et elle s'accommode mieux, par suite, avec les colonnes
des registres[440]. Écrivez toujours bien lisiblement et, autant que possible, pas trop fin. Vous pouvez d'ailleurs et vous devez même tracer en plus forts caractères certaines mentions, telles que le mot d'ordre; en souligner d'autres: le titre du livre, par exemple; dans certains cas, il vous est loisible d'incliner légèrement votre écriture, en imitant l'italique: vous donnerez ainsi à vos fiches toute la clarté désirable et le meilleur aspect possible.
Les bibliothèques publiques remplacent les ex-libris par des
empreintes à l'encre grasse et indélébile, faites sur le titre des livres au moyen du timbre même de ces bibliothèques, et elles inscrivent souvent dans le champ de cette empreinte la cote du livre. Le même cachet est reporté plus loin à deux endroits: à la dernière page du volume, et à une page conventionnelle, qui est toujours la même pour chaque bibliothèque: page 97, anciennement page 101, pour la Bibliothèque nationale; page 41 pour la bibliothèque Sainte-Geneviève; page 99 pour les bibliothèques universitaires; etc. Si le volume n'atteint pas le chiffre de la page conventionnelle, après avoir apposé l'empreinte sur le titre et sur la dernière page, on timbre,—à la Bibliothèque nationale du moins,—la première page de la deuxième feuille. «La forme du timbre est d'une grande
importance pour ne pas abîmer le livre, écrit le docteur Graesel[441]; c'est pour cette raison qu'en France, où le timbrage triple est obligatoire dans toutes les bibliothèques publiques, une circulaire
ministérielle[442] a recommandé d'employer des timbres oblongs et de faible diamètre, de telle façon qu'on puisse les appliquer sur les marges des volumes sans risque de couvrir le texte.»
C'est par ces marques indélébiles que les établissements publics
attestent leur propriété et se précautionnent contre les détournements ou adirements de leurs livres. Afin qu'on puisse aisément reconnaître et trouver les volumes lorsqu'ils sont en place sur les rayons, la cote, ou simplement le numéro du registre d'entrée est inscrit sur une étiquette de papier, en forme de menue rondelle
(d'où le nom de rondage donné à cette opération[443]), que l'on colle
au dos de chaque livre[444].
Mais vous, dont les volumes n'ont pas à redouter des mains
étrangères et ne doivent pas sortir de votre cabinet de travail, gardez-vous bien de souiller et déshonorer de la sorte vos chers trésors: pas de rondelles sur leurs dos, pas de timbres sur leurs feuilles de garde ou de titre, pas de cachets gras sur leurs pages, pas d'inscriptions à l'encre, si ce n'est des dédicaces d'auteurs étalées en belle place sur le recto du faux titre, un ex-dono auctoris qui spécialise votre exemplaire et en augmente le prix.
Les aristocratiques amateurs d'autrefois faisaient graver,
pousser, leurs armoiries sur les plats de leurs reliures. A défaut de cette somptueuse marque de propriété, vous avez de très artistiques vignettes destinées à servir d'ex-libris, et vous pouvez encore, pour comble de précaution et tout comme le président Auguste de
Thou[445], faire pousser vos initiales au bas du dos de vos livres, même de vos simples bradels.
*
* *
Un grand nombre de difficultés peuvent se présenter dans la
rédaction et le classement des fiches, dans la fixation et la transcription de ce mot d'ordre, dont nous avons parlé tout à l'heure, ce mot à mettre en tête de la fiche, mot qui déterminera le classement et qu'il faudra chercher quand on recourra au catalogue. Voici les plus fréquentes de ces difficultés et leurs solutions.
Les noms précédés de la particule nobiliaire de ou d' rejettent
cette particule après le nom. Ainsi:
Joseph de Maistre s'écrira: M (Joseph de); Mme de Sévigné — S (Mme de); Comte d'Houdetot — H (Comte d'); M.-A.-P. d'Avezac — A (M.-A.-P. d').
Au contraire, les noms précédés de l'article le ou la se classent à
la lettre L:
Jean Le Maire s'écrira: L M (Jean); Jean de la Fontaine — L F (Jean de); Duc de la Rochefoucauld — L R (Duc de).
Et non: M (Jean Le); F (Jean de la);
R (Duc de la)[446].
Les noms précédés de la particule nobiliaire du ou des ne
rejettent pas cette particule à la fin et se classent à la lettre D. La raison qu'on donne pour justifier cette règle, c'est que du étant mis pour de le, des pour de les, c'est cet article contracté qui, comme tout à l'heure l'article simple, doit déterminer le classement.
Joachim du Bellay s'écrira donc: D B (Joachim);
Jacques des Barreaux — D B (Jacques).
Peut-être vaudrait-il mieux adopter une règle uniforme et mettre
toujours le mot d'ordre au nominatif. On ne verrait pas alors de ces anomalies: Henri de Verdier classé à V (Henri de), et Henri
du Verdier classé à D V (Henri)[447].
Les mêmes singularités et contradictions se retrouvent avec les
particules étrangères: von, zum, zur (allemand); van, ten, ter, de (hollandais); da (portugais); o', mc, mac (irlandais et écossais); etc. Von se rejette toujours après le nom: M (Johann von); S
(Theodor von). Mais on écrit[448] Z B (Karl Ad.[449]), Z H (D. A.); V P (J.-B.-B.), V B (J.), T B , D D (Ed.); D C (P.); O'B (Matthew), M -
K (D.). M -L (C.), M -C (J.), M'C (W.)[450]; etc.
D'autres bibliographes classent, au contraire, van Aelbroeck à
A (van), van Praet à P (van), et même von Schlegel à
S (von)[451]; etc.
Ajoutons que, dans les noms allemands, les voyelles surmontées
d'un tréma, ä, ö, ü, sont considérées comme l'équivalent de æ, œ, ue, de sorte que les noms Hänel, Löwenfeld et Dümmler seront placés comme s'ils étaient écrits: H , L et D . C'est même sous ces dernières formes, conseille M.
Léopold Delisle[452], qu'il sera bon d'inscrire les noms au sommet des fiches.
Si un nom est composé de plusieurs mots, c'est généralement le
premier mot qui est le mot d'ordre. On écrira donc, et l'on effectuera le classement en conséquence:
A 'A , et non A (Arnauld d'); L T , — T (Lenain de); M -B , — B (Malte-).
Cependant Poquelin de Molière, François de Salignac de la
Mothe-Fénelon, Arouet de Voltaire, Charles de Secondat de Montesquieu, Caron de Beaumarchais, etc., se classent à M ,
F , V , M , B , etc., parce que ces noms, universellement connus, s'imposent comme mots d'ordre; et les fiches seront rédigées sous cette forme: M (Poquelin
de), F (François de Salignac de la Mothe-), etc.
Les femmes auteurs sont désignées par le nom sous lequel elles
ont publié leurs ouvrages:
D (Anne Lefèvre, femme d'André); S (Marie de Rabutin-Chantal, marquise de).
Lorsque plusieurs auteurs portent le même nom, on les classe
d'après leurs prénoms: C (Pierre) avant C (Thomas).
Si les prénoms sont les mêmes pour plusieurs homonymes, les
qualités, grades ou professions, joints à ces noms par les auteurs eux-mêmes, ou ajoutés exceptionnellement par vous, détermineront le classement. D (Alexandre) fils se classera alphabétiquement
avant D (Alexandre) père[453]; M (Henri), archiviste paléographe, conservateur à la bibliothèque de l'Arsenal, avant M (Henri), historien, membre de l'Académie française, et ce
dernier avant M (Henri), professeur, membre de l'Académie
des inscriptions.
Les homonymes dont les prénoms seraient inconnus se
classeraient par ordre chronologique.
Certains personnages, tels que les princes souverains, les
papes, divers prélats et écrivains, etc., n'ont point, à proprement parler, de noms de famille, et ne sont communément désignés que par leurs prénoms: c'est ce prénom qui sera le mot d'ordre, «et l'on
distinguera, dit M. Léopold Delisle[454], les homonymes par le nom des États qu'ils ont gouvernés, des églises qu'ils ont administrées, des localités dont ils sont originaires. Dans la série des homonymes, les saints passent au premier rang. Les papes viennent à la place que l'ordre alphabétique assigne au mot pape.» Exemples:
C VIII, roi de France… C , duc d'Orléans… P (saint).
P Diacre.
P d'Égine.
P III, pape.
P I, empereur de Russie. P , abbé de Bonne-Espérance. P le Bon, duc de Bourgogne. P II, roi d'Espagne. P III, roi de France. P de Thessalonique.
«Pour les personnages qualifiés de saints ou de bienheureux, les
mots saint et bienheureux doivent être mis de côté, tandis que ces mots font partie intégrante des noms de lieu ou d'institution dans la
composition desquels ils sont entrés[455].» On écrira donc:
B (saint), Règle…
L (saint), Enseignements…
Mais on mettra à la lettre S les articles:
S -B -sur-Loire (Abbaye de)… S -L (Ordre de)… S -L -des-Français, à Rome (Église de)…
On classera aussi «à la lettre S les noms d'hommes tirés d'un
nom dans lequel le mot Saint entre comme partie intégrante[456]». Exemples:
S -F (G.-F. de), Essais historiques sur Paris…
S -P (Bernardin de[457]), Paul et Virginie… S -V (J.-M. Bins de), Tableau historique et pittoresque
de Paris…
Pour les auteurs dont on possède des exemplaires des œuvres
complètes, des œuvres choisies et d'ouvrages séparés, on classe en premier lieu la fiche relative aux œuvres complètes, inscrites dans l'ordre chronologique des éditions; puis la fiche concernant les œuvres choisies, rédigée de même; les fiches relatives aux ouvrages publiés séparément viennent après, rangées par ordre
alphabétique des titres[458]. Exemples:
C , Œuvres complètes… C , Œuvres choisies… C , Atala…
C , Martyrs (les)… C , Natchez (les)…
Si un auteur a publié plusieurs de ses ouvrages sous des noms
différents, on rédige la fiche complète ou fiche principale avec, pour mot d'ordre, le nom généralement le plus connu, et l'on met à chaque autre nom une fiche de rappel ou de renvoi. Ainsi Voltaire (qui est déjà un pseudonyme et représente Arouet) a signé ses
écrits de cent soixante noms différents[459]. Vous cataloguerez toutes ces publications à V sous cette forme:
(Cote du
catalogue méthodique.)
VOLTAIRE [François-Marie A de]. [Docteur R ].
Candide ou l'Optimisme, roman traduit de l'allemand du
docteur Ralph…
(Numéro du
registre d'entrée.)
(Cote du
catalogue méthodique.)
VOLTAIRE [François-Marie A de]. [Docteur A ].
Diatribe du docteur Akakia…
(Numéro du
registre d'entrée.)
Et vous mettez à R (Docteur) et à A (Docteur) une
fiche de renvoi:
RALPH (Docteur).
Voir V .
Vous pouvez ajouter, à l'angle gauche supérieur de la fiche de
renvoi, la cote du catalogue méthodique inscrite sur la fiche principale, le plus valant mieux que le moins.
Les premières éditions des Provinciales de Pascal ont paru sous
le nom de Louis de Montalte; vous cataloguerez de la sorte un exemplaire d'une de ces premières éditions:
PASCAL (Blaise). [M (Louis de)].
Les Provinciales ou les Lettres écrites par Louis de Montalte
à un provincial de ses amis, et aux RR. PP. Jésuites, 9e édit.
Cologne, Nicolas Schoute, 1685. In-12. Rel. v.
Et à M vous placerez une fiche de renvoi:
MONTALTE (Louis de).
Voir P (Blaise).
Quelques bibliographes font l'inverse, placent la fiche principale
au nom porté sur le titre, soit à M dans le dernier exemple,
et la fiche de renvoi à P ; mais la plupart sont d'un avis
contraire et estiment qu'il faut prendre comme mot d'ordre le vrai nom ou le nom le plus connu. «C'est cette dernière manière de faire qui a été en général suivie, et avec raison selon nous, dit le docteur
Graesel[460], parce qu'elle est plus conforme à ce grand principe qui veut que tous les ouvrages d'un même auteur soient autant que
possible réunis sous son vrai nom[461], qu'ils aient paru sous ce vrai nom, sous un nom supposé ou même sous le voile de l'anonymat.»
De même, s'il s'agit d'un nom traduit, d'une métonomasie:—
M , traduction grecque de l'allemand Schwarzerd (ou
Schwartzerde), terre noire; Œ , traduction grecque de
l'allemand Hausschein, lumière de la maison; Q ,
traduction latine du français Duchesne; C , traduction latine du français Duchâtel; etc.,—il faut prendre pour mot d'ordre le nom traduit, qui est le seul connu, le seul inscrit sur les titres des œuvres, et l'on mettra, si l'on veut, au nom véritable et qui ne figure sur aucune œuvre, une fiche de renvoi. Contrairement à cette règle si rationnelle, la Bibliothèque nationale porte toujours l'auteur à son
nom véritable[462]: c'est comme si, dans un dictionnaire biographique, il fallait chercher Mélanchthon à S ou
Œcolampade à H , et, pour cela, d'abord se rappeler,—ou
plutôt savoir, savoir précisément ce que l'on cherche,—les vrais noms de Mélanchthon et d'Œcolampade. Ajoutons que c'est aux dictionnaires, à vrai dire, et non aux fiches de catalogues, à donner ces renseignements d'état civil et d'histoire littéraire.
Pour les ouvrages faits en collaboration, vous rédigez une fiche
complète ou fiche principale, que vous classez au nom du premier des auteurs, et des fiches de renvoi au nom de l'autre ou des autres. Exemple:
Fiche principale:
(Cote du
catalogue méthodique.)
ALEXANDRE, PLANCHE et DEFAUCONPRET.
Dictionnaire français-grec, composé sur le plan des meilleurs
dictionnaires français-latins, et enrichi d'une table des noms
irréguliers, d'une table très complète des verbes irréguliers ou
difficiles, et d'un vocabulaire des noms propres.
Paris, Hachette, 1869. In-8. Cart. toile.
(Numéro du
registre d'entrée.)
Première fiche de renvoi:
PLANCHE.
Voir A , P et D .
Deuxième fiche de renvoi:
DEFAUCONPRET.
Voir A , P et D .
Si vous avez affaire à un ouvrage traduit, vous rédigez de même
deux fiches, l'une—fiche complète ou principale—au nom de l'auteur, l'autre—fiche de renvoi—au nom du traducteur. Exemple:
Fiche principale:
(Cote du
catalogue méthodique.)
HOFFMANN.
Contes fantastiques, trad. par X. Marmier.
Paris, Charpentier, 1869. In-18. Br.
(Numéro du
registre d'entrée.)
Fiche de renvoi:
MARMIER (X.)
Voir H .
De même, les factums et pièces de procédure sont portés au
premier nom inscrit dans l'énoncé du titre (demandeur ou défendeur), avec renvois au nom de la partie adverse, des avocats, etc. Exemple: Mémoire pour Claude V et Marguerite F , sa femme, de La Chapelle, terre de Luxeuil, défendeurs originaires, contre M. de C -T , abbé commendataire de l'abbaye de Luxeuil… demandeur, et Louis M , de
Dambenoît, appelé dans la cause (au sujet du droit de formariage; 1786. In-4).—La fiche principale doit être portée à V , et il faut
placer des fiches de renvoi aux autres noms[463].
Les fiches des ouvrages anonymes se classent de plusieurs
manières. On peut les grouper toutes ensemble;—ou bien placer en tête de chaque lettre celles qui commencent par cette lettre;—ou
bien prendre pour mot d'ordre le substantif principal du titre[464];—ou encore prendre le premier substantif nominatif du titre: c'est ce dernier système que préconisent, sauf quelques cas particuliers,
MM. Léopold Delisle, Jules Cousin et Graesel[465], et la plupart des bibliographes. Les explications fournies par le docteur Graesel à ce sujet sont très probantes et établissent bien la différence qui existe et doit toujours être maintenue entre les deux catalogues, l'alphabétique et le méthodique.
«En choisissant, dit-il, comme mot d'ordre, à l'exclusion de tout
autre, celui qui indique le mieux quel est le sujet traité dans l'ouvrage, on arriverait promptement à confondre le catalogue alphabétique des noms d'auteurs avec le catalogue alphabétique des matières (catalogue méthodique), bien qu'ils diffèrent l'un de l'autre du tout au tout… Le catalogue alphabétique (des noms d'auteurs) n'est pas fait pour qu'on puisse y rechercher les livres dont on ne connaît que vaguement le titre, quand on ne l'a pas oublié tout à fait: dans ce cas, en effet, et pourvu qu'on se souvienne du sujet de l'ouvrage que l'on désire, il sera toujours possible de le
retrouver au catalogue méthodique[466].»
Supposons un ouvrage anonyme intitulé Manuel de bibliographie;
le mot capital, le mot typique de ce titre est «Bibliographie», et c'est à la lettre B qu'on est de prime abord tenté de classer la fiche. Mais, au lieu de ce titre très simple, supposez celui-ci: Manuel de bibliographie, bibliotechnie, typographie et reliure; vous avez là quatre mots typiques, quatre mots d'ordre par conséquent, et équitablement il vous faudrait rédiger, pour votre catalogue alphabétique, quatre fiches complètes de classement. Au lieu de ces quatre fiches, on n'en fait qu'une en prenant le mot M pour
mot d'ordre de ce catalogue. Il va sans dire qu'au catalogue de matières, on classera la fiche complète dans la section de la B , le mot M servant encore de mot d'ordre alphabétique, et qu'on mettra des fiches de renvoi à B ,
T et R .
Il arrive fréquemment, pour les livres antérieurs au e XIX siècle,
que le nom de l'auteur n'est pas indiqué sur le titre, mais se trouve soit au bas de la préface ou de l'épître dédicatoire, soit à la fin du volume, dans le privilège ou permission d'imprimer. L'ouvrage alors ne doit pas être considéré comme anonyme. Il faut inscrire sur la fiche le nom de l'auteur entre crochets et la classer à ce nom.
Si le titre de l'ouvrage ne porte que les initiales du nom de
l'auteur, tâcher d'abord de restituer ce nom dans son entier, et, si l'on y parvient, inscrire, encore entre crochets, ce nom ou sa partie manquante, à la suite des initiales, et classer en conséquence. Exemples:
G. M. [ ]: classer à M ;
L.-E. J. [L -E J ]: classer à J .
Choix de petits romans de différents genres, par M. L. M. D.
P.
Londres, 1789. 2 vol. in-18.
Ces initiales signifiant: M. le marquis de Paulmy, mettre en tête
de la fiche:
[PAULMY (marquis de)]
et classer à P .
Si le nom est inconnu, on peut ou considérer l'ouvrage comme
anonyme, ou le classer à la dernière initiale qui figure sur le titre comme nom d'auteur, ou, au contraire, selon d'autres bibliographes, à la première initiale; c'est-à-dire que ceux-ci considèrent cette première initiale comme étant celle du nom de famille de l'auteur, l'autre ou les autres initiales étant celles de ses prénoms; tandis que ceux-là estiment que c'est la dernière initiale qui doit être celle du nom. Soit un ouvrage intitulé Pensées chrétiennes, par D. R. T., dont l'auteur est absolument inconnu; on classera la fiche ou comme
celles des ouvrages anonymes[467], ou à la lettre T, ou à la lettre
D[468].
Quelques écrivains, parmi ceux notamment dont les noms de
famille sont très répandus, ont imaginé, pour éviter autant que possible toute confusion, de joindre, par un tiret ou trait d'union, ce nom à leur prénom. Louis-Aimé Martin, par exemple, l'éditeur de Bernardin de Saint-Pierre, signait ses livres: L. Aimé-Martin; de même M. Fernand Lafargue a signé la plupart de ses romans: Fernand-Lafargue. Il est nécessaire, dans ce cas, de rédiger deux fiches, l'une—principale—à M et à L ; l'autre—de
renvoi—à A -M et à F -L [469].
Les journaux et périodiques se classent, comme les ouvrages
anonymes, soit à part, soit à leur mot d'ordre[470], qui est, nous l'avons vu, le premier substantif nominatif du titre. Ainsi, au catalogue alphabétique, le Magasin pittoresque se classera à M ; le Moniteur du Sport et de la Mode, à M ; au catalogue méthodique, nous classerions ce dernier périodique à S (fiche principale) et mettrions à M une fiche de renvoi. Ne craignez pas d'ailleurs de trop multiplier les fiches de renvoi: «un catalogue bien ordonné ne contient jamais trop de renvois», dit très bien l'Instruction générale, du 4 mai 1878, relative au service des
bibliothèques universitaires[471].
Outre le double catalogage de rigueur, alphabétique et
méthodique, il est d'usage de cataloguer à part les manuscrits, les incunables, les volumes de grande valeur, tous les joyaux d'une bibliothèque, ce qu'on appelle à notre Bibliothèque nationale, ainsi que nous l'avons dit déjà, la réserve. Comme il est utile de décrire ces ouvrages en détail, d'en reproduire même avec exactitude la disposition typographique du titre, de l'incipit ou du colophon, en signalant les particularités de l'exemplaire, le format de notre fiche habituelle (8 ou 10 centimètres sur 12 ou 14) peut être insuffisant pour de tels développements. On se servira donc, pour ce catalogue spécial, de feuilles de papier plus grandes (pot, tellière, etc.), qu'on
renfermera dans des reliures mobiles ad hoc[472], et l'on rédigera ces descriptions dans le genre des modèles suivants, empruntés, sauf de légères modifications, à l'excellent Manuel du libraire de Jacques-
Charles Brunet et à son supplément[473].
CONTENANCES (Les ||) de la Table. || S. l. n. d., in-4, de 6
ff.
Le premier feuillet contient le titre, qui commence par une grande L
historiée de Vérard; les deux feuillets suivants sont signés a ii et a iii. Le
reste de la pièce est sans chiffres ni réclames; il n'y a pas de ponctuation.
Le 10e quatrain, qui finit le verso du 2e f. et commence le 3e,
a cinq vers; c'est-à-dire que le 2e vers se trouve répété en haut
du 3e f., ce qui constitue une sorte de réclame.
Au verso du 5e f. commence une ballade de 3 strophes
octosyllabiques, plus un quatrain, et à la suite, au bas du recto
du 6e f., on lit: Cy finissent les contenāces de la table.[474]
CHRONIQUES DE NORMANDIE.
Les croniques de normendie || nouuellement jmprimees a ||
Rouen. Au verso du dernier f., 2e col., on lit: Cy finissent…
nouuellemēt īprimees a Rou || en pour Pierre regnault libraire de
|| luniuersite || de caē demourāt en froi || de rue a lenseigne
saint Pierre (sans date). Pet. in-fol. goth. à 2 col. de 46 lig.
Édition belle et rare, qui doit avoir paru vers 1500. Les feuillets n'en sont
pas chiffrés, mais ils ont des signatures. Les six premiers ff. contiennent le
titre en trois lignes, et surmonté de la marque de l'imprimeur tirée en rouge,
la table des chapitres, et au verso du 6e f. une figure sur bois, avec le
sommaire du texte impr. en gros caractères. Ce texte commence avec le
cahier a, et continue jusqu'au recto du 5e f. du cahier r, 2e col.; le 6e f. est
blanc. Tous ces cahiers ont chacun 6 feuillets. A la seconde colonne du recto
du feuillet qui suit la signature O ii, se lit cette rubrique: Cy apres ensuit vng
petit traicte leq̄l parle de la guerre cōtinuee entre francois et anglois depuis la
mort du roy henri II. nōme de lenclastre (sic) iusques a lannee destreues
donnees et accordees en lā mil cccc. xliiii[475].
AMBROISE (S.). Sensuyt le Traictie sainct Ambroise || du
bien de la mort. Au ro du 39e f., lig. 6, on lit: [¶] cy finist le liure
de sainct Ambroise du || bien de la mort. S. l. n. d. (vers 1510),
pet. in-8, goth., de 39 ff., sign. A.-E., grav. en b. sur le titre[476].
PLAI || SANT Blason, || (Le) de la teste de || Boys. || S. l. n.
d. (Lyon, vers 1555), in-16, de 8 ff. non chiff., de 23 l. à la page,
en lettres rondes, sign. A-B. par 4.
Le vo du titre est blanc.
Pièce fort curieuse, que reproduisent MM. de Montaiglon et de Rothschild
au tome XIII des Poësies franç. des e XV et e XVI siècles, d'après l'exempl.
unique, qui est conservé à Aix dans la bibliothèque Méjanes, no 30 047, dans
un recueil qui contient en outre la Loittre de Tenot à Piarrot, l'Admonition
contre la dissolution des Habitz, et le Franc Archier de Cherré[477].
LESCARBOT (Marc). Histoire || de la novvelle || France ||
contenant les navigations, découvertes, & habi || tations faites
par les François ès Indes Occiden || tales, & Nouvelle-France
souz l'avœu & autho || rité de noz Rois Tres-Chrestiens, & les
diverses || fortunes d'iceux en l'exécution de ces choses, ||
depuis cent ans jusques à hui. || En quoy est comprise l'Histoire
Morale, Naturele, et Geo || graphique de ladite Province: Avec
les Tables & || Figures d'icelle. || Par Marc Lescarbot Aduocat en
Parlement, || Témoin oculaire d'vne partie des choses ici
récitées. || Multa renascentur quæ iam cecidere cadentque. || A
Paris, || chez Iean Milot, tenant sa boutique sur les degrez || de
la grand' salle du Palais. || M. DC. IX. || Avec Privilége du Roy
(du 27 novembre 1608), in-8, de XXIV ff. lim. et 444 ff. chiff.; à la
page 207 se trouve la: Figvre dv port de Ganabara av Brésil; à
la p. 236: Figvre de la terre nevve. Grande Riviere de Canada,
et côtes de l'Ocean en la Novvelle France; à la p. 480: Figvre de
Port Royal en la Novvelle France. Par Marc Lescarbot, 1609.
(Jan Svvelinck sculp., J. Millot excudit)[478].
LE SAGE (Alain-René).
Histoire || de Gil Blas || de Santillanne (sic). || Par M. Le
Sage. || Dernière édition, revue et corrigée. || A Paris. || Par les
Libraires associés. || M. DCC. XLVII. || Avec Approbation &
Privilége du Roy, || 4 vol. in-12, fig.
Édition définitive du chef-d'œuvre de Le Sage, publiée l'année même où il
mourut à Boulogne-sur-Mer; elle n'est pas rare, mais jolie et très
recherchée…
Les premières éditions de ce livre célèbre sont moins bonnes, moins
complètes et surtout moins recherchées que celle-ci[479].
Au lieu des titres in-extenso et des remarques qui les
accompagnent, il suffit, pour les fiches ordinaires, d'une rédaction abrégée. Prenons, par exemple, le dernier ouvrage dont nous venons de donner la fiche détaillée, nous aurons, pour la fiche du catalogue alphabétique et celle du catalogue méthodique:
LE SAGE (Alain-René).
Histoire de Gil Blas de Santillanne (sic). Dern. édit. revue et
corrigée.
Paris, Libraires associés, 1747. 4 vol. in-12, fig.
On réduirait de même les autres fiches détaillées, en ne laissant
que les parties essentielles et de rigueur.
*
* *
Le catalogue par ordre de matières, le catalogue méthodique ou
systématique, dont nous allons maintenant nous occuper, forme le pendant ou comme la contre-partie du catalogue alphabétique. Celui-ci s'emploie surtout, avons-nous dit, quand on connaît le nom de l'auteur et qu'on veut trouver le titre d'un livre; celui-là, au contraire, quand on connaît le titre de l'ouvrage et qu'on désire savoir le nom de l'auteur, ou encore et surtout lorsqu'on tient à se renseigner sur la quantité d'ouvrages relatifs à telle ou telle question et mis à la disposition des lecteurs de telle ou telle bibliothèque.
Le plus simple et le mieux, c'est d'exécuter simultanément les
deux catalogues, de rédiger chaque fiche en double exemplaire[480], et de classer l'un dans la boîte du catalogue alphabétique, l'autre dans celle du catalogue méthodique. Les diverses sections de ce dernier seront séparées par des fiches de couleur, un peu plus hautes que les fiches ordinaires, des vedettes portant chacune le titre de sa section;—absolument, ainsi que nous l'avons vu page
221, comme sont séparées les sections du premier, c'est-à-dire les fiches de chaque lettre du catalogue alphabétique.
Mais quelles seront-elles, ces sections du catalogue
méthodique? Dans quel ordre les ranger et les grouper, ces fiches? Quel sera le système de classification générale bibliographique que nous allons appliquer et suivre?
Il ne s'agit de rien moins ici que de déterminer intégralement tous
les éléments des connaissances humaines, de diviser et subdiviser logiquement tout ce vaste ensemble, et, rien qu'à l'énoncé du problème, on en pressent les difficultés, on devine combien la tâche est compliquée, ardue et épineuse.
«La première chose à faire avant de mettre la main au catalogue
méthodique, écrit M. Jules Cousin[481], c'est de s'être tracé un système de classement, avec des divisions et subdivisions plus ou moins nombreuses, suivant l'importance du fonds que l'on a à cataloguer. Si l'on n'a pas, dès l'abord, fait ce travail préliminaire, si l'on n'a pas au moins marqué les grandes lignes du plan que l'on s'astreindra à suivre rigoureusement, on marchera au hasard, et, à la place de l'ordre et de la clarté, on n'aura que confusion et chaos… Pour montrer le mieux à faire, il n'y a, croyons-nous, rien de plus sage que d'indiquer ce qui s'est déjà fait, et d'interroger l'expérience des hommes les plus compétents.»
Jetons donc un coup d'œil sur les divers essais et systèmes de
classification pratiqués jusqu'ici[482], et voyons ce qu'on en peut tirer et quel choix on doit faire.
*
* *
Un des plus anciens catalogues bibliographiques qui soient
parvenus jusqu'à nous est celui de la bibliothèque de l'église de Saint-Emmeran de Ratisbonne; il a été rédigé en 1347 et comprend douze divisions, consacrées la plupart aux livres saints: 1o Libri textuum Bibliæ; 2o Diversi expositores super Biblia; 3o Doctores; 4o Libri Historiarum; etc.
Mais ce n'est pas là, à vrai dire, un système bibliographique; pas
plus que ce catalogue publié en 1498 par Alde l'Ancien sur un simple feuillet, intitulé: Libri græci impressi, et contenant quatorze articles divisés en cinq classes: 1o Grammatica; 2o Poetica; 3o Logica; 4o Philosophica; 5o Sacra scriptura.
Le premier classement qu'on peut vraiment considérer comme
un système bibliographique date de cinquante ans plus tard; il est dû au célèbre médecin suisse Conrad Gesner, qui, dans la deuxième partie de son ouvrage Bibliotheca universalis, imprimé à Zurich de
1545 à 1549, classa les Pandectæ[483], c'est-à-dire tout ce que l'esprit humain peut embrasser, en vingt et une catégories: 1. Grammatica; 2. Dialectica; 3. Rhetorica; 4. Poetica; 5. Arithmetica; 6. Geometria; 7. Musica; 8. Astronomia; 9. Astrologia; 10. De Divinatione et Magia; 11. Geographia; 12. Historia; 13. De diversis Artibus; 14. De naturali Philosophia; 15. De prima Philosophia, et Theologia Gentilium; 16. De morali Philosophia; 17. De œconomica Philosophia; 18. Politica; 19. De Jure civili et pontifico; 20. Theologia (ce titre devait être celui du 21e livre; mais la Médecine, qui en aurait formé le 20e, n'ayant pas paru, on la remplaça par la Théologie).
Quant à la France, le premier système de classement
bibliographique qui y fut publié remonte à l'année 1587; il a pour auteur Christofle de Savigny et pour titre Tableaux accomplis de tous les arts libéraux. Il contient seize sections et présente plus d'une analogie avec le système de Gesner: Grammaire, Rhétorique, Dialectique, Arithmétique, Géométrie, Optique, Musique, Cosmographie, Astrologie, Géographie, Physique, Médecine, Éthique, Jurisprudence, Histoire, Théologie. Une nouvelle édition (Paris, Liber, 1619; in-fol. 37 pp.) comprend deux nouvelles sections, Poésie et Chronologie, dont la dernière manque à Gesner. «Le
système de Savigny, observe la Grande Encyclopédie[484], est le premier exemple des remaniements que les auteurs de systèmes bibliographiques firent souvent subir à leurs méthodes, pendant les deux siècles suivants et même encore au e XIX siècle, malgré les progrès de la bibliographie et l'expérience des livres et des systèmes de classement.»
Un peu avant l'apparition de l'ouvrage de Christofle de Savigny,
en 1583, l'érudit Lacroix du Maine avait présenté à Henri III un curieux et singulier projet «pour dresser une bibliothèque parfaite et
accomplie de tous points[485]». Ce parangon des bibliothèques devait comprendre dix mille volumes, renfermés dans «cent buffets…, chacun d'iceux contenant cent volumes». Le «premier ordre» de ces buffets, du no 1 au no 17, était consacré à la religion; le «second ordre», du no 18 au no 41, aux arts et sciences; le «troisième ordre», du no 42 au no 62, à la description de l'univers; le «quatrième ordre», du no 63 au no 72, aux choses qui concernent le genre humain; le cinquième, aux hommes illustres en guerre; le sixième, aux ouvrages de Dieu; et le septième, aux mémoires et mélanges.
Le pieux Jean Mabun, dont nous parle Gabriel Naudé[486], ne
trouva rien de mieux, lui, pour classer ses livres, que de se conformer à l'avertissement du Psalmiste: Disciplinam, bonitatem et scientiam doce me, et de les partager ainsi en trois classes: Théologie, Morale et Sciences.
Moins strict, plus expérimenté et plus éclairé, Gabriel Naudé
(1600-1653) estime que le meilleur ordre est le suivant: «Théologie, Médecine, Jurisprudence, Histoire, Philosophie, Mathématiques, Humanités, et autres, lesquelles il faut subdiviser chacune en
particulier suivant leurs diverses parties[487],» etc.
A peu près à la même époque, le père jésuite Claude Clément
(1594-1642) publiait, sous son nom latinisé de Claudius Clemens, un ouvrage intitulé: Musei, sive bibliothecæ tam privatæ quam publicæ exstructio, instructio, cura, usus… (Lugduni, 1635; in-4), où se trouve un plan de classement bibliographique comprenant vingt-
quatre catégories ou «armoires[488]»; Ismaël Bouilliau[489] (1605-1696) dressait le célèbre catalogue de la bibliothèque des de Thou; et un autre membre de la Société de Jésus, Jean Garnier (1612-1681), auteur du Systema bibliothecæ collegii parisiensis Soc. Jes. (Paris, 1678; in-4), réduisait à cinq les grandes divisions bibliographiques: Théologie, Jurisprudence, Sciences et Arts, Belles-
Lettres, Histoire[490].
Plus tard vinrent Gabriel Martin et Prosper Marchand, Guillaume-
François de Bure et son cousin Guillaume de Bure, Née de la Rochelle, d'autres aussi, qui remanièrent de maintes façons les divisions de ce dernier système. Remanié encore et complété dans
la première moitié du e XIX siècle par Jacques-Charles Brunet[491], l'auteur du précieux Manuel du libraire et de l'amateur de livres, il
finit par prédominer et s'imposer à la plupart des bibliographes[492].
On peut adresser bien des reproches à cette classification dite de
Brunet: elle ne donne ni à la géographie, ni à l'archéologie, ni à la bibliographie le rang que ces sciences méritent; elle place la télégraphie (devenue électrique) dans la même subdivision que la calligraphie et la sténographie; elle emploie des expressions mal
définies, comme prolégomènes et paralipomènes[493], etc.; néanmoins tous ceux qui s'occupent de livres et de catalogues sont
d'accord pour rendre hommage à cette œuvre[494]. Quant à nous, pour une bibliothèque comme la nôtre, une bibliothèque privée ne dépassant pas quinze à vingt mille volumes, c'est plutôt le cadre de classement tracé par M. Léopold Delisle et dont il sera question ci-
après[495], ou encore la classification décimale, dont nous parlerons
également plus loin[496], que nous choisirions pour la mise en ordre de nos livres; mais le système de Brunet est si connu, si souvent cité comme le modèle type des classifications bibliographiques, qu'il s'impose, comme sujet d'étude tout au moins.
Il était tout naturel que Brunet et ses devanciers plaçassent la
théologie en tête de leur liste. Dans les bibliothèques d'autrefois, au moyen âge et même encore au e XVIII siècle, n'était-ce pas la Bible, avec les commentaires sur les livres saints, les traités de scolastique et de casuistique, etc., qui occupaient le premier rang et la plus grande place?
Dans un très beau chapitre, consacré à l'analyse et à l'apologie
du système de Brunet, Gustave Mouravit, énumérant les conditions que doit remplir une bonne méthode de classement bibliographique,
écrit[497]:
«Cette méthode sera à la fois synthétique et analytique:
synthétique, en ce qu'elle présentera dans ses principales divisions les grandes sphères où se déploie l'activité de la pensée humaine; analytique, en ce qu'elle offrira, dans ses moindres détails, les produits de cette activité, et cela en suivant la filiation et l'enchaînement des objets sur lesquels cette activité s'exerce…
«Ainsi, au sommet des choses, l'homme voit d'abord Dieu, son
auteur et sa fin. Les matières théologiques se grouperont dans une PREMIÈRE DIVISION .
«Après Dieu, au moment où l'homme se retourne vers le monde,
il rencontre les hommes, ses semblables; alors se révèlent à lui les grandes notions du droit et du devoir, du juste et de l'injuste. La jurisprudence, qui les approfondit, les formule et en règle l'application, formera une DEUXIÈME DIVISION.