Une deuxième chance d’aimer: Le Secret de Laura (bébé caché, sport, amour) ((New Adult Maternité Mâle alpha Football Histoire d’amour)) (French Edition)
Trouble
Duke sut que la fille allait être une source d’ennuis à la seconde où
elle franchit la porte du bar. Non pas que le Shotguns fut un établissement
étranger aux ennuis. La plupart des hommes venaient s’arsouiller au
comptoir en noyer balafré ou jouer selon des règles limites et fort
inamicales au billard, ce qui se finissait souvent en foire d’empoigne entre
gueulards, bikers et petites frappes. Au point que Duke faisait assez souvent
usage de son entraînement physique pour distribuer des coups de boule et
expulser manu militari les ivrognes hargneux.
Mais elle était du style à créer des emmerdes d’un genre très
différent.
La lumière du soleil de fin d’après-midi qui filtrait à travers les vitres
poussiéreuses faisait miroiter ses cheveux blonds, longs et ondulés, qu’elle
balaya d’un geste derrière ses épaules. Elle traversa le bar, ses mains aux
doigts longilignes calées sur ses hanches fines, de l’air hautain que lui
donnait son petit nez retroussé.
Elle avait bien tenté de s’habiller simplement, mais si sa minijupe en
jean délavé à l’ourlet effiloché n’était pas d’une marque à la mode de « jean
destroy » ou autre nom donné à cette merde, Duke voulait bien bouffer son
propre jean — qui était déchiré et laminé, presque blanc à certains endroits, car il le portait depuis plus de dix ans, non parce qu’il l’avait acheté déjà
troué.
Il ne sourit pas non plus en découvrant en lettres roses scintillantes
sur son tee-shirt noir moulant les mots TU DIS SALOPE COMME SI
C’ÉTAIT UN DÉFAUT, mais ses lèvres se crispèrent. Il continua à couper
des rondelles de citron, tout en gardant un œil sur la nouvelle venue qui
jaugeait les quelques clients dispersés sur les tables dépareillées.
Une fois qu’elle eut pris le pouls de l’endroit, son regard se focalisa
sur lui. Elle plissa les yeux et leva ostensiblement son menton pointu. Duke
balança les citrons dans un seau en plastique qu’il fourra au frigo, il
s’essuya les mains, jeta le chiffon sur son épaule, puis il croisa les bras sur
sa poitrine et attendit qu’elle vienne vers lui.
Il n’y avait pas tant de femmes qui soient rentrées au Shotguns, et
celles qui l’avaient fait ne lui ressemblaient en rien. Soit elles étaient aussi
viriles et rugueuses que les hommes avec qui elles buvaient un coup, soit
c’était des filles du genre facile, des étudiantes à la beauté ingrate, qui
étaient habituées à ce qu’on les voit de dos ou à genoux.
Blondie, elle, avait tout de la pom-pom girl ou de la reine du bal.
Duke doutait qu’elle eût passé une seule minute de sa vie à genoux. Ce qui
était dommage, car le simple fait de l’imager levant la tête pour le regarder
avec ses lèvres boudeuses et roses l’excita. Suffisamment pour qu’il soit obligé de baisser les mains afin de rajuster son jean tandis qu’elle
déambulait sur le plancher de bois brut, le claquement des talons de ses
santiags (horreur, elles étaient roses !) couvrant le son des accords syncopés
de Waylon Jennings qui s’échappaient du vieux jukebox.
Lorsqu’elle atteignit le bar, elle posa ses mains sur le rebord et se
pencha en avant, un petit sourire au coin des lèvres. Ce mouvement attira
immédiatement ses yeux vers son décolleté, largement visible sous
l’encolure dégagée du petit tee-shirt noir, ce qui était sans doute exactement
ce qu’elle espérait. Ses soupçons furent confirmés quand il lui jeta un
regard et vit le reflet triomphateur dans ses yeux bleus.
Elle savait qu’elle faisait de l’effet aux hommes et elle s’amusait à en
jouer. Duke afficha tant bien que mal un air qui voulait dire « n’essaie-pas-
de-me-la-faire » : sourcils froncés, lèvres rectilignes, regard dur et biceps
contractés. C’était une expression qu’il avait vue chez plusieurs gradés, et
qu’il avait lui-même utilisée une fois ou deux sur quelques troufions
fraîchement débarqués.
Contrairement à eux, Blondie ne sourcilla même pas. Elle inclina
légèrement la tête, envoyant sa chevelure blonde cascader sur son bras, et
laissa son regard errer sur lui. Le jauger. Quand ses yeux se posèrent sur son
visage, son petit sourire s’élargit. Duke sentit la peau de son front rétrécir
tandis que son air se renfrognait.
Bon Dieu, il était vraiment dans la merde ! Ils n’avaient pas encore
échangé un seul mot et pourtant, il pouvait sentir des étincelles crépiter
entre eux. La chaleur, l’odeur de cuir et d’alcool qui planaient dans le bar
devenaient lourdes et étouffantes, comme l’atmosphère juste avec une
tempête dévastatrice.
Voyant que son air féroce ne s’adoucissait pas, elle eut l’air étonnée
et son sourire s’estompa légèrement. Mais ses yeux continuèrent de le
défier.
– La pancarte dehors dit que vous cherchez une serveuse.
Elle pointa un pouce manucuré en direction de la porte par où elle
était entrée, comme si Duke était trop idiot pour se souvenir de l’endroit où
il avait accroché la pancarte. Cela faisait seulement trois jours qu’il avait
viré Barbara. Il avait détesté être obligé d’en arriver là ; c’était une serveuse
efficace. Aucun client n’osait la rembarrer, car elle était aussi coriace
qu’eux. Mais il l’avait surprise la main dans la caisse, et il n’y avait pas
grand-chose que Duke haïssait autant que les voleurs. Sinon peut-être les
lâches.
Comme il ne répondait pas, Blondie laissa échapper un soupir
exaspéré. Elle croisa les bras pour parodier sa posture, mais ça ne marcha
pas vraiment, car elle dût les placer sous le renflement de ses seins, ce qui
eut pour effet de les faire remonter et de les lui offrir sur un plateau.
– Bon alors, vous cherchez une serveuse ou pas ?
Duke concéda à lui accorder quelques points pour l’aplomb dans sa
voix. Elle semblait vouloir discuter affaires, même si tout chez elle était un
appel au plaisir. Il haussa une épaule.
– Qu’est-ce que ça peut te faire Blondie ?
Il se pinça les lèvres pour réprimer un sourire au moment où elle
souffla par les nasaux en serrant nerveusement la mâchoire.
– Je veux le boulot.
Duke ne put s’empêcher d’éclater de rire. Sa colonne vertébrale se
raidit et un léger rosissement teinta ses joues. Faisant mine de l’ignorer, il se
retourna pour attraper une bière dans le frigo, la décapsula et passa de
l’autre côté du comptoir.
Il sentait son regard posé sur lui, brûlant comme une presse à chaud
entre ses omoplates tandis qu’il s’envolait à grandes enjambées dans la salle
jusqu’à la table de Buz pour lui servir la bière fraîche. Le vieux biker barbu
lui fit un petit signe de tête et poussa la bouteille de bière vide au bout de la
table.
Blondie le fixait toujours quand il se retourna, mains sur les hanches
comme lorsqu’elle était entrée dans le bar. Ses yeux lançaient des éclairs de
colère… teintés d’un soupçon de vexation. Elle le cachait bien, mais il
pouvait le voir à la position de ses frêles épaules. Duke soupira en arrivant à sa hauteur. Il posa la bouteille vide de Buz sur le comptoir derrière elle et
s’accouda au bar balafré.
– Écoute, ne le prends pas mal Blondie, mais avec le genre de
clientèle qui fréquente l’endroit… eh bien, tu te ferais manger toute crue.
Elle le fixa intensément de ses yeux bleu électrique, parfaite, droite,
les dents blanches, le sourire félin.
– Parfait, ronronna-t-elle. J’adore me faire manger.
Le désir frappa Duke comme une grenade assourdissante. Chaque
goutte de son sang conflua vers son entrejambe. Il déglutit et changea de
position, son jean soi-disant confortable comprimant soudain sa queue à
demi dure.
Elle baissa les yeux vers sa taille et enregistra le renflement causé par
son érection. Le rougissement de ses joues s’amplifia, la pointe luisante de
sa langue balaya ses lèvres entrouvertes. Duke pénétra dans son espace
personnel et posa une main sur le tabouret de bar derrière elle,
l’emprisonnant entre ses bras.
Elle dut lever la tête pour le regarder. Elle était grande pour une
femme, presque 1 m 80 avec ses talons, mais il la battait d’un bon 15
centimètres. Il baissa la tête vers ses grands yeux, remarquant au passage
ses pupilles dilatées. Son souffle mentholé était une bouffée chaude contre
son menton.
– Si tu cherches à te faire rentrer dedans, t’as pas besoin de travailler
ici pour ça. Assieds-toi. Je te sers un verre. Si tu traînes dans le coin, je suis
sûr que tu vas trouver un type pour te poinçonner le ticket de métro, ironisa
Duke en fixant d’un regard insistant son décolleté, puis il haussa les
épaules. « D’ailleurs, si t’es encore là à la fermeture, je veux bien m’y
coller. »
Il avait voulu la provoquer, car par expérience, il savait que les
princesses dans son genre aimaient jouer les grosses dures, mais qu’elles
prenaient leurs jambes à leur coup dès que la situation leur échappait. Une
fois qu’elle se serait barrée, il pourrait reprendre son inventaire.
Mais il avait gravement sous-estimé Blondie. Tout d’abord, elle
réagit bien plus vite qu’il n’aurait pensé. Elle tendit prestement le bras et sa
main gauche vint s’abattre contre son torse, le repoussant avec une force
surprenante. Cela ne le fit pas bouger, mais le haut de son corps bascula
légèrement en arrière. Le temps qu’il encaisse le choc, bouche bée, elle
avait repris l’avantage.
Le fracas d’un verre brisé coïncida presque exactement avec le
mouvement de son bras droit. Si ça avait été n’importe quel autre homme,
elle aurait sans doute réussi à lui coller la bouteille de bière cassée sous la
gorge avant qu’il ne puisse réagir… Mais Duke n’était pas n’importe quel homme. Dans un réflexe instinctif, il dégaina sa main gauche à la vitesse de
la lumière et enserra son poignet mince de ses gros doigts.
Elle en eut le souffle coupé, mais son bras ne trembla pas. Duke était
impressionné. Et dur comme une barre de fer. Son cœur martelait contre sa
poitrine et il sentit le goût métallique de l’adrénaline sur sa langue.
– Merde, qu’est-ce qui ne va pas chez toi, espèce de chienne enragée
?!
Il serra son poignet assez fort pour la faire reculer, mais elle ne lâcha
pas la bouteille. Au lieu de cela, elle avança vers lui, ses seins frôlant son
tee-shirt noir uni.
– Qu’est-ce qu’il y a, chéri ? Je croyais que tu voulais t’y coller ! dit-
elle d’une voix cucul, en battant des cils.
Il plissa les yeux, et relâcha l’emprise sur son poignet, juste assez
pour laisser le bord du verre tranchant lui frôler la mâchoire. Il sentit la
pointe du verre le piquer et vit ses yeux s’élargirent. Elle arrêta son
mouvement. Duke faisait attention, il ne voulait pas vraiment lui faire mal,
mais il fallait qu’il lui démontre l’absurdité de son comportement. En effet,
si elle avait menacé de son foutu tesson certains des bikers qui fréquentaient
le Shotguns, ils n’auraient pas hésité à la blesser.
Il sentit ses os fins et légers sous ses doigts tandis qu’il lui tordait le
bras pour lui faire lâcher la bouteille, lui arrachant un geignement. La bouteille explosa en atterrissant sur le sol, mais aucun des deux ne baissa
les yeux.
Elle essaya de se dégager, mais il se rapprocha encore plus près. Il lui
maintint le bras dans le dos, pressant sa poitrine contre la sienne. Il
comprimait ses articulations, juste assez pour faire valoir son argument. Elle
aspirait de l’air entre ses dents pour respirer.
– Vire tes sales pattes de moi, espèce de brute !
Il entendit, quelque part derrière eux, le ricanement de Buz. Duke
l’ignora, préférant se concentrer sur sa proie. Chacune de ses inspirations
comprimait sa poitrine contre son torse. Il crut sentir la pointe de ses tétons,
mais il ne pouvait en avoir l’assurance sans baisser la tête. Or il ne voulait
pas quitter des yeux son visage rougissant et ses yeux brillants. Il n’était pas
du genre à la sous-estimer deux fois de suite.
Duke pencha la tête jusqu’à être nez à nez avec elle. Il résista à
l’envie de la plaquer contre le bar et de dévorer ses lèvres boudeuses. De
peu. Seules ses années d’entraînement pour apprendre à maîtriser son corps
lui permirent de dompter son désir bestial.
– Vas-y, grogna-t-il, incapable de réprimer un sourire féroce quand il
la vit frissonner. Elle passa de nouveau sa langue sur ses lèvres
entrouvertes, en laissant échapper un soupir.
– Chiche, chuchota-t-elle dans un sourire en coin qui fit apparaître
une fossette dans ses joues au moment où Duke sentit la pression de son
genou contre ses couilles. En douceur, Dieu merci. « Mais je n’aimerais pas
abîmer ce qui ressemble à un paquet assez impressionnant en l’écrasant
jusqu’à le faire remonter en haut de ton diaphragme. »
Ils restèrent silencieux et immobiles quelques instants, à se défier du
regard. Il tenta de déchiffrer l’expression de ses yeux bleu clair, mais il n’y
arrivait pas. Son sang battait dans ses tempes et entre ses cuisses. Une bête
en rut rugissait dans son bas-ventre. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas
été excité à ce point par une femme. Et il sentait qu’elle l’était aussi. Si ses
pupilles dilatées et son cou écarlate n’avaient pas déjà trahi son désir, il
pouvait presque sentir la chaleur moite de son excitation.
Le tintement d’une bouteille de bière vide sur une table ramena Duke
à la réalité. Il lâcha son bras et recula de quelques pas, satisfait de la voir
chanceler légèrement quand il s’éloigna d’elle. Il prit une inspiration
profonde pour faire retomber la pression, puis il shoota dans un morceau de
verre à ses pieds.
– Le balai est dans le placard. Deuxième porte sur la gauche, dit-il en
indiquant du menton le couloir sombre qui menait aux toilettes, à la réserve
et à son bureau. « Nettoie ton bordel, puis je te dirai quelles sont tes tâches
avant que ce soit l’heure de pointe. »
Elle cligna des yeux, en se frottant le poignet.
– Alors, j’ai le boulot ? Je veux dire... Elle secoua la tête. « J’ai déjà
été serveuse, j’ai de l’expérience. »
Duke longea le bar et servit les clients qu’il avait négligés durant leur
petite confrontation.
– Parfait. Je te donne ta chance de le prouver dès ce soir. Alors, va
chercher le balai, Blondie.
Elle renifla et rejeta ses cheveux en arrière, puis se dirigea vers le
couloir en ondulant des hanches comme un pendule, attirant tous les regards
des clients dans la salle.
– Je m’appelle Lexi.
***
Lexi se dégagea facilement de l’étreinte musclée du biker en lui
lançant un clin d’œil agrémenté d’un petit rire.
– Je ne pense pas que c’est le genre de chose que tu demanderais à ta
sœur, Tex.
Tex secoua son crâne rasé et caressa de sa main balafrée et tatouée sa
longue barbe rousse.
– Si elle était gaulée comme toi, je pourrais lui demander, dit-il en
clignant de l’œil.
Les autres bikers attablés avec lui éclatèrent de rire. Lexi se joignit à
leurs rires, en secouant la tête tandis qu’elle ramassait les cadavres de
bouteilles qui jonchaient leur table collante d’un mouvement gracieux. Il
était presque minuit. Le jukebox hurlait un morceau des Lynryd Skynird qui
couvrait à peine l’entrechoquement quasi constant des boules de billard.
Elle était officiellement engagée au Shotguns depuis six heures du soir, et
ses pieds commençaient à être douloureux. Mais pour rien au monde elle ne
l’aurait montré à Duke.
Elle n’avait pas menti quand elle avait dit au propriétaire taciturne du
bar qu’elle avait une expérience de serveuse. Mais le trimestre passé à
servir dans le petit café du campus ne l’avait pas vraiment préparée à
l’épreuve du Shotguns. À quoi avait-elle pensé lorsqu’elle avait vu la
pancarte « Recherchons serveuse » à l’extérieur et qu’elle avait poussé la
porte ? Elle n’avait jamais mis les pieds dans un bar de genre avant ce soir.
Alors que ses amies étudiantes préféraient les boîtes de nuit, et que
les amis d’enfance qu’elle fréquentait encore avaient un penchant pour les
bars à vin et les restaurants gastronomiques, le terrain de chasse privilégié
de Lexi était plutôt les bars discrets fréquentés par des cols bleus, où elle
était sûre de rencontrer le genre d’homme qu’elle appréciait… des ouvriers
aux mains calleuses qui sentaient la sueur propre et le dur labeur. Ceux qui
ne ressemblaient en rien à son beau-père Curtis ; ce salaud richissime qui classait les femmes en deux catégories – les maîtresses et l’épouse modèle –
chacune n’existant que par son bon vouloir.
Lexi aimait les hommes virils, appréciant les femmes de caractère,
mais sans se laisser intimider par elles. Elle aimait qu’ils aient de
l’expérience au lit et suffisamment de contenance pour ne pas piquer une
colère quand elle les mettait dehors au petit matin. C’était important, car
Lexi ne recouchait jamais avec le même homme. Jamais. Avoir des rapports
sexuels avec quelqu’un plus d’une fois vous condamnait à sortir avec lui.
On prétendait que les femmes étaient plus émotives, mais par expérience,
elle savait que c’était le mec qui se faisait des idées si on le laissait traîner
trop longtemps dans les parages. Des idées sur l’exclusivité et la
disponibilité.
Lexi n’avait pas l’intention d’appartenir à quelqu’un. Elle avait trop
vu la façon dont cela avait tourné pour sa mère. Marian Whittington avait
perdu tout son éclat et sa beauté en essayant désespérément de rendre Curtis
heureux, jusqu’à en devenir affreusement malheureuse. La seule chose qui
pouvait lui arracher un vrai sourire aujourd’hui, c’était un martini parfait et
la vue Miguel, le type qui entretenait la piscine, en short moulant.
Elle avait tenté de convaincre sa mère de divorcer de Curtis, ou au
moins d’avoir une aventure avec Miguel. Malheureusement, sa mère prétendait aimer son mari despotique. En plus de ça, il s’était avéré que
Miguel était gay.
– Tu as l’intention d’apporter ces pintes à la 14 un de ces quatre, ou
tu es juste là pour te tourner les pouces et faire joli ?
Duke la fixait d’un air menaçant. Lexi se demanda s’il arrêterait si
elle lui disait à quel point il était sexy. Aucun doute, le grand barman
musclé pensait qu’il avait l’air intimidant lorsqu’il fronçait ses sourcils
sombres et la regardait par-dessus son nez légèrement tordu. Certes, ça lui
faisait flageoler les genoux, mais pour des raisons très différentes…
– Si elles avaient été prêtes quand je les ai demandées, je ne serais
pas en train d’attendre à ne rien faire !
Elle leva les yeux au ciel en chargeant les lourdes chopes sur son
plateau, et s’éloigna du bar en tanguant. Duke ronchonna dans son dos et,
comme il ne pouvait pas voir son visage, Lexi s’autorisa un petit sourire
satisfait.
À la seconde où ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité du bar,
quelques heures plus tôt, elle avait eu le souffle coupé. Même debout
derrière le bar en zinc, il paraissait immense. Ayant été grande toute sa vie,
Lexi aimait qu’un homme la domine de toute sa hauteur.
Duke n’était pas seulement grand. Il avait des épaules larges, un
corps musclé, des cheveux noirs de jais, une mâchoire carrée ombrée d’une barbe de trois jours, un nez puissant qui avait visiblement été cassé au
moins une fois, et des lèvres pleines et sensuelles. Sous des sourcils fournis
et droits, ses yeux avaient la couleur brun foncé du café fraîchement moulu.
Bref, c’était le genre d’homme que Lexi aurait dragué si elle l’avait
rencontré dans l’un de ces bouges qu’elle fréquentait quand elle était en
quête d’un coup d’un soir. Elle l’aurait tiré de son humeur maussade par ses
sourires et ses attouchements jusqu’à ce qu’il se déride et atterrisse dans son
lit. Mais au lieu de cela, elle devait subir l’attitude de Duke et lui rendre
coup pour coup.
Lexi savait qu’il l’avait cataloguée comme une enfant gâtée, une fille
de riches. Et il est vrai que Curtis était plein aux as. Mais elle s’était
défoncée pour obtenir son diplôme et n’avait jamais accepté de lui que le
strict minimum. La seule raison pour laquelle elle cherchait un boulot,
c’était pour se faire un peu d’argent. Elle avait pris deux colocataires pour
économiser sur le loyer et s’habillait essentiellement dans les magasins
d’usine et les boutiques d’occasion. Son beau-père payait encore ses frais
de scolarité et le crédit-bail de sa voiture, mais dès qu’elle pourrait se le
permettre, elle arrêterait d’accepter son argent.
Heureusement, elle avait réussi à prouver à Duke qu’elle était plus
qu’une blonde idiote et suffisante. Elle avait pris un risque à défier physiquement ce géant, elle le savait, mais elle devait lui montrer qu’elle ne
se laisserait pas intimider par la clientèle rugueuse des gros bras.
– Lexi, poupée, tu peux nous servir une autre tournée de Jäger par ici
?
Axel haussa les sourcils. Le biker au corps efflanqué incarnait le type
même du « client rugueux ». Il était beau, le visage anguleux, des cheveux
brun clair attachés en arrière par un bandana, la peau des bras intégralement
recouverte de tatouages qui allaient de ses doigts à ses épaules. Plusieurs
autres tatouages étaient visibles au-dessus du col de son tee-shirt. Il portait
un jean bleu taché avec un couteau de chasse à la ceinture, de lourdes bottes
noires, et une veste de cuir (il appelait ça une kutte) sur un tee-shirt gris.
Quand il était arrivé, il l’avait attaqué bille en tête, lui demandant ce
qu’une « princesse » comme elle foutait dans un endroit comme le
Shotguns. Elle avait répondu ironiquement qu’elle y cherchait le prince
charmant. Puis il avait attrapé son cul. Elle lui avait fait clairement
comprendre que s’il ne voulait pas se faire casser les doigts, il ferait mieux
de les garder dans ses poches.
Maintenant, il essayait de se frayer un chemin jusqu’à sa culotte. Elle
l’aurait bien laissé faire… s’il n’y avait pas eu Duke. Depuis leur rencontre
musclée, elle était incapable de s’empêcher de repenser à la sensation de son corps contre le sien. Si chaud et si dur. Sans parler de son odeur,
mélange de citron et de coton propre avec un soupçon de sueur salée.
Son commentaire dédaigneux sur le fait de se la faire si elle était
encore là après la fermeture l’avait mise hors d’elle, tout en l’excitant
terriblement. Et elle savait qu’elle aussi l’excitait. Elle avait vu et senti la
bosse épaisse de son érection tendre le tissu usé de son jean.
– Voilà, les garçons, dit-elle en souriant à Axel et ses acolytes, tandis
qu’elle distribuait les verres de liqueur sans en reverser une seule goutte.
Faites-vous plaisir !
– J’aurais plus de plaisir si tu t’asseyais là, lança un des motards
débraillés, en tapotant ses larges cuisses.
– Lexi !
Elle leur fit un clin d’œil au moment où le cri de Duke transperçait le
vacarme du bar.
– Désolée. Le devoir m’appelle.
Elle se dépêcha de s’esquiver avant qu’ils puissent protester. Au
moment où elle posa son plateau sur le bar après avoir zigzagué entre les
tables, Duke affichait – surprise, surprise – un air réprobateur.
– Merde, tu pourrais essayer de te concentrer sur ton boulot pendant
plus de cinq minutes ? C’est un bar, c’est pas Tournez manège.
Lexi se retourna pour examiner la salle. Pas un seul client n’avait
devant lui un verre ou une bouteille vide. Quand son regard se reposa sur
Duke, elle leva un sourcil.
– Tant mieux, parce qu’avec ton mauvais caractère, tu serais éliminé
direct, patron.
C’était faux. La manière bourrue dont il lui aboyait dessus l’excitait
bien plus que lorsqu’il était poli et agréable, comme plus tôt, quand il lui
avait montré où se trouvait le matériel et expliqué ses tâches. Quelque chose
dans ses sourcils froncés et la torsion de ses lèvres renfrognées la rendait
folle.
Étant donné la façon dont il avait réagi à sa moue boudeuse, Lexi
suspecta qu’il ressentait la même chose. Ils s’étaient chamaillés et avaient
badiné toute la soirée, et ça commençait à ressembler à des préliminaires.
Elle avait passé les sept dernières heures à essayer de repousser des pensées
lubriques au sujet de son nouveau boss avec une réussite limitée. Plus d’un
client avait fait un commentaire déplacé au sujet de ses « phares allumés »,
autrement dit ses tétons pointés.
Duke se retourna quand quelqu’un se mit à gueuler au fond du bar.
– Bouge ton joli petit cul pour aller chercher de la Guinness au frais
et changer le fût avant que je m’énerve et que je te vire.
Lexi renâcla mais fit ce qu’il lui demandait.
Et ce fut comme ça toute la fin de la soirée. Elle avait eu peur qu’un
client joue les gros bras, mais le climat était plutôt détendu. Toutefois,
quand elle le fit remarquer à Duke, il répondit : « On n’est que jeudi. »
Peut-être, mais il n’échappa pas à Lexi que de tous les hommes
qu’elle avait rencontrés ce soir-là, c’était lui qui avait été le plus dur avec
elle. Et à l’heure de la fermeture, elle avait une poche pleine de pourboires,
des pieds endoloris et sa petite culotte mouillée par la faute d’un barman
bourru.
Une fois qu’elle eut chargé tous les verres dans le lave-vaisselle et
nettoyé les tables, Lexi s’étira, pressant ses paumes au bas de son dos
jusqu’à ce que sa colonne vertébrale craque.
Duke était parti à l’arrière quelques minutes plus tôt pour chercher
les papiers administratifs qu’elle devait remplir. Elle le ferait demain avant
de revenir. Là, elle était morte et aspirait à se glisser dans son lit moelleux.
Toute seule, malheureusement. Même si Duke l’excitait terriblement,
coucher avec son patron n’était pas une bonne idée. Du moins, c’était ce
qu’elle se répétait en s’engageant dans le couloir qui menait au bureau de
Duke.
Dos à la porte, il était penché en avant et fouillait dans un meuble à
tiroir métallique. Lexi prit le temps d’admirer les lignes puissantes de son
dos et de ses jambes. Son regard gourmand s’attarda sur son cul ferme et bombé. En général, elle ne s’intéressait pas aux fesses des mecs, mais il
était indéniable que celles de Duke faisaient partie des spécimens rares. Elle
avait envie de les prendre à pleine main et de les pétrir. Peut-être même
croquer une bouchée de ce muscle ferme.
Ses tétons se durcirent de désir et la chaleur envahit son bas-ventre.
Lexi détourna les yeux pour s’intéresser à la pièce. C’était un petit
bureau aux murs blancs avec une moquette grise élimée au sol. Le bureau
imposant, jonché de piles de papiers, occupait presque tout l’espace. Sur le
mur derrière se trouvait un tableau d’affichage, sur lequel on pouvait écrire
au feutre. Un meuble à tiroir et un coffre-fort étaient alignés contre un autre
mur. Quelques photos encadrées étaient accrochées çà et là. Elle ne fut pas
surprise de voir Duke sur l’une d’elles en uniforme militaire au milieu du
désert, entouré de plusieurs autres soldats. Toutefois, le sourire flamboyant
qu’il arborait sous son casque lui fit un choc tant il contrastait avec son
humeur du jour.
Une autre photographie le montrait devant un sapin de Noël avec un
couple âgé, le bras passé autour des épaules d’une femme qui ressemblait à
une version fragile et féminine de lui-même, et qui ne pouvait qu’être sa
sœur. Il y avait d’autres photos de Duke avec divers membres de sa famille
et des amis. Deux en particulier arrêtèrent son regard, des portraits de lui.
Sur la première, il se tenait derrière le bar, bras croisés et sourcils
froncés, dans cette attitude renfrognée qui lui était désormais familière.
Mais il y avait une lueur pétillante dans ses yeux et les commissures de ses
lèvres étaient légèrement relevées, comme s’il tentait de réprimer un
sourire. Il avait l’air plus jeune de quelques années et le comptoir était
beaucoup moins éraflé. Elle avait dû être prise quand il l’avait acheté. Lexi
pouvait imaginer sa sœur derrière le viseur, essayant de l’amadouer pour lui
arracher un sourire.
L’autre était une photo de trois quarts en plein air où il ne posait pas.
Il était habillé en tenue de sport : un tee-shirt, un short vert et des lunettes
de soleil cachant ses yeux sombres. Ce qu’il y avait de remarquable dans
cette photo, c’est qu’il se trouvait au milieu d’une paroi rocheuse à pic. Elle
pouvait voir les sangles noires d’un harnais autour de ses cuisses et de la
taille et une corde (trop mince à son avis) tendue au-dessus de sa tête. Le
voir ainsi suspendu au milieu d’une falaise, les muscles de ses bras et de ses
mollets saillants sous la tension, lui coupa le souffle.
– Tu en as déjà fait ?
La voix basse de Duke fit bondir son cœur dans sa poitrine. Elle
détourna son attention de la photo pour la reporter sur lui. Il l’observait, une
liasse de feuilles à la main. Sa gorge fit un bruit sec quand elle avala.
– Quoi ?
– De l’escalade, précisa-t-il en pointant du menton la photo qui avait
semblé la captiver. Tu en as déjà fait ?
– Oh. Non. Ça… euh… ça a l’air marrant. Ça doit foutre la trouille,
non ?
Elle vit les coins de sa bouche sensuelle se relever. Ce n’était pas un
sourire aussi franc que celui qu’il arborait sur les photos, mais suffisamment
pour lui faire serrer les cuisses l’une contre l’autre.
– C’est complètement dément. Ça te fait battre le cœur plus fort et
quand c’est vraiment une belle escalade, tu le sens dans tout ton corps.
C’est… exaltant.
Lexi eut l’impression que son sang avait été remplacé par un miel
épais. Il coulait dans ses veines, lent et doux. Plongeant ses yeux dans ceux
de Duke, elle se sentit lourde et chaude et mûre. Elle sortit le bout de sa
langue et se lécha le coin de la bouche.
– Oh, ça pourrait me plaire alors.
Duke sembla se rendre compte de l’effet que ses mots avaient sur
elle, car son sourire s’évanouit, laissant place à un regard intense sous ses
sourcils épais. Les papiers voltigèrent au sol tandis qu’il s’approchait d’elle,
réduisant soudain à néant la distance entre eux.
Ils avaient ressenti cette attraction magnétique et joué avec depuis la
minute où elle était entrée dans le Shotguns, aussi, sans aucune surprise, Lexi s’embrasa à la seconde où les lèvres de Duke touchèrent les siennes.
Il pencha la tête et lui prit la bouche avec une grâce sauvage. Lexi
ouvrit les lèvres pour accueillir sa langue, suçant le muscle épais qui
envahissait sa bouche. Duke grogna ; le son résonna délicieusement dans sa
poitrine. Ses mains larges agrippèrent ses hanches et ses doigts
s’enfoncèrent dans sa chair au travers du tissu de sa jupe.
Elle se hissa sur la pointe des pieds et enroula ses bras autour de ses
épaules musclés. Ses cheveux étaient courts et soyeux dans la nuque. Elle
les gratta doucement du bout des ongles.
Duke la plaqua contre le mur ; les objets sur l’étagère au-dessus de
leur tête s’entrechoquèrent dans un bruit de cliquetis. Un écheveau de corde
souple suspendu à un support se décrocha et vint lui frôler la joue. Une
main calleuse glissa le long de sa cuisse et lui chatouilla l’arrière du genou.
Puis elle remonta vers ses fesses, en retroussant sa jupe.
Lexi se mordilla la lèvre inférieure, en appuyant ses épaules contre le
mur alors qu’il enroulait sa jambe autour de sa taille. Elle cala le talon de sa
botte derrière sa cuisse et cambra les reins, puis elle ondula des hanches
pour se frotter contre la bosse proéminente de son érection.
– Hmmm, j’aime que tu sois excitée, gémit-il dans son oreille avant
d’embrasser de ses lèvres mouillées la fine peau de son cou.
Elle leva son autre jambe et verrouilla ses chevilles derrière son dos,
le laissant porter tout son poids. Duke remonta son tee-shirt et son soutien-
gorge, et referma sa bouche autour de la pointe dure d’un sein qu’il suça
avidement, lui arrachant des gémissements. Elle cambra ses reins davantage
et caressa ses bras virils et sa poitrine, enfonçant ses ongles dans la chair de
ses biceps.
– Duke, je t’en supplie… prends-moi… baise-moi…
Lexi ne savait plus ce qu’elle disait. Son cerveau n’était plus que
bruit blanc et plaisir, sa peau s’enflammait partout où il la touchait. Tout à
coup, ses grandes mains étaient sur son cul, à le malaxer, tandis qu’il
dévorait ses seins, la transformant en une pauvre chose qui se
contorsionnait en gémissant.
Puis il saisit ses mains, desserra leur emprise autour de son cou,
enferma ses deux poignets fins dans sa large paume et les plaqua au-dessus
de sa tête. Elle heurta du bout des ongles le dessous d’une planche de
l’étagère au moment où la main de Duke fouillait dessus en quête de
quelque chose.
Elle essaya de tourner la tête pour voir ce qu’il faisait, mais il
l’immobilisa par un baiser brutal sur la bouche. Elle comprit quelques
instants plus tard quand elle le sentit enrouler une corde autour de ses
poignets.
– Qu’est-ce que… ? Ah !
Les yeux de Lexi s’agrandirent quand il tira la corde vers le haut. Ses
bras n’étaient pas complètement tendus, elle pouvait plier légèrement les
coudes, mais ses liens étaient serrés. Elle sentait le sang lui chatouiller le
bout des doigts, les lèvres et les tétons. Son clitoris palpitait.
Duke la plaqua contre le mur avec son bassin tandis que ses mains
couraient le long de son corps. Il commença par ses poignets liés et fit
glisser ses paumes sur ses avant-bras, pressant légèrement ses biceps avant
d’atteindre ses épaules. Quand il effleura du bout des doigts le flanc de ses
seins et de ses hanches, Lexi se mit à haleter et à se contorsionner sous son
emprise. Il baissa les yeux vers elle, fixant d’un regard intense ses
mamelons roses et les muscles de son ventre qui se soulevaient au rythme
de sa respiration saccadée. Il replaça ses mains en coupe sous ses fesses, et
se pressa langoureusement contre elle, en frottant sa queue toujours
prisonnière du jean contre son entrecuisse.
Lexi avait eu assez de préliminaires. Toute la soirée, son désir n’avait
cessé de croître. Elle voulait faire tomber les barrières qui les séparaient.
Sentir enfin sa peau nue contre la sienne. Elle le voulait à l’intérieur de son
ventre.
Elle tendit le cou et passa sa langue sur sa lèvre inférieure.
– Tu vas continuer à me caresser comme une lycéenne vierge ou tu
vas enfin me baiser ?
Des flammes crépitèrent dans les yeux noirs de Duke à ses mots.
– Bon Dieu ! Ça t’arrive de la fermer ?
Elle se repensa à leur rencontre plus tôt et dis dans un grand sourire :
« prends-moi ».
Sa bouche fut sur la sienne dans la seconde, plus brûlante et brutale
qu’avant. Il souleva son cul d’une main et elle entendit le zip caractéristique
d’une fermeture éclair. Ce seul bruit suffit à la faire se trémousser et gémir.
Il écarta d’un doigt le tissu de sa culotte et elle sentit enfin la pression de la
chair chaude et douce contre son sexe.
Cuisses serrées contre sa taille, elle roula des hanches, essayant de
l’attirer en elle.
Duke grogna, changea d’appui et la pénétra d’un coup de reins
puissant.
Lexi s’était dit qu’il devait être bien monté lorsqu’elle avait vu le
renflement de son jean plus tôt, et là, sentant ses chairs comprimées par la
grosseur de l’engin, elle comprit que ses soupçons étaient justes.
– Plus fort, haleta-t-elle. Plus vite.
Désireux de l’obliger, Duke adopta un rythme rapide et terriblement
excitant. Avec ses mains attachées, elle ne pouvait que s’accrocher à lui par les jambes et se laisser prendre. Il tenait son cul fermement à deux mains,
leur imprimant un mouvement régulier d’avant en arrière, calé sur le va-et-
vient de sa queue dans sa chatte trempée.
Chaque poussée dansante de ses reins la pénétrait en profondeur et
exacerbait le plaisir de ses chairs, qui enserraient de plus en plus
étroitement son gourdin.
À aucun moment sa bouche n’avait quitté sa peau. Ses lèvres, la
langue et ses dents léchaient et mordillaient sa clavicule, sa gorge, son
menton. Il baissa la tête pour sucer et titiller ses tétons, la faisant gémir et se
cambrer davantage pour les presser contre ses lèvres. Lexi était au bord de
l’orgasme et elle sentait le plaisir investir chacune des cellules de son corps.
Même le bout de ses doigts vibrait de plaisir tant Duke savait utiliser tout
son corps pour lui faire du bien.
Quand il l’embrassa, elle jouit violemment en criant de plaisir dans
sa bouche.
Il continua de la prendre tandis qu’elle hurlait, aspirant doucement sa
lèvre inférieure en accélérant le rythme de ses coups de reins. Lexi sentit
qu’il était au bord de l’orgasme lui aussi. Il la serrait de plus en plus fort, la
pénétrant sauvagement de son sexe gorgé de désir.
Elle fit glisser ses lèvres le long de sa mâchoire, les frotta contre ses
joues râpeuses, saisit le lobe de son oreille entre ses dents et l’explora de la langue. Puis elle lui souffla dans le creux de l’oreille : « Vas-y, Duke. Jouis
pour moi, Duke. »
Lexi sentit dans tout son corps un frisson de plaisir tandis qu’il
s’enfonçait en elle jusqu’au bout, en la plaquant contre le mur. Elle
comprima ses cuisses pour l’enserrer encore plus fort au moment où il
éjaculait en elle. Terrassé par l’orgasme, il enfonça son visage dans son cou
en frissonnant et en gémissant.
Pendant de longues minutes, on n’entendit plus que le souffle de leur
respiration irrégulière. Lexi avait la tête appuyée contre le mur et goûtait à
la douce léthargie qui se répandait dans ses muscles fatigués. Ouvrant les
yeux, elle aperçut ses poignets ligotés et sentit une étincelle d’excitation se
rallumer dans son bas-ventre. La corde bleu et jaune enroulée autour de ses
mains lui rappela la discussion qu’ils avaient avant que les choses ne
prennent un tour plus sensuel. Lexi pouffa.
– Eh, bien, si l’escalade ressemble à ça, je veux bien m’y mettre !
Duke leva la tête. Leurs yeux se croisèrent. Ses pupilles étaient
encore dilatées par le plaisir, mais le sillon familier réapparut entre ses
sourcils. Il suivit son regard posé sur ses poings liés. Lexi vit son air
s’assombrir ; il se mordit le coin des lèvres. Le geste était spontané et
étrangement charmant.
Il leva les mains et dénoua la corde, puis frotta délicatement ses
poignets. Les yeux figés sur ses bras, il toussota pour s’éclaircir la gorge.
– Euh, ça ne t’a pas fait mal, au moins ?
Lexi se fendit d’un grand sourire. Elle avait des fourmis dans les
doigts.
– Tu parles de ça, dit-elle en touchant la corde, ou de ça ? ajouta-t-
elle en cambrant les reins, lui arrachant un soupir.
– Les deux, répondit-il en reculant, tout en la reposant lentement sur
le sol. Il ne voulait toujours pas la regarder dans les yeux. Lexi prit le temps
de rajuster ses vêtements, pour qu’il puisse faire de même. Une fois qu’ils
se furent rhabillés, elle le regarda et lui donna une petite tape affectueuse
sur la poitrine.
– Hé, tout va bien, d’accord ? Tu n’as rien fait que je n’ai pas voulu.
Tu le sais, non ?
Il passa sa main dans ses cheveux, soupira et hocha la tête.
– Ouais. Ouais, je sais.
Lexi leva les sourcils.
– Alors, tout va bien ?
– Tout va bien.
– Génial. Parce que je veux toujours ce boulot, et ça serait craignos si
un malaise s’installait entre nous.
Duke se pencha pour ramasser les papiers qu’il avait laissé tomber.
– Je ne vais pas te virer si c’est ce qui t’inquiète.
– Pas vraiment, mais tu réagis de façon zarbi, patron. Écoute, on est
tous les deux adultes. On a ressenti une attirance réciproque. Et on s’est un
peu… okay, beaucoup amusé. Mais c’est juste du sexe. Et maintenant que
c’est fait, on n’y pensera plus et je suis sûre qu’on travaillera plus
facilement ensemble.
Honnêtement, Lexi n’était pas certaine que cette dernière phrase soit
vraie. À peine venaient-ils de jouir qu’elle avait déjà envie de l’attirer et de
le sentir contre son corps. Mais elle ne couchait jamais deux fois avec le
même mec, même quand c’était tentant.
– Parfait, dit Duke. Il n’avait pas l’air convaincu, mais quand leurs
yeux se croisèrent, il hocha la tête. « Tiens, tes papiers. »
Elle prit la liasse de feuilles, tout en étudiant son beau visage.
Quelque chose semblait clairement le contrarier. Bien qu’il essayât de ne
pas froncer les sourcils, le sillon vertical apparaissait sur son front et ses
lèvres affichaient une moue réprobatrice. Elle ne savait pas s’il s’en voulait
d’avoir succombé à ses charmes ou d’avoir fait l’amour avec une employée.
Quoi qu’il en soit, elle espérait qu’il allait s’en remettre. Elle aimait ce
travail et elle aimait bien Duke. Plus qu’elle aurait dû, sans doute.
Tapotant les papiers contre sa paume, Lexi se fendit d’un sourire
forcé.
– À demain soir, alors.
Duke baissa le menton et hocha la tête.
– À demain.
***
Deux mois. Cela faisait deux longs mois de frustration qu’elle
travaillait au Shotguns, car elle n’arrivait toujours pas à s’ôter de la tête la
séance époustouflante de jambes en l’air qu’elle avait eue avec monsieur-
grincheux-super-monté, alias Duke, son patron.
Lexi savait que certaines de ses amies la considéraient comme une
salope. Elle refusait l’idée que sa réputation soit liée au nombre de ses
amants d’un soir. Mais elle devait tout de même admettre que deux mois
sans avoir couché avec le moindre mec, ça commençait à faire long.
Et pourtant, elle avait essayé.
Au début, elle avait attribué son manque d’intérêt au fait que faire
l’amour ligotée par Duke avait été une expérience incroyable, aussi
jouissive que sportive. Pour tout dire, le meilleur sexe de sa vie. Elle allait
rester enchaînée – elle sourit au jeu de mots – à ce souvenir un moment.
D’ailleurs, entre l’université et son nouveau boulot, elle était très
occupée. Et aucune des rencontres qu’elle avait faites ses soirs de repos n’avaient eu l’intensité de ses joutes verbales avec Duke. Après tout, rien ne
l’obligeait à avoir des relations sexuelles.
Mais après plusieurs semaines sans la moindre touche intéressante,
Lexi commença à s’inquiéter. Le problème, c’était que Duke lui avait
clairement fait savoir qu’il recoucherait volontiers avec elle. Elle aurait
presque préféré qu’il se sente mal à l’aise, comme elle l’avait craint juste
après qu’ils aient fait l’amour. Mais non.
Le lendemain soir, quand elle s’était pointée au boulot, Duke avait
froncé ses épais sourcils bruns d’un air mauvais en avisant sa veste cintrée
en cuir noir et sa minijupe violette. Il avait grommelé : « Si tu t’habilles
comme ça, tu vas encore finir la soirée contre le mur du bureau. »
Elle avait rétorqué d’un ton sévère, « non, ça n’arrivera pas, » alors
que tout son corps criait le contraire.
Apparemment, Duke avait décidé de relever le défi. Ou alors il était
un sadique en puissance, car dès lors, il avait semblé déterminé à la faire
revenir sur sa parole. Comme ils étaient les deux seuls employés, ils
travaillent ensemble du jeudi au dimanche de cinq heures du soir à une
heure, parfois deux heures du matin.
Tous les soirs, il l’engueulait sur sa façon de s’habiller ou de faire son
boulot. Lexi savait qu’il la cherchait et elle aurait aimé être fâchée, mais
c’était difficile tant il paraissait prendre plaisir à la voir réagir au quart de tour. Elle n’avait jamais rencontré un homme qui appréciait autant les joutes
verbales. C’était presque devenu un jeu entre eux de voir lequel allait sortir
la pique la plus drôle ou énerver l’autre le plus rapidement.
Plusieurs habitués participaient même à leur petit jeu. Buz, le vieux
biker aux cheveux blancs qui était là pratiquement tous les soirs avait pris
l’habitude de crier « Eh, y’a des hôtels pour ça ! » quand ils se
chamaillaient. Généralement, Duke lui faisait un doigt d’honneur, puis il
indiquait du menton le fond de la salle.
– Il y a une chambre au fond du couloir si ça te dit Blondie.
Cela avait le don d’irriter Lexi et Duke le savait, même si elle n’était
pas sûre qu’il sache pourquoi exactement. En vérité, ce surnom moqueur lui
rappelait le premier jour, et la façon dont il avait gémi « Lexi » dans son
cou en jouissant.
Elle répondait immanquablement « tu peux toujours rêver, patron »,
en essayant de réprimer un sourire alors qu’il lui rétorquait : « C’est quand
tu veux, Blondie. Quand tu veux. »
Évidemment, c’était les bons soirs, quand ils plaisantaient et se
cherchaient. Mais plus le temps les séparait de cette première nuit, plus leur
relation devenait tendue. Cependant, Lexi pensait que ce n’était pas
uniquement la tension du désir entre eux qui mettait Duke sur les nerfs.
Elle l’avait entendu pester contre lui-même alors qu’il faisait la
paperasserie dans son bureau. Elle avait proposé de l’aider, car, après tout,
elle passait une maîtrise de gestion d’entreprise, mais il l’avait rembarrée.
Elle aurait voulu lui demander ce qui n’allait pas, mais ça lui semblait aller
trop loin.
En plus, elle essayait de prendre ses distances.
Pas de répétition, se répétait-elle chaque soir quand il lui disait de «
se bouger le cul et d’aller servir les clients, bon sang ! », ou quand il posait
une main sur sa hanche en manœuvrant autour d’elle dans la réserve après
la fermeture.
Il n’essayait pas de la toucher ni de l’embrasser pour autant. Il ne lui
faisait pas de rentre-dedans. Lexi le regrettait presque parce qu’alors, elle
aurait pu se mettre en colère contre lui et arrêter de penser à ce qu’elle avait
ressenti quand il l’avait pénétrée.
Après un mois de ce traitement confinant à la torture, elle était
désespérée. Elle savait que ce n’était pas une bonne idée de s’asseoir sur les
genoux de Luca, mais le biker italien aux muscles ligneux était assez beau
pour être mannequin de sous-vêtements si on passait outre ses dents de
travers et ses tatouages de taulard. Il était mécanicien moto, avait de
l’humour et c’était typiquement le genre de type que Lexi aurait aimé
mettre dans son lit un soir, pour ne plus jamais le revoir.
Sauf qu’il ne lui fit aucun effet. Même quand il se pencha vers elle et
lui murmura, bourré, tout ce qu’il voulait lui faire. C’était des détails
cochons qui, normalement, l’auraient émoustillée. Mais depuis des
semaines, elle n’avait pas ressenti le moindre émoi qui ne soit pas provoqué
par son patron renfrogné et borné.
Le patron renfrogné et borné en question avait foutu Luca à la porte
pour « harcèlement du personnel ». Et merde, voir les biceps de Duke saillir
tandis qu’il entraînait le pauvre type vers le parking l’avait fait saliver et
serrer les cuisses.
C’était d’autant plus rageant que ce n’était pas la première fois. En
fait, ça lui arrivait souvent ces dernières semaines, Duke semblant mettre un
point d’honneur à virer les clients qui essayaient de la tripoter... ou avec qui
elle devenait trop familière.
Excitée ou non, elle n’allait pas le laisser faire la loi. Lorsqu’il poussa
la porte après avoir envoyé valdinguer tête la première sur les graviers du
parking un malabar de 150 kilos, Lexi le coinça derrière le bar. Il leva les
sourcils et essuya le mince filet de sang qui coulait au coin de sa bouche,
résultat d’une droite.
Lexi serra le poing et lui asséna un grand coup sur l’épaule. Elle se fit
mal à la main, mais parvint plus ou moins à calmer son ventre en feu.
– Arrête tes conneries, Duke.
– Pardon ? répliqua-t-il en grimaçant, sa langue venant de heurter sa
joue douloureuse.
Un jeune type à la coupe fraîche, décoiffé façon hirsute, leva la main
pour commander une autre bière. Lexi lui lança un regard noir. Il se ravisa
prestement. Elle retourna son regard furieux vers son patron.
– Ne te mêle pas de mes affaires. Tu sais exactement de quoi je parle.
Tu ne peux pas continuer à foutre dehors tous les mecs qui me draguent.
D’ailleurs, si tu continues à agir comme ça, tu n’auras plus aucun client, et
on ne peut pas dire que tu en as tant que ça.
– C’est mon bar. C’est moi qui décide qui est autorisé à le fréquenter
ou non.
– Et quiconque me drague est interdit de séjour, c’est ça ?
Le muscle de sa mâchoire se contracta, mais elle continua, en
frappant à coups répétés du doigt contre son torse.
– Le bar t’appartient peut-être, mais pas moi ! Crois-moi, si un type
dépasse les limites, je te le dirai ou je m’en occuperai moi-même. Mais tu
n’as pas le droit de te comporter en homme des cavernes avec quelqu’un
juste parce que je lui ai fait un clin d’œil. Compris ?
Elle haletait. Duke croisa les bras. Il répondit d’une voix grave.
– Je veux juste te protéger, Lexi. Ces gars sont des voyous. Pas tous,
mais... ce qui te semble un clin d’œil innocent peut être mal interprété et certains ne tolèrent aucun refus. Je sais lesquels. Pas toi.
Lexi souffla bruyamment. Elle savait qu’il avait raison, même si elle
ne voulait pas l’admettre. Au moins, il n’avait pas entièrement tort.
– Peut-être. Et si c’est le cas, il faut que tu me dises qui est
dangereux. Je t’écouterai. Mais n’essaie pas de me faire croire que tu as viré
Luca parce qu’il aurait pu me violer. Ou Justin. Ou Tex.
Le muscle de sa mâchoire se crispa de nouveau, indiquant qu’il
serrait les dents.
– Tu ne réponds pas parce que tu sais qu’il ne s’agit pas de
protection, mais de possession. Je ne t’appartiens pas, Duke. Je
n’appartiendrai jamais à aucun homme. C’est la raison pour laquelle je ne
couche pas deux fois avec le même et que je n’entretiens pas de relations. Je
pensais que j’avais été claire.
Duke la dévisagea, une expression insondable dans les yeux. Après
un long moment de silence, couvert par le brouhaha du bar, des boules de
billard, des rires et d’un vieux rock and roll, il expira bruyamment par le
nez.
– Tu as raison. J’ai compris. Et je m’excuse. J’ai dépassé les bornes.
À partir de maintenant, je ne virerai que les types qui se bagarrent... ou qui
me demandent de les foutre à la porte.
Lexi mâchouilla ses lèvres, surprise par la sincérité de ses propos.
Elle ouvrit la bouche, ne sachant pas ce qu’elle allait dire, mais consciente
qu’il fallait qu’elle parle, quand Duke la coupa.
– Laisse-moi me rattraper. La salle de gym sur Orchard a un mur
d’escalade. Retrouve-moi là-bas mardi après tes cours et je t’apprendrai à
grimper.
Elle resta sans voix. Il avait plusieurs fois parlé de lui apprendre
l’escalade, mais elle avait toujours imaginé que c’était une promesse en
l’air, le fameux « oui, bien sûr, faisons ça ensemble un jour » que les gens
se disent sans y croire vraiment.
– Ce n’est pas un stratagème tordu pour sortir avec moi ?
En temps normal, Lexi n’aurait jamais vu l’escalade comme un
prétexte de drague, mais étant donné sa réaction chaque fois que ses yeux
tombaient sur la photo accrochée au mur du bureau de Duke, elle se dit que
la question n’était pas déplacée.
Duke écarquilla les yeux et resta bouche bée. L’étonnement le rendait
plutôt séduisant.
– Non ! C’est juste que... tu m’as dit que tu voulais apprendre. Mais
si tu ne veux plus, je me rachèterai autrement. Par exemple, tu peux partir
plus tôt ce soir, je rangerai tout seul ou... ce que tu veux.
Elle tapota ses biceps saillants.
– Relax, patron. Escalade mardi après-midi. Sans faute.
***
Faire de l’escalade avec Lexi s’avéra une très mauvaise idée. Duke
étouffa un nouveau râle tandis qu’elle se penchait vers lui, chaude et forte,
sentant un mélange de noix de coco et de sueur. Il avait bien essayé de faire
son instruction en restant au sol, lui indiquant à distance où poser ses pieds,
quels crochets attraper, mais ça n’allait pas. La première demi-heure, elle
avait à peine réussi à s’élever de quelques mètres sur le mur avant de chuter.
Au moins, elle n’avait pas peur de tomber. Elle avait confiance dans
le harnais et le système de poulies qui l’assurait. Mais elle n’avait pas
encore pigé le rythme de l’escalade, comment s’élancer de prise en prise
pour grimper. Son corps n’était pas familier de ce mouvement.
Il avait fini par renoncer à l’observer d’en bas (comme si voir son cul
moulé dans le collant noir n’était pas une torture suffisante) pour grimper
avec le dispositif d’assurage autobloquant afin de lui indiquer chaque prise.
Désormais, il en était réduit à réviser ses tables de multiplication
mentalement pour s’empêcher de penser au corps de Lexi. Et malgré ça, il
bandait. Ils faisaient tous les deux semblant de ne pas le voir.
– Voilà, assure-toi d’avoir une bonne prise et balance ta jambe droite
vers la cheville bleue.
– Jambe droite cheville bleue, j’ai compris. On dirait une version
sado du Twister des fêtes foraines pour adulte.
Elle rit légèrement, mais l’image que ses mots convoquèrent à
l’esprit de Duke faillit le faire jurer à haute voix. Elle voulait le tuer ou quoi
?
Il ne mentait pas quand il avait prétendu que sa proposition était
purement amicale et platonique, un rameau d’olivier pour se faire pardonner
son comportement primitif de mâle alpha des dernières semaines. Lexi ne
lui avait jamais aucune promesse. C’était même le contraire. Et le fait qu’il
détestait l’idée qu’un autre la touche était son problème à lui, pas le sien.
Mais il n’avait pas songé aux implications d’enseigner à quelqu’un
un sport aussi physique que l’escalade. Pour lui montrer les meilleures
prises où placer ses pieds et ses mains, il devait grimper derrière elle. Ils
avaient passé les dernières quarante-cinq minutes leurs corps pressés l’un
contre l’autre des épaules au bassin.
– Ah ! Je l’ai fait !
Le cri triomphant de Lexi arriva pile au bon moment pour détourner
son attention de son fessier contre lequel il ne pouvait faire autrement que
frotter son érection. Ils étaient tous les deux en sueur. C’était loin d’être un
parcours difficile pour lui, mais la proximité de Lexi l’avait mis dans tous
ses états, comme toujours.
– Formidable ! Maintenant... hum. Voyons voir. Pourquoi tu
n’essaierais pas : main gauche, jaune ?
– Quel jaune ? ricana-t-elle. Oh, d’accord, je le vois.
Cela aurait été plus facile si elle avait été la richarde salope qu’il
avait cru en la voyant se pointer au Shotguns le premier soir. Il aurait pu
alors faire une croix sur elle après l’avoir baisé un bon coup. Non qu’elle ne
fut pas un bon coup. Elle était le meilleur coup de sa vie, à dire vrai. Duke
n’avait même jamais été autant excité par une femme. Il n’avait jamais
fantasmé attacher une femme, non plus, mais la vue de ses poignets ligotés
par la corde d’escalade avait... eh bien, ça l’avait fait. Il aurait pu
transpercer le mur de sa queue en la défonçant.
Juste après, il avait été un peu atterré par son comportement. Il
n’avait jamais fait un truc pareil de toute sa vie. Et il voulait recommencer.
Mais Lexi ne couchait pas deux fois avec le même homme.
Dommage, car il n’avait envie de faire l’amour qu’avec elle.
Tandis qu’il la guidait pour grimper les derniers mètres du mur, il
tentait de réfléchir à la situation. Il comprenait sa réticence. Ils en avaient
discuté en nettoyant le bar durant les heures creuses et elle lui avait parlé un
peu de sa mère et de son beau-père.
Personnellement, Duke pensait qu’elle poussait la notion de « je
refuse d’appartenir à quiconque » un peu loin, mais il pouvait comprendre son envie de rester célibataire jusqu’à ce qu’elle ait fini ses études (il lui
restait un semestre), trouvé un travail, et puisse voler de ses propres ailes. Il
la respectait même pour ça. Ce qui ne voulait pas dire que ça lui plaisait.
Après une ou deux tentatives de la convaincre de la bêtise de son
raisonnement, il avait abandonné. Ça n’avait eu pour effet que de la mettre
hors d’elle. Et si Duke trouvait que Lexi était adorable quand elle était
énervée, il n’aimait pas quand c’était contre lui. Alors il l’avait taquinée en
lui disant qu’il remettrait bien le couvert. Ça avait mieux marché.
Bien qu’elle n’ait jamais accepté ses invites, elle le provoquait en
retour. Et ils avaient de ce fait une bonne relation, pensait-il.
Jusqu’à ce qu’il foute tout en l’air en se montrant jaloux. La première
fois, avec Luca, il avait réagi sans réfléchir. Lorsqu’il avait vu son air
réprobateur et ses lèvres, d’ordinaire pulpeuses, pincées, il avait compris
qu’il avait merdé. Il s’était attendu à ce qu’elle explose, mais elle était
restée de marbre.
Jusqu’à dimanche soir, où elle l’avait accusé de la traiter comme sa
possession. Duke aurait aimé mettre cela sur le dos du stress. Les factures
s’accumulaient et il était resté debout plusieurs heures après la fermeture du
bar pour chercher des moyens de réduire ses coûts et d’augmenter ses
revenus. Le Shotguns avait une clientèle régulière, mais les gens
commandaient surtout des bières et de l’alcool bon marché. Il gagnait assez pour couvrir ses frais généraux et payer le crédit de son petit pavillon à la
lisière de la ville. Ou du moins avant.
Il aurait vraiment dû appeler les flics pour Barbara. Il ne savait pas au
juste combien elle lui avait volé au cours des deux années où elle avait
travaillé pour lui, mais il imaginait que ça se comptait en milliers. Peut-être
en dizaine de milliers. Ça avait été une ponction lente, suffisamment
progressive pour lui faire croire que son affaire périclitait. Il avait pris du
retard dans le paiement des fournisseurs et de son prêt immobilier et il avait
dû emprunter de nouvelles sommes d’argent.
Se débarrasser de Barbara avait aidé à stopper l’hémorragie, mais le
mal était fait.
– Oh putain ! C’est incroyable !
Duke ne put s’empêcher de sourire au cri essoufflé de Lexi qui avait
réussi à atteindre le haut de la paroi en tirant sur ses bras. Il grimpa à sa
hauteur, heureux de la distraction.
– Je t’avais dit que tu allais aimer l’escalade.
Lexi cogna son épaule nue contre lui, la respiration toujours un peu
hachée.
– Ouais, ouais. Mais que cela ne te monte pas à la tête, patron. T’es
toujours un abruti.
– Attention. N’oublie pas que je connais dix-sept façons de tuer un
homme de mon seul pouce, dit-il en lui donnant une chiquenaude sur la
cuisse, forte. Elle se frotta la peau en lui faisant les gros yeux pour cette
mauvaise blague.
– Oh, j’ai tellement peur.
Elle poussa un cri de joie et il se jeta sur elle comme s’il allait la
pousser du haut du mur, ce qui leur valut à tous les deux le regard
désapprobateur des moniteurs d’escalade. Mais l’entendre rire et le menacer
de le poignarder avec le couteau à légumes un soir quand il ne s’y attendrait
pas valait la peine de se faire réprimander.
Finalement, ce n’était pas une si mauvaise idée de l’avoir emmenée
au mur d’escalade. Elle lui avait pardonné son côté homme des cavernes, et
s’il bossait comme des fous au Shotguns, son affaire pourrait sans doute
redevenir positive.
Mais ce sentiment ne dura pas plus de deux jours. C’était une soirée
calme pour un jeudi, et il avait laissé Lexi s’occuper de la poignée de clients
pour aller s’installer devant sa montagne de paperasse dans l’espoir de
trouver une solution pour se sortir de ce merdier. Un mal de tête martelait
derrière ses paupières tandis qu’il fixait les colonnes noires de chiffres
jusqu’à ce qu’ils deviennent flous et déformés.
– Hé ! C’est interdit d’aller par là !
La voix de Lexi était plus aigüe quand elle était indignée et c’était
une tonalité qui lui était devenue familière après trois mois à travailler
ensemble. Mais généralement, elle lui était destinée. Il leva les yeux au
moment où la porte de son bureau s’ouvrait en grand. À la vue de son
expert-comptable Marcus, il soupira et se gratta l’arête du nez.
– Désolé, patron. J’ai dit à ce sale fouineur que tu étais occupé, mais
apparemment c’est vraiment important. Elle avait ses mains sur ses hanches
et elle leva les yeux au ciel quand elle croisa son regard. Duke eut une envie
soudaine de la prendre dans ses bras et de l’embrasser sans raison.
Sachant que cela aurait l’effet d’un pétard mouillé, il se contenta de
hocher la tête et de lui sourire. Il allait lui demander de leur apporter à
boire, ce qui lui vaudrait sans doute une réponse sarcastique, mais il aimait
bien qu’elle le rembarre. Avant qu’il n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche,
Marcus se laissa tomber dans le fauteuil légèrement bancal que Lexi avait
placé devant son bureau pour pouvoir le harceler quand il passait les
commandes.
– Tu ignores tous mes appels, Duke. Tu ne feras pas disparaître le
problème en faisant comme s’il n’existait pas.
Marcus était un vieil ami, mais là, Duke avait une furieuse envie de
lui balancer un coup de poing dans le nez. Saisissant la balle au bond, Lexi
croisa les bras et fronça les sourcils.
– Quel problème ?
– Je ne vais pas parler de...
Lexi coupa Marcus d’un geste de la main.
– Ce n’est pas à toi que je parle, mon vieux.
Duke ne put s’empêcher de rire en voyant la tête de Marcus. Mais
rapidement, son regard se perdit dans le vide. Lexi le fixa de ses yeux bleus.
– Un problème ?
Il enfouit son front entre ses mains et pressa ses paumes contre ses
yeux fatigués.
– Vas-y, dis-lui, Marc.
Après un long silence embarrassé indiquant qu’il répugnait à le faire,
Marcus exposa la situation financière de Duke. Il parlait avec une grande
clarté. Comme s’il pensait que Lexi était stupide. Ou Duke. Probablement
Duke.
Elle ne dit rien pendant tout ce temps. Quand Marcus eut fini, elle
traversa la pièce, serra son petit poing et lui envoya un coup dans l’épaule.
De toutes ses forces. Il l’avait vu venir, mais il eut quand même mal
– Espèce de crétin !
Marcus ricana en postillonnant, tandis que Duke lui frottait son
épaule douloureuse.
– Tu n’as pas des clients à servir ? grommela-t-il.
Il était épuisé et il avait mal au crâne.
– Deux mois. Tu allais me le dire ou je me serais pointée un soir au
boulot et j’aurais trouvé porte close avec un écriteau FERMETURE
DÉFINITIVE ?
– Lex...
– Non, siffla-t-elle. Ce n’est pas à toi que je veux parler, mais à vous
! Elle pointa un ongle rongé en direction de Marcus. « Je veux voir tous les
documents. »
Marcus ouvrit la bouche, visiblement pour protester. Duke soupira.
– Donne-lui ce qu’elle veut, Marc. C’est le seul moyen pour qu’elle
arrête de gueuler.
– Oh, va te faire foutre, patron !
– Quand tu veux, Blondie, répondit-il dans un demi-sourire.
***
Lexi était en grande difficulté. Elle frotta ses yeux fatigués et irrités,
et essaya de trouver une solution. C’était ce qu’elle faisait tous les jours
depuis deux semaines.
Maudit soit-il. Maudits soient son stupide front plissé, son attitude
bourrue, son air renfrogné si sexy et ses lèvres finement dessinées. Maudits
soient son rire amusé, son sourire en coin et ses grandes mains habiles.
Maudites soient ses excuses quand il avait tort, qu’il reconnaissait s’être mal comporté, et qu’il faisait tout pour se faire pardonner. Maudit soit-il de
l’avoir initiée à l’escalade avec patience et retenue alors qu’il aurait pu
essayer de profiter d’elle. Maudit soit-il de la faire rire, de la mettre en
colère, de lui donner envie de s’occuper de lui... et de lui appartenir.
Maudit soit-il surtout pour ce dernier point.
Et maudit aussi soit Marcus l’expert-comptable maigrichon, tant
qu’elle y était. Ça n’avait pas été facile de résister à Duke, de garder une
relation strictement « patron/employée qui sont aussi amis (et qui ont
couché ensemble une fois) », mais elle avait réussi. Et puis Marcus avait
fait irruption dans le bureau de Duke et vendu la mèche sur l’avenir du bar,
et maintenant...
Maintenant, elle passait tout son temps libre sur l’ordinateur, à
donner des coups de fil, à faire des recherches et même à solliciter ses
professeurs. Pour trouver le moyen de sauver le Shotguns. Et malgré ce
qu’elle pouvait se dire, ce n’était pas pour ne pas perdre son job.
Elle savait que Duke était dangereux. Pas seulement parce qu’il était
grand, musclé et qu’il pouvait physiquement la maîtriser comme il voulait.
Non, le danger n’était pas dans l’affrontement.
C’était un danger d’un genre très différent. Celui qu’elle avait essayé
d’éviter depuis le jour où elle avait découvert la gent masculine.
– Bien joué, Alexis, marmonna-t-elle à l’intention du plafond de sa
chambre. Sa voix lasse sonnait étrangement comme celle de sa mère. Elle
frissonna.
Étirant ses bras au-dessus de sa tête, elle se laissa tomber sur les
oreillers en scrutant le tas de papiers. Elle était là, noir sur blanc, sous ses
yeux... la solution à ses problèmes. À leurs problèmes, si elle voulait.
C’était la question à un million. Ou à un deux cent cinquante mille,
techniquement.
Du moins, ce fut ainsi qu’elle le formula face à Duke le lendemain.
Elle aurait peut-être dû dormir une deuxième nuit dessus avant d’en parler,
car il la regardait comme si elle parlait en chinois ou autre.
– Quoi ?
– Je viens de dire que je démissionne.
Duke jeta un œil aux deux piles de papier qu’elle avait
soigneusement posées sur son bureau une minute plus tôt, puis il la regarda
de nouveau. Ses sourcils fournis s’abaissèrent et le sillon apparut entre eux,
faisant bondir le cœur de Lexi. Elle s’efforça de rester impassible et
insensible à sa colère et à sa perplexité.
– Et ça ?
Le grondement grave de sa voix caressa sa colonne vertébrale comme
un doigt de velours, durcissant instantanément ses tétons.
– C’est exactement ce que je t’ai dit. Des business plans. Celui-ci,
dit-elle en indiquant une feuille du doigt, correspond à ce que tu dois faire
pour garder le bar ouvert et sans doute renouer avec les profits.
Il se pencha en arrière sur son siège et croisa les bras sur sa large
poitrine. Mis à part le fait qu’il était assis et non debout derrière le bar, il
avait la même posture que le jour où elle était entrée pour la première fois
au Shotguns. Cela semblait approprié.
– Et l’autre ?
Lexi avala pour faire passer la boule coincée dans sa gorge, car ici,
elle s’était un peu avancée. Autant faire les choses jusqu’au bout, pensa-t-
elle. Et c’est vrai qu’elle avait vu très grand...
– C’est ce que tu dois faire si tu veux raser l’endroit pour le
transformer en un centre d’escalade ultramoderne.
Duke la dévisagea sous ses épais sourcils bruns. Elle haussa les
épaules et détourna les yeux, pour les poser sur la photo où il escaladait une
paroi abrupte en Arizona (il lui avait dit où la photo avait été prise).
– J’ai cherché un moyen de combiner les deux, tu vois ? Du genre un
bar avec un mur d’escalade ? Mais... ça ne marche pas. L’assurance à elle
seule coûterait une fortune. Alors ça doit être l’un ou l’autre. Je n’ai pas pu
trancher, mais j’imagine que... eh bien, c’est ton bar. Alors c’est à toi de
choisir.
– Ce ne sera plus mon bar. Du moins si je suis tes conseils.
Elle était surprise qu’il reste si calme. À dire vrai, elle s’était attendue
à ce qu’il explose dès qu’elle aurait exposé son plan. Ou du moins qu’il
l’engueule au sujet de l’argent. Il savait, après tout, ce qu’elle pensait des
fonds fiduciaires.
– Si, ça serait le tien. Je t’accorderais juste un prêt. Tu me
rembourserais. Les conditions sont indiquées ici.
Lexi sentit sa gorge la brûler. Il fallait qu’elle mette fin à cette
conversation et qu’elle parte d’ici. C’était ce qu’elle avait prévu. Déposer
les papiers, lui dire qu’elle avait fini son travail et se barrer. Elle savait que
ce n’était pas sympa de le laisser en plan, mais on était jeudi. Les jeudis
étaient des soirs calmes.
Il fronça les sourcils, ce qui accéléra les battements de son cœur. Elle
voulait ramper sur le bureau et s’asseoir sur ses genoux, au lieu de quoi elle
serra les poings et redressa les épaules.
– C’est pourquoi je pense qu’il vaut mieux que je ne travaille plus ici.
Dans tous les cas, ça ne ferait que rendre la situation... embarrassante.
Oui, ce serait gênant de continuer à travailler avec lui en prétendant
qu’elle n’était pas en train de tomber bêtement amoureuse de cette tête de
cochon.
– Et si je décidais de ne pas suivre tes conseils ? Et si je décidais de
fermer le bar ? Tu continuerais à travailler jusqu’au dernier jour ?
Ses mots étaient calmes, mais ils frappèrent Lexi comme un coup de
poing dans le ventre.
– Je... quoi ? Non ! Tu... Ne sois pas idiot, Duke ! Tu dois prendre cet
argent !
La colère et l’exaspération étaient des sensations familières et
excitantes. Elle cala ses poings sur ses hanches et le regarda. Duke repoussa
les business plans de la main et recula sa chaise afin de pouvoir se mettre
debout. Il ferma les poings, appuya son poids dessus et se pencha par-
dessus le bureau, prêt à bondir dans sa direction malgré la distance d’un
mètre qui les séparait.
– Oh, je t’assure, Blondie, que rien ne m’oblige à prendre ton putain
de fric !
– Espèce de crétin borné ! Tu refuserais vraiment le prêt d’une amie
juste pour... quoi ? Pour préserver ton foutu orgueil ?
Il donna un coup de pied dans la chaise, qui l’envoya valdinguer
contre l’étagère dans un bruit de ferraille. Lexi tressaillit, mais ne recula
pas. Les narines de Duke s’évasèrent au moment où il repoussa la masse du
bureau sur le côté dans un effort musculaire qui lui gonfla les biceps. Puis il
la saisit par les épaules.
Lexi gémit à la sensation de ses mains chaudes et rugueuses sur sa
peau.
– Une amie ? C’est ce que tu es, Lex ? Mon amie ? rugit-il, soufflant
contre sa joue une bouffée de son haleine parfumée à la cannelle – il
mâchait son chewing-gum favori, Big Red, et elle détestait et adorait
connaître ce détail sur lui. Incapable de résister à l’attirance magnétique de
son corps si proche d’elle, Lexi posa les mains sur son tee-shirt et caressa
son torse puissant.
– Oui, dit-elle d’une voix rauque, s’accrochant désespérément à ce
mot. Amie.
Les amis passent du temps ensemble, ils se font rire, ils ne veulent
que le bien de l’autre et ils sont là quand on a besoin d’eux. Les amis
peuvent même coucher ensemble plus d’une fois et rester amis. Elle pouvait
faire ça. L’amitié était un terrain sûr.
– C’est des conneries. Je ne fais pas ça avec mes amies, dit-il en
l’embrassant.
Lexi lui rendit son baiser, brûlante de désir. Elle pensait se souvenir
de la force et du pouvoir d’addiction des baisers de Duke, mais elle était
bien en dessous de la réalité. Ses lèvres douces comme du satin et pourtant
si puissantes pressaient les siennes tandis que sa langue était une flamme
dansante dans sa bouche.
Les mains de Duke firent glisser son gilet dans son dos et dégrafèrent
son soutien-gorge. Une seconde plus tard, la fermeture éclair de sa jupe
descendit et il tomba à genou devant elle, en emportant le tissu soyeux dans
son mouvement. Lexi haletait, les mains posées sur ses épaules larges tandis
qu’il lui enlevait sa petite culotte, ses bottes, ses chaussettes... la laissant
complètement nue au milieu du bureau.
Duke posait ses lèvres chaudes entre ses cuisses et sur son ventre,
tout en caressant la peau tendre derrière ses genoux, avant de lui écarter les
jambes. Quand sa bouche plongea dans son intimité, Lexi cria et enfonça
ses doigts dans ses cheveux.
Il la dévorait, pressant ses lèvres sur chaque millimètre de peau avec
la même expertise que lorsqu’il lui prenait la bouche.
Les jambes de Lexi se dérobèrent. Elle se serait écroulée si les mains
puissantes de Duke ne la soutenaient pas. « Duke ! »
Il leva les yeux vers elle, une lueur amusée dans ses yeux couleur
café.
– Moi non plus je ne fais pas ça avec mes amis, dit-elle en riant, la
respiration saccadée.
Cet aveu sembla ouvrir une porte en lui. Duke remonta le long de son
corps, picorant de baisers son abdomen, ses seins et sa gorge avant d’arriver
à sa bouche.
Elle agrippa son tee-shirt et le remonta, désireuse de sentir sa peau.
Toute sa peau cette fois-ci. Duke l’obligea en enlevant son tee-shirt.
Lexi le poussa contre le bureau, en faisant courir ses mains sur ses
épaules, son dos, sa poitrine. Elle se pressa contre sa peau brûlante en se
frottant comme une chatte. La caresse rugueuse de ses cheveux bruns entre
ses mamelons cuivrés durcit ses tétons sensibles. Elle avait du mal à
respirer.
– Oh putain, Lexi !
Les mains de Duke lui labourèrent le cuir chevelu avant de l’attirer à
lui dans un baiser humide et profond. Elle gémit, tâtonnant aveuglément
pour trouver la boucle de son ceinturon. Elle s’ouvrit dans un cliquetis
sourd et elle tira sur la ceinture, puis la jeta au milieu de la pièce. Elle prit le
temps de palper sa queue sur toute sa longueur au travers du jean avant de
baisser la braguette et d’y engouffrer une main. Ils gémirent ensemble
quand elle enroula ses doigts autour de son sexe et se mit à le caresser.
La première étreinte avait été passionnée et incroyable, mais trop
rapide. Et il l’avait attachée. Elle n’avait pas eu la chance de pouvoir le
toucher. À l’époque, elle s’en fichait.
Mais plus maintenant. Oh non, elle ne s’en fichait plus. De rien,
d’ailleurs.
Duke réussit Dieu sait comment à enlever ses bottes sans abandonner
sa bouche. Elle les entendit rebondir sur le sol au moment où il les envoya
valser au loin. N’en pouvant plus d’attendre qu’il se déshabille pour l’avoir
nu contre elle, elle rompit leur baiser pour lui enlever son pantalon.
Il souleva ses hanches pour l’aider, laissant apparaître le magnifique
V de sa ceinture d’Apollon. Lexi se mordit les lèvres et gémit. Plongeant à
genou, elle tira sauvagement sur les jambes du jean, emportant les
chaussettes avec lui.
C’était à son tour de pincer ses tétons et de lécher ses cuisses et le pli
entre la jambe et la hanche. Elle fit courir sa langue dans chaque repli de
son intimité, les yeux plongés dans son regard étincelant tandis que sa main
enserrait sa queue et la faisait aller et venir dans sa paume dans un
mouvement lent et puissant.
– Lexi, chérie... s’il te plaît.
Lexi lécha son sexe sur toute sa longueur. Duke jeta la tête en arrière
et poussa un cri de plaisir tandis que la langue de Lexi le lapait sans merci
et qu’elle se frottait contre lui.
Elle aurait pu continuer à le sucer et à le lécher ainsi jusqu’à ce qu’il
éjacule dans sa bouche, mais Duke la tira par les épaules, l’exhortant à se
relever.
– Attends, chérie, attends. Viens là.
Il la saisit par la taille et la souleva jusqu’à sa bouche, en se pressant
contre son corps nu. Sa queue palpitait, dure et chaude contre son ventre
tandis que leurs langues se mêlaient. Il caressa ses côtes et remonta vers ses
seins, titillant ses tétons sensibles et durs pendant un moment avant de
remonter ses mains rugueuses jusqu’à son visage. Il lui releva la tête pour
voir ses yeux, et frotta doucement son nez tordu contre le sien.
– Je veux être en toi, Lexi. Une nouvelle fois.
Ses mots envoyèrent une telle décharge de plaisir à travers tout son
corps que Lexi gémit et frissonna. Elle en eut la chair de poule.
– Oh, bon Dieu. Oui !
Elle poussa brusquement ses épaules, pour qu’il s’allonge sur le dos.
Comprenant le message, Duke balaya le bureau du bras, envoyant voler les
papiers – dont ses précieux business plans – dans toute la pièce.
On aurait dit qu’une tornade avait traversé le bureau, mais Lexi ne
s’en souciait pas. En ce moment précis, elle ne se souciait que de Duke.
Il prit appui sur le bureau et souleva ses fesses dans un mouvement
qui tendit ses biceps, ses pectoraux et ses abdos dans une démonstration
musculaire appétissante. Lexi saliva en le voyant et tressaillit de désir. Elle
mourait d’envie de le toucher.
Son vœu fut exaucé la seconde d’après, quand il lui tendit la main.
Lexi ne bougea pas. Une fraction de seconde, elle resta immobile.
Elle considéra l’idée de s’arrêter là. De reculer au lieu d’avancer. De
remettre ses vêtements et de sortir de la pièce. Puis de quitter le bar en
gardant intacte sa promesse de ne jamais coucher deux fois avec le même
homme, de ne pas lier de relations amoureuses. De se préserver.
Les sourcils de Duke se froncèrent.
– Ne sois pas lâche, Blondie.
– Va te faire foutre, patron, rétorqua-t-elle en levant le menton.
Il avait un sourire lumineux à vous faire fondre le cœur. Si elle n’était
pas déjà amoureuse de lui, elle le serait devenue à cet instant précis.
– Me faire foutre ? Je croyais que c’était ce qu’on était en train de
faire, dit-il en gigotant les doigts.
Lexi glissa sa main dans la sienne et se laissa soulever jusqu’à ses
genoux. Sa queue se faufila entre ses cuisses.
Le fixant dans les yeux, elle se pencha et enroula sa main autour de
son chibre. Elle le guida à l’intérieur de son ventre, basculant en arrière
pour l’avaler complètement. Sa main droite pétrissait le muscle de son
épaule tandis qu’il la remplissait, la déchirait.
Il dégagea les cheveux de son visage, caressa les longs muscles de
son dos courbé et enveloppa de ses mains les globes tendres de ses fesses.
Ses lèvres se tordirent tandis qu’il les pressait doucement.
– J’ai su que j’allais avoir des ennuis à la seconde où je t’ai vue, dit-il
en frottant sa lippe contre sa joue.
Lexi passa ses bras autour de son cou et se mit à bouger son bassin,
le soulevant et le baissant dans un rythme lent et dansant aussi régulier que
le flux et le reflux des marées. Elle gloussa à ses mots.
– Tais-toi et embrasse-moi, imbécile.
Ce qu’il fit. Il l’embrassa et resserra son emprise sur son cul, la
forçant à le chevaucher à son rythme. Le bois du bureau craquait sous leur
poids, délivrant un contrepoint presque musical à leurs grognements,
gémissements et au bruit des chairs qui s’entrechoquaient.
Il l’embrassa et elle l’embrassa en retour, sentant une vague de plaisir
déferler en elle, monter, descendre, puis remonter pour la mener au bord de
l’orgasme, et redescendre à nouveau. Il l’embrassa tandis qu’elle hurlait son
nom, aspirant ses mots avant de crier à son tour son prénom au moment où
son corps fut secoué d’un long spasme et qu’il éjacula en elle.
Duke l’embrassa alors qu’elle gisait pantelante contre sa poitrine
collante de sueur. Il embrassa ses cheveux, ses paupières et le bout de son
nez. Il embrassa ses seins, son menton et ses lèvres. Ses lèvres, encore et
encore jusqu’à ce qu’elles fussent enflées et douloureuses, mais elle ne
voulait pas qu’il s’arrête.
Ouais, elle s’était vraiment mise dans les ennuis jusqu’au cou.
Lexi étouffa un rire rauque contre la peau lisse et chaude de son
épaule.
– Je crois que les deuxièmes fois ne sont pas si mal après tout.
Elle embrassa ses lèvres rieuses et recommença, une troisième fois.
FIN
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