Une deuxième chance d’aimer: Le Secret de Laura (bébé caché, sport, amour) ((New Adult Maternité Mâle alpha Football Histoire d’amour)) (French Edition)
Guérison
La taverne Olde Towne était fidèle à mon souvenir. De la brique à
l’extérieur, des piliers de bar à l’intérieur, cramponnés à leur tabouret pour
tenir debout.
– Pincez-moi, mais ne serait-ce pas Justine Martin en personne ? a
lancé la barmaid. Elle a fait le tour du bar et m’a serrée affectueusement
dans ses bras.
J’ai souri quand elle s’est écartée de moi. Kate n’avait pas changé d’un
poil depuis le lycée ; mêmes cheveux noirs en pétard, mêmes bottes de
combat.
– Qu’est-ce qui t’amène ici ? a-t-elle demandé en m’entraînant vers un
tabouret au bout du comptoir, qu’elle a essuyé d’un coup de torchon avant
de m’inviter à m’asseoir.
– Je suis venue pour le mariage de ma mère. Et toi, qu’est-ce que tu
fais ici ?
Kate avait de grands rêves autrefois et aucun n’impliquait un bar dans
une banlieue de New York. Elle m’a versé un Dirty Martini — extra Dirty
— et a soupiré.
– Les aléas de la vie, tu vois ?
J’ai hoché la tête. Je voyais.
– Mes parents ont divorcé quand j’étais au lycée et ma mère s’est
retrouvée sur la paille. J’ai déménagé, changé de collège et trouvé un boulot
ici. Il était censé être temporaire.
– Désolée.
Elle a balayé mes excuses d’un geste de la main.
– C’est pas grave. Qu’est-ce que tu deviens ? Tu rêvais d’aller en
Afrique, tu l’as fait ?
Oh, l’Afrique. Si seulement j’avais pu y aller.
– Excusez-moi, a dit une voix grave derrière moi. Vous parlez de
l’Afrique ?
Kate a levé les yeux et sa bouche s’est ouverte.
Je me suis retournée et j’ai failli tomber de mon siège. Un homme —
grand, musclé, avec des fossettes — nous observait de ses yeux noisette
interrogatifs.
– Je rentre d’Afrique.
Son pantalon kaki froissé et sa chemise à col américain, ainsi que son
visage hâlé, indiquaient qu’il disait vrai.
– Pardon, je m’appelle Trey, il a dit en tendant la main.
Je lui ai serré la main, mais je n’arrivais pas à trouver mes mots.
Kate est venue à mon secours et nous a présentées à l’inconnu.
Trey s’est assis sur le tabouret à côté du mien et a commandé une
bière.
– J’espère que ça ne va pas me faire dormir. J’essaie de rester debout
suffisamment tard pour gommer le décalage horaire.
J’ai hoché la tête, toujours incapable de parler.
– Où étiez-vous en Afrique ? a demandé Kate en posant la bière devant
lui. Un verre ?
Il a secoué la tête et a bu une gorgée au goulot.
– Au Soudan. J’ai passé un mois dans un camp de réfugiés.
Comme si son physique ne suffisait pas. Sérieusement, ce type aurait
pu sortir tout droit d’un écran de cinéma au lieu de la savane.
Il a posé son regard de braise sur moi et j’ai décidé que je ne pouvais
pas rester muette comme une potiche. Il fallait que je montre un minimum
de ma personnalité.
– C’est fascinant. J’ai failli aller au Botswana un jour.
Ses yeux ont brillé.
– Failli ?
– C’est une longue histoire, ai-je dit avec un sourire désabusé.
– J’ai du temps.
Oh là là.
– Je croyais que vous aviez peur de vous endormir, ai-je dit, retrouvant
ma présence d’esprit.
Il a ri, d’un rire profond et puissant.
– Une autre fois, alors.
Oh ? Il voulait donc me revoir ? Au bout de quelques minutes
seulement ?
Il a mordu sa lèvre, ce qui a attiré mon attention sur sa bouche. Nous
venions à peine de nous rencontrer, mais je ne pouvais pas m’empêcher
d’imaginer ses baisers. Je parie qu’il embrasse bien, ai-je songé.
– Désolée de vous interrompre, a dit Kate. Un autre martini ?
Pourquoi pas ? Je ne voulais pas partir maintenant. Pas avec Trey dans
la place — sympa, souriant et fascinant.
J’ai souri en rejetant mes boucles noires derrière mon épaule.
– Volontiers, j’ai dit. Puis à Trey : Parlez-moi du Soudan.
Kate m’a lancé un regard complice et est partie à l’autre bout du bar,
me laissant seule avec le bienfaiteur sexy. Mes rêves les plus fous se
réalisaient. Enfin, pas encore.
Trey m’a parlé des enfants au ventre distendu, des bébés qu’il avait
vaccinés et des gens défigurés par des blessures horribles. Le poids de ses
personnes, si loin de nous, pesait lourd sur ses épaules. Bien que chaleureux, ses yeux étaient hantés par d’atroces images. Il n’oublierait
jamais les hommes, les femmes et les enfants qu’il avait rencontrés.
Alors qu’il me racontait ce qu’il avait vu, nos genoux se sont touchés
et un courant magnétique est passé entre nous.
– Je demande rarement ça, mais... vous ne voulez pas qu’on aille
ailleurs ?
Mon cœur s’est arrêté de battre au son grave et rauque de sa voix. Le
temps de le fantasmer au-dessus de moi, ses mains rugueuses sur ma peau
brûlante.
J’ai dégluti.
– Je réponds rarement ça, mais... oui.
Il a souri et la douleur qu’on lisait dans ses yeux s’est un peu adoucie.
***
À l’extérieur du bar, il m’a pris la main et nous avons descendu la rue
principale. Sa main enveloppait complètement la mienne, forte, sûre et
complice. Un essaim de papillons voletait dans mon ventre, et je me sentais
fiévreuse, excitée et un peu nauséeuse.
Je n’avais pas été avec quelqu’un depuis longtemps. Plusieurs mois, au
moins. J’avais un job accaparant et mal payé. Je ne sortais pas souvent.
– Ce n’est pas très loin, il a dit en regardant droit devant lui.
Nous avons marché en silence quelques minutes. Avait-il laissé sa
belle éloquence au bar ? Tant que je ressentais une attirance mutuelle entre
nous, je me fichais qu’on parle ou pas.
Mais le silence a fini par devenir insupportable. Il fallait que je trouve
un truc à dire. C’est lui qui a parlé en premier.
– Vous vivez dans le coin ? m’a-t-il demandé.
– Plus maintenant. J’ai grandi ici, mais je vis à Brooklyn maintenant.
– C’est super Brooklyn. Que faites-vous dans la vie ?
– Je suis une enseignante à l’école primaire.
Il a levé les sourcils et hoché la tête.
– Noble métier.
Noble, oui, mais pas aussi sexy qu’un poste humanitaire dans des
camps de réfugiés africains.
Nous avons marché jusqu’à l’allée d’une modeste maison à un étage
éclairée par le clair de lune. L’herbe fraîchement coupée parfumait la brise
nocturne et j’ai frissonné.
– Vous avez froid ?
Trey a passé son bras autour de moi et m’a attirée contre lui. L’essaim
de papillons s’est envolé dans ma gorge.
Il s’est arrêté sur le perron.
– J’espère que ce n’est pas trop cavalier, mais je voulais faire ça depuis
que vous avez dit « c’est une longue histoire ».
Il a pris mon menton d’une main, a levé mon visage vers le sien et il
m’a embrassée.
Ses lèvres douces et chaudes ont exploré les miennes, avant de devenir
plus insistantes. Il a passé une main dans mes cheveux, sans lâcher ma taille
de l’autre.
Trop tôt à mon goût, il s’est écarté. Il a fouillé dans sa poche, a sorti
des clés et a ouvert la porte. Mais à peine étions-nous à l’intérieur de
l’entrée étroite qu’il a refermé la porte et m’a attirée de nouveau près de lui.
Mes lèvres se sont volontiers entrouvertes.
Il m’a entraînée dans un couloir que je n’ai pas vu, puis dans une
chambre que je ne pouvais pas voir. Ses mains n’ont pas quitté mon corps
— elles caressaient fiévreusement ma taille, mes hanches, mes fesses. Je me
suis assise sur le lit et il s’est penché vers moi, me dévorant la bouche de
ses lèvres brûlantes. Il m’a poussée en arrière et s’est allongé à côté de moi.
– Salut, il a dit.
J’ai souri.
– Salut.
– Tout va bien ?
En guise de réponse, je l’ai embrassé et j’ai laissé mes mains explorer
son torse puissant et ses abdos tendus, qui formaient naturellement un V
pointant vers sa queue. Il a grogné et j’ai senti son sourire contre mes
lèvres.
Je me suis redressée et je l’ai regardé. La lune éclairait la pièce et mes
yeux se sont adaptés à l’obscurité. Il a voulu me toucher, mais je me suis
écartée, le temps d’enlever mes sandales.
Il a ri et j’ai senti de l’électricité me parcourir le corps. Ses chaussures
ont fait un bruit sourd en tombant sur le sol, puis il a reporté toute son
attention sur moi.
Les papillons se sont envolés et je me suis abandonnée au plaisir de ses
mains. Il a commencé par mon visage, a embrassé mes lèvres, caressé mes
joues, joué avec mes cheveux. J’ai bientôt eu l’impression que ses mains et
ses lèvres étaient partout en même temps. Il me léchait à un endroit et
m’enlevait un vêtement à un autre.
J’ai frotté mon corps nu contre son corps habillé. C’était l’une des
expériences les plus sensuelles de toute ma vie.
Sa boucle de ceinturon s’est enfoncée dans mon ventre.
– Laisse-moi me débarrasser de ça, il a murmuré dans mes cheveux.
Je me suis penchée sur lui et l’ai attiré contre moi.
– Je m’en occupe, ai-je soufflé.
J’ai tiré d’un coup sec sur son ceinturon et j’ai desserré son pantalon.
Pendant ce temps, ses doigts continuaient d’explorer son corps. Ma peau
était brûlante. Partout où il me touchait, un foyer s’allumait.
J’ai enlevé sa chemise par la tête. Dès qu’il s’est retrouvé torse nu, il
m’a entourée de ses bras puissants et a glissé ses mains vers mon cul.
J’ai tiré sur les jambes de son pantalon kaki pour l’enlever. Nous étions
enfin nus tous les deux, peau contre peau.
Il est descendu le long de mon corps, en m’embrassant en chemin.
Je me tortillais dans les draps frais, les doigts emmêlés dans ses
cheveux.
Ses doigts ont exploré mon sexe. Ils en ont écarté les plis roses et
m’ont pénétrée. J’ai gémi en respirant fort, ce qui l’a excité. Ses doigts me
faisaient frissonner de plaisir. J’ai serré mes cuisses autour de sa main ; il a
inséré un genou entre elles pour les écarter.
Sa langue s’activait sur mon téton. J’ai couiné d’impatience.
Cela faisait si longtemps, je voulais qu’il passe à l’étape suivante. J’ai
pris sa queue en main.
– Viens dans mon ventre.
Sa main est remontée de mon entrejambe à mon visage. Il a pressé sa
bite contre ma vulve et il m’a pénétrée. Je me suis allongée sous lui,
frémissante de désir. Le va-et-vient de sa queue m’a fait grimper de plus en plus haut, jusqu’au bord de l’orgasme. N’en pouvant plus, j’ai hurlé son
nom tandis que mon corps vibrait entre ses bras. Il a donné trois derniers
coups de reins puissants, a gémi et je l’ai senti jouir en moi, lui aussi.
Il m’a serrée dans ses bras, m’a embrassé sur la tempe et au front en
dessinant le contour de mon nez, de mes joues, de ma bouche. Après
quelques minutes, ses mains se sont immobilisées et sa respiration est
devenue régulière. Il s’était endormi. Je l’ai regardé. Le décalage horaire
avait eu raison de lui ; il semblait si paisible endormi.
Décalage horaire, car il était rentré du Soudan aujourd’hui.
Je me souvenais d’une époque de ma vie où mon rêve était d’aller
aider les gens en Afrique. Le Corps de la Paix avait accepté ma candidature
et m’envoyait au Botswana. Mais juste avant de partir, mon père avait fait
une crise cardiaque et j’étais restée à la maison pour m’occuper de lui et
soutenir ma mère.
Mon rêve s’était brisé en un instant.
Ce rêve me hantait depuis lors. Je ne regrettais pas ma décision d’être
restée. Mes parents avaient besoin de moi à ce moment-là et j’ai fait passer
ma famille avant moi. Je referais le même choix aujourd’hui.
Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ce qu’aurait été ma vie si
j’avais eu la chance de réaliser mon rêve et de partir en Afrique. Peut-être que je serais quand même institutrice, peut-être que je vivrais aussi à
Brooklyn. Je ne le saurai jamais.
Je ne savais pas non plus où cette soirée me mènerait. Une fois encore,
je devais choisir ma famille.
Aussi silencieusement que possible, je me suis levée, j’ai enfilé mes
vêtements à la va-vite et je suis sortie de chez Trey.
J’ai marché jusqu’au bar, je suis montée dans ma voiture et j’ai roulé
jusqu’à chez ma mère. Elle avait besoin de moi ce matin. C’était le jour de
son mariage.
***
– Justine, comment aurais-je fait sans toi ? a dit ma mère tandis que je
mettais la touche finale à son maquillage.
– Tu aurais demandé à Eileen de t’aider.
Sa meilleure amie s’affairait en bas, donnant des instructions de
dernière minute au fleuriste et au traiteur.
Maman m’a tapoté la main gentiment.
– Je suis heureuse que nous passions ces derniers moments de
tranquillité ensemble.
– Moi aussi.
Elle était restée seule pendant plusieurs années après la mort de mon
père et j’avais été ravie qu’elle rencontre Mark l’année dernière, un avocat qui gagnait bien sa vie et qui prendrait soin d’elle.
– Je me réjouis que tu rencontres enfin le fils de Mark, Trevor. Il est si
difficile de vous avoir ensemble, vous êtes tout le temps occupés.
Comme si j’avais hâte de rencontrer mon nouveau demi-frère, le
docteur de ces dames. Chirurgien esthétique, il avait bâti sa fortune en
transformant les femmes pour qu’elles plaisent aux hommes. Moi, je
m’efforçais à donner une éducation décente à des enfants des quartiers
défavorisés. Ouais, je ne devrais pas le juger ; je remboursais encore mon
prêt étudiant et je n’aurais sans doute jamais les moyens de voyager plus
loin que ma banlieue natale. Alors l’Afrique...
La vision de Trey descendant sa langue humide vers mon entrejambe
est soudain apparue dans un flash et j’ai rougi. Au moins, pour une fois, je
n’avais pas regretté de devoir dormir en banlieue !
– La journée va être agitée, bien sûr, a continué ma mère, interrompant
mes pensées lubriques. Aussi, Trevor nous a invités à dîner dans son
appartement de Manhattan demain soir. N’est-ce pas adorable ? Cela nous
offrira à tous les quatre l’occasion de mieux nous connaître et de ressembler
plus à une famille — juste avant que Mark et moi nous envolions pour
Tahiti.
Ouais, sympa. Un dîner intime dans l’appart de luxe d’un gratte-ciel
avec vue sur le fleuve. Allez, pour ma mère, j’essaierai de bien me tenir. J’essaierai de ne pas reprocher à mon cher demi-frère de créer les
problèmes au lieu d’apporter des solutions.
J’ai mis une dernière touche de poudre à ma mère.
– Je suis vraiment contente pour toi d’avoir trouvé quelqu’un qui te
rend heureuse.
Elle a pressé ma main et a repoussé les larmes qui brillaient dans ses
yeux.
– Merci, ma chérie. Tu trouveras quelqu’un bientôt, toi aussi.
Évidemment, elle n’était pas au courant de mes ébats de la nuit. J’ai
essayé de ne plus penser à Trey, en vain. J’aurais sans doute dû laisser un
mot avec mon numéro. Mais ensuite, j’aurais attendu désespérément qu’il
m’appelle. Au moins, comme ça, je garderai de lui un merveilleux souvenir.
Que je me repasserai en boucle pendant des mois le soir dans mon lit...
Nous sommes descendues rejoindre Eileen pour partir dans la
limousine qui nous attendait. Maman et elle ont bavardé durant tout le trajet
vers l’hôtel, notamment de la lune de miel à venir.
L’hôtel avait été construit quand j’étais à l’école primaire et ça avait
fait grand bruit à l’époque. Il ressemblait à un gigantesque chalet suisse,
choix architectural insolite pour une banlieue de New York.
Nous avons poussé maman vers un salon privé près de la salle de bal
en attendant les premières notes du Canon de Pachelbel. Quand la musique a résonné, je me suis mise en quête du cavalier qu’on m’avait attribué pour
marcher à son bras.
Un homme m’attendait à l’entrée de la salle de bal. Il me tournait le
dos. Il portait un smoking noir cintré qui semblait avoir été fait sur mesure.
Des épaules larges, une taille étroite, et de longues jambes qui me
rappelaient étrangement quelqu’un avec qui j’avais passé un moment
délicieux cette nuit.
Il est retourné et je me suis immobilisée. Mon cœur a dû cesser de
battre également.
– Justine.
Les yeux de Trey se sont baladés sur moi, du bout pointu de mes
escarpins à l’aiguille scintillante des talons, puis sur ma robe courte en
mousseline de soie rose jusqu’aux boucles noires relevées en chignon sur
ma tête.
– Waouh, tu es sublime.
J’ai rougi.
Eileen nous a poussés vers la salle de bal.
– Allez, les enfants. Qu’est-ce que vous attendez ?
J’ai regardé Trey de nouveau. Il était visiblement habillé en tenue de
mariage et j’étais censée avoir pour cavalier le fils de Mark. Ça ne pouvait
pas être lui.
– Tu es Trevor ?
Il a hoché la tête et une expression horrifiée a déformé mes traits.
J’avais couché avec lui hier soir. Avec mon...
Contrairement à moi, Trey ne semblait pas gêné par ce que nous
avions fait. Il a souri.
– Justine et Trevor, a dit Eileen, allons-y. Allons unir vos parents.
Trey... Trevor... a pris mon bras et nous avons remonté l’allée.
Je n’arrivais pas à le croire. Le médecin humanitaire craquant et
adorable avec qui j’avais couché cette nuit était Trevor, le chirurgien
esthétique bourré de fric ? Comment était-ce possible ? Je ne savais pas
quelle partie de l’histoire était la plus indigeste. Sa vie de riche docteur, si
éloignée du bénévolat, ou le fait qu’il allait devenir mon demi-frère ?
J’ai senti une montée de bile dans ma gorge, que j’ai ravalée. Peu
importe, cela n’allait pas gâcher le mariage de ma mère.
– Pourquoi tu ne m’as pas dit ton vrai nom ? j’ai chuchoté.
– Mes amis m’appellent Trey, alors je pense que c’est mon vrai nom.
– Tu savais qui j’étais ?
Il ne pouvait pas le savoir. Il n’aurait pas sciemment couché avec sa
future demi-sœur. N’est-ce pas ?
– Bien sûr que non, il a murmuré en retour, en envoyant des sourires
aux gens assis dans la salle comme s’il s’en fichait.
Et le fait est qu’il avait l’air de se foutre du monde. Il se faisait une
tonne de fric qu’il claquait dans des appartements somptueux, des voitures
de luxe et des voyages à travers le monde. OK, ce n’était que pure
supposition. Je n’avais aucune idée de la façon dont il dépensait réellement
son argent. Je ne pouvais que l’imaginer.
– Mais on n’est pas vraiment parents, tu sais, a-t-il dit. On n’a rien fait
de mal hier soir.
Hier soir. Je me suis souvenue de ses lèvres sur les miennes et un foyer
s’est allumé dans mon bas-ventre. J’ai balayé ce souvenir. Ce n’était
vraiment pas le moment.
Nous sommes arrivés à la hauteur du pasteur et de Mark. Mon futur
beau-père. Le père de Trey.
Trey m’a fait un baisemain et s’est installé à côté de son père. Je suis
mise de l’autre côté du pasteur et j’ai tourné la tête pour voir ma mère
s’avancer vers l’autel. Mon cœur s’est dilaté à l’expression de joie sur son
visage.
J’ai regardé Mark, mais il n’avait d’yeux que pour ma mère. Il
rayonnait de bonheur.
Mes yeux ont dévié vers Trey et nos regards se sont croisés. Il m’a fait
un clin d’œil.
Il était aussi horripilant que j’avais toujours imaginé les personnes
dans son genre.
Maman et Mark se sont dit « oui », les gens les ont applaudis et
acclamés, et la cérémonie s’est terminée. Trey a glissé son bras sous le mien
et nous avons fait semblant de remonter l’allée tout sourire.
– Tu es vraiment très belle, il m’a dit.
Ses mots ont provoqué des picotements désagréables sur ma peau. Il
était mon demi-frère, maintenant. Il n’avait plus le droit de dire des choses
comme ça. Mais quelque part, j’étais flattée.
Pour ma mère, j’ai souri sur les photos en faisant semblant d’être
heureuse. Mais dès que le photographe nous a libérés, j’ai foncé au bar.
J’hésitais entre commencer doucement par du vin blanc ou noyer les
événements récents dans le martini.
– Un Dirty Martini ? a lancé une voix familière derrière moi.
J’ai fait volteface pour me retrouver nez à nez avec mon récent demi-
frère qui affichait un large sourire et avait l’air terriblement sexy dans son
smoking. J’aurais voulu le froisser pour qu’il ait l’air moins séduisant.
– Non, ai-je dit en regardant le barman. Du vin blanc, s’il vous plaît.
Trey a éclaté de rire. Oui, c’était vraiment très drôle. Réaliser que la
meilleure nuit de ma vie ne se reproduirait plus. Et que j’avais couché avec un chirurgien esthétique qui passait sa vie à refaire des nez et à gonfler les
nichons des bonnes femmes.
J’ai pris mon verre et je me suis éloignée de lui. Je n’avais pas besoin
de Trey. J’avais plein d’autres personnes à qui parler. Ma tante Vanessa et
oncle Mike. Mes cousins. Les amis de maman, Eileen, et Chis et Joanne.
Ma mère et Mark ont ouvert le bal officiellement sur At last d’Etta
James.
Le choix de cette chanson m’a serré le cœur. Est-ce que papa lui
manquait encore parfois ? Moi, il me manquait. Le jour de mon mariage, il
ne serait pas là pour m’accompagner à l’autel.
– Puis-je avoir cette danse ?
En regardant autour de moi, j’ai vu que plusieurs personnes nous
observaient. J’imagine qu’ils espéraient voir « les enfants » danser
ensemble.
– Oui. Mais uniquement parce qu’on est obligés de le faire
Il m’a prise dans ses bras et m’a fait tournoyer au centre de la piste.
Évidemment, il était un excellent danseur ; il connaissait les pas et savait se
mouvoir avec élégance. Et j’étais bien trop consciente de ses mouvements
et de leurs effets sur moi.
– Tu fais toujours ce que tu te sens obligée de faire ?
J’ai lâché un soupir d’agacement.
– Il est clair que non.
Il a ri de nouveau.
– Ah oui, c’est vrai. Je me souviens.
Je lui ai lancé un regard pour voir s’il se moquait de moi, mais ses
yeux ne reflétaient que du désir. Prise au dépourvu, j’ai dégluti, incapable
de décoller mes yeux des siens.
Nous avons continué à évoluer sur la piste de danse, mais je ne savais
pas comment ni où nous étions. Je suivais ses pas. Il me guidait avec ses
hanches et ses cuisses, et la douce pression de ses bras autour de moi. Mes
yeux étaient plongés dans les siens et mon esprit battait de l’aile.
À la fin de la chanson, je l’ai repoussé et je me suis enfuie. Je me suis
précipitée hors de la salle et j’ai couru dans les couloirs de l’hôtel jusqu’à la
sortie. Dehors, j’ai essayé de reprendre mon souffle. Comment était-ce
possible ? Je n’avais pas rencontré de mec décent, un mec qui valait le
coup, depuis des mois. Et quand cela m’arrive enfin, c’est le mauvais mec,
à bien des égards.
– Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ?
J’ai expulsé un soupir d’exaspération.
– Pourquoi tu me suis ? Je ne peux pas avoir un moment à moi ?
– C’est seulement ça ? J’ai plutôt l’impression que tu es furieuse
contre moi.
J’ai fermé les yeux et j’ai essayé de réfléchir en dépit du brouillard
émotionnel causé par sa présence. Par son odeur virile.
– Je ne suis pas furieuse contre toi. Je suis furieuse tout court. La nuit
dernière était...
– La nuit dernière était quoi ?
– Incroyable.
Voilà, je l’avais dit, pour le meilleur ou pour le pire.
Ses épaules se sont détendues.
– Pareil pour moi. Alors qu’est-ce qui ne va pas.
– Ce que nous avons fait ne va pas. Nous sommes parents maintenant,
Trey. Ou dois-je t’appeler Trevor comme mon beau-père ?
Il s’est éloigné de moi et a donné un coup de pied dans le mur.
– Nous n’avons aucun lien de parenté, aucun lien de sang. Nous
n’avons même pas grandi ensemble comme frère et sœur. Il n’y a rien de
mal à être ensemble.
Il avait peut-être raison, mais je ne savais pas comment lui expliquer le
reste. Lui dire pourquoi on ne pourrait pas s’entendre. Que nos valeurs
étaient radicalement opposées.
– Nous sommes trop... différents. Quoi qu’il en soit, c’est le grand jour
pour nos parents, il ne s’agit pas de nous.
Je suis rentrée dans l’hôtel et j’ai rejoint la salle de bal pour célébrer ce
moment avec ma mère.
***
Plus j’approchais de l’immeuble de Trey sur l’East Side de Manhattan,
plus je traînais les pieds. Je n’avais aucune envie de passer la soirée avec
lui, maman et Mark. Comme si nous étions une famille !
J’ai frissonné en remontant péniblement de la station de métro jusqu’à
sa rue.
Son immeuble ressemblait à bien des immeubles new-yorkais, sauf
que je n’étais jamais entrée dans un édifice aussi majestueux. Le marbre
rutilant de hall scintillait à la lumière d’un lustre massif. Un portier en
manteau rouge m’avait ouvert la porte et un autre homme en uniforme se
tenait à côté de la réception.
Je n’étais pas habituée à luxe ostentatoire. Pire, il me faisait remettre
en question mes sentiments pour Trey et douter de l’homme qu’il était
vraiment. Je voulais croire que le vrai Trey était l’homme que j’avais
rencontré dans le bar de Kate, l’homme avec qui j’avais passé la nuit.
Cette seule pensée m’a fait rougir dans l’ascenseur qui montait
toujours plus haut.
Mais il était aussi ce riche chirurgien esthétique qui avait sans doute
été en Afrique uniquement pour soulager sa conscience de la culpabilité de se faire autant d’argent. Est-ce qu’il avait une once de compassion pour les
gens ?
L’ascenseur a bipé et les portes se sont ouvertes. J’étais au dernier
étage de l’immeuble. Trey possédait un penthouse à Manhattan. Rien que ça
!
Mon monde était tellement différent. Des salles de classe défraîchies.
Un minuscule studio sans clim où il faisait une chaleur étouffante. Le métro
au lieu du taxi.
La porte s’est ouverte avant que je frappe. Une femme âgée aux
cheveux tirés en arrière dans un chignon strict — et démodé — se tenait
dans l’entrée.
– Vous êtes Justine ? m’a-t-elle demandé avec un accent.
J’ai hoché la tête. Elle a souri et m’a tendu la main.
– Je suis Masha. Entrez, entrez.
Elle m’a accompagnée dans un salon somptueux avec une immense
baie vitrée donnant sur l’East River baignée de la lueur du soleil couchant.
Maman m’a rejointe près de la baie vitrée.
– Et là-bas, c’est Brooklyn, a-t-elle dit en pointant un doigt. Ça a l’air
joli vu d’ici.
Avant que je puisse répondre, Trey est arrivé avec une bouteille de
champagne. Des flûtes étaient posées sur une table devant lui. Il m’a lancé un petit sourire suffisant.
– Tu aimes la vue ?
Je l’ai ignoré. Je ne savais pas s’il était sincère ou arrogant que sa vue
surplombe mon quartier bien moins huppé de la ville.
Il a fait sauter le bouchon de champagne d’un petit pop discret et l’a
versé dans les flûtes. Mark les a servies.
– Un grand merci à mon fils de nous accueillir chez lui pour un dîner
au calme et surtout en famille, a dit Mark en portant un toast.
J’ai failli recracher mon champagne. Mon cerveau savait que Trey
faisait désormais partie de ma famille, mais mon cœur refusait toujours de
l’admettre.
– Je suis très heureux, a continué Mark, que Justine ait pu se joindre à
nous. Je sais que c’est la fin de l’année scolaire et que tu dois être débordée.
Ta mère et moi apprécions vraiment ton soutien.
Il m’a fait un grand sourire, m’offrant une version plus âgée et moins
charnue des lèvres de Trey.
Je lui ai rendu son sourire. J’aimais bien Mark et j’aimais le couple
qu’il formait avec ma mère. Ils avaient l’air sincèrement heureux. Je
n’aurais pu rêver de meilleur remariage pour elle.
– Et moi, je porte un toast aux jeunes mariés, a tonné Trey. Que chaque
journée passée ensemble soit remplie d’amour et de rires.
Nous avons trinqué et bu une gorgée de champagne. Je n’avais pas une
grande expérience de cet alcool pétillant, mais c’était délicieux. Et
probablement très cher.
Nous sommes ensuite passés à table — une table en bois foncé brillant
— et Masha a apporté un assortiment de plats froids. Plusieurs salades de
crudités, un gaspacho de pastèque à la feta et une salade d’orzo. Trey a
chaleureusement remercié Masha et elle lui a tapoté l’épaule en passant
derrière lui.
N’ayant jamais eu de bonne, je ne savais pas si leur relation était
normale ou pas. Elle se comportait plus comme une mère que comme une
employée.
J’ai évité tout contact visuel avec Trey et n’ai répondu qu’aux
questions qu’on me posait. Maman m’a observée à plusieurs reprises. Elle
me connaissait mieux que personne.
Oh non, j’espère qu’elle n’avait pas deviné pour Trey et moi. J’ai
fermé les yeux et j’ai soupiré.
– Ma chérie, tu vas bien ?
J’ai rouvert les yeux.
– Oui, bien sûr.
Maman m’a regardée, un voile d’inquiétude dans ses yeux bruns. Elle
m’a pressé la main, puis son attention a été happée par le plat suivant.
Masha venait d’apporter des steaks grillés avec de la crème aux piments
Jalapeño et des asperges.
– Tout est délicieux, Marsha, a dit Mark.
Nous avons tous renchéri et un sourire de fierté a illuminé le visage de
la domestique.
Avant le dessert, je me suis excusée et levée de table pour aller aux
toilettes. On m’avait indiqué qu’elles se trouvaient dans l’entrée opposée à
la baie vitrée. Les murs du couloir étaient décorés de batiks, masques et
peintures africaines. J’étais fascinée par ces objets magnifiques, évocateurs
de la vie que je n’avais pas eue.
– Oh, j’avais prévu de te les montrer après le dîner, a dit Trey. Tu en
penses quoi ?
– Je pense qu’ils sont extraordinaires. J’imagine que tu les as achetés
lors de tes voyages ?
Peut-être que c’était la seule raison pour laquelle il allait en Afrique.
Peut-être qu’il était juste collectionneur. Il les avait achetés avec sa vision
très personnelle de la médecine. Avec l’argent des nichons et des nez
refaits.
– Certains. D’autres sont des cadeaux de personnes que j’ai
rencontrées, de gens que j’ai guéris, a-t-il répondu en les regardant avec nostalgie et fierté. Ils m’aident à tenir ici jusqu’à mon prochain voyage. Ils
me rappellent tout le bien que je peux faire.
Étais-je censée croire qu’il préfèrerait être là-bas à travailler sans être
payé ?
– Tu préfèrerais vivre en Afrique ?
Je n’ai pas pu masquer une pointe de mépris dans ma voix. C’était
ridicule. S’il n’avait pas son job qui lui remplissait les poches, il ne serait
pas en mesure d’offrir un voyage de noces à Tahiti à nos parents ou de vivre
dans cet immense appartement.
– Parfois. J’adore la ville, l’énergie, la multitude des choses à faire, la
variété des spécialités culinaires. Mais quand je suis là-bas, j’adore le ciel si
pur, toutes ces étoiles qui brillent la nuit, la variété de la faune, et le sourire
accueillant des populations. J’ai la chance de pouvoir avoir les deux.
Oui, il pouvait avoir les deux, et je n’arrivais toujours pas à cerner quel
genre d’homme il était. Est-ce qu’il tirait un profit financier de tout ce qu’il
avait ou est-ce qu’il donnait généreusement ce qu’il possédait. Peu importe.
Qu’il soit un sale profiteur ou un bienfaiteur, il n’en était pas moins mon
demi-frère.
***
J’ai mal dormi en rentrant. Les souvenirs de notre nuit ensemble
m’assaillaient dès que je fermais les yeux. J’aurais aimé pouvoir profiter pleinement de ces souvenirs, mais ils étaient désormais teintés d’amertume
et de confusion.
Le matin, j’ai revêtu une de mes tenues classiques habituelles pour
aller à l’école. Aujourd’hui : une jupe crayon noire et un débardeur bleu
clair en soie. Plus que quelques jours avant les grandes vacances.
J’attendais les congés d’été avec la même impatience que mes élèves.
Si la majorité d’entre eux n’avaient pas les moyens d’aller dans un
camp d’été ni même de quitter la ville, au moins les enfants allaient avoir
une pause dans le rythme scolaire. Au moins, ils allaient profiter des joies
habituelles de l’été : jouer dehors jusqu’à la nuit tombante, manger des
glaces, rentre visite aux grands-parents et à la famille.
Je n’avais pas de projets excitants pour l’été, sinon un emploi
saisonnier chez le marchand de glaces du coin et quelques cours
particuliers.
La journée traînait en longueur. J’étais impatiente de rentrer chez moi,
d’envoyer valser mes talons et de me servir un gin-tonic.
Une surprise m’attendait sur le trottoir devant l’école. Un homme
grand et élégant en costume. Mince, il était vraiment sexy. Quelle que soit
la façon dont je l’avais vu habillé jusqu’alors, je n’avais qu’une envie : lui
arracher ses vêtements. Comment un homme pouvait-il être si beau dans des tenues aussi différentes ? Et surtout, il était encore plus canon sans
aucun vêtement sur lui.
Il est ton demi-frère. Il est ton demi-frère. Il est ton demi-frère.
– Qu’est-ce que tu fais ici, Trey ?
Il m’a regardé de haut en bas, et il a eu un petit sourire en coin.
– Ça te va bien la tenue de maîtresse d’école !
J’ai lâché un soupir d’agacement et je me suis précipitée vers le métro.
S’il était là pour m’insulter, il pouvait toujours courir.
– Attends Justine, s’il te plaît. Je suis désolé, a-t-il dit en hâtant le pas
pour me rattraper. Je pense que tu te fais une fausse idée de moi. Laisse-moi
t’offrir un café.
– Je peux encore me payer un café, tu sais.
Son front s’est plissé.
– Je n’insinuais pas le contraire.
Je me suis arrêtée.
– Pourquoi te soucies-tu de ce que je pense de toi ?
– Eh bien, c’est idiot. En dehors du fait qu’on fait partie de la même
famille, je t’aime bien.
Il m’aimait bien. Mon instinct ne savait pas s’il fallait riposter avec des
fleurs ou des grenades.
Il est passé devant le Starbucks au coin de la rue en l’ignorant et a
poussé la porte d’un bar local spécialisé dans le café traditionnel — pas de
saveurs fantaisistes, pas de noms italiens. Juste du café. J’étais
impressionnée. Il avait peut-être des idéaux, après tout.
Il m’a entraînée dans un box au fond du petit café presque désert, et
j’ai attendu tandis qu’il allait chercher nos boissons. Il s’est assis à côté de
moi, plutôt qu’en face, mais il avait l’air mal à l’aise. Il s’est tourné sur le
côté pour me regarder dans les yeux.
– Écoute, Justine. J’ai des sentiments pour toi.
Un bruit grinçant est sorti de ma gorge.
« J’avoue avoir été attiré par le sexe le premier soir. Mais j’aime bien
être avec toi et va savoir pourquoi, je me soucie vraiment de ce que tu
penses de moi. En fait, il a ajouté en détournant le regard, j’espère que tu
penses à moi tout court. Aussi, je dois te dire quelque chose sur moi. »
Les émotions tourbillonnaient en moi et ma peau était brûlante.
« Tu as l’air de penser que je suis devenu médecin pour gagner de
l’argent. Ce n’est pas le cas. Bien sûr, avoir de l’argent est agréable et me
permet de faire ce que j’aime, mais ce n’est pas la raison pour laquelle j’ai
fait des études de médecine, mon internat et de la recherche. »
Il a pris une gorgée de café, je l’ai imité. Son amertume faisait écho au
sentiment que je ressentais. Je m’en voulais.
« Tu sais sans doute par ta mère ce qui est arrivé à la mienne. »
J’ai hoché la tête. Maman m’avait raconté que la femme de Mark était
morte d’un cancer quand Trey n’avait que douze ans. C’était une chose
qu’on avait en commun, la mort d’un parent.
« Avant de mourir, elle m’a suggéré de devenir médecin. Elle disait
qu’elle voulait que je fasse un métier qui aide les gens et elle savait que
j’étais très bon en maths et en sciences. Elle pensait que je ferais un
excellent docteur, et sa foi en moi m’a permis de continuer dans les
moments difficiles. »
Mon cœur a fondu. J’avais été tellement injuste de ne voir qu’un seul
côté de lui, même si ce n’était pas celui qu’il m’avait montré le premier
soir. Comment avais-je pu être si aveugle ?
« Oui, j’aime que les gens se sentent mieux grâce à moi. Même si
changer leur physique semble une goutte d’eau dans la mer des souffrances.
Mais la vraie raison pour laquelle j’ai choisi la chirurgie esthétique, c’est
pour le volet chirurgie réparatrice. Dans les pays en développement, je
soigne les grands brûlés et les enfants nés défigurés. Je recouds les
blessures des gens afin qu’ils ne gardent pas des cicatrices horribles et
soient bannis de leur communauté. J’ai vu des choses terribles, difficiles à
supporter. Mais c’est encore plus dur pour mes patients. »
Il fixait ses mains, sur ses genoux. J’ai posé une main sur la sienne.
– Je suis désolée de t’avoir mal jugé.
Mon geste semblait trop petit. J’aurais voulu m’asseoir sur ses genoux
et lui faire un câlin, le réconforter, lui montrer que je croyais en lui, moi
aussi.
Est-ce que je croyais vraiment en lui ? Avais-je à ce point changé
d’avis sur lui ?
Il m’a regardée et la douleur dans ses yeux a fait fondre le dernier
rempart de ma résistance. Il a baissé les yeux vers nos mains enlacées, à
proximité de son érection naissante, et un coin de sa bouche s’est relevé.
Ma respiration est restée coincée dans ma gorge.
Mes souvenirs de notre nuit se sont mélangés aux images de ce qui,
j’espérais, allait suivre. Heureusement que je n’étais pas assise sur ses
genoux, avec les scènes qui me traversaient l’esprit en ce moment. Nous
nous serions fait jeter du bistrot !
– Merci, s’est-il contenté de répondre, avec humilité.
– Pour quoi ?
– Pour ton écoute. Pour ton attention.
J’ai acquiescé. Peu importe ce qui se jouait ou non entre nous, je saurai
toujours faire preuve d’écoute et d’attention.
Il a dégagé sa main de la mienne et l’a posée sur mon genou nu, tout
près de l’ourlet de ma jupe. J’ai jeté un regard à la ronde. Le café était toujours désert, et la serveuse désœuvrée était plongée dans son téléphone.
– Qu’est-ce que tu fais ? ai-je chuchoté.
– Je te remercie. Je te touche. Penche-toi en arrière.
J’ai fait ce qu’il demandait. En me penchant, mes jambes se sont
légèrement écartées et il l’a pris pour une invitation. Ou sans doute n’avait-
il pas besoin d’encouragement. Il a glissé une main le long de ma cuisse,
tout en remontant ma jupe de l’autre main. Je haletais déjà et je sentais que
j’avais trempé ma petite culotte d’excitation. Je l’ai aidé à remonter ma jupe
plus haut.
Il a tendu un doigt et a effleuré mon clito. J’ai gémi. Il m’a fait signe
de rester silencieuse.
La serveuse n’avait pas levé les yeux de son téléphone. Trey a écarté
ma culotte et il a enfoncé un doigt en moi. Il est rentré comme dans du
beurre tellement j’étais mouillée. Il me doigtait tout en me masturbant le
clitoris du pouce. Autant dire que j’ai atteint les cimes du plaisir en un rien
de temps.
– Je vais, je vais... ai-je gémi.
Il s’est penché vers moi, a pris ma bouche dans la sienne et il a étouffé
mon cri de jouissance.
***
– Je te raccompagne chez toi, il a dit une fois que nous étions de retour
dans la rue.
J’ai levé les sourcils en le regardant. J’étais encore toute rouge de ce
que nous venions de faire dans le café. Je n’avais pas encore vraiment
réalisé.
– Tu veux dire que tu vas faire tout le trajet à pied jusqu’à Brooklyn ?
– Euh, non. On pourrait prendre un taxi. Ou autre chose.
Il était tellement mignon avec son air un peu maladroit et
décontenancé.
– En général, je prends le métro. Tu peux m’accompagner jusqu’à la
station.
– Tu crois que je n’ai jamais pris le métro ? Je peux te raccompagner
jusque chez toi en métro. Sans problème.
– Tu veux voir où je vis, c’est ça ? ai-je ri en m’éloignant.
– Je pourrais le demander à mon père, tu sais.
Il m’a rattrapée et il a pris ma main dans la sienne.
Son contact a réveillé mon désir. J’aurais voulu me blottir contre lui,
respirer son odeur masculine et m’abandonner entre ses bras puissants. J’en
voulais plus que ce qu’il m’avait donné dans le café.
– On aurait pu être arrêtés, ai-je dit.
Mais il était difficile d’avoir l’air fâchée alors que je peinais encore à
retrouver mon souffle.
– Avoue que ça t’a plu.
Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire.
– Peut-être bien.
Nous avons tourné au coin de la rue pour rejoindre l’entrée du métro.
– Trey ?
Le pied sur la première marche de l’escalier, nous nous sommes
retournés en direction de la voix féminine qui l’appelait. Une femme
superbe aux courbes généreuses et à la chevelure blond platine me
surplombait de toute sa hauteur. Sa robe rouge, ses ongles rouges et ses
talons aiguille contrastaient avec les immeubles gris derrière elle.
– Selina ! s’est exclamé Trey en me lâchant la main pour aller à sa
rencontre et l’embrasser sur la joue. Tu es superbe ! Comment vas-tu ?
– Ça va. Je rentre d’une semaine au Brésil. La villa en bord de mer de
mon père est fantastique. J’ai hâte que tu la voies. Quand est-ce que tu viens
?
Je me suis raclé la gorge, me fichant éperdument que ce soit impoli.
Trey s’est retourné vers moi.
– Oh, pardon. Justine, je te présente mon amie Selina Rowe. On a
grandi ensemble. Et Selina, voici ma... nouvelle amie, Justine Martin.
– Martin ? Vous êtes la fille de Jennifer ?
J’ai hoché la tête.
– Vous connaissez ma mère ?
– Bien sûr, je l’ai rencontrée il y a quelques mois avec Mark. Vous êtes
donc la demi-sœur de Trey.
Mon cœur s’est décroché comme un poids mort. La demi-sœur. Pas
l’amie. Et encore moins la petite amie.
Pas non plus le genre de personne qu’il peut faire jouir dans un lieu
public. Qu’est-ce qu’il m’avait fait ? Et pourquoi ça m’avait fait prendre un
tel pied ?
– Désolée, j’ai un rendez-vous, je dois filer.
Sans attendre de réaction ni de réponse, j’ai dévalé les escaliers et j’ai
disparu dans la station de métro. J’ai passé ma carte sur le tourniquet et je
n’ai respiré vraiment qu’une fois sur le quai.
Quelle idiote ! Même si je pouvais fermer les yeux sur son style de vie,
pensais-je vraiment pouvoir ignorer notre lien de parenté ? À moins qu’une
chose terrible n’arrive entre Mark et maman, nous étions condamnés à être
considérés comme deux membres de la même famille.
Et une fois encore, que penser de sa fortune ? Selina appartenait à un
monde que je ne connaissais pas, ne comprenais pas et ne voulais pas fréquenter. Elle était clairement quelqu’un que je ne serai jamais. Si c’était
le genre de femmes qui l’attirait, c’était sans espoir entre nous.
De toute façon, c’était sans espoir puisqu’il était mon demi-frère.
***
Le dernier jour de classe, j’ai opté pour une tenue estivale, une robe
d’été magenta. Mes élèves seraient étonnés de me voir dans des vêtements
colorés et moins stricts, et en dépit de l’épisode de la veille avec Trey,
j’étais de bonne humeur. Globalement.
Je devais revenir le lendemain pour vider mon bureau, aussi j’avais
décidé de partir tôt pour profiter du soleil.
Dehors, j’ai cru voir un homme qui ressemblait à Trey, puis un bus est
passé et je l’ai perdu de vue. Qu’est-ce qu’il faisait ici ? Pourquoi ne
pouvait-il pas me laisser tranquille ? On se verrait à la prochaine réunion de
famille.
J’ai marché jusqu’au passage piéton et j’ai attendu le feu vert. À côté
de moi, deux gamins faisaient du skateboard. Ils riaient et chahutaient.
Soudain, le plus grand a poussé le plus petit. Le petit l’a repoussé et le
grand a glissé sur la chaussée.
Tout s’est passé comme au ralenti.
Un taxi est arrivé au même moment. Le chauffeur a klaxonné et ses
freins ont crissé, mais il a tapé dans le garçon.
– Non ! ai-je hurlé avant de réaliser ce qui venait de se passer.
Le gosse gisait immobile sur la chaussée.
Le chauffeur est sorti du taxi en se défendant :
– Il a surgi devant moi. J’ai essayé de freiner.
Personne ne lui prêtait attention. Je me suis agenouillée près du
garçon. Son visage était couvert d’éraflures.
– Ne le touche pas. Que quelqu’un appelle le 911, a crié Trey en se
jetant par terre pour examiner le garçon.
Le taxi a appelé une ambulance sur sa radio.
Trey a tâté doucement les os de l’enfant, d’un geste vif et précis.
– Je pense que sa jambe gauche est cassée. Et sa tête a probablement
heurté le sol en tombant.
– Est-ce que son bras est intact ? ai-je demandé, en désignant le
membre proche de moi.
– Pour autant que je peux dire.
J’ai pris la main du garçon. Je ne le connaissais pas. Il était sans doute
à l’école, mais pas dans ma classe. Son copain, debout sur le trottoir,
tremblait comme une feuille.
– Comment il s’appelle ?
– André.
– Ça va aller, André, j’ai murmuré.
Une sirène a transpercé les bruits de circulation.
– Dieu merci, a soupiré Trey.
C’était la première fois qu’il affichait la moindre incertitude depuis
l’accident. Malgré les circonstances, je ne pouvais pas m’empêcher de
ressentir de la reconnaissance pour son intervention impressionnante.
Les ambulanciers ont transporté André dans l’ambulance. Trey s’est
présenté et est monté avec l’enfant. Quand les portes se sont refermées, j’ai
croisé son regard, plein d’inquiétude et de douleur.
L’ambulance est partie, et je l’ai suivie des yeux.
Trey se souciait vraiment des autres. Il était l’homme que je voulais
qu’il soit. Devais-je renoncer à lui uniquement parce que son père avait
épousé ma mère ? Nous n’avions pas grandi ensemble. Nous n’étions plus
des enfants. Nous étions des adultes, seulement liés par ce mariage. Sans
lien de sang.
Serait-ce si mal d’être avec lui ?
L’accident d’André m’avait montré comme tout peut basculer très vite.
La vie était courte. Je voulais être heureuse. Je méritais d’être heureuse.
J’ai hélé un taxi pour rejoindre l’hôpital.
À l’accueil des urgences, l’infirmière n’a pas voulu me donner la
moindre information. Elle m’a dit de m’asseoir dans la salle d’attente et
qu’elle préviendrait le Dr Connors de ma présence.
Une heure plus tard, la porte à double battant s’est ouverte et Trey est
entré. Ses épaules larges étaient affaissées, et il avait des cernes. Il a levé les
yeux pour rencontrer les miens. L’épuisement a laissé place à la joie et un
grand sourire est apparu sur son visage. Il avait visiblement été témoin de
trop de souffrances dans sa vie, mais me voir semblait lui faire du bien.
J’ai couru vers lui. Je me suis jetée dans ses bras et il m’a enveloppée
de sa force et de sa chaleur.
– Tu es là, a-t-il, une fêlure dans la voix.
Je me suis reculée pour plonger mon regard dans ses yeux meurtris.
– Oui.
Il s’est penché et m’a embrassée. Ses lèvres étaient dures et rugueuses,
et je ne m’en lassais pas.
– Viens chez moi, il a marmonné contre ma joue.
J’ai pris sa main et nous sommes sortis de l’hôpital, baigné de la
lumière de la fin du jour. J’ai hélé un taxi.
Sur la banquette arrière, nous nous sommes blottis l’un contre l’autre,
en essayant de profiter de la proximité de nos corps chastement — alors
qu’on avait tous les deux envie d’arracher nos vêtements.
Soudain, une pensée m’a traversé l’esprit et je me suis redressée.
– Tu vis ici, à Manhattan ?
– Oui, a-t-il répondu d’une voix prudente.
– Alors chez qui avons-nous... euh... couché ensemble l’autre jour ?
Ma gêne l’a fait sourire.
– Chez mon père. Il a dormi à l’hôtel la veille du mariage, aussi je
savais que nous aurions la maison pour nous seuls. J’avais prévu de te
préparer un petit déjeuner, mais tu es partie en douce.
– J’avais promis à ma mère de venir l’aider. Et je ne voulais pas me
glisser chez elle sur la pointe des pieds.
Et puis j’ai réalisé autre chose.
« Attends, tu veux dire qu’on a couché dans le lit de Mark ? »
Il a hoché la tête.
« Beurk. »
Il a ri et m’a frotté le bras de bas en haut jusqu’à ce que mon dégoût
disparaisse.
En le voyant aujourd’hui avec le garçon blessé, je m’étais rendu
compte qu’il se souciait des autres, et cela avait changé quelque chose en
moi. Depuis la minute de notre rencontre, j’avais été attirée par lui. Par sa
beauté, son charme, son intelligence et sa compassion.
Le fait qu’il soit riche ne devait pas être un obstacle à mes sentiments.
Je l’avais vu en action et cela m’avait retournée comme jamais. Le fait qu’il
soit mon demi-frère me paraîtrait toujours bizarre, mais je devrais pouvoir
m’y faire. Après tout, nous n’étions pas vraiment parents.
Dans la luxueuse entrée de marbre, je me suis concentrée sur Trey
pour ignorer ce qui nous entourait. Je n’étais pas sûre de pouvoir m’habituer
un jour à son style de vie.
L’ascenseur vide s’est révélé un endroit amusant pour explorer à
nouveau nos lèvres. Mon désir impérieux avait refait surface et je n’arrivais
pas à me rassasier de ses baisers. J’ai pris ses bras et j’ai placé ses mains sur
mes hanches. L’une d’elles s’est aventurée sur mes fesses, l’autre s’est
faufilée jusqu’à mes seins et m’a pincé doucement le téton. Ma respiration
s’est transformée en halètement.
Le bip de l’étage nous a surpris. Et séparés.
J’ai lissé ma robe d’été sur mes hanches. Il m’a laissée sortir de
l’ascenseur puis il m’a dirigée vers son appartement.
– Tu veux boire un verre ?
– Tu plaisantes, j’espère ?
Un rire puissant a déferlé du fond de sa gorge et a enflammé tout mon
corps. Je l’ai attiré contre moi. Je voulais ses mains et ses lèvres sur moi. Je
le désirais.
Nous avons trébuché les quelques pas nous séparant de sa porte,
incapables de nous décoller l’un de l’autre.
– J’ai une meilleure idée, il a dit.
Il m’a soulevée pour me porter dans ses bras jusqu’au salon à la grande
baie vitrée. J’avais les bras autour de son cou, mais son visage était trop
proche pour que je l’ignore. Je l’ai embrassé, encore et encore. Il a tapé mes
pieds contre la porte pour la fermer.
– Aïe !
– Pardon. Je n’avais pas vu. Je vais les embrasser dès que tu seras dans
mon lit et je te promets que tu n’auras plus mal.
Un foyer d’excitation s’est allumé dans mon ventre et est descendu le
long de mes jambes.
Dans la chambre, il m’a posée sur l’immense lit. La pièce avait aussi
une grande baie vitrée qui donnait sur l’East River et Brooklyn. Chez moi,
je devais tirer les rideaux le soir, mais ici, nous étions assez haut pour que
personne ne puisse nous mater à moins de disposer d’un télescope.
Je l’ai attrapé pour qu’il me monte dessus, mais il m’a tourné le dos et
m’a ôté mes sandales. Ses mains puissantes ont caressé mes chevilles. Son
souffle chaud chatouillait mes orteils tandis qu’il déversait une pluie de
baisers sur mes pieds.
Je me tortillais de plaisir dans le lit. C’était bon — si bon —, mais j’en
voulais plus. J’avais besoin de plus.
– Viens ici.
Il s’est retourné et a souri.
– Pas encore.
Il a fait courir sa langue sur mes chevilles, puis il m’a léché les jambes
en remontant lentement.
Trop lentement. J’ai voulu le tirer par les bras, mais il a résisté. J’ai
enfoncé mes doigts dans ses cheveux. Il a continué sa lente progression
jusqu’à une cuisse, en remontant ma robe en cours de route.
Enfin, il a atteint ma petite culotte. Son souffle chaud a humidifié
l’extérieur de l’étoffe, tandis que mon corps réagissait à ses caresses en
mouillant l’intérieur du tissu.
Je me suis cambrée et j’ai essayé de le tirer vers moi de nouveau. Il a
repoussé mes mains, puis il a glissé ses doigts sous l’élastique de ma
culotte. Il l’a descendue le long de mes cuisses, de mes genoux, puis il l’a
fait passer par mes pieds.
J’avais du mal à respirer tellement ses caresses enflammaient mon
désir.
Nos yeux se sont rencontrés et un grand sourire a illuminé sa belle
gueule.
Il a défait la boucle de son ceinturon, déboutonné son pantalon et l’a
laissé tomber sur le sol. Sa chemise a bientôt suivi. Sa queue s’est dressée
fièrement dans son boxer, qu’elle tendait comme un poteau de tente. Il était
prêt à passer aux choses sérieuses.
Mes doigts ont agrippé les draps avec impatience. Pourquoi est-ce
qu’il ne ramenait pas sa belle gueule à ma hauteur pour que je l’embrasse ?
Pourquoi il ne rapprochait pas sa jolie queue de mon minou pour me monter
?
Comme s’il avait lu dans mes pensées, il a haussé un sourcil et a glissé
son corps sur le mien. Le frottement de sa peau contre mon ventre et mes
seins m’a rendue folle. J’ai gémi.
Et puis enfin, son visage était près du mien. J’ai saisi sa tête, je l’ai
embrassé passionnément et j’ai enroulé mes jambes autour de sa taille. J’ai
pressé ma chatte contre sa queue et il a gémi cette fois. Un gémissement bas
et guttural, je voulais l’entendre à nouveau. Nous nous sommes frottés l’un
contre l’autre et je l’ai senti tendue entre mes jambes, à travers son boxer.
J’ai bougé les jambes et j’ai cherché à tâtons l’ouverture de son boxer
de mes doigts impatients.
– Pas encore, il a soufflé contre mes lèvres.
– S’il te plaît, j’ai grogné d’impatience.
Un baiser profond a avalé mes mots, puis sa chaleur m’a quittée. Mais
seulement quelques instants. Il a embrassé mon menton, puis mon cou et
ma gorge, jusqu’à ma poitrine. Je haletais de désir.
Deux énormes mains brûlantes ont recouvert mes seins, tandis que sa
langue titillait mes tétons. J’avais le souffle court, la respiration haletante.
Une partie de moi voulait que ça ne finisse jamais, tandis qu’une autre
désirait qu’il s’occupe d’une zone différente de mon corps, tout aussi
érogène.
Mes doigts jouaient dans ses cheveux tandis qu’il continuait de lécher,
mordiller et aspirer mes tétons.
Il a descendu une main vers mon ventre, au creux de mes cuisses et j’ai
gémi de nouveau. Ses doigts caressaient et exacerbaient mon clitoris,
lubrifiés par ma moiteur. Tant de sensations à la fois. Je ne pensais pas
pouvoir supporter cela très longtemps.
Puis sa bouche a quitté mes seins et il m’a embrassé et léché le ventre
jusqu’au pubis. Je me tortillais d’excitation sur les draps.
Bientôt, sa bouche a pris la place de ses doigts, et sa langue s’est
introduite entre mes chairs. Mes gémissements sont devenus plus bruyants,
mes doigts s’enfonçaient dans les draps.
Il m’a léchée de plus en plus vite, en m’immobilisant les hanches de
ses mains, et j’ai senti que j’allais jouir.
De nouveau, il a lu dans mes pensées. Il a levé la tête, m’a lancé un
regard brûlant et il s’est allongé sur moi.
Son poids, sa carrure puissante, j’étais au paradis.
J’ai mordu sa lèvre inférieure jusqu’à ce qu’il m’embrasse,
passionnément, à bout de souffle.
J’ai levé les hanches et me suis pressée contre lui.
Il a pris appui sur un coude et il m’a pénétrée en se guidant de la main.
Un long râle s’est échappé de mes lèvres. Nous avons commencé à bouger
en rythme. Je m’accrochais à lui et j’aurais aimé ne jamais le laisser partir.
Il a plongé la tête vers mon visage et a pris ma bouche dans la sienne.
J’ai caressé son dos et aventuré mes mains sur ses fesses, les griffant
de mes ongles. Il a gémi et s’est enfoncé en moi. Plus profond. Il a donné
plusieurs coups de reins avant que je perde le contrôle et chevauche
sauvagement la vague de plaisir qu’il avait fait monter en moi.
Pantelante, toujours enroulée autour de lui, j’étais incapable de faire
autre chose que haleter et écouter mon cœur battre à tout rompre dans ma
poitrine.
Il s’est effondré sur moi et nous avons haleté de concert. Puis il a roulé
sur le côté et a posé sa tête dans le creux de mon épaule, contre ma tête.
– Waouh.
Waouh, en effet.
J’avais connu peu d’hommes avant Trey. Ça avait été des expériences
sympas, agréables même. Mais le pied que je venais de prendre... défiait
tous les mots.
***
Le soleil a inondé la chambre d’une lumière timide, puis de plus en
plus lumineuse au fil des minutes. Trey s’est étiré et a bâillé. Il m’a souri, je
lui ai souri.
– Tu es encore là ?
Mon sourire s’est élargi.
– Oui. Pas de mariage aujourd’hui. Mais je dois aller travailler. C’est le
dernier jour avant les vacances pour les enseignants.
Son visage s’est assombri. J’ai caressé sa joue.
– Qu’est-ce qui ne va pas ?
Il a posé sa main sur la mienne et m’a embrassé la paume.
– Je suis en train de tomber amoureux de toi et ça me fout la trouille.
Mon souffle est resté coincé dans ma gorge. Personne ne m’avait
jamais dit une chose pareille. J’avais attendu toute ma vie qu’un homme
tombe amoureux de moi. J’aurais juste préféré que l’homme en question ne
fasse pas partie de ma famille. J’ai écarté cette pensée en priant pour que
mon expression ne la reflète pas.
– Moi aussi.
Nous nous sommes embrassés jusqu’à ce que le désir monte dans mon
ventre et ailleurs. Je suis montée sur lui, appréciant la fraîcheur du drap
contre ma peau nue et la chaleur de son corps sous moi.
Il a souri.
– Ah tiens, toi aussi tu te réveilles ? Bonjour !
J’ai ri et me suis pressée contre sa queue qui devenait dure jusqu’à ce
qu’il gémisse.
– Si j’avais le temps, je te donnerais un avant-goût du traitement que tu
m’as fait subir hier et te ferais languir jusqu’à ce que tu me supplies.
Il s’est redressé, a attrapé mes bras et m’a fait rouler sur le dos.
– Eh bien, on va faire vite, alors.
Il m’a pénétrée et nous avons gigoté frénétiquement jusqu’à la
jouissance partagée.
Ensuite, il s’est rendormi et j’ai filé sans bruit sous la douche. Sa salle
de bain était carrelée en ardoise, choix très masculin. Je me suis lavée avec
son savon, en fermant les yeux pour sentir son odeur.
Avec un peu de chance, personne à l’école ne remarquerait que je
portais la même robe colorée qu’hier. Dieu merci, je n’avais pas d’élèves
aujourd’hui.
J’ai vaqué à ma journée à moitié endormie, puis j’ai rassemblé mes
affaires de classe.
À la maison, je me suis servi une limonade et je me suis affalée sur le
canapé. Une sieste me ferait du bien. Mais derrière mes paupières closes,
des images de la nuit avec Trey me hantaient, alimentées par son l’odeur de son savon sur ma peau. Avais-je eu raison d’aller chez lui hier soir ? Il était
le meilleur amant que j’avais connu, mais à quel prix ?
Il était mon demi-frère et rien ne pourrait changer ça.
Le téléphone a sonné, me tirant de mes souvenirs vaporeux et de mes
pensées embarrassantes.
– Salut maman. Comment est Tahiti ? ai-je dit d’une voix qui se
voulait joyeuse.
– C’est magnifique, incroyable. Dis-moi, tu vas bien, ma chérie ?
– Très bien. J’ai fini mes cours aujourd’hui et j’ai quelques jours de
vacances avant de commencer mon job d’été. Pourquoi ?
– Oh, tu n’as pas l’air toi-même, c’est tout. Il s’est passé quelque chose
?
J’ai éclaté en sanglots. L’épuisement d’une nuit passée à faire l’amour
avec mon demi-frère m’avait rendue très émotive.
Tout est sorti d’un seul coup. Je lui ai tout raconté depuis le soir où
j’avais rencontré Trey jusqu’à ce que je réalise qui il était au mariage,
jusqu’à la nuit dernière. Maman m’a laissée parler, pleurer, puis parler
encore.
– Chérie, quand j’ai rencontré Mark, j’ai pensé que je n’avais pas le
droit de tomber amoureuse alors que j’avais tant aimé ton père. Mais ton
père n’était plus là, et la vie continuait. Tu dois écouter ton cœur. Trevor n’est pas ton frère, il est un demi-frère adulte. Et c’est quelqu’un de bien. Je
suis très heureuse pour toi.
J’ai encore versé quelques larmes, puis nous nous sommes dit au
revoir. En essuyant mes joues, j’ai pris une décision. La décision d’être
heureuse.
Après m’être refait une beauté, j’ai pris le métro pour Manhattan.
Masha a ouvert la porte avec un grand sourire.
– Bonjour, Mademoiselle Justine. Je suis ravie de vous voir.
– Vraiment ?
– Bien sûr. Monsieur Trevor n’a pas le moral ce soir, mais je suis
certaine que votre visite lui fera du bien.
Une pensée m’a frappée : Masha aimait son employeur. Elle semblait
avoir de l’affection pour lui.
Moi aussi.
Je l’ai trouvé dans le salon, face à la baie vitrée, les yeux perdus dans
le vide, un verre d’alcool ambré à la main.
– Tu aimes la vue ? ai-je dit.
Il s’est retourné.
– Justine.
La tristesse a disparu de ses yeux, comme souvent lorsqu’il me voyait.
« Qu’est-ce que tu fais ici ? »
Je me suis jetée dans ses bras et j’ai respiré son odeur.
– Je choisis le bonheur. Je nous choisis nous.
– Nous ?
Le mot m’a chatouillé les neurones quand il l’a prononcé de son
souffle chaud. Ses mains couraient dans mon dos.
« Moi aussi. »
Mon cœur s’est accéléré et je l’ai serré contre moi. Riche docteur,
demi-frère, peu importe. Il était mon amour.
— FIN —
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Cara Sanibel