Vice et corruption à Montréal
Introduction
LA VILLE DE MONTRÉAL ET LES JEUX DE
HASARD ET D’ARGENT ENTRE 1892 ET 1970
Entre le milieu du XIXe siècle et le début de la Première Guerre mondiale,
Montréal a connu une période de croissance exceptionnelle. En quelques
décennies, cette ville a vu sa population décupler et son territoire s’étendre
à une vitesse fulgurante. L’urbanisation et l’industrialisation faisaient leur
œuvre et transformaient le visage de la métropole. Montréal changeait et
ressemblait de plus en plus à une grande ville moderne.
Gérer une agglomération aussi vaste n’était pas de tout repos. En effet, il
fallait se charger d’une multitude de tâches simultanément: construire de nouvelles rues, améliorer le système d’égouts et d’aqueducs, etc. On devait
voir à tout et la Ville fut rapidement débordée. Pendant que les autorités
tentaient de s’adapter à tous ces changements, la corruption et le patronage
se répandaient au sein de l’administration. À l’extérieur des murs de l’hôtel
de ville, ce sont plutôt les organisations criminelles qui se structuraient. Les
maisons de jeu1 et les lupanars se mirent à pousser comme des
champignons, et le « vice2 » eut tôt fait de se répandre dans la métropole3.
Montréal se retrouva dès lors qualifiée de « ville ouverte » et sa renommée
peu enviable devint continentale4.
Maintes fois, la Ville a « tenté » de s’attaquer à ces « plaies », mais sans
succès. Le « vice » persistait et semblait impossible à enrayer. Ce n’est qu’à
l’arrivée en scène de Pacifique Plante, vers le milieu des années 1940, que
cette « industrie » sera, pour une première fois, attaquée de plein fouet par
l’escouade policière5. En fait, il semble que c’est la tolérance des
administrations municipales et policières à l’égard de nombreuses pratiques
illégales telles que les jeux de hasard et d’argent qui a facilité l’expansion
de ces pratiques dans la métropole6.
De son côté, la gestion des finances se révélait être une question tout
aussi ardue. À l’aube des années 1930, Montréal était au bord de la faillite
et les multiples annexions municipales réalisées au début du siècle
n’avaient certainement pas aidé à corriger la situation. La grande crise
aggrava le tout et poussa la métropole à devenir de plus en plus inventive en
matière de fiscalité. En 1935, la Ville imposait la première taxe de vente
dans l’histoire du Québec7 et, au tournant de la décennie 1940, son
administration utilisait pratiquement tous les types de taxes connus, à cette
époque, sur le continent8. Mais ce fut en vain, car la Ville fut mise sous
tutelle au début des années 19409.
Sachant cela, on ne s’étonne pas d’apprendre que, dès 1928, le maire de
l’époque, Camillien Houde, lançait une campagne en faveur de la
légalisation des jeux de hasard et d’argent10. Le projet de Houde était le
suivant: créer une loterie municipale qui pourrait effacer en quatre ans le
déficit de Montréal11. À l’époque, Camillien Houde était probablement loin de se douter qu’il était l’instigateur d’une longue lutte qui allait
s’échelonner sur près de quarante ans12. Ainsi, plus le temps avançait, plus
le souhait de voir le jeu légalisé était manifeste dans la métropole. En effet,
la guerre et l’après-guerre furent des moments difficiles pour Montréal, car
c’est à cette époque que les paliers supérieurs de gouvernement ont
commencé à s’arroger un à un les précieux outils fiscaux de la Ville,
laissant la municipalité dans une sérieuse impasse financière.
À la fin des années 1960, Jean Drapeau, le maire de l’époque, en a assez.
Il contourne la loi et crée sa propre loterie, la « taxe volontaire13 », afin de
financer les dépenses de la métropole. Cependant, cette nouvelle mesure
fiscale sera rapidement déclarée illégale par la Cour suprême. Finalement,
ce fut la légalisation du jeu, en 1969, qui mit officiellement fin aux espoirs
de la métropole. En effet, la nouvelle législation ne lui permettait pas
d’exploiter une loterie. Il s’agissait là d’un coup dur pour la Ville de
Montréal qui dut se contenter d’observer jalousement le gouvernement de la
province se lancer dans la lucrative aventure du jeu lors de la création de
Loto-Québec, en 197014.
Entre 1892 et 1970, la Ville de Montréal a été confrontée à plusieurs
problèmes typiquement urbains. Dans un premier temps, la Ville a dû faire
face au phénomène de la corruption et du crime organisé et, dans un second
temps, il a été de plus en plus difficile pour elle de boucler son budget. Ces
deux problèmes mettent en relief le rôle clé que les jeux de hasard et
d’argent ont joué, à Montréal, au temps de leur prohibition. En effet, tant à
l’extérieur qu’à l’intérieur de l’hôtel de ville, ces activités ont été d’actualité
car, en plus de faire partie intégrante du paysage montréalais de l’époque,
elles ont grandement préoccupé les élus de la Ville, principalement en
raison de leur potentiel fiscal.
Cet ouvrage examinera donc les enjeux et le contexte liés à la thématique
des jeux de hasard et d’argent à Montréal entre 1892 et 1970. C’est en nous
penchant sur le crime organisé, la corruption et le financement municipal
que nous lèverons le voile sur ce pan méconnu de l’histoire de Montréal. En effet, l’historiographie canadienne et québécoise reste étonnemment
silencieuse lorsque vient le temps d’aborder cette thématique.
Dans la littérature canadienne, les jeux de hasard et d’argent occupent
une place relativement importante. Tout comme dans le reste de l’Occident,
c’est le phénomène du « jeu excessif » qui a été la problématique la plus
étudiée. En effet, depuis l’importante vague de légalisation qui a touché
plusieurs pays occidentaux au cours des années 196015, les chercheurs en
sciences humaines et sociales se sont employés à étudier en profondeur les
impacts de cette importante modification législative.
Ainsi, depuis près de cinquante ans, une multitude d’angles d’analyse ont
été pris pour étudier cette nouvelle problématique. Des impacts sociaux aux
répercussions économiques, tout y est passé et, à l’heure actuelle, un volet
attire particulièrement l’attention des chercheurs: le rôle et les
responsabilités de l’État et de l’industrie à l’égard de ces activités.
Au Canada, la notion de « responsabilité » a marqué la littérature sur le
sujet au cours des dernières années. Les criminologues Colin S. Campbell et
Gary J. Smith ont vraisemblablement fait office de pionniers dans ce
secteur. Leur article « Gambling in Canada: From vice, to disease to
responsibility: A negociated history », publié en 2003 dans le Canadian
Bulletin of Medical History, a en toute apparence influencé l’orientation de
la recherche sur le jeu au pays et poussé plusieurs chercheurs canadiens à se
lancer aussi dans cette voie16. Dans cet article, Campbell et Smith discutent
de l’évolution de la notion de jeu et montrent de quelle façon elle a été
redéfinie depuis les années 1960. En effet, au cours du XXe siècle et plus
rapidement à partir de la décennie 1960, le jeu est passé de « vice » à
« loisir », en étant au passage reconnu comme un « problème d’ordre
médical ».
D’un point de vue temporel, l’époque où le jeu est passé de « vice » à
« loisir » constituera la trame de cet ouvrage. Il faut noter qu’au cours de
cette période de multiples changements, tels que l’avènement de la société de consommation, la mise en place de l’État-providence, le déclin de
l’Église catholique, l’augmentation phénoménale de la pratique du jeu,
l’évolution significative des mentalités ainsi que la montée du crime
organisé, ont radicalement transformé la société canadienne. Ces mutations
ont, entre autres, permis aux jeux de hasard et d’argent de devenir une
industrie légale et légitime. Il s’agit là d’un argument que l’historienne
Suzanne Morton défend dans At Odds: Gambling and Canadians 1919-
1969, un ouvrage qui constitue la première véritable étude historique sur le
jeu au pays17.
Alors que les « vices », tels que la consommation d’alcool et la
prostitution, représentent des thèmes qui ont été largement étudiés par une
génération récente d’historiens socioculturels, la pratique des jeux de hasard
et d’argent est un terrain que ces derniers connaissent et comprennent
beaucoup moins. En effet, jusqu’à la publication de At Odds, l’étude de
cette question avait été plutôt négligée au Canada. En fait, At Odds
approfondit la question des jeux de hasard et d’argent à l’époque de la
prohibition. De façon plus précise, cette étude porte sur l’histoire de la
régulation du jeu et discute du débat public qui a entouré la question du jeu
au Canada, entre la fin de la Première Guerre mondiale et l’aube des
années 1970, au moment de la légalisation du jeu18.
Dans At Odds, Suzanne Morton cherche à mettre en relief l’attitude
ambivalente des Canadiens à l’égard du jeu durant la première moitié du
XXe siècle. L’historienne tente surtout de comprendre et d’expliquer les
changements politiques, économiques, sociaux et moraux qui, depuis 1919,
ont mené à la mise à jour de la législation sur le jeu en 1969. En effet,
Morton a constaté que, malgré toutes ces mutations, la loi a seulement été
modifiée à la fin des années 1960, c’est-à-dire lors de l’adoption du « bill
omnibus » de Pierre Elliott Trudeau. Selon l’auteure, la mutation tardive de
la législation sur le jeu reflète l’influence encore importante des valeurs
victoriennes dans le Canada du XXe siècle. C’est donc en mettant en
évidence le contraste entre les divers chambardements qui touchent la
société canadienne de l’époque et le maintien des valeurs victoriennes que
l’historienne organise son livre19.
Les grandes villes canadiennes occupent une place centrale dans l’étude
de Suzanne Morton20. Ainsi, en raison de son statut de métropole
canadienne, Montréal jouit d’une attention considérable. L’approche
thématique utilisée par l’historienne, qui explore, entre autres, les notions
de classe sociale, de sexe, de religion et d’ethnie, permet de cerner plusieurs
thématiques de façon originale. De plus, la pluralité de son approche met au
jour une quantité impressionnante de chantiers de recherche.
Dans le cadre de cet ouvrage, nous désirons, entre autres, poursuivre une
partie du travail entrepris par Suzanne Morton en étudiant le cas de la
province de Québec et, particulièrement, celui de la ville de Montréal dont
elle ne manque pas de relever, par la bande, le caractère exceptionnel. En
effet, à titre de seule province catholique, dans un Canada à majorité
protestante, le Québec a su se distinguer, et ce, dans tout le dossier
entourant la question des jeux de hasard et d’argent au pays. Tout d’abord,
parce que c’était la province canadienne la plus en faveur d’une
modification de la législation sur le jeu21; ensuite, parce que le Québec était
un foyer important en matière de jeu illégal. En effet, la réputation de
Montréal, surtout dans le domaine des paris, n’était plus à faire22.
Suzanne Morton n’est pas la seule à avoir relevé le rôle important de la
province de Québec et de la Ville de Montréal dans la lutte pour la
légalisation du jeu23. Dans sa thèse de doctorat, le criminologue Colin S.
Campbell a adopté le même point de vue. Selon lui, « [t] he province of
Quebec and the City of Montreal, both long and ardent supporters of
lotteries […] seem to have been particularly strident in attempting to
convince the Federal government of the need for legalized lotteries24 ».
Judith A. Osborne partage cet avis25. Il faut noter que ce constat est aussi
établi par les auteurs de The Legalisation of Gambling in Canada. En effet,
une recension de la littérature scientifique a permis à ces universitaires
d’arriver à ces mêmes conclusions26. Enfin, il ne faut pas oublier Michel
Labrosse qui, dans son ouvrage sur l’histoire des loteries au Québec,
souligne également cet état de fait27.
Dans Les loteries – de Jacques Cartier à nos jours, Michel Labrosse
présente l’histoire des loteries au Québec. Même si l’ouvrage de Labrosse
est de type événementiel et qu’il ne comporte pas de véritable
questionnement historique, il possède des qualités indéniables,
principalement lorsqu’on s’attarde à l’importante recherche documentaire
qui a formé les bases de cette étude. En effet, en plus de regrouper les
Dossiers Loto-Québec, publiés au début des années 1980, Michel Labrosse
a enrichi considérablement son corpus en se référant à une large variété de
sources telles que des documents officiels et des archives relevant de la
presse écrite28. Son étude de la question du jeu durant sa prohibition au
Canada, soit entre 1892 et 1969, ainsi que sa présentation éloquente du
combat qui a entouré la modification de la législation sur le jeu font de sa
recherche un document clé pour l’histoire du jeu au pays.
À l’époque de la prohibition, les jeux de hasard et d’argent constituaient
par définition une activité criminelle. Une référence à l’univers du crime
organisé devient, dès lors, incontournable. En effet, tout au long de cette
période, les organisations criminelles ont tiré d’importants revenus de cette
industrie. À l’étranger, notamment aux États-Unis, plusieurs chercheurs ont
traité du lien étroit qui subsistait, à cette époque, entre le jeu illégal et le
crime organisé29. Cependant, au Canada, cette question a été peu
approfondie, ce qui ne manque pas d’étonner puisque les organisations
criminelles canadiennes étaient fortement impliquées dans le secteur du jeu,
notamment à Montréal.
Au sein de la communauté scientifique, il semble exister un consensus
lorsque vient le temps de présenter Montréal comme le point chaud du
Canada au XXe siècle et en particulier durant la première moitié de celui-
ci30. Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire du crime organisé à Montréal, il faut
considérer le travail de deux spécialistes: Jean-Pierre Charbonneau31 et
Pierre de Champlain32. Cependant, comme ils ne sont pas des experts dans
le domaine spécifique du jeu, ils ne font que survoler cet aspect dans leurs
études33. D’autres chercheurs traitent aussi de la question du crime organisé
au Québec, mais la thématique du jeu illégal occupe, encore une fois, une
place secondaire34. Cet ouvrage s’attachera donc à combler cette lacune de
l’historiographie.
En traitant d’autres sujets, certains spécialistes ont aussi effleuré la
question des jeux de hasard et d’argent au Québec. Par exemple, dans son
ouvrage sur les commissions d’enquête au Québec, La délinquance de
l’ordre35, le criminologue Jean-Paul Brodeur a mis en lumière la
problématique de la corruption et du crime organisé. Sur les onze enquêtes
qu’il a étudiées, cinq abordent cette question au sein du territoire
montréalais36. Parmi ces dernières, l’enquête Caron37, amorcée en 1950, est
particulièrement intéressante. Tout d’abord, par son ampleur, mais surtout
en raison de son objet d’étude: la prostitution et les jeux de hasard illégaux
à Montréal.
En 1991, François David, archiviste du Centre de recherche Lionel-
Groulx, avait souligné que très peu d’études avaient été produites sur la
commission Caron et le Comité de moralité publique38. Depuis cette
époque, peu de chercheurs se sont penchés sur le sujet39. Il s’agit là d’un
« vide » que cet ouvrage tâchera aussi de combler.
Au cours de la période étudiée, les jeux de hasard et d’argent ont
largement préoccupé les autorités municipales, non seulement en raison des
problèmes liés à l’émergence du crime organisé, mais aussi et surtout parce
que ces activités représentaient un enjeu financier important. À l’époque de
Camillien Houde, dans les années 1930, et, notamment, du temps de Jean
Drapeau, vers la fin des années 1960, cette question prenait un sens tout
particulier à Montréal. Entre 1930 et 1969, la municipalité a fortement
milité pour que le jeu et principalement les loteries soient légalisés afin de
financer les dépenses municipales. L’historiographie des finances publiques
montréalaises est donc intimement liée à la thématique centrale de cet
ouvrage. En effet, la situation financière difficile de la Ville l’a poussée à
revoir sa fiscalité et, plus particulièrement, à désirer une modification de la
législation sur le jeu.
La question des finances et de la politique montréalaises est un sujet qui a
intéressé plusieurs chercheurs québécois. Au cours des dernières années,
Jean-Pierre Collin s’est penché sur la restructuration urbaine et la gestion
métropolitaine, les structures municipales et communautaires, la gestion et
la fiscalité municipales et l’étude des mouvements sociaux dans une
perspective historique, tant au Québec qu’au Canada40. Son article qui traite
de la question du financement des dépenses publiques, intitulé « Les
stratégies fiscales municipales et la gestion de l’agglomération urbaine: le
cas de la Ville de Montréal entre 1910 et 1965 » et paru en 1994 dans
Urban History Review / Revue d’histoire urbaine, est une production clé
dans le domaine41. En effet, cette publication se voulait être une première
contribution à l’analyse de l’histoire de la fiscalité montréalaise42.
Par la suite, plusieurs chercheurs ont utilisé les bases posées par Collin43.
Parmi ceux qui ont été inspirés par ce dernier, Pierre J. Hamel s’est
particulièrement distingué en cette matière. Dans son article « Le pacte
fiscal entre le gouvernement du Québec et les municipalités: la raison du
plus fort est toujours la meilleure », Hamel montre de quelle façon le
gouvernement québécois a retiré un à un la plupart des outils fiscaux des
municipalités, et ce, tout au long du XXe siècle44. L’auteur décrit également à
quel point la Ville de Montréal a fait preuve d’invention quand est venu le
temps de mettre en place de nouveaux modes de prélèvement fiscal. Enfin,
en consacrant une courte section à la « taxe volontaire », une « loterie »
instaurée en 1968 par le maire Jean Drapeau, le chercheur introduit
brièvement la question du jeu45. En affirmant que le gouvernement de la
province de Québec s’est empressé de prendre le monopole des loteries,
aussitôt que la « loterie » du maire Drapeau a été déclarée illégale, Hamel
fait une omission qui est malheureusement courante: on présente l’histoire
rapidement et on oublie un détail essentiel. En effet, dans les études qui
abordent cette question, on précise rarement que c’est une importante
modification du Code criminel, effectuée par le gouvernement fédéral, qui a
permis aux provinces d’occuper ce secteur. Cette omission fréquente
transforme profondément la compréhension de la situation46.
De tels constats renforcent l’idée que l’histoire du jeu au Canada, et en
particulier au Québec, reste un domaine encore très peu connu. Plusieurs ouvrages en font état, mais la question n’a jamais été réellement
approfondie, du moins au Québec, et certainement pas en décrivant le
potentiel fiscal que représentaient les loteries et les autres jeux de hasard à
cette époque47. Il s’agit là d’une tâche qui sera entreprise dans le cadre de
cet ouvrage.
L’étude de l’historiographie permet de déceler plusieurs silences au sein
de la littérature sur le sujet. En effet, l’histoire du jeu est un domaine qui a
été très peu étudié par les chercheurs canadiens. Par ailleurs, la lacune est
encore plus évidente lorsqu’on s’attarde à l’époque de la prohibition de
cette activité, c’est-à-dire entre 1892 et 1970. L’absence d’une étude
approfondie portant spécifiquement sur Montréal est encore plus
regrettable, étant donné l’importance stratégique de la métropole à cette
époque. En effet, en plus d’être le centre canadien par excellence en matière
de jeu, Montréal a été un joueur important dans la lutte pour la légalisation
du jeu au pays. Il est donc étonnant de constater qu’à ce jour personne ne
s’est sérieusement penché sur le caractère exceptionnel de la ville de
Montréal en matière de jeux de hasard et d’argent, et ce, que ce soit du côté
des historiens, des criminologues ou des spécialistes des finances publiques.
Étant donné l’absence d’études sur la prohibition du jeu à Montréal, le
questionnement à la base de cet ouvrage se veut en même temps large et
ciblé, visant à déceler à la fois la complexité des enjeux s’y rattachant et la
spécificité de Montréal en cette matière. Ainsi, quelles ont été les
incidences politiques et socioéconomiques de la prohibition des jeux de
hasard et d’argent dans la métropole montréalaise entre 1892 et 1970? Dans
quel contexte un changement législatif sera-t-il préconisé?
Nous posons que l’interdiction des jeux de hasard et d’argent n’a pas
entraîné la fin de leur pratique dans la métropole. Au contraire, le crime
organisé s’est dès lors chargé de prendre en main cette lucrative industrie.
De fil en aiguille, la forte tolérance ainsi que la corruption des autorités ont
permis une recrudescence de ces activités. Mais, pendant que les magnats
du crime organisé s’enrichissaient, la Ville de Montréal peinait à boucler
son budget. Dans ce contexte, le grand fardeau fiscal supporté par la Ville a poussé cette dernière à faire preuve d’originalité en matière de fiscalité. Les
jeux de hasard et, de façon plus précise, les loteries ont, dès lors, représenté
un enjeu fiscal important, en particulier sous les régimes de Camillien
Houde et de Jean Drapeau. Les loteries seront finalement légalisées
en 1969, par l’adoption du « bill omnibus » de Pierre Elliott Trudeau.
Afin de bien présenter ce récit, l’ouvrage sera divisé en quatre chapitres.
Cette structure mettra l’accent sur les incidences politiques et
socioéconomiques de la prohibition du jeu au sein de la métropole
montréalaise, ainsi que sur les raisons et le contexte qui ont forgé le désir de
la Ville de Montréal de voir le jeu légalisé au Canada.
Le premier chapitre dressera un tableau de l’industrie des jeux de hasard
et d’argent en Amérique du Nord et, plus précisément, à Montréal. Dans un
premier temps, nous aborderons la question des origines de la prohibition
du jeu ainsi que celle de l’évolution de cette industrie clandestine au début
du XXe siècle. Une fois ces bases posées, les liens entre le crime organisé et
l’industrie du jeu seront établis. Cette mise en contexte permettra,
finalement, d’introduire la situation spécifique de Montréal. Quant au
deuxième chapitre, il aura pour objectif de présenter les relations étroites
qui subsistaient, à l’époque, entre les autorités municipales, policières et
judiciaires ainsi que les membres du crime organisé. Ce chapitre présentera
donc en détail le système de protection qui était en place dans la métropole
à cette époque. Ces deux premiers chapitres constitueront le premier bloc
thématique de cet ouvrage, qui permettra au lecteur de pénétrer dans le
monde interlope montréalais et d’en comprendre le fonctionnement à
travers, notamment, l’étude des barbottes, des salles de pari et des loteries
clandestines. Il faut comprendre que l’organisation de cette vaste économie
souterraine constitue une conséquence directe de la prohibition des jeux de
hasard et d’argent.
Dans le cadre de ces deux premiers chapitres, les documents laissés par
Pacifique Plante serviront de source principale. Durant les années 1940
jusqu’aux années 1970, Pacifique Plante était le spécialiste du crime
organisé à Montréal. C’est essentiellement son poste de directeur adjoint à la moralité au sein de la police montréalaise qui lui a permis d’obtenir des
renseignements précieux au sujet du crime organisé à Montréal. Plante a
beaucoup écrit sur la question de la pègre, et les thèmes de la prostitution et
du jeu n’avaient pratiquement aucun secret pour lui. D’ailleurs, le dossier
Montréal sous le règne de la pègre, qu’il a publié en 1950, est encore
aujourd’hui incontournable pour tout spécialiste qui désire étudier ces
thématiques48. En effet, la plupart de ceux qui se sont intéressés, de près ou
de loin, à l’histoire de la criminalité ou des « vices » au Québec ont utilisé
les documents de Plante49.
Il faut savoir que Montréal sous le règne de la pègre reproduit, avec
quelques modifications, une série d’articles, une soixantaine environ, qui
ont été publiés par Pacifique Plante, avec l’aide du jeune journaliste Gérald
Pelletier50, dans le quotidien Le Devoir entre le 28 novembre 1949 et le
18 février 1950. Ce document avait pour objectif de présenter l’industrie du
crime organisé à Montréal et surtout de mettre en lumière le vaste système
de protection qui s’était graduellement établi dans la métropole. Les
publications de Plante ont sensibilisé la population à cette question et les
résultats ne se sont pas fait attendre. En 1950, une commission d’enquête
présidée par le juge François Caron a été créée afin d’étudier le problème de
la corruption au sein du corps policier montréalais51.
Comme il a été souligné précédemment, les commissions d’enquête ont
été un objet d’étude plutôt négligé par les chercheurs. Ainsi, afin de varier
les sources et de combler un manque au sein de l’historiographie, les
archives de plusieurs commissions d’enquête ont été dépouillées52. Le
Centre d’archives de Montréal s’est révélé être un lieu de recherche
stratégique à cette fin. En effet, plusieurs fonds déposés à cet endroit sont
issus des diverses enquêtes qui ont porté sur la problématique de la
corruption et du crime organisé à Montréal53. Ces fonds comprennent aussi
des séries complètes de coupures de journaux qui ont permis de diversifier
les sources d’information54. Enfin, les rapports officiels de chacune des
commissions sont venus compléter les informations manquantes.
Les deux derniers chapitres de cet ouvrage constitueront un deuxième
bloc thématique. Cette seconde partie, qui montrera les difficultés
financières de la métropole, mettra l’accent sur la bonne affaire que
représentaient les jeux de hasard et d’argent pour les autorités municipales
de l’époque. Le troisième chapitre traitera donc de l’épineuse question du
financement municipal, en mettant en relief la perte d’importance qu’ont
subie les gouvernements municipaux au profit du gouvernement provincial
au cours de cette période. Ultimement, cette mise en contexte permettra de
démontrer l’originalité de la Ville en matière de fiscalité. En effet, la
municipalité a fait preuve d’une imagination considérable dans ce domaine.
Il n’est donc pas étonnant de constater que Montréal a rapidement demandé
une modification de la législation sur le jeu afin de financer ses dépenses.
Ce sera donc sur cette thématique que portera le dernier chapitre de cet
ouvrage. Dans ce quatrième chapitre, on trouvera une description des
démarches entreprises par la Ville de Montréal afin d’obtenir une
modification de la législation concernant le jeu, ainsi qu’une définition du
contexte qui a entouré la modification de la législation, à la fin des
années 1960. Cette présentation permettra au lecteur de saisir dans quel
contexte est née une société d’État qui est aujourd’hui bien connue des
Québécois et Québécoises: Loto-Québec.
Du point de vue des sources, les documents du Centre d’archives de
Montréal ont constitué une vraie mine d’or lorsqu’est venu le temps de
mettre en relief l’inventivité de la Ville en matière de fiscalité. Il faut
préciser que deux principaux fonds ont permis de bâtir le chapitre qui porte
sur le financement municipal. Tout d’abord, le fonds du Conseil de ville de
Montréal, qui comprend, entre autres, l’enquête sur l’état financier de
Montréal (1932) et le rapport de Thomas Bradshaw sur les sources
additionnelles de revenus (1934). Dans un second temps, le fonds du comité
chargé d’étudier la question de la répartition des taxes et obligations entre la
Ville de Montréal et les gouvernements supérieurs (1953) a aussi été
dépouillé.
Dans le dernier chapitre, les documents du Centre d’archives de Montréal
ont aussi fait office de source majeure. Le fonds du service des finances et
du contrôle budgétaire avec, entre autres, ses dossiers sur la « taxe volontaire » de Jean Drapeau et son dossier complet de coupures de presse a
été scruté. Tout comme pour la rédaction du reste de l’ouvrage, mais
principalement pour cette section, le quotidien La Presse a été consulté
lorsqu’est venu le temps de combler les vides laissés par les autres
sources55. Il faut noter que d’autres informations pertinentes ont aussi été
obtenues par la consultation de documents officiels tels que certains textes
des discours prononcés à l’Assemblée nationale au sujet des loteries56.
En résumé, cet ouvrage, outre de présenter les incidences
socioéconomiques et politiques de la prohibition du jeu à Montréal
entre 1930 et 970 et de mettre en relief le contexte et les multiples raisons
qui ont poussé la Ville à militer en faveur de la modification de la
législation sur le jeu, vise à rendre compte de certains problèmes éprouvés à
cette époque par Montréal en tant que grande agglomération urbaine. En
effet, si le dossier des jeux de hasard et d’argent mérite en soi l’attention de
l’historien, il permet aussi de soulever plusieurs problèmes propres au
milieu montréalais de l’époque, tels que le crime organisé, la corruption, le
financement municipal ainsi que la perte de pouvoir de ce palier
administratif. Cet ouvrage se propose donc d’être une contribution réelle et
originale à l’histoire du Québec, en jetant un nouvel éclairage sur plusieurs
débats contemporains.
1 Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de définir certains concepts relatifs aux jeux de hasard et d’argent. Tout d’abord, au sens strict, les « maisons de jeu » sont des établissements où l’on peut jouer à des jeux de hasard et d’argent, tel le poker. Les « maisons de pari », pour leur part, sont des endroits où l’on peut parier, entre autres, sur les courses de chevaux. Étant donné que certaines « maisons de pari » comportent aussi des tables de jeu, le terme « maisons de jeu » sera couramment utilisé afin de désigner ces deux types d’établissements. Lorsque nous aurons à faire une distinction précise, nous nous assurerons de bien indiquer au lecteur de quel établissement il s’agit. Il est important de noter que tenir ces établissements était, et est encore, illégal au Canada. Depuis 1969, seul l’État a le droit d’en exploiter.
2 Le terme « vice » est utilisé dans son sens large et non pas comme synonyme de la prostitution.
3 Les termes « ville » et « métropole » seront tour à tour utilisés comme synonymes de la ville de Montréal.
4 On fait ici référence à la presse écrite et en particulier au quotidien Le Devoir qui a publié à la fin des années 1940 une enquête intitulée « Montréal, ville ouverte ». Par la suite, le terme « ville ouverte » a souvent été repris par les médias.
5 Nous présenterons ce personnage plus en détail plus loin. Pierre de Champlain, Le crime organisé à Montréal 1940-1980, Hull, Éditions Asticou, 1986, p. 37.
6 Paul-André Linteau, Brève histoire de Montréal, Montréal, Boréal, 1992, p. 137.
7 Ibid., p. 124. De plus, il faut noter que Montréal était alors la seule ville canadienne à utiliser ce mode de financement. Jean-Pierre Collin, « Les stratégies fiscales municipales et la gestion de l’agglomération urbaine: le cas de la ville de Montréal entre 1910 et 1965 », Urban History Review –
Revue d’histoire urbaine, vol. XXVI, no 1, octobre 1994, p. 24.
8 Ibid., p. 24.
9 Paul-André Linteau, Histoire de Montréal depuis la Confédération, Montréal, Boréal, 1992, p. 416.
10 Depuis l’adoption du Code criminel, en 1892, les jeux de hasard et d’argent étaient interdits au Canada, mis à part quelques exceptions qui seront présentées plus tard. Ils ont finalement été légalisés, en 1969, lors de l’adoption du « bill omnibus ».
11 Michel Labrosse, Les loteries – de Jacques Cartier à nos jours: la petite histoire des loteries au Québec, Montréal, Stanké, 1985, p. 108.
12 Des acteurs des quatre coins du pays ont participé à cette lutte. Cependant, ce ne sont pas toutes les provinces qui ont pris part à ce combat. Après le Québec, c’est la Colombie-Britannique qui a été la province la plus engagée à cet égard. De leur côté, des provinces comme l’Ontario et la Nouvelle-Écosse étaient beaucoup plus rigides eu égard à cette question. Pour plus d’information à ce sujet, voir Suzanne Morton, At Odds: Gambling and Canadians 1919-1969, Toronto, University of Toronto Press, p. 18.
13 Au chapitre 4, une section est consacrée à l’épisode de la « taxe volontaire ».
14 Labrosse, Les loteries, op. cit., p. 155-156.
15 À titre indicatif, on peut noter que la légalisation du jeu, ou plus précisément des loteries, aura lieu en 1964 (États-Unis: New Hamsphire), en 1960 (Grande-Bretagne) et en 1969 (Canada).
16 Colin S. Campbell et Gary J. Smith, « Gambling in Canada: From vice, to disease to
responsibility: A negociated history », Canadian Bulletin of Medical History, no 20, 2003, p. 121-149. En ce qui concerne les chercheurs canadiens qui ont été influencés par ces derniers, on peut, par exemple, penser à Élisabeth Papineau, Yves Boisvert et Magaly Brodeur. D’autres chercheurs, comme Robert Ladouceur, se sont aussi penchés sur la question de la responsabilité dans le secteur du jeu, mais dans une perspective plutôt individuelle.
17 Morton, At Odds, op. cit., 272 p.
18 Ibid., p. 1.
19 Ibid., p. 17.
20 Elle étudie cinq provinces canadiennes [leurs grandes villes]: Ontario, Nouvelle-Écosse, Manitoba, Colombie-Britannique et Québec.
21 Suivi de près par la Colombie-Britannique. Ibid., p. 18.
22 Ibid., p. 61.
23 Ibid., p. 187-189.
24 Colin S. Campbell, Canadian Gambling Legislation: The Social Origins of Legalization, Thèse de doctorat, Vancouver, Simon Fraser University, 1994, p. 29.
25 Judith A. Osborne, The Legal Status of Lottery Schemes in Canada: Changing the Rules of the Game, Mémoire de maîtrise, Vancouver, University of British Colombia, 1989, [s. p.].
26 Colin S. Campbell, Garry J. Smith et Timothy F. Hartnagel, The Legalisation of Gambling in Canada, Canada, Law Commission of Canada: What is a Crime?, 6 juillet 2005, p. 15.
27 Labrosse, Les loteries, op. cit., p. 108-145.
28 Trois dossiers sur l’histoire du jeu au Québec ont été publiés, par la société d’État, au début des années 1980. Jean-Pierre Roy et al., « Dossier Kébek 1534-1760 », Périodiques de Loto-Québec,
no 2, 1982, 24 p.; Jean-Pierre Roy et al., « Dossier Québec 1760-1900 », Périodiques de Loto-
Québec, no 3, 1983, 36 p.; Jean-Pierre Roy et al., « Dossier Québec: 1901-1970 », Périodiques de
Loto-Québec, no 4, 1984, 56 p.
29 Par exemple: Richard Sasuly, Bookies and Bettors: Two Hundred Years of Gambling, New York, Holt, Rinehart and Winston, 1982, 266 p.; Estes Kefauver, Crime in America, Garden City (NY), Doubleday, 1951, 333 p.; King Rufus, Gambling and Organized Crime, Washington (DC), Public Affairs Press, 1969, 239 p.
30 Par exemple, Suzanne Morton, Marc Ouimet et Jean-Pierre Charbonneau s’entendent sur ce fait.
31 Jean-Pierre Charbonneau a écrit plusieurs ouvrages sur le crime organisé dont le classique La filière canadienne: Le grand classique de l’histoire du crime au Québec, Montréal, Trait d’Union, 2002, 466 p.
32 Pierre de Champlain est un spécialiste de la mafia. Il a publié trois ouvrages importants sur l’histoire du crime organisé à Montréal et au Québec, dont Histoire du crime organisé à Montréal 1940-1980, Hull, Éditions Asticou, 1986, 291 p.
33 Charbonneau est spécialisé dans les études concernant le trafic de stupéfiants et, plus particulièrement, de l’héroïne. De Champlain est, pour sa part, plus généraliste.
34 On peut, par exemple, penser au criminologue Marc Ouimet. La criminalité au Québec durant le vingtième siècle, Saint-Nicolas/Québec, Les Éditions de l’IQRC et Les Presses de l’Université Laval, 2005, 403 p.
35 Jean-Paul Brodeur, La délinquance de l’ordre. Recherches sur les commissions d’enquête I, Montréal, Hurtubise HMH, 1984, 368 p.
36 1894: enquête Rainville (le corps de police de la Ville de Montréal); 1909: enquête Cannon (tous les services de la Ville de Montréal, y compris la police); 1924: enquête Coderre (le corps de police de la Ville de Montréal); 1944: enquête Cannon (la Sûreté provinciale et la Police des liqueurs [district de Montréal]); 1950: enquête Caron (la prostitution et les jeux de hasard illégaux à Montréal).
37 Le principal instigateur de cette enquête fut le Comité de moralité publique de Montréal (CMP). Le CMP est un regroupement de catholiques canadiens-français. Ce comité est à l’origine de la fondation de la Ligue d’action civique, en février 1951. Jean Drapeau a remporté sa première victoire aux élections municipales de Montréal grâce à l’appui de celle-ci, en 1954.
38 François David, « Le Comité de moralité publique de Montréal », Cultures du Canada français,
no 8, automne 1991, p. 84-95.
39 Mathieu Lapointe, un étudiant à l’Université York de Toronto, a travaillé sur la question de la
moralité publique à Montréal durant les années 1940 et 1950. Lors du 59e Congrès de l’Institut d’histoire de l’Amérique française « Une histoire au quotidien », qui s’est tenu à Montréal en octobre 2006, Mathieu Lapointe a présenté une communication intitulée « Ville ouverte ou Ville-Marie? Le Comité de moralité publique, la commission Caron et les discours sur la moralité publique à Montréal dans les années 1940 et 1950 ». En étudiant en détail cette commission ainsi qu’en présentant le comité qui a permis sa mise en place, soit le Comité de moralité publique, Lapointe a comblé un vide au sein de l’historiographie.
40 Voici quelques publications intéressantes: Jean-Pierre Collin, « City management and the emerging welfare state: Evolution of city budgets and civic responsabilities in Montreal, 1931-
1951 », Journal of Policy History, vol. 9, no 3, 1997, p. 339-357; Jean-Pierre Collin, « La Cité sur mesure. Spécialisation sociale et autonomie municipale dans la banlieue montréalaise, 1875-1920 »,
Urban History Review / Revue d’histoire urbaine, vol. 13, no 1, juin 1984, p. 19-34.
41 Jean-Pierre Collin, « Les stratégies fiscales municipales et la gestion de l’agglomération urbaine: le cas de la ville de Montréal entre 1910 et 1965 », Urban History Review / Revue d’histoire
urbaine, vol. 23, no 1, novembre 1994, p. 19-31.
42 Ibid., p. 19.
43 On peut penser à Michèle Dagenais, une historienne de l’Université de Montréal. Dagenais est une spécialiste de l’histoire urbaine et en particulier de la ville de Montréal, qui a souvent travaillé en collaboration avec Jean-Pierre Collin. Voici quelques-unes de ses publications intéressantes: Jean-Pierre Collin et Michèle Dagenais, « Évolution des enjeux politiques locaux et des pratiques municipales dans l’île de Montréal, 1840-1950 », dans Denis Menjot et Jean-Luc Pinol (dir.), Enjeux
et expressions de la politique municipale (XII e-XXe siècle), Paris, L’Harmattan, 1997, p. 191-221; Michèle Dagenais, Des pouvoirs et des hommes: l’administration municipale de Montréal, 1900-1950, Montréal et Kingston, McGill – Queen’s University Press, 2000, 204 p.; Michèle Dagenais, « A model for the emerging welfare state? Municipal management in Montreal during the 1930s », dans Michèle Dagenais, Irene Maver et Pierre-Yves Saunier (dir.), Municipal Services and Employees in the Modern City: New Historic Approaches, Aldershot, Asghate, p. 124-139.
44 Pierre J. Hamel, « Le pacte fiscal entre le gouvernement du Québec et les municipalités: la
raison du plus fort est toujours la meilleure », Organisations et territoires, vol. 11, no 3, p. 31-45.
45 Pour plus d’information au sujet de la « taxe volontaire », voir le chapitre 4.
46 C’est, par exemple, ce qu’ont fait Yves Bourdon et Jean Lamarre dans leur ouvrage sur l’histoire du Québec. En effet, ils mentionnent, dans un encadré sur la loterie du maire Drapeau, que c’est le gouvernement québécois qui a usé de son pouvoir, en 1969, pour légiférer sur le jeu, ce qui est faux. Ensuite, ils ne précisent pas et ne semblent pas savoir que les loteries étaient illégales, au Canada, avant 1969. Finalement, ils parlent de la loterie du maire Drapeau, sans préciser que cette loterie était qualifiée de « taxe volontaire » en raison du fait que les loteries étaient illégales. Yves Bourdon et Jean Lamarre, Histoire du Québec: une société nord-américaine, Laval, Éditions Beauchemin, 1998, p. 217.
47 Par exemple, dans son ouvrage sur l’histoire de Montréal, Paul-André Linteau aborde des thèmes qui sont liés directement ou indirectement à la question du jeu (crime organisé, commissions d’enquête…). Cependant, des thématiques aussi importantes que l’épisode de la « taxe volontaire » ne sont pas abordées dans son livre. Paul-André Linteau, Histoire de Montréal depuis la Confédération, Montréal, Boréal, 1992, 613 p.
48 Pacifique Plante, Montréal sous le règne de la pègre, Montréal, Éditions de l’Action nationale, 1950, 96 p.
49 On peut penser, entre autres, à Pierre de Champlain, Jean-Pierre Charbonneau, Suzanne Morton et Danielle Lacasse.
50 Luc Hétu, Une ville sous tutelle: brève histoire de l’administration de Montréal, Montréal, Liber, p. 81.
51 Brodeur, La délinquance, op. cit., p. 142.
52 Cannon (1909), Coderre (1924), Cannon (1944), Caron (1950) et Prévost (1969).
53 Par exemple, le fonds de la commission d’enquête présidée par le juge François Caron (P43) et le fonds de l’enquête judiciaire sur l’administration de la Police de Montréal (P45).
54 En effet, chaque commission d’enquête possède son dossier de coupures de presse qui couvre la durée entière de la commission. Les principaux journaux québécois et canadiens y sont répertoriés.
55 Dès que nous désirions obtenir des informations supplémentaires sur un événement, nous nous tournions automatiquement vers le quotidien La Presse. Ainsi, à certaines dates précises [entre 1930 et 1970], ce journal a été dépouillé. Par exemple, lors de la publication des rapports des commissions d’enquête, ce quotidien était dépouillé pour les deux semaines suivant la sortie du rapport. Dans le cas de l’épisode de la « taxe volontaire », La Presse a été dépouillée à chaque événement marquant (création de la « taxe »; recours devant les tribunaux, etc.) entre 1967 et 1970.
56 Alexandre Taschereau et Athanase David, La question des loteries: texte des discours prononcés à l’Assemblée législative de Québec le 14 mars 1934, Québec, [s. e.], 1934, 17 p.
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