Voyage à Paphos

Montesquieu · Chapitre 1 sur 2

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Voyage à Paphos

Voyage à Paphos

MONTES UIEU

 

ŒUVRES COMPLÈTES

ÉDITION ÉDOUARD LABOULAYE

GARNIER FRÈRES, 1875

 

VOYAGE À PAPHOS

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PRÉFACE DE L ÉDITEUR

 

Le Voyage à Paphos a toujours été attribué à Montesquieu. Cependant on ne l a jamais publié dans les œuvres complètes de l auteur. Il est vrai que cette petite pièce o re peu d intérêt. On n y trouve point, comme dans le Temple de Gnide, certaines ré exions, certaines phrases où l on reconnaît, parmi bien des fadeurs, la marque du maître. Le Voyage à Paphos a été peut-être improvisé pour amuser l oisiveté d une grande dame, mais ni l invention ni l exécution n ont dû causer grand peine au poëte ; tout y est pâle et sans relief. Nous l avons cependant réimprimé à cause de sa rareté et pour être complet.

Le Voyage à Paphos a été publié pour la première fois, dans le Mercure de France,

en décembre 17271.

On lit en tête ce qui suit :

Le petit ouvrage qu on donne ici nous est tombé par hasard entre les mains. Le titre, la première page et la n sont déchirés du manuscrit ; ainsi nous ne savons pas ce qui peut manquer pour avoir l ouvrage complet. On peut juger par l imagination de l auteur que la ction doit avoir été poussée plus loin. On espère que l approbation du public l engagera à nous donner la suite et le véritable titre ; en attendant, nous le donnons sous le titre que voici : Voyage à Paphos.

En 1747, parut sous la rubrique Florence2 une édition séparée, qui porte le titre

de Voyage de l isle de Paphos3.L œuvre est complète, on a rétabli le commencement et la n du manuscrit. On l a même fait précéder d une préface insigni ante, et on a inséré, dans le corps du récit, des vers qui sont plus que médiocres. Montesquieu n a jamais passé pour poëte, mais dans ce qu on connaît de lui, il n y a rien d aussi plat. Au reste, on en pourra juger. Nous n avons pas voulu que les curieux eussent rien à regretter ; aussi donnons-nous le texte du Mercure avec les variantes et les additions de l édition de 1747.

Voici la préface de cette dernière édition :

Plaire à tout le monde ; c est l impossible. Plaire à beaucoup de personnes ; il est di cile. Plaire à un certain nombre ; cela se peut. Je souhaiterais que cet ouvrage fût lu de toutes les nations. Toutes y prendraient plaisir. Beaucoup l aimeraient ; mais peu s en accommoderaient. On n y verra rien que de très-agréable. Je m attacherai moins à faire la description de l île que celle des faits que j y ai vus. Chacun essaiera de s y reconnaître dans le caractère de Diphile ; et je suis certain que peu l imiteront, surtout en France ; car on assure, et je n en doute nullement, que l inconstance y prit naissance.

Le Français porte un cœur facile a s en ammer.

Avide de plaisir, il en est mercenaire,

Et sans posséder l art d aimer

Il s attache au moyen de plaire.

Sans trop chercher à me disculper, je sais qu on pourrait trouver (et cela même à Paris) des amants dignes de faire le voyage de Paphos, quoiqu il n y ait que les plus parfaits qui puissent y arriver. S il s en trouve si peu, on ne doit l attribuer qu aux mœurs du siècle ; on se fait un devoir d être inconstant, volage ; cependant on aime ; mais souvent tel s attache et fait vœu de bien aimer un objet indigne de lui ; ainsi heureux mille fois ceux que l amour sait assortir.

1 Pages 2849-2886.

2 Le caractère indique une impression faite a Paris.

3 In-12 de 64 pages.

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