A la gare comme à la gare

Alphonse Allais · Chapitre 10 sur 13

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A la gare comme à la gare

La Dame

C'est que la trépidation,

Coin (ter)

C'est que la trépidation

Pousse à la conversation.

Coin ! (bis)

LA POIRE

L'automobilisme fait des progrès effrayants.

LA DAME

Effrayants pour les piétons... Dis donc, la Poire, si tu étais bien gentil, tu me paierais un petit teuf-teuf !

LA POIRE

Volontiers ! Mais plus tard ; il faut attendre...

LA DAME

N'achève pas. Je sais ce que tu vas dire : il faut attendre l'Exposition. Je commence à le connaître, ce refrain-là. Seulement c'est de la blague. Après l'exposition, les automobiles seront perfectionnées, c'est entendu, et moins chères, ça ne fait pas de doute ; mais comme on n'aura plus le sou pour en acheter, on sera bien avancé.

LE CHEF

Plus le sou ? Pourquoi cela ?

LA DAME

Dame ! Parce que tout sera hors de prix à ce moment-là.

LA POIRE

Ça commence déjà. Dans certains restaurants, quand on me remet l'addition, je me demande parfois si la caissière n'est pas devenue subitement folle.

LA DAME

Eh bien, en 1900, ce sera encore pire, si bien qu'à l'Exposition Universelle, on est en train d'organiser un immense clou où les gens à court de galette pourront mettre leur toquante.

LE CHEF

Un clou ?

LA DAME

Mais oui, un clou. Comment vous n'avez pas entendu parler du clou de l'Exposition ? (Ritournelle.)

LE CHEF

C'est cela, chantez votre petit couplet obligatoire sur le clou de l'Exposition.

Pendant ce temps, je vais aller changer de costume. (Il sort.) Air : Plum-Pudding

LA POIRE

À l'Exposition, un clou

Sera, très utile, je pense,

Car entraînés par la dépense

Beaucoup d' gens se trouv'ront sans l'sou.