Asile du Nord Tome 1 - Camille

Carine Paquin · Chapitre 14 sur 25

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Asile du Nord Tome 1 - Camille

Chapitre 10: La crise

gonfle son abdomen pour voir de quoi elle aura l’air dans quelques semaines. Elle baisse les yeux pour regarder son ventre, et lorsqu’elle les relève vers le miroir, son reflet ne correspond plus à sa position réelle. Alors que Camille se tient de côté devant le miroir, le reflet d’elle-même est plutôt bien droit et la regarde en face. Le souffle coupé, elle se retient de crier. Elle se rassure en se disant que c’est probablement sa mère qui tente d’entrer en contact avec elle.

L’adolescente reste silencieuse et se regarde, dans l’attente d’un signe. Sans en avoir conscience, elle demeure ainsi pendant près d’une heure et demie, sans bouger, sans même cligner des yeux. Son reflet dans le miroir évolue, et il a maintenant un gros ventre, qu’il caresse. Cette image fait du bien à Camille. C’est un moment doux et méditatif, et elle ne veut pas qu’il s’arrête.

Le son d’une porte qui s’ouvre et se referme la fait subitement sortir de cette transe. C’est Nicole qui vient de rentrer du travail. Elle crie dans l’escalier:

 

— Salut, Cam!

bras ce même signe de huit. La jeune fille a la nausée; elle n’arrive pas à se retenir et se jette à genoux devant la toilette pour vomir.

Trois petits coups se font entendre à la porte de la salle de bain. C’est Nicole.

 

— Ça va, Camille?

 

— Oui, oui, ça va; j’ai mangé à la café ce midi,

je n’aurais pas dû!

 

Nicole rigole:

 

— Je pense que je vais cuisiner un souper

léger, dans ce cas.

 

— Oui, ça serait bien. Merci, Nicole.

— Il doit être sous la table du salon. Si tu veux

passer une commande, j’en ai déjà rempli une;

on peut ajouter la tienne avant de la poster.

 

— OK! Merci!

 

Dans une petite ville éloignée comme celle de Camille, il n’y a pas de librairie. La seule façon d’obtenir des livres, c’est de les commander par la poste ou de se rendre dans la ville voisine, à trente kilomètres, ce qui n’est pas évident quand on n’a pas de permis de conduire.

Camille feuillette le catalogue, plus précisément la section sur l’ésotérisme, et note quelques titres qui lui semblent intéressants: Communiquer avec le monde invisible; Médium, plus qu’une intuition; Médium: don ou malédiction; et enfin Interpréter les signes de l’au-delà. Avec toute cette lecture, elle se dit qu’elle trouvera certainement quelques réponses à ses questions.

Puis, son père rentre du travail. Nicole annonce que le repas est prêt et,

«J’ai une rencontre avec le prof de maths ce matin, je suis partie plus tôt.

On se voit à l’école.»

Camille enfourche son vélo et se dirige vers l’hôpital. Elle roule doucement et évite les trous dans la rue. Elle arrive à l’hôpital et, tout de suite, la médecin la fait entrer dans son bureau et asseoir sur une chaise.

 

— Comment te sens-tu?

 

— Ça va… J’ai parfois mal au cœur et au

ventre…

 

— Quelle sorte de maux de ventre?

 

— Comme si j’allais avoir mes règles.

 

— Couche-toi sur la table d’examen, je vais

regarder ça.

— Non, pas encore.

 

La docteure tâte le ventre de Camille, qui grimace de douleur.

 

— Ça fait mal quand je fais ça?

 

— Non, c’est à cause de ma grafigne sur le

ventre.

 

À ces mots, la médecin soulève son chandail tout en demandant:

 

— Quelle grafigne?

 

Puis, elle voit la blessure en forme de huit sur l’abdomen de sa patiente. Camille s’empresse de rebaisser son chandail.

 

— C’est rien, juste une gageure que j’ai

perdue.

— C’est une bonne nouvelle. Et, dis-moi, as-tu

réfléchi à ce que tu allais faire?

 

Camille n’est pas certaine de comprendre la question.

 

— Ce que j’allais faire?

 

— Est-ce que tu as envisagé les différentes

options qui s’offrent à toi?

 

— Quelles différentes options?

 

La médecin marche sur des œufs. Elle doit informer sa patiente de toutes les possibilités, mais sans influencer sa décision. Pourtant, si elle était la mère de cette enfant, elle ne lui laisserait probablement pas d’autre choix que d’avorter.

 

— Tu peux mener cette grossesse à terme, avec

— Il n’est pas question que je tue mon bébé.

 

— Tu sais qu’à ce stade-ci de la grossesse, il n’y

a pas encore de cœur qui bat; ce n’est même

pas encore un embryon, ce ne sont…

 

Sans prévenir, Camille pousse la femme et se lève brusquement de la table d’examen en criant:

 

— Vous ne toucherez pas à mon bébé!

 

La médecin trébuche sur le petit marchepied de la table d’examen et tombe à la renverse sur le sol. Camille répète, plus calmement, mais avec toujours autant de rage au cœur:

 

— Vous ne toucherez pas à mon bébé.

 

Alertés par tout ce boucan, deux infirmiers entrent dans la salle pour

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