Asile du Nord Tome 1 - Camille

Carine Paquin · Chapitre 17 sur 25

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Asile du Nord Tome 1 - Camille

Chapitre 13: La nuit

— Salut, mon Dan! Ça fait un bout qu’on t’a

pas vu!

 

— Salut, Alphonse! J’ai été pas mal occupé ces

temps-ci.

 

— Je suis allé à la messe pour ta mère; une

belle cérémonie.

 

— Merci. Est-ce que je peux t’emprunter ton

petit-fils pour le reste de la soirée? C’est pas

mal important.

 

— Pas de problème, on avait presque fini, de

toute façon.

— À l’hôpital? Mais pourquoi? Elle a eu un

accident?

 

— Non. Elle va tout t’expliquer elle-même.

 

Ce n’est pas par manque de courage que Daniel s’abstient d’en dévoiler plus à Victor. Il se dit tout simplement que, s’il était à sa place, c’est de la bouche de Camille qu’il préférerait l’entendre, et non de celle de son beau-père.

Daniel espère profondément que le psychiatre arrivera à faire entendre raison à Camille. Sa fille doit absolument interrompre cette grossesse. Étant donné ses problèmes de santé mentale, l’arrivée d’un bébé ne pourrait que lui nuire.

Advenant que Camille soit incapable de s’en occuper, c’est lui ou Victor qui devra élever l’enfant. Daniel se sent trop vieux pour recommencer à changer des couches, et il n’a surtout pas envie que son histoire d’homme démuni seul avec un bébé se répète.

Victor ne comprend pas… Pourquoi Camille s’excuserait-elle d’être à l’hôpital?

 

— Je suis enceinte.

 

Le jeune garçon est confus. Ce qu’il vient d’entendre lui semble impossible… Camille lui a pourtant dit qu’elle prenait la pilule.

 

— Mais tu prends la…

 

Camille ne lui laisse pas le temps de terminer sa phrase.

 

— Ce n’est pas fiable à 100%. Il y a des

risques, pas beaucoup, mais ça arrive parfois.

Et si j’ai voulu que tu viennes, c’est que le bébé

ne va pas bien.

 

— Le bébé… Tu es enceinte de quoi, quatorze Victor est dans tous ses états. Il voit bien que Camille voudrait qu’il agisse autrement, mais comment le pourrait-il? Cette nouvelle le renverse, et avant de s’inquiéter de la santé d’un grain de riz, il doit d’abord digérer la nouvelle qu’il sera père.

 

— Attends, Camille, mets-toi à ma place deux

secondes…

 

— Je comprends. Si tu ne veux rien savoir de

cet enfant, je vais m’en occuper toute seule,

c’est tout!

 

— Non, je n’ai pas dit ça. Je te demande juste

de me laisser quelques minutes pour digérer la

nouvelle. Tu peux m’accorder ça?

 

Camille reste silencieuse. Victor se ressaisit. Puis, il redevient prêt à tout

— NOOON! Ce n’est sûrement pas ça qu’elles

voulaient me dire.

 

— Qui ça?

 

Camille réalise qu’elle a parlé trop vite en faisant allusion à sa mère et à sa grand-mère. Elle n’a pas envie de parler de leurs apparitions à Victor, en tout cas, pas ce soir-là.

 

— Le médecin. Il n’a pas parlé de fausse

couche.

 

— Ah, OK! Alors, je vais rester avec toi cette

nuit.

 

— Tu es trop gentil.

elle ira mieux, vous pourrez parler plus

sérieusement de la situation.

 

— Je comprends, Daniel, je n’ai pas su quoi

dire… Je ne m’attendais pas à ça… Je

m’excuse.

 

Victor affiche une mine épouvantable. Il s’en veut d’avoir fait un bébé à Camille et se sent complètement impuissant devant cette situation très compliquée. Il réalise que seule Camille peut décider s’il sera père ou non, et il se dit qu’il aurait dû… En réalité, il ne sait pas ce qu’il aurait dû. Mais ce qu’il sait, c’est que Camille n’aurait jamais dû devenir enceinte. À tout le moins, pas tout de suite!

Le jeune garçon a chaud; il retire et remet constamment sa casquette pour passer sa main dans ses cheveux.

 

— Ne t’excuse pas. L’important, pour moi, Le médecin propose à Camille de prendre des vitamines pour s’assurer que le bébé reçoive tous les nutriments nécessaires à sa croissance. La jeune fille, qui pense aussi que c’est la meilleure chose à faire, accepte la proposition.

L’absence d’apparitions de sa mère ou de signes de sa grand-mère la rassure. Elle se dit que c’est pour elles une façon de lui faire savoir que tout va bien. Le médecin autorise Camille à sortir et lui fixe un rendez-vous la semaine suivante. Victor rentre chez lui se reposer, car, durant toute la nuit, il n’a fait que penser à ce que sa vie allait devenir. Il promet à Camille de repasser chez elle en fin d’après-midi.

Une fois qu’elle a retiré sa jaquette d’hôpital et remis ses vêtements, Camille glisse la main dans sa poche et en sort le bout de papier que madame Langelier lui a remis au bureau de poste la veille.

Elle devait la voir ce matin, mais voilà qu’il est presque 14 h! Elle a raté son rendez-vous! L’adolescente est trop curieuse de savoir ce que cette femme a à dire de sa mère; elle décide d’essayer quand même de la rencontrer. Elle s’accorde simplement le temps de revenir chez elle, de prendre une douche et de dire à son père qu’elle va chez Virginie.

— Ah! Salut, Sabrina. Je me suis peut-être

trompée de maison…

 

— Non, non. Ma grand-mère t’attend.

 

L’adolescente ouvre à Camille tout en essayant de retenir le gros chien.

 

— Wow! Il est super gros, ton chien.

 

— C’est celui de ma grand-mère. Je n’aurais

jamais un chien aussi niaiseux!

 

Camille rit, et Sabrina précise:

 

— Je viens toujours faire le ménage chez ma

grand-mère le samedi après-midi.

minutes.

 

Camille est gênée d’avoir souillé l’entrée devant Sabrina. Elle espère que celle-ci n’ira pas raconter ça à l’école lundi. Heureusement, une fois qu’elle est assise dans la cour, les nausées disparaissent.

Madame Langelier arrive, un verre d’eau à la main.

 

— Bonjour, Camille, j’espère que tu te sens

mieux.

 

— Oui. Je suis désolée; je vais nettoyer votre

entrée avant de partir.

 

— Ne t’en fais pas avec ça…

 

La vieille dame lève le nez vers le ciel et prédit:

— Je suis désolée; je peux revenir une autre

fois, si vous préférez.

 

La femme tape sur ses cuisses et le gros chien, qui était jusque-là resté assis devant la porte, vient se coucher près d’elle.

 

— Ça va aller… Ce sont les désagréments de la

vieillesse; il faut apprendre à vivre avec ça.

 

Madame Langelier lève les yeux vers Camille et demande:

 

— Que s’est-il passé depuis hier?

 

Camille ne répond pas; elle plisse les yeux en essayant de comprendre pourquoi la dame lui demande ça.

 

— J’ai l’intuition que tu sais des choses à

propos de ta mère que tu ne savais pas quand

— Mais je sens des choses que d’autres ne

sentent pas, si c’est ce que ton père voulait

dire.

 

— Quel genre de choses?

 

— Des énergies, des présences; je ne peux pas

prédire ton avenir, mais je ressens les énergies

que tu portes avec toi, et je sais si elles sont

positives ou pas. Quand quelqu’un porte une

bonne dose d’énergie négative, ça me laisse

croire qu’un malheur est sur le point d’arriver,

par exemple.

 

— Vous avez dit «des présences»… Quel genre

— Est-ce que vous pensez, comme les

médecins, que ma mère avait une maladie

mentale?

 

Sans émotion, la femme répond:

 

— Non, ça, jamais.

 

Cette réponse suffit à Camille pour accorder sa confiance à l’inconnue. À présent détendue, elle se sent ouverte à la discussion.

Madame Langelier pointe le ventre de Camille, qui, aussitôt, y pose la main; elle sait que la dame sait.

 

— Est-ce que vous sentez de mauvaises

énergies qui m’entourent?

 

— Ce que je sens chez toi est très mélangé.

Camille plisse les yeux; pourquoi cette femme lui parle-t-elle soudainement de sa grand-mère? Elle prend quand même un moment pour réfléchir à la question.

 

— Je ne crois pas.

 

— Alors, tout ça a commencé après la mort de

ta grand-mère? Et as-tu souvent l’impression

de perdre la mémoire?

 

C’est à ce moment que Camille a un flash. Cette soirée chez Sophie, la table de Ouija, les filles qui lui ont dit qu’elle avait lancé la planchette de jeu… Mais elle n’en a gardé aucun souvenir. Camille lève les yeux et regarde madame Langelier avec insistance, comme si elle essayait de lui communiquer ses pensées.

 

— Ça a commencé le soir de la mort de ma

grand-mère, quand j’ai joué au Ouija.

Assise devant la maison de madame Langelier, Camille a la nausée, mais elle ne veut pas mettre fin à la conversation. Cette femme semble être la seule personne capable de la comprendre.

 

— Est-ce que vous pensez que j’ai attiré un

autre esprit que celui de ma mère avec la

planche de Ouija?

 

— J’ai besoin de plus de détails pour

comprendre exactement ce dont il est question,

mais oui, il est possible que tu aies attiré un

autre esprit que celui de ta mère.

 

La vieille femme ferme les yeux et prend une grande inspiration avant de poursuivre.

 

— Mais ce serait étonnant… Les planches de

question est de savoir comment et pourquoi la

porte s’est ouverte, et pourquoi elle l’est

encore…

 

Camille est perplexe.

 

— La porte est encore ouverte?

 

— Écoute, Camille, je ne te mentirai pas, il y a

une force avec toi qui ne me dit rien qui vaille.

Mais je sens aussi une autre force,

bienveillante, celle-là, qui lutte pour toi. Je

crois que c’est ta grand-mère.

 

Camille sent les larmes lui monter aux yeux.

pense que je peux aussi t’aider à comprendre

ce qui se passe et à la chasser.

 

Au moment où la femme termine sa phrase, le doigt de Camille commence à gratter dans le vide alors qu’elle ferme les yeux. Le gros chien dresse les oreilles et se lève. Il est debout entre Camille et madame Langelier, aux aguets, comme s’il sentait une menace, un danger. Madame Langelier intervient.

 

— Camille, Camille, ouvre les yeux. Tu dois

rester avec moi, tu ne dois pas laisser cette

chose te contrôler.

 

La femme reste assise pour ne pas provoquer de mauvaise réaction chez la jeune fille. Puis, elle chuchote le nom de la grand-mère de Camille.

 

— Noëlla Turcotte, Noëlla Turcotte, Noëlla,

viens vers nous, Camille a besoin de toi.

— Camille, tu dois combattre pour rester avec

moi.

 

Quand la dame met le pied sur la première marche du portique, Camille ouvre enfin les yeux. Des larmes coulent sur ses joues.

 

— Vous avez raison, je la sens, cette chose en

moi…

 

Puis, elle perd connaissance.

Madame Langelier pourrait appeler une ambulance, mais si Camille est conduite à l’hôpital, ils la médicamenteront, ce qui ne fera que l’affaiblir et aggraver son état. Elle décide donc d’appeler le père de Camille, en espérant que, cette fois, il acceptera de l’écouter.

Quand Daniel arrive dans la cour de madame Langelier, il est furieux. Il ne comprend pas comment sa fille a pu aboutir là et pourquoi cette femme s’en prend encore à sa famille.

question votre perception, à toi et à la

médecine.

 

— Ne me dis pas que tu as mis tes histoires

dans la tête de Camille! Elle est fragile; tu

risques de la faire délirer.

 

La dame prend une voix autoritaire, qui va à l’encontre de son attitude habituelle.

 

— Daniel! Tu sais aussi bien que moi que

Camille a eu des hallucinations, comme vous

dites, avant même que je lui parle, comme

c’était arrivé à Sylvie, d’ailleurs. Ni l’une ni

l’autre n’a eu besoin de moi pour ça. Ce que

j’offre, moi, ce sont des réponses.

Daniel s’en souvient comme si c’était hier. Sylvie avait insisté pour qu’il l’accompagne chez cette supposée voyante, car elle voulait savoir si tout irait bien pour son bébé. Mais dès qu’elle avait franchi la porte, elle avait été prise de nausées, et ils avaient été forcés de partir. Ce n’est que quelques semaines plus tard que Sylvie avait croisé madame Langelier par hasard, à l’épicerie. En voyant Sylvie, la dame avait compris pourquoi la jeune femme n’avait pas pu entrer chez elle. Plus tard, elle avait essayé de communiquer avec elle, mais Daniel s’y était fermement opposé. Et le tout s’était soldé par un drame terrible.

Quand Daniel entend cette vieille dame lui raconter que sa fille a vomi en essayant d’entrer dans la maison, comme sa femme seize ans auparavant, ça éveille un doute en lui. Un doute l’avait déjà effleuré à l’époque, mais il avait alors refusé de l’admettre, par peur de l’inconnu, voire de la vérité, peut-être. Car il est plus facile d’accepter qu’une personne est malade plutôt que possédée…

Daniel sait au fond de lui que cette femme peut expliquer des choses que les médecins ne comprennent pas. En regardant Camille, assise dans le gazon à quelques mètres de lui en train de caresser le gros chien, il se dit que, cette Puis, il met le vélo de Camille dans la boîte de sa camionnette, et ils rentrent à la maison. Camille a peu de souvenirs de ce qui s’est passé chez madame Langelier. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle a eu un malaise et qu’elle doit se reposer. Porter un bébé, c’est plus difficile qu’elle l’avait imaginé. Elle a l’impression que son corps ne lui appartient plus.

Lorsque la voiture tourne le coin de la rue, Camille voit le trois-roues de Victor dans la cour. Le garçon est assis sur la galerie et attend sagement en caressant le chat qui s’est installé sur ses genoux. Dès que son amoureuse sort de la camionnette, il s’approche en avouant:

 

— J’allais attendre encore quelques minutes,

puis je serais retourné à l’hôpital pour voir si

tu y étais.

 

Camille est attendrie de voir que Victor s’inquiète pour elle et le bébé.

 

— Je vais bien, j’ai juste besoin d’un peu de

vitamines.

a des croyances de ce genre, on ne les étale pas au grand jour, d’abord pour éviter de se retrouver à son tour à l’hôpital, et ensuite parce que ce ne sont que des suppositions impossibles à prouver.

 

Dans sa chambre, Camille met un CD de Silverchair 12 dans le lecteur de sa radio et s’assoit sur son lit, bien collée contre Victor. Après quelques minutes à savourer le bonheur de cet instant, Camille demande à son amoureux:

 

— Est-ce que tu crois aux esprits, toi?

 

— Aux esprits?

 

— Aux fantômes…

 

Ce genre de conversation n’étonne pas Victor. Connaissant la passion de Camille pour les films d’horreur, il sait qu’elle aime ce type de discussion.

 

— Bah… je pense que ça se peut. Ma tante dit

— Je pense qu’elles ont essayé de m’avertir

pour le bébé.

 

Camille sent le corps de Victor se redresser légèrement, à l’écoute.

 

— Sérieux?

 

— Bah! Je n’en suis pas certaine… Les

maudits fantômes, ils ne sont jamais clairs

dans leurs signes!

 

Victor éclate de rire.

 

— T’as tellement raison! Qu’est-ce que ça veut

dire au juste quand les lumières se mettent à

flasher toutes seules ou que la télé s’allume par Il n’aurait pas pu mieux dire. Camille, affichant un large sourire, se presse un peu plus contre lui. Puis, elle le questionne de nouveau:

— Pour vrai? Ça ne t’a pas fait peur?

 

— Un peu… Je ne sais pas trop. Tu dois me

trouver folle.

 

— Toi, folle? Non! Bizarre, peut-être, mais pas

folle!

 

Camille envoie un coup de coude dans le ventre de Victor en prenant un air faussement insulté.

 

— Si je suis bizarre, alors tu l’es encore plus de

sortir avec moi!

 

Victor saisit doucement le visage de son amoureuse et l’embrasse en disant:

 

— Imagine notre bébé!

 

— Comment t’as fait pour te pogner Catherine

Bouchard?

 

Victor éclate de rire.

 

— Tu veux la vérité?

 

— Ben non, tsé…

 

Il rit encore.

 

— Je pense qu’elle a perdu un pari et que j’ai

été la «conséquence»!

 

— Sérieux?

son cœur battre doucement, et cela l’apaise. Réconfortée, Camille s’endort, suivie quelque temps après par son amoureux, jusqu’à ce que la sonnerie du téléphone les fasse sursauter.

Camille saisit le combiné et entend Virginie demander:

 

— Est-ce que je peux parler à Camille, s’il

vous plaît?

 

Nicole répond:

 

— Un instant, elle est…

 

Elle n’a pas le temps de terminer sa phrase que Camille l’interrompt:

 

— Ça va, j’ai répondu!

 

— Oh! OK! Bye, Virginie.

— À l’hôpital? Comment ça?

 

Camille avale péniblement, inspire un bon coup et se confie à sa meilleure amie.

 

— J’ai appris que je suis enceinte.

 

Silence radio au bout du fil pendant quelques secondes.

 

— Tu me niaises.

 

— Non.

 

— De Victor?

 

— Ben OUI! De qui d’autre?

 

— T’es sérieuse?

— Et Victor! Tout le monde!

 

— Mon père a dit… hum… je ne sais plus trop

ce qu’il a dit, en fait.

 

— Tu ne te souviens plus de ce que ton père t’a

dit quand tu lui as annoncé que t’étais

enceinte? Tu le sais depuis quand?

 

— Hum, je le sais depuis… depuis que j’ai eu

les résultats de ma prise de sang.

 

— Oui, mais ça fait combien de temps?

 

— Je ne sais plus!

— Dix-sept, cette année!

 

— Seize, dix-sept, c’est pareil… Tu n’as même

pas terminé ton secondaire! Comment tu vas

faire pour aller au cégep avec un bébé? Tu vas

habiter où? Chez tes parents? Tu vas prendre

un appart avec Vic? Et où allez-vous trouver

l’argent pour payer tout ça?

 

— Je ne sais pas, on va s’arranger.

 

— Excuse-moi de te dire ça comme ça,

Camille… mais un bébé, ça mérite mieux que

des parents qui s’arrangent!

mettre un enfant au monde à leur âge. Cette grossesse lui fait vraiment perdre la tête.

 

— Écoute, Camille, tu peux te donner le temps

de réfléchir à tout ça avant de prendre ta

décision. Il faut que tu comprennes que, si tu

gardes ce bébé, tu mets fin à ta jeunesse. Plus

de partys, plus d’après-midi au centre

commercial, plus…

 

— C’est déjà tout réfléchi… Je dois te laisser.

Bye.

 

Virginie se fait ainsi raccrocher la ligne au nez par sa meilleure amie, qui, de toute évidence, a complètement perdu la raison. L’adolescente est sous le choc; elle ne reconnaît plus Camille. Elle se dit qu’elle parlera à Victor pour avoir sa vision des choses; selon elle, il est impossible que deux adolescents

— Ils ne diront rien. Ils vont juste me tuer!

 

Camille éclate de rire et retourne se blottir dans les bras de Victor.

 

— Tu n’es pas obligé de le leur dire tout de

suite.

 

Une voix en bas de l’escalier appelle:

 

— Le souper est prêt!

 

Camille regarde Victor.

 

— Est-ce que tu veux rester à souper?

 

Victor serre très fort son amoureuse et dit d’un ton enjoué:

 

— Je reste pour toute la vie, si tu veux!

Avec de la chance, peut-être que la vieille femme saura libérer Camille et que Victor n’aura jamais à le savoir…

Après le souper, Victor rentre chez lui. Il aurait aimé dormir avec Camille, mais celle-ci sait que madame Langelier sera chez elle dès le lever du soleil et elle ne veut pas que Vic soit là; en tout cas, pas pour le moment. Elle sait bien qu’il y a quelque chose qui cloche chez elle, et elle sent que madame Langelier a des réponses plus précises à lui donner.

Avant de se coucher, Camille écrit à sa mère.

12 Silverchair est un groupe rock australien formé en

1992, qui compte au total cinq albums vendus à

des millions d’exemplaires dans le monde.

 

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