Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes

S. A. D. (Samuel Auguste David) Tissot · Chapitre 4 sur 12 · partie 2/4

Pages du PDF

Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes

Section 6

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.

[8] On donne, ici, des bouillons de viande: on ne peut trop recommander de les faire legers avec le veau, le poulet; mais il seroit encore mieux d’user de ce que l’on prescrit dans ce livre.

§. 36. L’on peut aussi leur permettre, au lieu de ces especes de soupe, des fruits d’été cruds, & en hiver des pommes cuites, ou des prunes & des cerises sechées que l’on fera cuire. Les gens instruits ne seront pas surpris de voir ordonner les fruits dans les maladies aigües; ils en voient les succès tous les jours. Ce conseil ne révoltera que ceux qui sont encore trop imbus des anciens préjugés; mais, en réflechissant, ils sentiront que ces fruits, qui desalterent, rafraîchissent, abbattent la fievre, corrigent la bile corrompue & échauffée, entretiennent la liberté du ventre, font couler les urines, & sont l’aliment le plus convenable pour les fievreux. Aussi ils les desirent ardemment; & j’en ai vu plusieurs qui ne s’étoient guéris, qu’en mangeant en cachette une grande quantité de ces fruits qu’ils desiroient ardemment, & qu’on leur refusoit. Ceux qui ne sentiront pas ces raisons, peuvent au moins hazarder un essai sur ma parole; leur propre expérience les convaincra bientôt de l’utilité de cette espece d’aliment. L’on peut donc hardiment donner, dans toutes les fievres continues, des cerises, des griottes, des fraises, des raisins de mars, des framboises, des mûres; mais il faut que tous ces fruits soient très mûrs. Les pommes, les poires, les prunes sont moins fondantes, moins remplies de jus, & conviennent moins. Il y a cependant quelques especes de poires, extrêmement aqueuses, qu’on peut employer[9]: on peut aussi prendre un peu de jus de prunes bien mûres, avec de l’eau. J’ai vu cette boisson désaltérer un malade, mieux qu’aucune autre. L’attention qu’on doit avoir, c’est de n’en pas prendre une grosse quantité à la fois, sans quoi l’estomac seroit surchargé, & le malade souffriroit; mais si l’on en prend souvent & peu, il n’y a rien de plus salutaire. Ceux que leur situation met à même d’avoir des oranges douces ou des citrons, peuvent également en manger les coeurs avec succès; il faut rejetter l’écorce qui échauffe.

[9] Comme les différentes especes de beurré, de bon-chrétien, le doyenné, le S. Germain, la virgouleuse, la royale d’été, la bergamote, l’angleterre.

§. 37. 3º. Il faut faire usage d’une boisson qui desaltere, abatte la fiévre, délaie, relâche & aide les évacuations par les selles, les urines & la transpiration. Toutes celles dont j’ai parlé, réunissent toutes ces qualités. L’on peut aussi mettre un verre, ou un verre & demi, du jus des fruits dont je viens de parler, dans une pinte d’eau.

§. 38. Les malades doivent beaucoup boire. Il seroit à souhaiter qu’ils bussent au moins deux ou trois pintes par jour, souvent & peu à la fois; c’est-à-dire un verre à chaque quart d’heure. Il faut que la boisson ait perdu le grand froid.

§. 39. 4º. Si le malade ne va pas tous les jours deux fois à la selle, si les urines ne sont pas abondantes, ou si elles sont rouges, si le malade rêve, si la fievre est forte, le mal de tête & de reins considérable, le ventre douloureux, les envies de dormir fréquentes, il faut donner un lavement (Nº. 5.), au moins une fois par jour. Le peuple n’aime pas ce remede; il n’y en a cependant point de plus utile dans les maladies violentes, surtout dans les cas que je viens d’indiquer; & un lavement soulage ordinairement plus, que si on buvoit sept ou huit fois la même quantité de liqueur. L’usage des lavemens dans les différentes maladies, sera déterminé en parlant de chacune. Mais il ne faut jamais les donner dans le moment où le malade a une sueur qui le soulage.

§. 40. 5º. Tant que le malade en aura la force, il faut qu’il se tienne tous les jours hors du lit une heure, & plus s’il peut; mais au moins une demi-heure: cela diminue la fievre, le mal de tête, les rêveries. Il faut éviter de lever le malade pendant qu’il auroit une sueur de nature à le soulager; mais ces sueurs ne viennent jamais que sur la fin des maux, & après que le malade a eu beaucoup d’autres évacuations.

§. 41. 6º. On lui raccommodera son lit tous les jours, pendant qu’il sera levé, & l’on changera les linges, tant du lit que du malade, le plus souvent qu’on le pourra. Un préjugé pernicieux établit une pratique contraire, qui est très dangereuse. On craint de sortir le malade du lit, on le laisse dans des linges pourris, chargés de corruption, & qui par-là non-seulement entretiennent la maladie, mais peuvent même lui donner un caractere de malignité. Je le réitere, rien n’entretient la fievre & les rêveries, comme de ne point sortir du lit & de ne point changer de linge; & j’ai fait cesser, par ce double moyen & sans autre secours, des rêveries qui duroient depuis douze jours sans interruption. L’on dit que le malade est trop foible, c’est une mauvaise raison: il faut qu’un malade soit presque mourant pour ne pas soutenir cette opération, qui, lors même qu’il l’éprouve pour le moment, augmente ses forces & diminue aussitôt ses maux. Un avantage que les malades retirent du séjour hors du lit, c’est que les urines coulent plus abondamment & avec facilité. L’on en voit quelquefois qui n’urinent point du tout, si on ne les sort pas du lit.

Il y a un grand nombre de maladies aigües que ce seul régime guérit radicalement, & il les adoucit toutes. Si on ne l’emploie pas, les remedes sont le plus souvent inutiles. Il seroit à souhaiter que le peuple sût que l’on ne peut pas brusquer les maladies; que chacune doit avoir un certain cours, & que l’usage des remedes violens qu’il aime à employer, peut bien les abreger en tuant le malade: mais cet usage ne guérit jamais plus vîte, & au contraire il rend la maladie plus fâcheuse, plus longue, plus opiniâtre, & laisse souvent des suites qui font languir toute sa vie celui qui a été traité avec des remedes violens.

§. 42. Ce n’est pas assez de bien conduire la maladie, il faut encore soigner la convalescence, qui est toujours un état de foiblesse, & par-là même de langueur. Le même préjugé qui tue les malades en les forçant à manger, s’étend sur la convalescence, & la rend fâcheuse & longue: on produit des rechûtes quelquefois mortelles, souvent des maux chroniques, en faisant manger les convalescens trop, ou trop tôt. A mesure que la fievre diminue, on peut insensiblement augmenter la quantité de nourriture; mais tant qu’il en reste, il convient de s’en tenir aux alimens que j’ai indiqués. Dès qu’elle est finie, on peut passer à des alimens différens, & prendre un peu de viande, mais il faut qu’elle soit tendre, du poisson, un peu de bouillon, quelques oeufs, du vin avec de l’eau, du pain trempé dans le vin: ces alimens sont utiles, & servent à réparer les forces quand on en use modérément. Ils retardent la guérison dès qu’on en prend un peu trop; parceque l’estomac extrêmement affoibli par la maladie & par les remedes, n’est capable que d’une très petite digestion, & si on lui donne au-delà de ses forces, tout ce qu’on prend ne se digere point, mais se corrompt. Il survient de fréquens retours de fievre, un abattement continuel, des maux de tête, un assoupissement sans pouvoir dormir, des douleurs & des chaleurs dans les bras & dans les jambes, de l’inquiétude, de la mauvaise humeur, des vomissemens, des diarrhées, des obstructions.

§. 43. L’on prévient tous ces maux en se contentant de très peu d’alimens. Je le réitere, si l’on veut fortifier un convalescent, il faut lui donner peu: ce n’est pas ce qu’on avale qui nourrit, ce n’est que ce qu’on digere. Le convalescent qui avale peu, le digere & est nourri; celui qui avale beaucoup ne le digere pas, & bien loin d’être nourri & fortifié, il périt peu à peu.

§. 44. Il faut, 1º. que les convalescens, comme les malades, prennent très peu d’alimens à la fois, & fréquemment. 2º. Qu’ils ne prennent jamais qu’une sorte d’aliment dans un repas, & qu’ils n’en changent pas trop souvent. 3º. Qu’ils mâchent avec beaucoup de soin tout ce qu’ils prennent de solide. 4º. Qu’ils diminuent la quantité de boisson: la meilleure, pour le général, est de l’eau avec un quart ou un tiers de vin blanc. 5º. Qu’ils se promenent le plus souvent qu’ils pourront à pied, en voiture, à cheval: ils auront attention, surtout les premieres sorties, de faire leur promenade dans des endroits qui soient à l’abri du vent & qui ne soient pas humides. Ce dernier exercice est le plus salutaire de tous. Les trois quarts des gens de la campagne sont à même de se procurer cet avantage sans qu’il leur en coûte rien; ils ont grand tort de le négliger. Ceux qui voudront en user, doivent le faire avant leur plus grand repas, qui doit être celui du milieu du jour, & jamais après. L’exercice pris avant le repas, fortifie les organes de la digestion, qui ensuite se fait mieux: si on le prend après, il la trouble. 6º. Comme ordinairement les convalescens sont moins bien le soir, ils doivent rentrer chez eux avant le coucher du soleil, & lorsqu’il s’éleve un vent froid ou humide. Il faut qu’à ces heures ils prennent très peu d’alimens: leur sommeil en sera plus tranquille, & les reparera mieux. 7º. Ils ne doivent rester au lit que sept ou huit heures. 8º. L’enflure des jambes qui survient presque à tous, n’est pas dangereuse, & se dissipe d’elle-même quand ils sont sobres & qu’ils prennent du mouvement. 9º. Il n’est pas nécessaire qu’ils aillent tous les jours à la selle; mais il ne faut pas qu’ils soient resserrés plus de deux ou trois jours; & si cela arrivoit, il faudroit leur donner un lavement le troisieme jour, & même plutôt si l’on voyoit que la constipation leur occasionnât de la chaleur, des gonflemens, de l’inquiétude, des maux de tête. 10º. S’il leur reste beaucoup de foiblesse, si l’estomac est dérangé, s’ils ont de tems en tems un peu de fievre, ils prendront trois prises par jour du remede (Nº. 14.) qui rétablit les digestions, rappelle les forces & chasse la fievre. 11º. Il ne faut pas qu’ils reprennent trop tôt le travail; cette mauvaise coutume empêche journellement plusieurs paysans de se remettre jamais parfaitement bien, & de reprendre leurs premieres forces: pour n’avoir pas su se reposer pendant quelques jours, ils ne redeviendront jamais aussi robustes ouvriers qu’ils l’étoient auparavant, & ce travail précoce leur fera perdre dans la suite, chaque semaine de leur vie, plus de tems qu’ils n’en ont gagné une seule fois. Je vois tous les jours des laboureurs, des vignerons, des manoeuvres languissans; presque tous datent le commencement de leur langueur depuis quelque maladie aigüe, qui, par le manque de ménagement dans la convalescence, n’a pas été bien guérie: un repos de sept ou huit jours de plus leur auroit épargné toutes ces infirmités; mais c’est ce qu’on a peine à leur faire comprendre. Le peuple, dans ce cas & dans beaucoup d’autres, ne sait calculer que pour le jour, & n’étend point ses vues au lendemain; il ne sait faire aucun sacrifice à l’avenir; il en faut cependant pour se le rendre favorable.

 

CHAPITRE IV.

Inflammation de Poitrine.

 

§. 45. L’inflammation de poitrine, ou Peripneumonie, ou Fluxion de poitrine, est une inflammation du poulmon, & plus ordinairement d’un seul de ses côtés. Les signes qui la font connoître sont, un frisson plus ou moins long, pendant lequel le malade est quelquefois fort inquiet & angoissé, symptome essentiel, & qui m’a servi plus d’une fois à distinguer cette maladie à coup sûr, dès son premier moment; la chaleur qui suit le frisson, & qui, pendant quelques heures, est souvent mêlée de retour de froid; le pouls est vite, assez fort, médiocrement plein, dur, & reglé quand le mal est médiocre; petit, mol, irrégulier quand la maladie est très grave; un sentiment legerement douloureux dans l’un des côtés de la poitrine; quelquefois, une espece de serrement sur le coeur; quelquefois, des douleurs dans tout le corps, surtout le long des reins; de l’oppression, au moins le plus souvent, car quelquefois il y en a peu; la nécessité d’être presque toujours couché sur le dos, ne pouvant l’être que très rarement sur les côtés; une toux, quelquefois seche, & alors elle est plus douloureuse, d’autres fois accompagnée de crachats plus ou moins pleins de sang, souvent de sang pur; une douleur ou au moins une pesanteur de tête, souvent des rêveries, presque toujours le visage rouge; d’autres fois de la pâleur & un air étonné dès le commencement, ce qui est d’un facheux présage; les levres, la langue, le palais, la peau seches; l’haleine chaude, les urines peu abondantes & rouges dans les commencemens, plus abondantes moins rouges & déposant beaucoup de sediment dans la suite; fréquemment de l’altération; quelquefois des envies de vomir, dans le commencement, qui, en en imposant à gens peu instruits, ont souvent porté à donner un émétique, qui est mortel, surtout à cette époque; une chaleur universelle, un redoublement presque tous les soirs, pendant lequel la toux est plus aigre, & les crachats moins abondans. Les meilleurs crachats sont ceux qui ne sont ni trop liquides ni trop durs; mais d’une consistance médiocre, ressemblant à ce qu’on crache sur la fin d’un rhume, mais plus jaunes, & mêlés d’un peu de sang, qui diminue peu à peu, & disparoît ordinairement avant le septieme jour. Quelquefois l’inflammation monte le long de la trachée artére, & occasionne au malade une suffocation & un sentiment douloureux, quand il avale, qui lui persuade qu’il a un mal de gorge.

§. 46. Quand le mal est très violent, ou quand il le devient; le malade ne peut respirer qu’assis. Le pouls devient très petit & très vite; le visage devient livide, la langue noire, les yeux s’égarent, le malade a une angoisse inexprimable, il s’agite continuellement dans son lit; quelquefois un bras est dans une espece de paralysie; les réveries ne le quittent point, il ne peut ni veiller ni dormir; la peau de la poitrine & du col se couvrent quelquefois, surtout quand l’air est étouffé & le mal extrême & violent, de taches livides, plus ou moins considérables; les forces s’épuisent, la difficulté de respirer augmente d’un moment à l’autre; le malade tombe dans une léthargie, & meurt bientôt, d’une mort affreuse & assez commune dans les campagnes par l’effet des remedes échauffans, qu’on emploie dans ce cas. L’on a vu l’usage de ces remedes augmenter la maladie à un tel point, que le coeur se fendoit, comme l’ouverture du cadavre l’a prouvé.

Si la maladie attaque tout-à-coup & avec violence, si le froid dure plusieurs heures, & s’il est suivi d’une chaleur brulante, si le cerveau s’embarrasse dès le commencement, si le malade a une petite diarrhée avec tenesme, s’il craint le lit, s’il sue trop, ou s’il a la peau extrêmement aride, si son caractere paroît changé, s’il a beaucoup de peine à cracher, la maladie est très dangereuse.

§. 47. Il faut d’abord mettre le malade au régime, & avoir soin qu’il ne boive jamais trop froid. Sa boisson doit être la ptisane d’orge Nº. 2, ou le lait d’amande Nº. 4, ou celle Nº. 7. Les jus d’herbes, qui entrent dans cette derniere, sont un excellent remede dans ce cas; parcequ’ils fondent puissamment ce sang épais qui forme l’inflammation. Pendant que la fievre est extrêmement violente, que le malade ne crache pas suffisamment, qu’il rêve, qu’il a très mal à la tête, ou qu’il crache le sang pur, il faut donner le lavement Nº. 5, trois fois, ou au moins deux fois dans vingt-quatre heures. Mais le remede principal c’est la saignée. Dès que le froid a fini, il faut tirer tout à la fois douze onces de sang du bras, & même, si le malade est jeune & robuste, quatorze ou seize. Cette forte saignée soulage plus, que si on tiroit vingt-quatre onces en trois fois.

§. 48. Quand la maladie est telle qu’elle est décrite §. 45, cette saignée soulage considérablement le malade, pendant quelques heures; mais le mal revient, & pour prévenir cela, il faut, à moins que tout n’aille extrêmement bien, réiterer la saignée au bout de quatre heures, & tirer encore douze onces de sang. Souvent cela suffit. Mais si au bout de huit ou dix heures, la maladie paroissoit se ranimer, il faudroit réiterer une troisieme, même une quatrieme fois. Mais en employant les autres secours nécessaires, j’ai rarement eu besoin de cette quatrieme saignée, & fréquemment je m’en tiens aux deux premieres. S’il y a plusieurs jours que la maladie a commencé, si la fievre est encore forte, la respiration difficile, si le malade ne crache pas, ou s’il crache trop de sang, il faut, sans s’embarrasser du jour, faire une saignée, fût-ce le dixieme. Le sang dans cette maladie, & dans toutes les autres maladies inflammatoires, est extrêmement épais; &, presque d’abord qu’on l’a tiré, il se forme dessus, cette peau blanche, coriace, que chacun connoît, & qu’on appelle croute pleurétique. L’on regarde comme un bien, lorsque dans chaque saignée, elle devient moins dure & moins épaisse que dans les précédentes. Cela est généralement vrai, si en même tems le malade se trouve mieux; mais si l’on ne faisoit attention qu’au sang seul, on se tromperoit souvent. Il arrive même, que dans l’inflammation de poitrine la plus violente, cette croute ne se forme point; ce qu’on regarde comme un signe très dangereux. Il y a d’ailleurs, à cet égard plusieurs bisarreries, qui dépendent des plus petites circonstances: ainsi il ne faut point se fonder uniquement sur cette croute, pour regler les saignées; &, en général, il ne faut pas trop croire que l’état du sang dans la palette, puisse nous faire juger avec certitude de son véritable état dans le corps.

§. 49. Quand le malade est dans l’état décrit (§. 46.) non seulement la saignée ne sert à rien; mais quelquefois même elle est nuisible, par le prompt affoiblissement dans lequel elle jette; &, en général, dans ce cas, tous les remedes sont inutiles; & c’est toujours une très mauvaise marque, dans cette maladie, quand la saignée ne soulage pas, ou quand il y a des circonstances qui obligent à la menager.

§. 50. Tous les jours l’on mettra les jambes, une demi heure, dans un bain d’eau tiede, en envelopant exactement le malade, afin que le froid n’arrête pas la transpiration que le bain favorise.

§. 51. De deux en deux heures, il prendra une tasse de la potion Nº. 8, qui facilite toutes les évacuations, & principalement les crachats.

§. 52. Quand l’oppression est considérable, & la toux seche, l’on fait respirer au malade la vapeur de l’eau bouillante, dans laquelle on a mis un peu de vinaigre. Pour cela on s’y prend de deux façons; ou en mettant sous le visage du malade, qui doit être assis, un vase rempli de cette eau chaude, & en envelopant la tête du malade, & le vase avec un linge qui retient la vapeur; ou en lui tenant devant la bouche, une éponge trempée dans cette même liqueur bouillante. La seconde méthode est moins efficace, mais elle fatigue moins le malade. Quand le mal est très pressant, on emploie au lieu d’eau, le vinaigre pur; & souvent cette vapeur a sauvé des malades, qui paroissoient au bord du tombeau: mais il faut qu’elle soit continuée pendant plusieurs heures.

§. 53. L’on applique aussi avec succès, sur la gorge & sur la poitrine, les remedes Nº. 9.

§. 54. Quand la fievre est extrêmement forte, il faut donner toutes les heures, une cuillerée de la potion Nº. 10; mais sans que cela fasse rien diminuer de la quantité des autres boissons qu’on peut prendre immédiatement après, ou auxquelles on peut la mêler.

§. 55. Tant que le mal empire, ou reste dans le même état, il faut continuer les mêmes secours; mais si le troisieme (ce qui est rare), le quatrieme, le cinquieme jour, le mal prend une tournure plus favorable, si les redoublemens sont moins violens, la toux moins forte, les crachats moins sanglans, la respiration plus aisée, la tête plus dégagée, la langue un peu moins seche, les urines moins rouges, & plus abondantes; il suffit alors de se tenir au regime, & de prendre un lavement tous les soirs. Souvent le redoublement du quatrieme jour est le plus fort.

§. 56. La maladie acheve de se dissiper par les crachats; souvent par les urines, qui, le sept, ou le neuf, ou le onzieme jour, quelquefois dans les jours intermediaires, commencent à déposer un sédiment d’un blanc roux très abondant, quelquefois un vrai pus. Ensuite il survient des sueurs, qui alors sont favorables autant qu’elles étoient nuisibles au commencement. Quelques heures avant que les évacuations dont je parle viennent, il survient quelquefois différens accidens très effrayans, comme de l’angoisse, des palpitations, de l’irrégularité dans le pouls, plus d’oppression, des mouvemens convulsifs, (c’est ce qu’on appelle l’état critique); mais ils ne sont pas dangereux, moyennant qu’on ne fasse rien mal-à-propos. Ces accidens dépendent de l’humeur purulente qui se déplace, circule dans les humeurs, & irrite différentes parties, jusqu’à ce que l’évacuation ait commencé; alors tous les accidens finissent, & ordinairement le sommeil revient. Mais je dois insister sur la nécessité de la prudence dans ces circonstances. Quelquefois c’est la foiblesse, d’autres fois les convulsions, ou quelques autres accidens, qui effraient. Si l’on fait, comme il arrive tous les jours, la sottise d’ordonner des remedes particuliers pour ces accidens, comme des cordiaux spiritueux, de la thériaque, des confections, du castor, de la rue, l’on trouble la nature dans ses opérations; la crise ne se fait point; la matiere qui devoit s’évacuer, ou par les selles, ou par les urines, ou par la sueur, ne s’évacue point; mais elle se dépose sur quelque partie interne ou externe. Si c’est sur une partie interne, le malade meurt d’abord, ou il se forme une nouvelle maladie plus facheuse, & moins guerissable que la premiere. Si c’est sur l’extérieur du corps, le malheur est moins grand, & il faut, dès qu’on s’en apperçoit, mettre sur cette partie des cataplasmes émolliens, qui l’amenent à maturité, & l’ouvrir dès qu’on le peut.

§. 57. Pour prévenir ces accidens, il faut quand les symptomes effrayans, dont j’ai parlé surviennent, ne rien changer du tout au traitement, excepté qu’on doit donner le lavement émollient Nº. 5, & appliquer de deux en deux heures, une flannelle trempée dans l’eau tiede, qui couvre tout le ventre, & fasse presque tout le tour du corps, derriere les reins. L’on peut aussi augmenter un peu la quantité de la boisson, & diminuer celle de la nourriture pendant tout le tems que cet état violent dure.

§. 58. Je n’ai point parlé d’émétique, ni de purgatifs; parcequ’ils sont tout-à-fait contraires dans cette maladie. Les anodins, ou remedes propres à faire dormir, sont aussi généralement mauvais. Il y a quelques cas cependant, dans lesquels ils peuvent être utiles; mais ils sont si difficiles à connoître, qu’on ne doit jamais se les permettre, quand on n’a pas un Medecin. J’ai vu plusieurs malades, que ces remedes pris mal-à-propos, ont jettés dans une étisie incurable. Lorsque tout a bien été, ordinairement le malade est très bien le quatorzieme jour; & alors on peut, s’il a appetit, le mettre au regime des convalescens §. 42. S’il a encore du dégoût, la bouche mauvaise, la tête pesante, on doit le purger avec la potion Nº. 11.

§. 59. Il survient quelquefois des saignemens de nez, même après plusieurs saignées, qui sont très favorables, & soulagent ordinairement beaucoup plus que les saignées. On doit s’attendre à ces saignemens, lorsqu’après les saignées, le malade est mieux à plusieurs égards, & qu’il reste encore un grand mal de tête, avec les yeux vifs & le nez rouge. Il ne faut rien faire pour les arrêter; ce qui seroit très dangereux. Ils s’arrêtent d’eux-mêmes. D’autres fois, mais plus rarement, la maladie se dissipe par une diarrhée, legerement douloureuse, de matieres bilieuses.

§. 60. Si les crachats se suppriment tout-à-coup sans qu’il survienne aucune autre évacuation, l’oppression & l’angoisse reviennent d’abord, & le danger est pressant. Si la maladie n’est pas fort avancée, si le malade est robuste, s’il n’a pas été beaucoup saigné, s’il y avoit encore du sang dans les crachats, si le pouls est fort ou dur, il faut sur-le-champ saigner, faire respirer continuellement la vapeur d’eau chaude & de vinaigre, & faire boire beaucoup de la ptisane Nº. 2, plus chaude qu’à l’ordinaire. Si les circonstances sont opposées; au lieu de la saignée, il faut appliquer deux vesicatoires aux jambes, & faire boire beaucoup de la ptisane Nº. 12. Les causes qui produisent le plus souvent cette suppression des crachats, sont 1. un refroidissement subit; 2. l’air trop chaud; 3. les remedes trop échauffans; 4. les sueurs trop abondantes; 5. un purgatif pris mal à propos; 6. quelque passion trop vive.

§. 61. Quand on n’a pas saigné suffisamment, ou assez tôt, quelquefois même, comme je l’ai vu, quand on a si fort affoibli le malade, par trop de saignées, que les évacuations par les selles, les urines, les crachats, la transpiration, ne sont pas bien faites; quand ces évacuations ont été dérangées par quelqu’autre cause, ou que la maladie n’a pas été bien traitée, les vaisseaux enflammés ne se débarrassent pas de l’humeur qui les engorge; mais il arrive, dans le poulmon, ce que chacun voit arriver tous les jours sur la peau. Si une tumeur inflammatoire ne se résout pas, si elle ne se dissipe pas insensiblement, elle devient abcès. Il en est de même du poulmon; si l’inflammation ne se dissipe pas, elle se change en abcès, qu’on appelle vomique; & cet abcès, comme ceux qu’on voit à l’extérieur, reste souvent enfermé longtems dans son sac, sans que ce sac se creve & que le pus s’épanche.

§. 62. Si l’inflammation n’étoit pas extrêmement profonde dans le poulmon, & qu’elle s’étendît jusques à sa surface, c’est-à-dire près des côtes, le sac creve à l’extérieur du poulmon, & le pus se répand dans la cavité de la poitrine, entre le poulmon, les côtes & le diaphragme (c’est cette membrane qui sépare la poitrine du ventre). Quand l’inflammation est plus profonde, alors l’abcès se creve dans l’intérieur même du poulmon. Si l’ouverture est petite, de façon qu’il ne puisse sortir que peu de pus à la fois, si la quantité totale du pus n’est pas considérable, si le malade est encore fort, il crache ce pus & se trouve soulagé. Mais si la vomique est considérable, ou si l’ouverture est grande, & qu’il se répande une grande quantité de pus à la fois, ou si le malade est très foible, il meurt dans le moment où la vomique s’ouvre, & cela quelquefois lorsqu’on s’y attend le moins. J’ai vu un malade mourir, en portant une cuilleree de soupe à sa bouche; un autre en se mouchant. Il n’y avoit aucun symptome, qui pût faire croire leur mort plus prochaine dans ce moment que quelques heures auparavant. Le pus sort ordinairement par la bouche, après la mort; & les cadavres sont très promptement corrompus.

L’on appelle vomique couverte, celle qui n’a pas percé; ouverte celle qui est rompue. Il est important de traiter exactement cette matiere, parceque ces vomiques tuent beaucoup de gens dans les campagnes, sans qu’on soupçonne même dequoi ils meurent. J’en ai eu un exemple, il n’y a que quelques jours, chez un Regent de village. Il avoit une vomique couverte, très considérable dans le poulmon gauche, qui étoit la suite d’une inflammation de poitrine mal conduite dans les commencemens. Il me parut qu’il ne pouvoit pas vivre vingt-quatre heures; & il mourut en effet dans des angoisses inexprimables. J’ai lieu de croire, qu’il mourut quand la vomique creva; il sortit beaucoup de pus de sa bouche après sa mort.

§. 63. L’on ne peut ni voir, ni toucher, ce qu’il y a dans la poitrine; c’est ce qui fait que souvent l’on n’a pas connu les vomiques. Les signes suivans font présumer qu’elles se forment. Les évacuations qui sont nécessaires pour la guerison n’ont pas eu lieu dans les quatorze premiers jours. Au bout de ces quatorze jours, le malade n’est pas gueri, ni même considérablement soulagé; mais au contraire, la fievre continue d’être assez forte, avec un pouls toujours vite, ordinairement mol & foible, quelquefois cependant assez dur, souvent ondoyant; la respiration est encore gênée, avec de petits frissons de tems en tems, un redoublement de fievre le soir, les joues rouges, les levres seches, de l’altération.

L’augmentation de ces mêmes symptomes, annonce que le pus est tout formé; la toux est plus continue; elle redouble au moindre mouvement, ou dès que le malade a pris quelque nourriture; il ne peut se coucher que du côté malade, souvent il ne peut point se coucher du tout; mais il est obligé d’être tout le jour assis, quelquefois même sans oser s’appuyer sur les reins, crainte d’augmenter la toux & l’oppression; il ne peut point dormir; il a une fievre continue, & souvent des intermittences dans le pouls. Non-seulement la fievre augmente tous les soirs; mais la plus petite dose d’alimens, le plus leger mouvement, un peu de toux, une legere agitation de l’ame, un peu de chaleur dans la chambre, un bouillon un peu trop fort ou un peu trop salé, augmentent dans le moment la vitesse du pouls. Le malade est inquiet, il a des momens d’angoisse terribles, accompagnés & suivis de sueurs sur la poitrine, & surtout au visage. Il sue pendant la nuit; ses urines sont rougeâtres, quelquefois écumeuses, d’autres fois huileuses. Il lui monte tout à coup des feux au visage; il a ordinairement un gout horrible dans la bouche, chez les uns, de vieux fromage, chez les autres, d’oeufs pourris ou de viande corrompue: ils maigrissent considérablement. Il y en a que rien ne désaltere, ils ont la bouche & la langue seches, la voix foible & rauque, les yeux enfoncés, souvent quelque chose d’un peu égaré dans la vue; ils ont un dégout général; & s’ils desirent certains alimens avant que de les voir, ils les rebutent dès qu’on les leur offre; les forces se perdent.

Outre ces symptomes, l’on remarque quelquefois, du côté malade, une très legere enflure, & un changement de couleur presqu’insensible. Si la vomique est placée tout à fait au bas du poulmon, dans la partie intérieure, c’est-à-dire, près du milieu de la poitrine, on peut sentir, dans quelques sujets, du gonflement, en pressant le creux de l’estomac, surtout quand le malade tousse.

§. 64. Quand une vomique est formée, tant qu’elle ne se vuide pas, tous les accidens que j’ai détaillés augmentent, & la vomique s’étend; tout le côté du poulmon malade devient quelquefois un sac de pus; le côté sain est comprimé; le malade meurt suffoqué, après des angoisses terribles, avec le poulmon plein de pus, sans en avoir jamais craché.

Il est important, pour éviter ces malheurs, de procurer la rupture de la vomique, dès que l’on est sûr qu’elle existe; & comme il vaut mieux qu’elle se rompe dans le poulmon, parcequ’alors on peut la cracher, que dans la cavité de la poitrine, par les raisons que je détaillerai plus bas, il faut faire en sorte que cette rupture se fasse intérieurement.

§. 65. Les moyens les plus efficaces pour cela, sont 1. de faire respirer continuellement au malade la vapeur d’eau chaude. 2. Quand on a, par ce moyen, ramolli la partie du sac de l’abcès, où l’on souhaite que la rupture se fasse, on donne au malade une grande quantité de liquide, & d’un liquide fort émollient; comme ptisane d’orge, lait d’amande, bouillon gras, eau & lait. Par là on tient l’estomac toujours plein, & la résistance au poulmon étant considérable de ce côté, les matieres se portent naturellement du côté de la trachée artère, ou conduit de l’air, où il y a moins de résistance. D’ailleurs, cette plénitude de l’estomac contribue à exciter la toux; ce qui est un bien. 3. On cherche à faire tousser le malade, en lui faisant flairer du vinaigre chaud, ou en injectant, dans la gorge, au moyen d’une petite seringue, telle que les enfans en font partout avec du sureau, un peu d’eau ou de vinaigre. 4. On le fait crier, lire, rire; tous ces moyens contribuent à faire rompre l’abcès, aussi bien que le suivant. 5. On le met dans une voiture qui le secoue, mais après avoir eu le soin de lui faire prendre beaucoup des boissons que je viens d’indiquer. Les secousses décident quelquefois tout-à-coup cette rupture.

§. 66. J’ai vu, il y a quelques années, une servante de campagne, qui après une inflammation de poitrine, restoit languissante, sans qu’on soupçonnât son mal; s’étant mise sur une charrette, qui alloit chercher du foin, la roue heurta violemment contre un arbre; elle s’évanouit, & au même instant, rendit beaucoup de pus. Elle continuoit à en cracher; c’est alors que je fus instruit de son mal, & de ce qui lui étoit arrivé. Elle guerit très bien.

Un Officier de ce pays, servant en Piemont, languissoit depuis quelques mois, & venoit chez lui pour essayer de se remettre, sans l’esperer beaucoup. En entrant au pays, par la route de S. Bernard, étant obligé de faire quelques pas à pied, il fit une chute, resta évanoui pendant plus d’un quart d’heure, rendit une grande quantité de pus, & se trouva dans le moment même extrêmement soulagé. Je lui ordonnai un regime, & des remedes, il se rétablit parfaitement, & dut peut-être la vie à cet accident. 6. On fait prendre de deux en deux heures une cuillerée à soupe de la potion Nº. 8.

§. 67. Plusieurs malades ont un évanouissement au moment où la vomique s’ouvre. On peut leur faire flairer un peu de vinaigre.

§. 68. Si le malade n’étoit pas trop affoibli avant la rupture de l’abcès, si le pus est blanc, bien conditionné, si la fievre diminue, si l’angoisse, l’oppression, les sueurs finissent, si la toux est moins violente, si le malade a plus d’aisance dans sa situation, s’il recouvre le sommeil, & l’appetit, si ses forces reviennent, si la quantité des crachats diminue journellement par degrés, si les urines redeviennent meilleures; l’on doit espérer, qu’en employant les secours que je vais prescrire, le malade se guerira radicalement.

§. 69. Mais, au contraire, quand les forces sont épuisées avant la rupture, que la matiere est trop claire, brune, verte, jaune, sanglante, puante; que le pouls reste vîte & foible; que l’appétit, les forces, le sommeil ne reviennent pas, l’on ne doit point espérer de guérison, & les meilleurs remedes sont inutiles: l’on doit cependant les tenter.

§. 70. Ces remedes sont: 1º. Si la matiere paroit épaisse, gluante, qu’elle ait de la peine à se détacher, il faut donner de deux en deux heures, une cuillerée à soupe de la potion Nº. 8, & boire entre deux, de demi-heure en demi-heure, une tasse de la boisson Nº. 13. L’on prend de quatre heures en quatre heures, un peu de crême d’orge, ou de ris. 2º. Quand la matiere n’a pas besoin de ces remedes pour être évacuée, on ne les emploie pas, mais on continue la même nourriture qu’on mêle avec parties égales de lait, ou à laquelle, ce qui est beaucoup plus efficace, on substitue la même quantité de lait fraîchement tiré d’une bonne vache, qui dans ce cas fait la seule nourriture du malade. 3º. On lui donne quatre fois par jour, de deux en deux heures, en commençant de bon matin, une prise de la poudre Nº. 14, délayée dans un peu d’eau, ou réduite en bol avec un peu de syrop ou de miel. Sa boisson ordinaire est, ou un lait d’amande, ou une ptisane d’orge, ou de l’eau avec un quart de lait. 4º. Il faut se promener tous les jours à cheval, en voiture, en charrette, suivant que les forces & les circonstances le permettent. Mais de tous ces exercices, celui du trot du cheval est sans comparaison le plus utile & le plus à la portée de tout le monde.

§. 71. Le peuple, peu instruit, ne regarde comme reméde, que ce qu’on avale. Il a peu de foi au régime & aux autres secours diététiques; il regardera l’exercice du cheval comme inutile. C’est une erreur dangereuse, dont je voudrois le désabuser. Ce secours est le plus efficace de tous; celui sans lequel on ne doit point espérer de guérir ce mal, quand il est grave; celui qui peut presque le guérir seul, moyennant qu’on ne prenne point d’alimens contraires; enfin on l’a regardé, avec raison, comme le vrai spécifique de cette maladie.

§. 72. 5º. Les influences de l’air sont plus considérables dans cette maladie que dans aucune autre; ainsi l’on doit chercher à le rendre bon dans la chambre du malade. Pour cela il faut l’airer très souvent, la parfumer de tems en tems, mais très legerement, avec un peu de vinaigre, & y mettre dans la saison le plus d’herbes, de fleurs, de fruits qu’il sera possible. Si l’on a le malheur d’être dans un air malsain, il y a peu d’espoir de guérir, à moins qu’on n’en change.

§. 73. Il y a des malades qui se sont guéris de ces maladies, les uns en ne prenant quoi que ce soit que du petit lait de beure, (de la battue); les autres, des melons & des concombres, ou des fruits d’été de toute espece. Mais je conseille de s’en tenir à la méthode que je viens d’indiquer, comme la plus sûre.

§. 74. Il suffit que le malade aille à la selle de deux, ou même de trois jours l’un: ainsi il ne faut pas prodiguer les lavemens, ils pourroient procurer une diarrhée qui seroit très à craindre. Quand le pus diminue, & que le malade se trouve mieux à tous égards, c’est une preuve que la plaie se nettoie & se cicatrise peu à peu. Si la suppuration continue à être abondante, si le pus paroît moins beau, si la fievre revient tous les soirs, il est à craindre que la plaie, au lieu de se cicatriser, ne dégénere en ulcere; ce qui est très fâcheux. Le malade tombe alors dans l’étisie confirmée, & meurt au bout de quelques mois.

§. 75. Je ne connois point de meilleur remede, dans ce cas, que la continuation des mêmes §. 70. & surtout le cheval. On peut, dans quelque cas, employer les parfums d’eau chaude avec les herbes vulnéraires & un peu d’huile de térébenthine Nº. 15. Je les ai vu réussir; mais le plus sûr est de consulter un Médecin, qui examine s’il n’y a point quelque complication qui met obstacle à la guérison. Si la toux empêche le malade de dormir, on peut lui donner le soir deux ou trois cuillerées à soupe du remede Nº. 16, dans un verre de lait d’amande ou de ptisane d’orge.

§. 76. Les mêmes causes qui suppriment tout-à-coup les crachats dans l’inflammation de poitrine, peuvent aussi arrêter l’expectoration commencée d’une vomique; alors le malade tombe dans l’oppression, l’angoisse, la fievre, la foiblesse. Il faut remédier sur le champ à cet état par la vapeur de l’eau chaude, une cuillerée de la potion Nº. 8, toutes les heures; une grande quantité de ptisane Nº. 12, & de l’exercice. Dès que l’expectoration revient, la fievre & les autres accidens cessent. J’ai vu cette suppression, chez des sujets robustes, occasionner promptement une inflammation au tour de la vomique, qui m’obligeoit à faire une saignée, après laquelle le crachement revenoit d’abord.

§. 77. Il arrive souvent que la vomique se nettoie entierement; les crachats tarissent presque tout à fait, le malade est bien, il se croit guéri; bientôt le malaise, l’oppression, la toux, la fievre recommencent; il vuide une nouvelle vomique, crache pendant quelques jours, & se remet. Au bout de quelque tems la même scene reparoit, & cette alternative de bien & de mal dure souvent pendant des mois & des années: ce cas a lieu quand la vomique se nettoie peu à peu & que ses parois se rapprochent sans se cicatriser, alors il suinte insensiblement une nouvelle matiere. Pendant quelques jours, le malade n’en est point incommodé; mais dès qu’il y en a une certaine quantité, il est mal jusqu’à ce que l’évacuation soit faite. L’on voit des gens, avec ce mal, jouir en apparence d’une assez bonne santé. On peut le regarder comme une espece de cautere intérieur qui se nettoie de lui-même de tems en tems, chez les uns souvent, chez les autres rarement, & avec lequel on peut vivre assez longtems. Quand il a duré un certain tems, il est incurable. Dans les commencemens il cede au lait, à l’exercice du cheval, & à l’usage du remede Nº. 14.

§. 78. L’on sera surpris que je ne parle point, dans le traitement d’un abcès au poulmon, & de l’étisie ou phtysie qui en est la suite, des remedes qu’on appelle balsamiques, qu’on emploie si fréquemment, comme la térébenthine, le baume du Pérou, celui de la Mecque, l’encens, le mastic, la myrrhe, le storax, le baume de soufre. J’en dirai un mot, parcequ’il est autant de mon objet de détruire les préjugés favorables aux mauvais remedes, que d’accréditer les bons.

Je dis donc que si je n’ai point employé ces remedes, c’est que je suis convaincu que les effets en sont généralement fâcheux dans ces cas; que je vois tous les jours qu’ils font un mal très réel; qu’ils retardent la guérison, & que souvent ils rendent mortelle une maladie très guérissable. Ils ne se digerent point; ils obstruent les petits vaisseaux du poulmon, qu’il faudroit désobstruer; ils occasionnent évidemment, à moins que la dose ne soit extrêmement petite, de la chaleur & de l’oppression. J’ai vu plusieurs fois, aussi clairement qu’il étoit possible, que des pilules dans lesquelles entroient la myrrhe, la térébenthine & le baume du Pérou, occasionnoient, au bout d’une heure, de l’agitation dans le pouls, de la rougeur, de l’altération & de l’oppression. Enfin l’on pourroit démontrer à toute personne non prévenue, que ces remedes sont réellement nuisibles dans ce cas; & je souhaite ardemment qu’on se désabuse sur leur compte, & qu’ils perdent cette réputation qu’ils ont malheureusement usurpée. Je sais qu’un grand nombre de très habiles gens les emploient journellement dans ces maladies; mais ils les quitteront dès qu’ils se donneront la peine d’observer leurs effets, indépendamment de ceux des autres remedes auxquels ils les mêlent, & qui en corrigent le danger. J’ai vu un malade qu’un Chirurgien étranger, qui demeuroit à Orbe, avoit voulu guérir d’une étisie, en lui faisant prendre du lard fondu, qui avoit augmenté le mal. Ce conseil paroît absurde, & il l’est: cependant les balsamiques qu’on ordonne ne se digerent peut-être gueres mieux que le lard. La poudre Nº. 14 tient tout ce que les balsamiques promettent; elle n’a aucun de leurs inconvéniens, & elle a toutes les qualités qu’on leur prête; mais il ne faut pas la donner dans le tems qu’il y a encore inflammation, ou qu’elle survient de nouveau, & il ne faut mêler aucun autre aliment au lait.

Ce fameux remede nommé l’antihectique, n’a point non-plus, dans ces cas, les vertus qu’on lui suppose. Je m’en sers très souvent dans quelques toux opiniâtres des enfans avec le lait, & alors il est très utile: mais j’en ai rarement vu des effets sensibles chez les grandes personnes, & dans ces cas je craindrois qu’il ne fît du mal.

Continuer : partie 3 sur 4