Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes

S. A. D. (Samuel Auguste David) Tissot · Chapitre 4 sur 12 · partie 3/4

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Avis au peuple sur sa santé ou traité des maladies les plus fréquentes

Section 6

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 4 parties.

§. 79. Si au lieu de créver intérieurement, la vomique creve extérieurement, le pus s’épanche dans la poitrine. L’on connoît que cela est arrivé par le sentiment du malade, qui s’apperçoit d’un mouvement singulier, accompagné assez ordinairement d’une défaillance; l’oppression & l’angoisse finissent sur le champ, la fievre diminue; la toux continue cependant ordinairement, mais moins violente & sans aucune expectoration. L’amandement ne dure pas longtems, parceque le pus augmentant tous les jours & devenant plus âcre, le poulmon se trouve gêné, irrité, rongé; la difficulté de respirer, la fievre, la chaleur, la soif, l’insomnie, le dégoût, la maigreur reviennent avec plusieurs autres accidens qu’il est inutile de détailler ici, & surtout de fréquentes foiblesses. Le malade doit être au régime, qui retarde le progrès du mal aussi longtems qu’il est possible, mais il n’y a point de remede, que d’ouvrir la poitrine entre deux côtes, pour évacuer par ce moyen ce pus, & arrêter les desordres qu’il occasionne, c’est ce qu’on appelle l’opération de l’Empyeme. Je n’en parlerai pas, parcequ’elle ne doit être faite que par d’habiles gens, & ce n’est pas pour eux que j’écris. J’avertis seulement qu’elle est moins douloureuse qu’effrayante, & que si l’on attend trop longtems à la faire, elle devient inutile, & le malade meurt misérablement.

§. 80. L’on voit tous les jours que les inflammations extérieures se gangrennent. La même chose arrive au poulmon, quand la fievre est excessive, l’inflammation naturellement très violente, ou qu’on l’augmente par des remedes chauds. Une angoisse insoutenable, une très grande foiblesse, des défaillances fréquentes, le froid des extrémités, une eau livide & puante, qui sort au lieu de crachat, quelquefois des plaques noirâtres sur la poitrine, font connoître ce triste état. J’ai vu dans un cas de cette espece, chez un homme qui avoit été attaqué de cette maladie après une marche forcée à pied, & à qui l’on avoit donné un vin avec des aromates pour le faire suer, l’haleine si horriblement puante, que sa femme eut plusieurs foiblesses en le servant; je ne trouvai plus de pouls ni de raison, & je ne lui ordonnai rien. Il mourut une heure après, au commencement du troisieme jour.

§. 81. L’Inflammation peut aussi se durcir, & il se forme alors ce qu’on appelle un squirrhe; c’est une tumeur fort dure, qui ne fait pas de douleur. On connoît que cela arrive, quand la maladie ne se termine d’aucune des façons dont j’ai parlé; que cependant la fievre & les autres accidens se dissipent; mais que la respiration reste toujours un peu gênée; que cependant le malade conserve un sentiment incommode dans un côté de la poitrine, & qu’il a de tems en tems une toux séche qui augmente après l’exercice & après le repas. Ce mal ne se guérit que bien rarement; mais on voit des gens qui en sont atteints & qui vivent longues années, sans de grands maux. Ils doivent éviter toutes les occasions d’échauffement qui pourroient aisément procurer une nouvelle inflammation au tour de cette tumeur, & les suites en seroient très dangereuses.

§. 82. Les remedes les plus propres à détruire ce mal, & dont j’ai vu quelques bons effets, sont le petit lait Nº. 17, & les pilules Nº. 18. L’on prend vingt pilules, & une pinte de petit lait tous les matins pendant longtems, & l’on respire de tems en tems la vapeur de l’eau chaude.

§. 83. Le poulmon, dans l’état naturel de parfaite santé, touche la membrane qui tapisse l’intérieur de la poitrine, mais qui ne lui est pas attachée. Il arrive souvent, après l’inflammation de poitrine, la pleurésie, & dans d’autres cas, que ces deux parties se colent l’une à l’autre, & ne se détachent jamais; mais c’est à peine un mal. On l’ignore ordinairement, parceque la santé n’en est point dérangée, & l’on ne fait jamais rien pour y remédier. J’ai vu cependant quelques cas dans lesquels cette adhérence nuisoit évidemment.

 

CHAPITRE V.

De la Pleurésie.

 

§. 84. La pleurésie, qu’on reconnoît principalement à ces quatre caracteres; une forte fiévre, de la peine à respirer, de la toux, & une vive douleur dans l’enceinte de la poitrine; la pleurésie, dis-je, n’est point une maladie différente de la péripneumonie dont je viens de parler; ainsi je n’ai presque rien à en dire de particulier.

§. 85. La cause en est, tout comme de la premiere, une inflammation du poulmon; mais une inflammation peut-être plus extérieure. La seule différence considérable dans les symptômes, c’est que la pleurésie est accompagnée d’une douleur très vive que l’on sent sur les côtes, & que l’on appelle ordinairement point. Cette douleur se fait sentir indifféremment sur toutes les parties de la poitrine, mais plus ordinairement sur les côtes sous les mammelles, & peut-être plus souvent du côté droit. La douleur redouble quand on tousse & quand on inspire, c’est-à-dire, quand on tire l’air; & la crainte de l’augmenter, fait que quelques malades s’empêchant machinalement, autant qu’ils le peuvent, de tousser & de respirer, empirent leur état en arrêtant le sang dans le poulmon, qui bientôt en est rempli; l’inflammation devient générale, le sang se porte à la tête, le visage devient livide, le malade suffoque & tombe dans l’état décrit §. 46.

Quelquefois la douleur est si violente, que si la toux est forte en même-tems, & que les malades ne puissent pas l’arrêter, ils ont des convulsions. Je l’ai vu plusieurs fois; mais presque toujours chez des femmes qui sont d’ailleurs beaucoup moins sujettes que les hommes à cette maladie & à tous les maux inflammatoires. Je dois avertir ici que si elles en sont attaquées dans le tems de leurs regles, cela ne doit ni empêcher les saignées réitérées, ni rien changer du tout au traitement. L’on voit par-là que la pleurésie n’est qu’une inflammation de poitrine, accompagnée d’une vive douleur.

§. 86. Je sais que quelquefois l’inflammation du poulmon se communique à cette membrane qui tapisse intérieurement la poitrine, & qu’on appelle la pleure, & de-là aux muscles ou chairs qui sont sur les côtes; mais cela n’est pas ordinaire.

§. 87. Le printems est la saison qui produit le plus de pleurésies[10]. Le mal commence par un frisson ordinairement très fort, suivi de chaleur, de toux, d’oppression, quelquefois d’un sentiment de resserrement dans toute la poitrine, de mal de tête, de rougeur de joues, d’envies de vomir. Le point ne se fait pas toujours sentir d’abord; souvent ce n’est qu’après plusieurs heures, quelquefois le second & même le troisieme jour. Le malade sent quelquefois deux points; mais il est rare qu’ils soient également forts, & le plus leger disparoit bientôt: d’autrefois le point change de place; ce qui est un bien si le premier se dissipe parfaitement, un mal s’ils subsistent tous deux. Le pouls est ordinairement très dur dans cette maladie; mais dans le cas fâcheux du §. 85, il devient mol & petit. Il vient souvent des crachats tels que dans l’inflammation de poitrine, dès les commencemens, d’autrefois il n’en vient point du tout: c’est ce qu’on appelle pleurésie séche, qui n’est pas rare. Quelquefois le malade tousse peu ou point: il se couche souvent plus aisément sur le côté malade que sur le sain. La marche de la maladie est la même que dans la maladie précédente. Comment seroit-elle différente, & les moyens de guérison les mêmes? Il survient souvent des saignemens de nez très considérables, & qui soulagent beaucoup; mais il en survient quelquefois d’une espece de sang corrompu, quand le malade est très mal, qui annoncent la mort.

[10] Ces Pleurésies sont très communes ici lorsque les vents de Nord, d’Est, de Nord-Est regnent longtems de suite dans l’hiver, & les vents de Sud, d’Est, de Sud-Est dans l’été.

§. 88. Cette maladie est fréquemment produite par la boisson froide, que l’on prend ayant fort chaud, & alors elle est quelquefois si violente, qu’on l’a vue tuer le malade en trois heures. Un jeune homme mourut au pied de la fontaine même où il s’étoit désaltéré. Il n’est pas rare que les pleurésies tuent en trois jours.

Le point disparoît quelquefois, & le malade se plaint moins; mais en même-tems son visage change & devient pâle & triste, ses yeux se troublent, le pouls s’affoiblit, c’est un transport de l’humeur au cerveau; ce cas est presque toujours mortel. Il n’y a point de maladie dans laquelle les symptômes critiques soient plus violens & plus marqués que dans celle-ci: il est bon d’en être averti pour ne pas trop s’effrayer. La guérison survient souvent au moment où l’on attendoit la mort.

§. 89. Cette maladie est une des plus fréquentes & des plus meurtrieres, tant par elle-même, que dans nos campagnes par le mauvais traitement. Le préjugé qui veut que toutes les maladies se guérissent par les sueurs, regle tout le traitement de la pleurésie; & dès qu’un malade a un point, sur-le-champ on met en oeuvre tous les remedes chauds. Cette funeste erreur tue plus de gens que la poudre à canon, & elle est d’autant plus fâcheuse, que la maladie est plus violente. Dans celle-ci il n’y a pas un moment à perdre, tout dépend des premieres heures.

§. 90. Le traitement est précisément le même, à tous égards, que dans la péripneumonie, parceque, je le répete, c’est la même maladie; ainsi les saignées, les boissons émollientes & délayantes, les vapeurs, les lavemens, la potion Nº. 8, les cataplasmes émolliens & les autres topiques Nº. 9, sont les vrais remedes; peut-être ces derniers sont-ils encore plus efficaces dans ce cas, & l’on doit en appliquer continuellement sur l’endroit où le point se fait sentir.

La premiere saignée, surtout si elle est considérable, diminue presque toujours le point, & souvent le dissipe entierement; mais il revient ordinairement au bout de quelques heures, ou dans le même endroit, ou quelquefois ailleurs, ce qui est assez favorable, surtout si la douleur qui se faisoit d’abord sentir sous la mammelle, se jette aux épaules, au dos, à l’omoplate, à la nuque.

Quand la douleur ne diminue point, ou peu; ou, si après avoir diminué, elle revient aussi violente que la premiere, surtout si elle revient dans le même endroit, & si la violence des autres symptômes dure, il faut réitérer la saignée; mais si la diminution du point subsiste, s’il ne revient que foiblement, de tems en tems, ou dans les parties dont je viens de parler; si la fréquence ou la dureté du pouls & tous les autres symptômes ont diminué, on peut quelquefois s’en passer. Il est cependant plus prudent, dans un sujet fort & robuste, de la faire; elle ne peut point faire de mal, & on court de grands risques en l’omettant. Dans les cas graves, on la réitere fréquemment, à moins qu’on ne trouve quelque obstacle dans la constitution du malade, ou dans son âge, ou dans quelques autres circonstances. Si dès le commencement, le pouls n’est que peu fréquent & peu dur, s’il n’est pas extrêmement fort, si le mal de tête & le point sont supportables, si la toux n’est pas trop violente, & si le malade crache, on peut se passer de la saignée. L’usage des autres remedes est précisément le même que dans le chapitre précédent, qu’il faut consulter depuis §. 50 jusqu’au §. 62.

§. 91. Quand le mal n’est pas fort grave, j’ai guéri souvent en peu de jours par une seule saignée & une grande quantité d’infusion de fleurs de sureau préparée comme du thé, à laquelle on ajoutoit du miel. C’est dans des cas de cette espece qu’on a vu réussir quelquefois le faltran, ou les vulneraires de Suisse infusés comme du thé dans de l’eau, avec du miel & même de l’huile; mais la boisson précédente que j’indique est fort à préferer. La boisson qu’on fait avec parties égales d’eau & de vin, & à laquelle on ajoute beaucoup de thériaque, du poivre, de la canelle &c. tue toutes les années plusieurs paysans.

§. 92. Dans les pleurésies seches, dans lesquelles le point, la fievre, le mal de tête sont très forts, le pouls très dur, très plein, avec une secheresse prodigieuse de la peau, & de la langue; il faut faire les saignées très près les unes des autres. Elles emportent souvent la maladie sans aucune autre évacuation.

§. 93. La pleurésie se termine, tout comme l’inflammation plus profonde, par quelque évacuation, par un abcès, par la gangrene, ou par un endurcissement; & elle laisse très fréquemment des adhérences.

La gangrene se manifeste quelquefois dès le troisieme jour, sans avoir été précédée par de grandes douleurs. Le cadavre, dans ce cas, noircit souvent beaucoup, surtout dans le voisinage du mal; & le peuple superstitieux attribue la maladie à quelque cause surnaturelle, ou en tire quelque présage facheux pour les restans. Ce cas est un effet tout naturel, tout simple, & ne peut pas être autrement. Le traitement chaud produit ordinairement ce malheur. Je l’ai vu chez un homme à la fleur de l’âge, qui avoit pris de la thériaque avec de l’eau de cerise, & du faltran au vin.

§. 94. Il se forme des vomiques, mais leur situation leur donne plus de facilité à s’ouvrir en dehors, & de là résulte plus souvent l’empyeme, §. 79. Pour prévenir cet accident, «il est très bien de placer, dès le commencement de la maladie, à l’endroit le plus douloureux, une petite emplâtre, qui tienne exactement, parceque si la pleurésie dégénere en abcès, l’amas du pus se fera de ce côté-là.

«Lors donc que l’on connoîtra qu’il se forme un abcès, (voyez §. 63) on rongera, par un caustique leger, l’endroit qu’on aura marqué, & dès qu’il sera ouvert, on aura soin d’y entretenir la suppuration. On peut alors avoir un espoir fondé, que l’amas du pus prendra son cours par cet endroit où il trouvera moins de resistance, & qu’il sortira; car l’amas de matiere s’arrête souvent entre la pleure, & les parties qui y sont adhérentes.»

Il n’y a à dire, de l’endurcissement ou squirrhe & de l’adhérence, que ce que j’en ai dit §. 81, 82.

§. 95. L’on remarque que quelques personnes, qui ont eu une attaque de cette maladie, ont souvent des rechûtes, surtout les ivrognes. J’en ai vu un qui les comptoit par douzaines. Quelques saignées, de tems en tems, pourroient prévenir ces retours fréquens, qui, joints à l’ivrognerie, les rendent languissans & stupides à la fleur de l’âge. Ils tombent dans une espece d’asthme, & de-là dans l’hydropisie; triste fin, digne de leur vie. Ceux qui peuvent s’astreindre à quelques soins, peuvent aussi les prévenir sans saignées, par un regime raffraichissant, en se privant de tems en tems de viande & de vin; en buvant du petit lait, ou d’une des boissons Nº. 1, 2, 4, & en prenant quelques bains de pied tiedes, surtout dans les saisons dans lesquelles ces maux ont accoutumé de revenir.

§. 96. Il y a des remedes très usités dans cette maladie parmi le paysan, & vantés par quelques Medecins; le sang de bouquetin, & la suie dans un oeuf[11]. Je ne nie point, que bien des gens n’aient été gueris après l’usage de ces remedes; mais il n’en est pas moins vrai, qu’ils sont dangereux; ainsi il est prudent de ne jamais les employer, puisqu’il y a beaucoup de probabilité qu’ils feront un peu de mal, & une certitude qu’ils ne peuvent point faire de bien. On doit penser de même du genipi, ou absinthe des Alpes, qui s’est aussi acquis beaucoup de réputation. Il est aisé d’en déterminer l’usage. Le genipi, est puissamment amer; il échauffe & fait suer. L’on ne doit donc jamais l’employer dans une pleurésie, tant que les vaisseaux sont pleins, le pouls dur, la fievre forte, le sang enflammé. Dans tous ces cas il augmenteroit le mal; mais sur la fin de la maladie, quand les vaisseaux sont désemplis, le sang délayé, la fievre diminuée, alors on peut s’en servir, en se souvenant toujours qu’il est chaud, & qu’il faut l’employer sobrement.

[11] Les fientes ou excrémens de cheval, de mulet, de poule, de coq. Le poivre & les autres épices & aromates dans de l’eau ou du vin.

 

CHAPITRE VI.

Des maux de gorge, ou Esquinancies.

 

§. 97. La gorge est sujette à plusieurs maladies. L’une des plus fréquentes & des plus dangereuses, c’est l’inflammation, qu’on appelle ordinairement Esquinancie; qui est la même maladie, que l’inflammation de poitrine; mais dans une partie différente; ce qui fait que les symptomes sont fort différens. Ils varient même suivant les différentes parties de la gorge qui sont enflammées.

§. 98. Les symptomes généraux de l’inflammation à la gorge sont, le frisson, la chaleur, la fievre, le mal de tête, les urines rouges, la difficulté, & quelquefois l’impossibilité d’avaler quoi que ce soit. Mais si les parties les plus voisines de la glotte, c’est-à-dire, de l’entrée du canal de la respiration, sont attaquées, il est très difficile de respirer. Le malade sent de l’angoisse, des suffocations; le mal gagne quelquefois la glotte, la trachée-artere, le poulmon, & la maladie est promptement mortelle. L’inflammation des autres parties est moins dangereuse, & elle l’est d’autant moins, que le mal est plus extérieur. Quand l’inflammation est générale, & qu’elle occupe toutes ces parties, & de plus, les amigdales, la luette, la base de la langue; c’est une des maladies les plus dangereuses, & les plus horribles. Le visage est enflé & enflammé; tout l’intérieur de la gorge l’est également; le malade n’avale quoi que ce soit; il respire avec une peine & une angoisse, qui, jointes à l’engorgement du cerveau, le jettent dans une espece de délire furieux; la langue enfle & sort de la bouche; les narines sont dilatées pour respirer; tout le col, jusques au-dessus de la poitrine, est d’un gonflement prodigieux; le pouls est fréquent & très foible, & souvent intermittent; le malade n’a point de forces, & meurt ordinairement le second ou le troisieme jour.

§. 99. Quelquefois le mal quitte les parties intérieures, & se jette à l’extérieur; la peau du col & de la poitrine rougit & devient douloureuse, & le malade se sent mieux. D’autres fois le mal quitte la gorge, mais c’est pour se porter au cerveau, ou sur le poulmon. L’un & l’autre de ces deux derniers cas sont mortels, quand on n’a pas sur-le-champ de très bons secours, qui sont même très souvent inutiles.

§. 100. L’espece la plus fréquente est celle qui attaque les amigdales & la luette. Le mal commence ordinairement par une des amigdales, qui devient grosse, rouge, douloureuse, & ne permet d’avaler qu’avec une très grande peine. Quelquefois le mal se borne à un seul côté; mais plus ordinairement il passe à la luette, & de là, à l’autre amigdale. Si le mal n’est pas grave, la premiere est ordinairement mieux, quand la seconde est attaquée. Lorsqu’elles le sont toutes deux ensemble, la douleur & le malaise sont très considérables, le malade ne peut avaler qu’avec la plus grande peine; & la sensibilité est si grande, que j’ai vu des femmes avoir des convulsions. L’on est même quelquefois plusieurs heures sans pouvoir rien prendre; tout le dessus de la bouche, le fonds du palais, un peu de la base de la langue sont legerement rouges. Plusieurs malades avalent le liquide plus difficilement que le solide, parceque le liquide a besoin de plus d’action de la part des muscles pour être dirigé. La salive est encore plus pénible que les autres liquides; parcequ’elle est un peu visqueuse, & coule moins aisément. Cette difficulté à l’avaler, jointe à la quantité qu’il s’en forme, produit ce crachement presque continuel, qui incommode beaucoup quelques malades; d’autant plus que l’intérieur des joues, les côtés & le bout de la langue, & les levres s’écorchent souvent. Cela les empêche aussi de dormir; mais ce n’est pas un mal; le sommeil est peu utile dans les maladies fievreuses. J’ai vu souvent que ceux qui avoient cru leur gorge presqu’entierement guerie le soir, y avoient très mal après quelques heures de sommeil.

La fievre, dans cette espece, est quelquefois très forte, & le frisson dure souvent plusieurs heures; il est suivi d’une chaleur considérable, & d’un violent mal de tête, accompagné quelquefois d’assoupissement. Il y a ordinairement assez de fievre le soir; mais quelquefois très peu, & même point le matin.

Un leger commencement de mal de gorge précede souvent le frisson; mais plus ordinairement, il ne se manifeste qu’après, en même tems que la chaleur.

Le col est quelquefois un peu enflé, & plusieurs malades se plaignent d’une douleur assez vive dans l’oreille, du côté le plus malade. J’ai rarement vu qu’on en eût dans les deux.

§. 101. Ou l’inflammation se dissipe peu à peu, ou il se forme un abcès dans la partie qui étoit la plus attaquée. Il n’est jamais arrivé, au moins je l’ignore, que cette espece bien conduite se terminât par la gangrene, ou par le durcissement; mais j’ai été témoin, que l’un & l’autre arrivent, quand on veut forcer les sueurs dans le commencement par des remedes chauds.

Il est aussi très rare qu’il se fasse ces transports facheux sur le poulmon, comme dans l’espece des §. 98, 99. Il est vrai qu’il n’arrive pas fréquemment non plus que le mal se jette au-dehors, comme dans la même espece.

§. 102. Le traitement de l’esquinancie est, aussi bien que celui de toutes les autres maladies inflammatoires, le même que celui de l’inflammation de poitrine.

L’on met d’abord au regime §. 29; & dans l’espece (§. 98) il faut faire quatre ou cinq saignées dans peu d’heures, & quelquefois on est obligé d’y revenir. Quand elle est au degré le plus considérable, tous les remedes sont le plus souvent inutiles; mais il faut les tenter. L’on doit donner autant qu’il est possible, des boissons Nº. 2 & 4. Mais comme souvent la quantité qu’ils en peuvent avaler, est très petite, il faut donner des lavemens Nº. 5, de trois en trois heures, & mettre trois fois par jour, pendant une demi heure, les jambes dans l’eau tiede.

§. 103. Les ventouses scarifiées, appliquées autour du col, après deux ou trois saignées, sont souvent extrêmement utiles. Dans des cas presque désespérés, quand le col est extrêmement gonflé, une ou deux incisions profondes, faites avec un rasoir, sur cette enflure extérieure, ont sauvé le malade.

§. 104. Dans l’espece (§. 100) il faut très souvent en venir à la saignée; & il ne faut jamais l’omettre quand on trouve le pouls dur & plein. Il est très important de la faire d’abord; c’est le seul moyen de prévenir l’abcès, qui se forme avec une grande facilité, si l’on la différe seulement de quelques heures. Quelquefois il faut la réiterer. Il est rarement nécessaire d’en faire trois.

Souvent le mal est assez leger pour pouvoir guérir sans saignées, moyennant beaucoup de menagement; mais ceux qui ne sont ni maîtres de leurs tems, ni en situation d’être soignés, doivent, sans hésiter, faire d’abord une saignée, qui emporte souvent le mal; surtout, si après l’avoir faite, le malade boit beaucoup d’infusion Nº. 2.

Il suffit, dans cette espece, de prendre un bain de jambes, & un lavement par jour. On prend l’un le matin, & l’autre le soir. Outre les remedes généraux de l’inflammation, on en applique de particuliers sur le mal, dans l’une & l’autre espece. Les meilleurs sont, 1. des cataplasmes émolliens Nº. 9. sur tout le col. L’on vante beaucoup le cataplasme de nid d’hirondelles. Je ne le blâme pas; mais il est certainement moins efficace que tous ceux que j’indique. 2. Des gargarismes Nº. 19. L’on peut en faire plusieurs, qui ont à-peu-près les mêmes propriétés, & la même efficace. Ceux que j’indique, sont ceux qui m’ont le mieux réussi; & ils sont très simples. 3. La vapeur de l’eau chaude, comme dans le §. 52; l’on doit réiterer la vapeur, cinq ou six fois jour; avoir toujours un cataplasme, & se gargariser très souvent.

Il y a des personnes, sans parler des enfans, qui ne savent pas se gargariser; la douleur rend même la chose difficile. Alors, au lieu de gargarismes, on peut injecter la même liqueur Nº. 19, avec une petite seringue. L’injection va bien plus avant que le gargarisme, & elle fait souvent cracher une quantité considérable de matieres glaireuses, épaissies au fond de la gorge; ce qui soulage sensiblement le malade. Il faut les réitérer souvent. L’on peut commodément employer à cet usage, une de ces petites seringues de sureau, que tous les enfans de village savent faire.

§. 105. Quand le mal peut se guerir sans suppuration, la fievre, le mal de tête, la chaleur dans la gorge, la douleur en avalant, commencent à diminuer dès le quatrieme jour; quelquefois déja le troisieme, souvent seulement le cinquieme, & cette diminution augmente à grands pas; & au bout de deux, trois ou quatre jours, le malade est très bien. Il y en a cependant quelques-uns, qui conservent une très legere douleur, seulement d’un côté, pendant quatre ou cinq jours, mais sans fievre, & sans malaise.

§. 106. Quelquefois la fievre, & ses accidens diminuent après la saignée & les autres remedes, sans qu’il survienne d’amandement dans la gorge, ni de signes de suppuration. Dans ces cas, il faut insister principalement sur les gargarismes & les vapeurs §. 104; & si l’on peut avoir un Chirurgien un peu adroit, il faut qu’il fasse une scarification sur les amigdales malades. Il en sort une certaine quantité de sang, & ce remede soulage très promptement presque tous ceux qui l’emploient.

§. 107. Si l’inflammation ne se résout pas, mais qu’il se forme un abcès, ce qui arrive presque toujours si l’on a négligé les commencemens du mal; alors les accidens de la fievre continuent, quoiqu’un peu moins fortement après le quatrieme jour; la gorge reste rouge, mais cependant d’un rouge un peu moins vif; l’on conserve une douleur, mais plus sourde & accompagnée quelquefois de pulsations; d’autres fois il n’y en a point, ce dont il est bon d’être averti; le pouls devient ordinairement un peu plus mol, & le cinquieme ou le sixieme jour, quelquefois plutôt, l’abcès est prêt à s’ouvrir. On le connoît par une petite tumeur blanche & molle, quand on ouvre la bouche, qui paroit ordinairement au centre de l’inflammation. L’abcès se creve de lui-même, ou s’il ne s’ouvre pas, il faut l’ouvrir; ce qu’on fait en assujettissant fortement une lancette au bout d’un petit bâton, & l’enveloppant toute, excepté la pointe de la longueur d’un quart ou d’un tiers de pouce, avec un linge doux. L’on perce l’abcès avec la pointe de cette lancette. Au moment où l’abcès s’ouvre, la bouche est inondée d’un pus d’un gout & d’une odeur insoutenables. Il faut se gargariser avec le gargarisme détersif Nº. 19. L’on est quelquefois surpris de la quantité de pus qui sort de l’abcès. Il ne s’en forme ordinairement qu’un: j’en ai cependant vu quelquefois deux.

§. 108. Il arrive, & ce cas n’est même pas rare, que le pus ne s’amasse pas précisément dans l’endroit où paroissoit la forte inflammation, mais dans quelque partie plus cachée; de façon que la facilité d’avaler revient presqu’entierement, la fievre diminue, le malade dort. L’on se persuade que l’on est gueri, & qu’il ne reste que les incommodités de la convalescence. Quand on n’est pas Medecin ou Chirurgien, il est aisé de s’y tromper. Voici les signes qui peuvent faire juger qu’il y a un abcès. Une inquiétude, & un malaise général, une douleur dans toute la bouche, quelques frissons de tems en tems, souvent des chaleurs vives & passageres, un pouls assez mou sans être naturel, un sentiment d’épaisseur & de pesanteur dans la langue, de petits boutons blancs sur les gencives, sur l’intérieur des joues, sur l’intérieur & l’extérieur des levres, un gout & une odeur désagréables.

§. 109. Dans ces cas, il faut tenir souvent dans la bouche du lait, ou de l’eau, tiedes; recevoir la vapeur d’eau chaude, mettre autour du col des émolliens; tous ces secours disposent l’abcès à s’ouvrir. Il faut aussi chercher avec le doigt l’endroit où il est; & alors le Chirurgien peut aisément l’ouvrir. Il m’est arrivé une fois qu’il s’en perça un sous mon doigt, sans que je fisse aucun effort pour cela. On peut injecter de l’eau tiede par la bouche, ou par les narines, un peu fortement; cela occasionne quelquefois une espece de toux, ou des efforts qui le font ouvrir. J’en ai vu s’ouvrir en riant. L’on ne doit au reste point être inquiet de l’évenement. Je ne sache point d’exemple, qu’on soit mort d’une esquinancie, dès que la suppuration est formée, ni peut-être même, dès qu’elle a commencé à se former.

§. 110. Les glaires, dont la gorge est remplie, & l’inflammation même de cette partie, qui, en irritant, produit le même effet que quand on porte le doigt, ou quelqu’autre corps, au fond de la gorge, font que le malade se plaint d’envies continuelles de vomir. Il faut être sur ses gardes, & ne pas croire que ce mal de coeur vienne d’embarras d’estomac, & exige un émétique. Ce seroit une grande faute, souvent, que d’en donner un; il peut, quand l’inflammation est forte, la rendre mortelle; ou l’on est obligé de faire une saignée pendant qu’il agit, pour diminuer sa violence; & cette imprudence laisse souvent le malade, lors même qu’il guerit, dans un état de langueur pendant longtems. Il y a cependant quelques maux de gorge avec fievre, dans lesquels on peut faire vomir; mais c’est quand il n’y a point d’inflammation, ou quand on l’a dissipée, & qu’il reste des matieres putrides dans les premieres voies. J’en parlerai.

§. 111. L’on voit souvent, dans ce pays, une maladie différente des maux de gorge dont je viens de parler, mais qui, comme eux, fait qu’on avalle difficilement. On l’appelle en françois les oreillons, & assez généralement, les ourles. C’est un engorgement des glandes qui servent à former la salive, & surtout des deux grosses, qui sont entre l’oreille & la machoire, qu’on appelle parotides, & des deux qui sont dessous la machoire, qu’on appelle maxillaires: elles se gonflent considérablement, & empêchent non-seulement d’avaler, mais même d’ouvrir la bouche; parceque les mouvemens sont très douloureux. Les enfans y sont beaucoup plus exposés que les grandes personnes. Comme ordinairement il n’y a pas de fievre, il ne faut point de remede. Il suffit de tenir les parties malades à l’abri du grand air, & d’y appliquer, si l’on veut, quelque cataplasme; de diminuer beaucoup la quantité de ses alimens, de se priver de viande & de vin, & de faire un usage abondant de quelque liqueur chaude, qui délaie les humeurs & rétablisse la transpiration. Je me gueris de ce mal, il y a sept ans, en ne buvant, pendant quatre jours, que du thé de melisse, auquel je joignis un quart de lait, & très peu de pain. Le même regime m’a gueri souvent de legers maux de gorge.

§. 112. Il y a eu ici, ce printems, une quantité étonnante de maux de gorge, de deux especes. Les uns, dont je ne dirai rien, étoient des maux de gorge ordinaires, tels que je les ai décrits. Sans avoir rien de particulier, ils ont été fréquens parmi les adultes, & ont très bien gueri par la méthode que j’ai proposée. Les autres, dont je dirai quelque chose, parceque je sais qu’ils ont regné dans quelques villages, & qu’ils y ont fait du ravage, attaquoient aussi les adultes, mais surtout les enfans, depuis l’âge d’un an, même au dessous, jusques à douze ou treize.

Les premiers symptomes étoient, comme dans les maux ordinaires, le frisson, la chaleur, l’abbattement, le mal de tête, le mal de gorge: mais ce qui les distinguoit; c’est 1. que, souvent les malades avoient de la toux, & un peu d’oppression. 2. Le pouls étoit plus vite, mais moins dur & moins fort, qu’il ne l’est ordinairement dans les maux de gorge. 3. Ils avoient une chaleur acre, seche, & une grande inquiétude. 4. Ils crachoient moins qu’on ne crache ordinairement dans le mal de gorge, & avoient la langue très seche. 5. Quoiqu’ils eussent de la peine à avaler, cependant ce n’est pas ce qui les incommodoit le plus, & ils pouvoient boire suffisamment. 6. Le gonflement & la rougeur des amigdales, de la luette, & du fond du palais, n’étant que peu considérables, mais les glandes parotides & maxillaires, & surtout les premieres, étant extrêmement gonflées, & enflammées, la douleur dont ils se plaignoient le plus, étoit cette douleur extérieure. 7. Quand le mal étoit grave, tout le col se gonfloit; & quelquefois même les vaisseaux qui rapportent le sang du cerveau étant gênés, les malades avoient de l’assoupissement & du délire. 8. Les redoublemens de la fievre étoient assez irreguliers. 9. Les urines n’étoient pas aussi enflammées que dans les autres maux de gorge. 10. La saignée & les autres remedes ne les soulageoient pas aussi promptement, & le mal étoit plus long. 11. Il ne venoit pas à suppuration, comme les autres especes, mais quelquefois les amigdales s’ulceroient. 12. Presque tous les enfans, & un très grand nombre d’adultes poussoient, ou dès le premier jour, ou seulement les jours suivans, jusques au sixieme, une ébullition, qui, chez quelques-uns, ressembloit assez à la rougeole; mais d’une couleur moins vive, & sans aucune élevation. Elle commençoit au visage, au bras, de-là aux jambes, aux cuisses, au corps, & se retiroit peu-à-peu, au bout de deux ou trois jours, dans le même ordre qu’elle avoit observé en poussant. D’autres, en très petit nombre (je n’en ai vu que cinq), éprouvoient tous des accidens plus graves avant l’éruption, & poussoient le vrai pourpre ou milliaire blanc. 13. Quand ces ébullitions avoient poussé, ils se trouvoient ordinairement mieux. La derniere duroit quatre, cinq, ou six jours, & se terminoit souvent par des sueurs. Ceux qui ne les ont pas eues, & c’est le cas de plusieurs adultes, n’ont pu se guerir que par des sueurs abondantes sur la fin: car au commencement elles étoient inutiles, & même nuisibles. 14. J’ai vu quelques personnes, chez lesquelles le mal de gorge s’est dissipé entierement, sans qu’il eût rien poussé, & sans suer; mais qui restoient dans une inquiétude & dans une angoisse très fortes, avec un pouls vite & petit. Je leur ordonnois une boisson sudorifique: alors l’éruption, ou les sueurs venant, elles se trouvoient bien. 15. Soit qu’elles aient eu l’ébullition ou qu’ils ne l’aient pas eue, tous ont perdu la premiere peau par grandes écailles, dans tout le corps; tant ce venin, qui devoit s’évacuer par la peau, avoit d’âcreté. 16. Un grand nombre éprouvoient un changement singulier dans la voix, différent de celui des maux de gorge ordinaires; l’intérieur des narines étoit extrêmement sec. L’on a eu plus de peine à se remettre qu’après les maux de gorge ordinaires; & si l’on se négligeoit dans la convalescence, surtout si l’on s’exposoit trop tôt au froid, il survenoit une rechûte, ou différens accidens, tels que de l’oppression, un gonflement de ventre, différentes enflures, de la langueur, du dégout, des écoulemens derriere les oreilles, de la toux, de l’enroueüre. 17. J’ai été appellé pour des enfans, & même quelques jeunes gens, qui, au bout de quelques semaines étoient tombés dans une enflure générale de tout le corps, avec une forte oppression, & une diminution considérable dans les urines, qui étoient rouges & troubles; ils étoient aussi dans un état singulier d’indifférence pour tout. Je les ai tous gueris avec des vesicatoires, & la poudre Nº. 24. Ce remede commençoit par les faire vomir; il survenoit ensuite des urines, & surtout des sueurs abondantes, qui les guerissoient. Deux seuls, d’un mauvais temperamment, & un peu rachitiques ou noués, après avoir été rétablis pendant quelques jours, sont retombés, & ont péri.

§. 113. Chez les adultes, j’ai employé la saignée, & les rafraichissans, tant qu’il y avoit inflammation; ensuite il falloit évacuer les premieres voies, & après cela faire suer doucement. Les poudres Nº. 24 ont souvent produit, avec grand succès, l’un & l’autre effet. Dans d’autres cas, j’ai employé l’ipécacuana Nº. 34. Dans quelques sujets, il n’y avoit pas de symptomes inflammatoires, & le mal dépendoit uniquement d’embarras putrides dans les premieres voies; quelques malades même rendoient des vers: alors je n’ai point fait de saignées; mais le remede vomitif produisoit, dans le commencement, un excellent effet, & tous les symptomes diminuoient sensiblement; la sueur survenoit naturellement, & le malade guerissoit au bout de quelques jours. Il y a eu quelques endroits, dans lesquels il n’y avoit aucun caractere d’inflammation, & où il ne falloit aucune saignée; celles qu’on faisoit réussissoient mal. Je n’ai point fait saigner d’enfans. Les vesicatoires, après l’évacuation des premieres voies, & beaucoup de délayans, étoient leurs remedes. Une simple infusion de sureau & de tilleul a fait beaucoup de bien à ceux qui en ont bû abondamment. Je sais qu’il est mort, dans quelques villages, un grand nombre de malades, avec une enflure de col prodigieuse. Il en est aussi mort quelques uns en ville; entr’autres une fille de vingt ans, qui n’avoit pris que des sudorifiques chauds, & du vin rouge, & qui mourut dès le quatrieme jour, avec des suffocations violentes, & perdant beaucoup de sang par le nez. Du grand nombre que j’ai vû, il n’en est mort que deux. L’un étoit une petite fille de dix mois; elle avoit eu l’ébullition qui rentra tout-à-coup. Ce fut alors qu’on m’appella. Il s’étoit fait un dépôt sur la poitrine; rien ne put la sauver. L’autre étoit un garçon robuste, de dix-sept à dix-huit ans, chez lequel la maladie s’annonça d’abord assez violemment. Elle se calma cependant; & la fievre étant presque entierement finie, les sueurs qui commençoient à venir, l’auroient gueri; mais il ne voulut jamais les soutenir, & se mettoit à chaque instant nud. Il se fit tout-à-coup un dépôt sur le poulmon, qui l’emporta trente heures après. Je n’ai jamais vu mourir avec une peau aussi seche. Le vomitif chez lui n’avoit fait que peu d’effet, & avoit procuré une diarrhée. Sa mauvaise façon de se conduire paroit avoir été la cause de sa mort. C’est un exemple.

§. 114. Je me suis étendu sur cette maladie, parcequ’il pourroit arriver qu’elle se répandît dans d’autres endroits[12]; & il est utile qu’on soit prévenu de ses caracteres, & du traitement, qui a autant de rapport avec celui des fievres putrides, dont je parlerai plus bas, qu’avec celui des maladies inflammatoires, dont j’ai parlé. Dans quelques personnes, le mal de gorge a été un symptome de fievre putride, plutôt que la maladie principale.

[12] Cette description convient à la maladie connue en France & en Angleterre, où elle a été épidémique, sous le nom de mal de gorge malin, ulceré ou gangreneux: Huxham qui l’a si bien décrite, la regarde comme une fievre maligne & pestilentielle.

§. 115. Les maux de gorge sont, pour bien des personnes, une maladie habituelle, qui revient toutes les années, & même plus souvent. On les prévient par les mêmes moyens que j’ai indiqués §. 95, pour prévenir les pleurésies habituelles[13].

[13] Et en garantissant du froid le cou & la tête pendant le jour & surtout la nuit.

 

CHAPITRE VII.

Des Rhumes.

 

§. 116. Il regne plusieurs préjugés sur les rhumes, qui tous peuvent avoir des conséquences facheuses. Le premier c’est qu’un rhume n’est jamais dangereux. Cette erreur coûte tous les jours la vie à plusieurs personnes. Je m’en suis déja plaint il y a sept ans; & j’ai vu dès-lors une foule de nouveaux exemples, qui n’ont que trop justifié mes plaintes. L’on ne meurt effectivement pas d’un rhume, tant qu’il n’est que rhume; mais quand on le néglige, il jette dans des maladies de poitrine, qui tuent. Les rhumes emportent plus de gens que la peste, répondit un très habile Medecin, qui avoit beaucoup vu, à un de ses amis qui lui disoit, je me porte bien, je n’ai qu’un rhume. Un second préjugé, c’est que les rhumes ne veulent point de remedes, & que plus on en fait, plus ils durent. Cela peut être vrai, vu la mauvaise façon dont on les traite; mais c’est un principe faux en soi. Les rhumes ont leurs remedes tout comme les autres maux, & se guerissent avec plus ou moins de facilité, suivant qu’ils sont mieux ou moins bien conduits.

§. 117. Une troisieme erreur; c’est que, non-seulement on ne les regarde pas comme dangereux, mais on les croit même salutaires. Il vaut mieux, sans doute, avoir un rhume, qu’une maladie plus facheuse; mais il vaudroit beaucoup mieux n’en avoir aucune. Tout ce qu’on peut raisonnablement dire; c’est que quand une transpiration arrêtée devient cause de maladie, il est heureux qu’elle produise un rhume, plutôt que quelque maladie très grave, comme il arrive souvent; mais il seroit à préférer, que ni la cause, ni l’effet, n’eussent existé. Un rhume prouve toujours un dérangement dans les fonctions de notre corps, une cause de maladie; il est une maladie réelle, qui, quand elle est violente, porte une atteinte sensible à toute la machine. Les rhumes affoiblissent considérablement la poitrine; & la santé en est tôt ou tard altérée. Les personnes souvent enrhumées, ne sont jamais robustes, & tombent souvent dans la langueur. Et la facilité à s’enrhumer est une preuve de la facilité avec laquelle la transpiration se dérange, & le poulmon s’engorge, ce qui est toujours dangereux.

§. 118. L’on conviendra de la fausseté de ces préjugés, en examinant la nature des rhumes, qui ne sont autre chose que les maladies que je viens de décrire, mais dans un degré fort leger.

Un rhume est véritablement presque toujours, une maladie inflammatoire; c’est une legere inflammation du poulmon, ou de la gorge, ou d’une membrane qui garnit intérieurement les narines & l’intérieur de quelques cavités qui se trouvent dans les os de la joue & du front; cavités, qui toutes communiquent avec le nez; de façon que quand l’inflammation a attaqué une partie de cette membrane, elle se communique aisément aux autres.

§. 119. Il est presque inutile de décrire les symptomes du rhume; il suffira de faire remarquer 1. que la principale cause des rhumes est la même que celle qui produit le plus ordinairement les maladies dont j’ai parlé; c’est-à-dire, la transpiration arrêtée. 2. Que quand ces maladies regnent, il y a en même-tems beaucoup de rhumes. 3. Que les symptômes qui annoncent un rhume violent, ressemblent beaucoup à ceux qui précedent ces maladies. L’on a rarement de gros rhumes sans frisson & sans fievre, quelquefois même elle dure plusieurs jours. L’on tousse, la toux reste seche pendant quelque tems, ensuite il vient des crachats qui diminuent la toux, & l’oppression. C’est alors qu’on peut dire que le rhume est mûr. L’on a souvent de legers points, mais passagers, & un peu de mal de gorge. Quand les narines sont le siege du mal, ce qu’on appelle fort mal à propos rhume de cerveau, on a souvent un mal de tête très violent. Le mal de tête dépend souvent de l’irritation de la membrane qui tapisse les cavités de l’os du front, ou Sinus maxillaires. L’on ne mouche, dans les commencemens, qu’une eau fort claire, & fort âcre; ensuite, à mesure que l’inflammation diminue, elle s’épaissit, & l’on mouche une matiere semblable à celle qu’on crache. L’on perd ordinairement l’odorat, le gout, l’appetit.

§. 120. Les rhumes n’ont point de durée fixe. Ceux de cerveau durent ordinairement très peu de jours; ceux de poitrine sont plus longs. Il y en a cependant beaucoup qui se dissipent au bout de quatre à cinq jours. S’ils durent trop long tems, ils nuisent; 1. parceque la toux violente dérange toute la machine, & surtout qu’elle porte le sang à la tête. 2. En privant du sommeil, qui est presque toujours diminué par un rhume. 3. En ôtant l’appetit, & en troublant la digestion; ce qui affoiblit nécessairement. 4. En affoiblissant le poulmon même, par les secousses continuelles qu’il reçoit; de façon que, peu à peu, toutes les humeurs s’y jettant, comme sur la partie la plus foible, il reste une toux continuelle; il est toujours surchargé d’humeurs, qui, s’y épaississant, gênent la respiration, oppressent & donnent une fievre lente; le corps ne se nourrit pas; le malade tombe dans la foiblesse, le déperissement, l’insomnie, l’angoisse, & meurt souvent assez promptement.

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