Beautiful Paradise - volume 9 (French Edition)
2. Haute trahison
Je n’ai désormais plus que deux choses en tête : ce que j’ai appris à la slackline pour faire le vide en moi, et William.
Penser à cet homme que j’aime d’un amour si total me donne plus de courage que je ne croyais en posséder.
Pendant que Lana m'enfonce lentement, minute après minute, la vis dans le dos, m’étouffant un peu plus sous la pression à chaque fois, je ne vois plus que lui. Par moments, j’ai même l’impression qu’il est avec moi, qu’il me demande de l’attendre. Mais je ne sais pas si je tiendrai longtemps, la douleur est si vive…
Peu à peu, je ne sais pas comment cela se produit, mais je remarque que mon corps se fait moins sensible, alors mon esprit devient plus clair…
Je pense à la première fois que je l’ai vu, à l’aéroport, puis à son air embarrassé, le jour où il m’a fait sa « proposition », expliquant qu’il ne pourrait jamais m’aimer, qu’il ne voulait pas de l’amour. Ensuite, je me remémore avec douceur notre escapade à San Francisco et cette soirée incroyable dans la villa de ses parents. Je songe à tous les cadeaux qu’il a pu me faire, toujours démesurés, mais choisis avec beaucoup de soin. Je pense au soir de mon anniversaire sur le Richard Parker, son somptueux bateau. Ce soir-là, il avait rassemblé pour moi tous mes amis.
– Je suis ravie de voir que ce petit traitement te fait sourire, Solveig, commente froidement Lana, que j’ai l’impression d’entendre de très loin. Tant mieux car je suis loin d’en avoir fini. Je dois me montrer précise, vois-tu…
Mais je n’écoute plus ce qu’elle dit. Seuls mes souvenirs, maintenant, emplissent ma tête et mon corps. Je peux sentir le souffle de William ; respirer le parfum suave et chaud de sa peau dorée au soleil ; entendre sa voix me dire « mon amour » ; frissonner au contact de sa main sur mon genou…
Peu importe ce qui m’attend, maintenant. Je sais que j’ai vécu la plus belle aventure que puisse vivre un être humain : rencontrer mon âme sœur, connaître cet amour si rare et si intense, celui qu’on ne rencontre qu’une fois dans sa vie, souvent même jamais. Quoi qu’il arrive, je suis riche de cet immense cadeau.
Tu peux bien faire de moi tout ce que tu veux Lana, j’ai de la compassion pour toi qui n’a rien connu de tout ça. Je suis forte et heureuse. Heureuse comme tu ne pourras jamais l’être. Tout ce que tu pourras me faire ne m’empêchera pas de l’aimer et d’être aimée de lui.
Dans mon dos, je sens la vis qui transperce ma peau, j'ai l'impression d'entendre mes côtes se casser sous l'étau dans lequel je suis prisonnière. Je me sens loin.
Je suis avec William et, tant qu’il me restera une once de force, je sais que je survivrai. Pour lui.
Pour nous.
***
Au loin, il me semble entendre un grand fracas. Mais je ne suis plus sûre de rien, j’ai peut-être rêvé. J'ai l'impression de m'être évanouie, rêvant de William et de nos jours heureux.
Des voix se mélangent dans ma tête. Elles proviennent de si loin. Je voudrais qu’elles se taisent. Laissez-moi avec mon amour. Laissez-moi entendre sa voix. Je ne veux être qu’avec lui.
Mais le vacarme reprend. C’est comme si quelqu’un désirait me sortir de cet espace merveilleux où je me trouve, comme si on me tirait de force par le bras…
– Mon amour, je veux rester avec toi…
Ma propre voix, comme surgie d’un autre monde, me fait tressaillir. J’ai l’impression de m’entendre à travers une porte. Comme si je me trouvais dans une autre pièce et que derrière la porte, il y avait du bruit. Un bruit effroyable.
Je ne peux m’empêcher de tendre l’oreille.
– Tout est fini, Lana ! s’exclame une voix forte.
– JAMAIS ! proteste celle-ci, en hurlant. Tant que je serai en vie, je chercherai un moyen de me venger, tu m’entends, William ! Tu l’as tué ! Tu as tué mon frère et tu paieras pour ça !
– Tais-toi, coupe une autre voix pleine d’amertume et de colère. Tu nous a tous trompés. Comment as-tu pu ?
– Traîtresse, crie quelqu’un d'autre, d'une voix pleine de mépris.
Petit à petit, les liens qui me retiennent se distendent et je sens mon corps, privé de ses forces, s’affaisser doucement.
Mais rien de tout cela ne m’intéresse. Je voudrais juste retourner dans mes pensées avec William. Le sourire de William, sa voix, la douceur de sa peau contre moi. C’est la seule chose qui compte.
Mon corps se fait léger comme une plume. Comme si j’étais soulevée de terre. Cette sensation est merveilleuse.
À présent, je peux sentir les bras de l’homme que j’aime m’entourer de toute leur vigueur. Ma tête repose contre lui et, contre ma joue, sa peau chaude et veloutée me fait frissonner de plaisir. Je peux même entendre les pulsations rapides de son cœur, le respirer comme si l’air, autour de moi, était empli de lui.
Mais de nouveau, mes sensations sont contrariées. Je sens le poids de mon corps reposer sur quelque chose. C’est confortable et moelleux, mais je préférais avant. Rendez-moi les bras de William.
On dirait que les voix tentent de me distraire. Elles me parviennent de très loin, un peu confuses…
– Laissez-moi l’examiner, monsieur, je vous en prie. Laissez-moi… supplie une première voix.
– Non ! Le moindre mouvement pourrait la briser ! Ne la touchez pas ! s’exclame une autre…
Je reconnais ce timbre chaud…
– Laissez-le faire, ordonne doucement une troisième. Solveig a besoin de soins.
– Mon ange, qu’ai-je fait ! Mon amour, pardon ! Pardon !
Un pincement violent me serre le cœur, sans que je comprenne d’abord pourquoi.
– Elle a seulement perdu connaissance, monsieur, commente une voix calme, bien qu’inquiète. Je crois qu’elle n’a rien. Lana est loin d'être allée au bout de son plan. La vis qu'elle a fixée sur l'étau qui lui emprisonnait le buste n'aurait jamais pu lui scier la colonne vertébrale.
– Solveig, je t’en supplie, réveille-toi, insiste la voix.
C’est le ton de la voix de William, dévasté, qui me ramène à la réalité. Je ne supporte pas d’entendre la détresse qu’il semble éprouver. Je dois le rassurer.
Alors, rassemblant tout mon courage, je reprends possession de mon corps. J’accepte de revenir au monde. Pour lui.
En une fraction de seconde, tout redevient douloureux. Mes chevilles, mes jambes, mes bras et plus que tout, mon dos, me font un mal atroce.
Je dois ouvrir les yeux, maintenant.
Lorsqu’il remarque que je le regarde, mon beau, mon merveilleux William fond sur moi.
– Mon ange ! s’écrie-t-il, les yeux brillants.
– Mon amour, murmuré-je dans un mince filet de voix. Je savais que tu me sauverais, dis-je en tendant la main vers lui.
– Oh ! ma chérie ! Tu peux bouger… Elle n’a pas réussi. Tu es sauvée, fait-il en caressant mes cheveux, agenouillé près de moi.
Je souris en sentant ses doigts courir dans mes cheveux. J’embrasse tendrement la paume de sa main lorsqu’elle se pose sur les courbes de mon visage.
Et peu à peu, les yeux rivés à celui de l’homme que j’aime, je reprends connaissance. Je me souviens de Lana, de ce qu’elle a voulu me faire subir et de son histoire, pathétique et terrifiante.
En réalité, je ne sens pas grand-chose. La douleur paralyse complètement mes sensations. Mais je ne veux pas l’inquiéter. Je tente de m’asseoir, aidée par William, mais mon corps me lâche aussitôt.
– Mademoiselle, laissez-moi vous ausculter, commande Cole en s’approchant de moi. Je suis médecin.
Cole a bien plus d'un tour dans son sac ! J'ignorais qu'il était médecin !
Il reprend :
– Nous avons besoin de savoir s’il faut vous conduire à l’hopital.
En disant cela, il m’aide à me retourner sur le ventre et commence à palper précautionneusement chacun de mes membres. Un silence angoissé s’abat sur nous tous. Jusqu’à ce que je pousse un cri de douleur, au moment où celui-ci me pince le pied.
– Aïe ! fais-je en essayant de ne pas avoir l’air trop douillette.
– Mademoiselle, vous réagissez bien à la douleur, c’est le plus important. D’ici quelque temps, vous serez parfaitement remise. Mais la plaie que vous avez dans le dos doit être soignée. Je vais vous faire un pansement. La vis n'est pas allée loin. Elle a à peine éraflé votre peau. Et l'étau dans lequel vous étiez bloquée n'était pas assez serré pour vous casser quoi que ce soit. Parfois, c'est juste lorsque les contractions musculaires liées à une tension extrême sont trop importantes que le corps a mal. Ce sont finalement comme des courbatures liées à un effort considérable.
Plusieurs minutes plus tard, avec l’aide de William et Cole, et après que mon pansement ait été fait, je peux m’asseoir presque normalement bien que mon corps me fasse encore très mal, en particulier la plaie entre mes vertèbres. Mais d’après Cole, c’est la meilleure nouvelle possible.
– Je vais appeler le kyné avec lequel nous travaillons habituellement. Un massage permettra de dénouer les nœuds et de détendre vos muscles. Dans une heure, il n'y paraîtra plus.
Je me sens rassurée, je ne vais pas restée paralysée toute ma vie. Je n'ai rien qu'une petite plaie dans le dos, et surtout des contractions liées à la peur que j'ai ressentie pendant tout ce temps passé avec Lana. Son plan a échoué, mon amour pour William est plus fort que tout. Désormais, plus personne ne pourra nous séparer…
***
Une heure plus tard, nous sommes installés dans l’immense salon de la maison et ce n’est que maintenant que je remarque la présence de Jason. Les trois hommes me contemplent sans rien dire et, soudain, je me sens intimidée. Je me niche dans les bras de William, lui seul peut me redonner de l’énergie après une telle épreuve.
Nous sommes encore sous le choc.
Pendant un long moment, personne n’ose briser le silence qui nous enveloppe et chacun paraît plongé dans ses pensées.
Lana, cette femme en qui ils avaient tous confiance, les a trahis cruellement, eux aussi. Elle faisait partie de l’équipe. Elle en était la coordinatrice et un pilier.
C’est William qui, le premier, prend la parole.
– Ma chérie, je ne me pardonnerai jamais ce qui vient de t’arriver, par ma faute, dit-il, plein d’une immense tristesse.
– Mais tu n’es responsable de rien, William, protesté-je en me serrant contre lui.
– Si seulement je ne lui avais pas fait confiance… grince-t-il, mâchoires serrées.
– Mon amour, dis-je en le regardant avec tendresse, mais c’est justement pour cela que je t’aime ! Tu lui as donné une seconde chance, tu as cru en elle. C’est ta bonté infinie qui fait l’homme que tu es.
Puis, prenant conscience de la présence de trois étrangers au milieu de cette déclaration d’amour très intime, j’ajoute, pour reprendre une contenance et en finir avec cette histoire :
– Je voudrais savoir ce qui s’est passé. Comment m’avez-vous trouvé ?
– C’est Sabine qui nous a avertis de ton absence, commence William. Elle a reçu ton SMS pour l’avertir que tu arriverais bientôt et, ne te voyant pas arriver, elle est venue me trouver. Mais c’est autre chose qui nous a alertés : les recherches de Jason ont enfin abouti.
Je me tais, suspendue au récit de mon amant.
– Jason a fini par comprendre que la méthode de cryptage utilisée dans les e-mails anonymes que tu as reçus est la même que celle utilisée par Lana. Nous ne l’avions pas vu jusque-là puisque c’est elle-même qui devait se charger de décrypter ces e-mails et d’en trouver la provenance, poursuit-il avec un rire amer. Elle pouvait donc suivre nos moindres découvertes et les saboter sans difficulté. C’est elle, enfin, qui s’est amusée à peindre les lettres de sang sur le bateau, simplement pour me faire peur.
– J’avais des soupçons depuis quelque temps déjà, reprend à son tour Jason. J’ai donc pris sur moi de placer un mouchard dans l’ordinateur de Lana pour comprendre ses méthodes de travail, explique-t-il en rougissant, gêné d’avouer son forfait. Dès que j’ai compris qu’elle était le véritable auteur des e-mails et des menaces, poursuit-il, il était facile de déduire que son absence soudaine, qui pouvait passer pour une disparition accidentelle à la suite du cyclone, n’était qu’un leurre. Il m’a suffi de trianguler la position de son téléphone personnel, l’autre étant hors-service, pour comprendre qu’elle n’avait jamais quitté l’île.
– Et nous n’avons pas perdu une minute pour venir ici, ajoute Cole, le secrétaire particulier de William, avec une bienveillance qui me touche.
– Enfin, achève Jason, je me suis rappelé la scène dont nous avons été témoins, vous et moi, mademoiselle. Lorsque nous avons découvert Lana en larmes. C’est là que j’ai compris qu’elle préparait quelque chose, qu’elle avait un plan précis en tête, et que celui-ci vous concernait.
Nous prenons tous quelques minutes pour mesurer la gravité de la situation et des actes de Lana.
– Que va-t-il arriver à Lana, maintenant ? m’enquiers-je.
– Matt est en ce moment en train de la conduire auprès des autorités des îles Caïmans dont elle est citoyenne. Elle sera probablement emprisonnée pour de très longues années, explique Cole, la mine sombre.
– Elle ne te fera plus jamais de mal, ma chérie, je te le promets, ajoute William en caressant mon épaule.
Puis, à mon tour, je commence à raconter ce qui s’est passé. Comment elle m’a capturée, ce qu’elle avait l’intention de me faire et pourquoi.
À mesure que je parle, le visage de William pâlit d’indignation, de rage, mais je le sens aussi, de culpabilité. Mais c’est Cole qui réagit le plus violemment.
– Jamais monsieur Burton n’aurait laissé ainsi un homme à terre s’il avait pu en être autrement, Solveig ! Il nous a tous sauvés, ce jour-là ! Nous et le petit garçon qui était retenu en otage. Puis, se tournant vers William, il ajoute : vous l’avez sauvé au péril de votre vie.
– Peut-être aurais-je dû agir autrement, rétorque William, en proie au doute.
– Vous savez bien que non. Les bandits étaient prêts à tirer sur tout ce qui bougeait… ce pauvre garçon en a d’ailleurs fait les frais. Vous ne pouviez rien faire pour le jeune frère de Lana.
– Je ne sais pas, Cole… commente simplement William, le regard perdu dans les souvenirs de cette terrible journée.
Alors, après un long silence, Cole prend à nouveau la parole.
– Mademoiselle, monsieur, désirez-vous que je prépare une collation ? Vous devez être affamés après une telle épreuve. Ensuite, si vous le permettez, j’aimerais me joindre aux secours, sur l’île. En tant qu’ancien médecin de l’armée, je suis sûr que je peux me rendre utile.
– Cole, allez-vous un jour cesser de me donner du « Monsieur » et accepter de me tutoyer ? répond William, amusé.
– Bien, monsieur, répond-il, le plus sérieusement du monde, ce qui a pour effet immédiat de faire rire William, alors qu’une lueur amusée se dessine dans le regard du secrétaire particulier.
– Merci, Cole. Nous allons nous débrouiller, ajoute simplement William. Je vais m’occuper de Solveig. Je suis certain que votre proposition sera bien accueillie.
– Et nous vous rejoindrons très vite, ajouté-je à l’intention de Cole. Je suis bien décidée à ne pas rester me prélasser ici.
Pendant que nous le regardons s’éloigner de la maison et regagner la plage, William, les doigts entrelacés aux miens, caresse doucement la paume de ma main, de la pulpe de son pouce.
– Je vais te préparer quelque chose à manger, me dit-il tendrement.
– Je n’ai pas très faim, avoué-je.
– Il faut que tu reprennes des forces, insiste-t-il avec douceur. Ce que tu viens de vivre est très éprouvant.
– Être près de toi, voilà ce qui me guérit, dis-je dans un sourire, en déposant un baiser dans son cou.
– Tu as été très courageuse, mon ange, murmure-t-il.
– J’ai pensé à toi, expliqué-je simplement. J’ai pensé à toi si fort que j’avais l’impression que tu étais auprès de moi et que tu m’aidais à tenir. Sans cela, j’aurais perdu espoir, avoué-je en rougissant.
– Je te promets que tu n’auras plus jamais à vivre cela. Je te le jure…
Nous demeurons ainsi enlacés, pendant de longues minutes. Et en effet, la proximité de William me redonne des forces. Seul mon dos, maintenant, me fait encore souffrir et c’est devenu supportable. D’ici quelques jours, ce sera passé.
L’idée de l’échec de Lana me réjouit. Finalement, elle n’est pas parvenue à m’atteindre, ni à faire de mal à William. Cette pensée allège mon cœur.
C’est alors que William rompt le silence et m’annonce doucement :
– Ma chérie, je dois t’annoncer quelque chose. J’ai reçu des nouvelles tout à l’heure. Des nouvelles de San Francisco.
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