Beautiful Paradise - volume 9 (French Edition)
3. Une lueur d’espoir
Immédiatement, une sonnette d’alarme se met en place. San Francisco, c’est la ville natale de William, celle où résident aussi ses parents, mais depuis un moment, c’est aussi pour moi le lieu où se trouve enfermée la femme qui a causé tant de souffrance dans la vie de William.
Maria Lima, la femme qui a enlevé l’homme que j’aime lorsqu’il était plus jeune, qui l’a soumis à tous ses caprices et a même failli le tuer… et me tuer par la même occasion… Maria Lima est désormais recluse dans un hôpital psychiatrique.
– Que se passe-t-il, William ? questionné-je, rongée par l’angoisse.
– Il s’agit de Maria, annonce-t-il immédiatement. Je viens d’apprendre son décès, ajoute-t-il d’une voix que je ne parviens pas à déchiffrer.
– Son décès… fais-je incrédule. Comment est-ce arrivé ?
– Une crise cardiaque, explique-t-il, laconique. D’après le directeur de l’hôpital qui suivait son dossier de près, il s’agit d’une anomalie cardiaque que personne n’aurait pu détecter. Il m’a assuré qu’elle n’avait pas souffert.
Cette nouvelle me laisse sans voix et mes sentiments à propos de cette femme sont si partagés que je n’arrive pas à savoir véritablement ce que je ressens. Une part de moi, je dois l’avouer, se sent soulagée. Elle ne nuira plus à William. Ni à moi. Mais je me sens aussi pleine de pitié pour cette personne malade et profondément malheureuse.
– Comment te sens-tu, mon amour ? demandé-je à William, inquiète de ce que l’effet que cette annonce a pu avoir sur lui.
– Difficile à dire, dit-il doucement, le regard perdu dans les reliefs de la plage, qui se trouve derrière la grande baie vitrée de son salon, au loin. Je sais qu’elle est en paix, à présent. Mais j’aurais voulu pouvoir la sauver, Solveig. Je pensais que les médecins pouvaient la guérir…
La tristesse de William est palpable. Du bout des doigts, je lui caresse la main en songeant à son grand cœur, émue : même cette femme responsable de tant de douleur dans sa vie, il aurait voulu la sauver.
– Tu ne peux pas sauver tout le monde. Même toi, tu ne le peux pas, dis-je en prenant son visage entre mes mains pour le regarder au fond des yeux.
– Tu as raison, reconnaît-il, dans un faible sourire. Aujourd’hui, une page se tourne… Justement, je voudrais aussi te parler de quelque chose, poursuit-il sur un ton plus léger. Viens, allons marcher dehors, dit-il enfin, en me prenant la main, indiquant qu’il ne souhaite plus parler de Maria Lima. Mais avant, appelons Sabine et Jackson, qui se font certainement un sang d’encre.
D’un commun accord, nous décidons de ne pas raconter à Sabine, ni à Jackson, ce qui s’est véritablement passé. Inutile de leur faire peur maintenant alors que le danger est passé. Au téléphone, nous minimisons la situation et William précise seulement à Sabine que je me suis blessée assez durement en trébuchant en arrière, insistant sur le fait que j’ai été correctement soignée et que si d’ici un jour ou deux, la plaie n’a pas commencé à cicatriser, nous nous rendrons à l’hôpital de Nassau pour un examen plus approfondi.
Au téléphone, Sabine semble gober sans difficulté nos petits arrangements avec la réalité.
Quelques minutes plus tard, je me laisse entraîner par l’homme que j’aime à l’extérieur de la maison. Celui-ci m’aide à me déplacer, mais me sentir debout et libre me donne du courage.
Dehors, la plage nous tend les bras. Le soleil m’indique qu’il doit être un peu plus de deux heures de l’après-midi. La beauté de cet endroit, même si j’y suis habituée, me sidère à chaque fois.
William me serre contre lui pour m’entraîner lentement vers la petite crique qui se trouve derrière la maison. C’est la deuxième fois qu’il m’y emmène. La première fois, c’était juste avant l’explosion d’une partie de sa maison. L’œuvre de Lana, ainsi que nous l’avons appris.
Je réprime un frisson.
Il s’est passé tant de choses, depuis ce jour… Jamais je n’ai vécu aussi intensément que depuis que je te connais.
De temps à autre, je tends le visage vers lui pour tenter de déchiffrer ce que mon amant a en tête, mais son profil exprime un mélange si complexe de sérieux, de détermination et d’une impatience presque joyeuse, que je m’y perds.
On dirait qu’il y a quelque chose dont il veut me parler, et qu’il cherche ses mots…
– Viens dans mes bras, dit-il enfin, tout en m’aidant à m’asseoir près de lui, sur le sable.
La plage est de toute beauté et nous sommes seuls à des kilomètres à la ronde. Devant nous, la mer étale ses longues lames bleues, turquoise et vert émeraude. Il fait très chaud aujourd’hui et nous nous abritons du soleil sous un palmier.
Sans se consulter, nous nous allongeons l’un contre l’autre, entrelaçons nos jambes, nos bras et, pendant que le visage perdu dans son cou, je respire le parfum envoûtant de sa peau, William commence :
– Tu as raison, dit-il doucement. Je ne peux pas sauver tout le monde. Mais il y a une personne que je veux pouvoir protéger convenablement, et cette personne, c’est toi.
Je dépose un doux baiser au creux de son épaule, laissant un sourire naître sur mes lèvres.
– Et il y a autre chose. Depuis que je te connais, Solveig, me mettre en danger comme je le fais depuis des années me pose problème. Avant, je n’avais rien à perdre. Rien d’important. Aujourd’hui, je chéris chaque jour passé avec toi, chaque seconde. Et je ne veux plus prendre le risque de briser notre bonheur. Le danger ne m’intéresse plus.
– Oh, murmuré-je, émue, en plongeant mes yeux dans le regard brillant qu’il me tend. Je t’aimerai toujours, quoi que tu fasses…
Un long et langoureux baiser vient répondre à ces mots. William caresse mes longs cheveux roux, mes épaules et je me laisse aller à lui, le cœur battant, mais il reprend, plus sérieux :
– J’ai pris une décision.
– Quelle décision ? fais-je en écho, inquiète du ton grave que vient soudainement de prendre la conversation.
– Je vais arrêter de diriger les missions de sauvetage, avoue-t-il, d’une voix calme.
Je n’en crois pas mes oreilles.
William adore son travail. Secourir les autres, accepter les missions les plus périlleuses, voilà ce qui le fait vibrer. Ce revirement de situation soudain, je dois l’avouer, m’inquiète et je m’écarte légèrement de lui pour mieux le voir, espérant déceler sur son visage ce qui le motive vraiment.
– William, commencé-je, tu aimes tellement ce que tu fais…
– J’aimais, corrige-t-il, un doux sourire aux lèvres. Maintenant, c’est toi que j’aime. Risquer ma vie en permanence alors que tu existes, ça n’a plus aucun sens pour moi…
– Que vas-tu faire dans ce cas ? demandé-je, de plus en plus intriguée.
– J’ai mon idée, dit-il d’un air un peu absent. Je crois que l’on peut être au service des autres sans risquer sa vie et…
Mais à ce moment-là, la sonnerie de son téléphone nous interrompt. À contrecœur, William s’écarte de moi avec toutes les précautions, comme si je risquais de me briser en mille morceaux au moindre geste, ce qui me fait fondre.
– Excuse-moi, Solveig, dit-il en reprenant tout à coup son ton de chef d’entreprise.
Et, alors que je reste assise à le regarder, déroutée par ce changement d’attitude soudain, le voilà déjà debout, les pieds solidement ancrés sur le sol, comme prêt à combattre.
La conversation semble tendue. William ne plaisante pas. J’ignore de quoi il peut s’agir et les réponses brèves de celui-ci, faites de « très bien », de « je vois » et autres « d’accord » ne m’en disent pas beaucoup plus.
Mais je peux percevoir que la conversation, progressivement, devient de plus en plus cordiale. William, à l’évidence, se détend et adopte une attitude plus calme, plus sereine.
Lorsqu’il raccroche, le sourire de triomphe qu’il me tend me fait sourire à mon tour, sans que je sache ce qui le rend heureux à ce point. Mais il se contente d’afficher un air mystérieux et de se pencher pour me prendre la main.
Un sourire angélique illumine son visage lorsqu’il me soulève de terre pour me prendre dans ses bras, en riant.
– Ma chérie, je crois que cette journée se terminera mieux qu’elle n’a commencé.
– Que veux-tu dire ? questionné-je, vraiment curieuse.
– Laisse-moi encore un peu de temps. Nous en reparlerons, élude-t-il en parsemant une envolée de petits baisers sur mon visage.
Mon cœur s’emballe immédiatement et petit à petit, nos baisers se font plus langoureux. Nos lèvres se joignent et, alors que les mains de William se resserrent autour de moi, que mes jambes s’enroulent autour de sa taille, il me conduit lentement vers la mer, jusqu’à ce que, le souffle court, il murmure à mon oreille :
– Je crois que l’eau te ferait du bien, fait-il, malicieux. La mer est une puissante guérisseuse et je vais faire attention à toi, ajoute-t-il, d’une voix sensuelle.
– Tout ce que tu veux, mon amour, dis-je à mon tour d’une voix altérée par le désir qui monte en moi, affolant et impérieux.
Alors, mon amant me soulève tendrement pour m’entraîner vers la mer. Puis nous pénétrons dans la mer tiède de la petite crique, déjà ivres l’un de l’autre et impatients de ne faire plus qu’un.
***
Lorsque nous remontons sur le sable, ruisselants, apaisés et heureux, il me semble que nous sommes au paradis.
Main dans la main, après avoir rassemblé nos vêtements, nous remontons la petite crique, nus comme au premier jour, encore ruisselants et transfigurés par cet amour immense qui nous unit. Je regarde le corps de William, élancé et cependant massif, son dos puissant aux muscles déliés, la ligne parfaite de son corps et les ondulations de ses cheveux mouillés qui dansent et volent autour de son visage.
Qu’il est beau…
En cet instant précis, tout me semble parfait.
Mais Lorsque nous parvenons sur la terrasse qui porte encore les stigmates du cyclone, la réalité me frappe de plein fouet. Je pense en particulier à Sabine.
Ce soir, j’avais prévu de lui faire une surprise.
Ce matin, j’ai envoyé un message à tous nos amis pour les convier à une dernière soirée, à Hannah Beach. Une soirée en l’honneur de Sabine, pour que nous puissions l’aider à tourner la page… Je n’ai pas eu une seconde pour réfléchir à ce que j’allais faire… Il faut que je trouve une idée et vite.
William, qui tient à la main une serviette de bain moelleuse, me regarde avec inquiétude.
– Que t’arrive-t-il ? demande-t-il tout en enroulant la serviette autour de moi.
– Sabine… La soirée en hommage à Hannah beach, dis-je simplement. Je n’ai rien préparé.
Mais le visage de William se détend. Il me prend dans ses bras et me dit :
– Je crois que tout le monde te pardonnera, Solveig. Après ce qui vient de se passer… Du moins, ce que nous leur en avons dit. Et ce qui compte, c’est que tout le monde soit rassemblé, non ?
– Oui, tu as sans doute raison, dis-je, tout de même déçue à l’idée de ne pas avoir pu mener à bien mon plan pour redonner le sourire à Sabine et l’aider à repartir en France avec de bons souvenirs.
– Et puis, ajoute alors William avec sagesse, ces derniers jours nous ont prouvé que tout peut changer en une fraction de seconde. Il reste encore quelques heures avant la tombée du jour, alors tout peut arriver, ajoute-t-il, un sourire rassurant illuminant son beau visage.
Ce matin, lorsque nous nous sommes quittés, il avait rendez-vous avec un agent du gouvernement pour parler de Hannah Beach, justement. Il avait un projet à lui soumettre…
Je crois que je viens de comprendre d’où provenait l’appel de tout à l’heure…
– William ? fais-je, les yeux écarquillés. Avec qui parlais-tu au téléphone ? m’enquiers-je, en esquissant un sourire plein d’espoir.
– Tout à l’heure ? fait-il en feignant de ne pas comprendre à quoi je fais allusion.
– William ! insisté-je, brûlant d’impatience.
– Oui, il s’agissait bien de l’agent de Nassau avec lequel j’avais rendez-vous ce matin, avoue-t-il enfin. Je pense que nous allons avoir de bonnes nouvelles, ce soir, précise-t-il, une étincelle de joie dans le regard. Mais tout n’est pas encore finalisé, alors n’en parlons plus pour le moment. Je crois qu’il est temps pour nous de nous préparer à rejoindre Hannah Beach.
Quelques minutes plus tard, nous sommes prêts à partir. En attendant qu’arrivent nos amis, nous avons décidé de préparer un grand feu de bois sur la plage, aussi, nous devons faire vite pour que tout soit prêt avant leur arrivée. Je ne sais toujours pas ce qui s’est passé lors de ce rendez-vous, mais William semble confiant et cela me suffit pour espérer.
Après avoir lâché les amarres qui retiennent le somptueux Riva de William au petit ponton de bois qui borde la plage principale de son île, nous partons vers Hannah Beach.
Il est près de cinq heures à présent et il ne nous reste qu’une heure pour préparer le grand feu de joie que nous voulons faire brûler sur la plage.
Le soleil commence tout doucement à baisser et ses rayons ne brûlent plus. Le bateau de William avance à une allure folle et, très vite, je peux reconnaître, au loin, le rivage qui borde la maison de Sabine.
Les ruines de la maison de Sabine, plus exactement.
Un douloureux pincement au cœur me compresse la poitrine. Quand je pense à tout ce que nous avons vécu ici, dans cette maison. Nous avions presque réussi à remettre la maison d’hôte de ma tante sur pied, avant que ces sombres histoires d’expropriation ne viennent jeter le trouble dans nos vies. Avant le cyclone, nous savions déjà que tout était fini, mais celui-ci a balayé ce qui nous restait d’espoir, littéralement.
Tout à coup, je me rappelle que j’ai perdu mon travail. Jusqu’à présent, j’aidais Sabine à redresser sa maison d’hôte, développant notamment notre présence sur Internet. La folie de ces derniers jours m’a tenue à l’écart de cette question, mais revenir ainsi à Hannah Beach me remet à l’esprit que je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais pouvoir faire de ma vie, désormais.
La main que pose William sur mon genou me fait légèrement sursauter.
– Tu es ailleurs, mon ange, me dit-il gentiment, conscient que revenir à Hannah Beach est un moment difficile pour moi.
– Oui, fais-je d’un petit sourire en guise d’excuses. Je me demandais seulement ce que j’allais faire de ma vie, à présent.
– Tout ce que tu veux, Solveig. Tu es capable d’ouvrir toutes les portes, me dit-il, confiant.
– C’est que… je ne sais pas ce que je veux, dis-je, sincèrement perdue.
– Eh bien, réfléchis aux moments pendant lesquels tu te sens le mieux, propose-t-il, alors que nous parvenons sur la plage. Par exemple, qu’as-tu ressenti durant ces dernières heures, au Grand Hôtel ?
Je me concentre sur ce que me dit William. Que s’est-t-il passé d’extraordinaire au Grand Hôtel ? Je n’ai vraiment pas eu le temps d’y penser, je n’ai fait que courir, organiser, répondre à des questions, superviser les différentes équipes…
Le bateau est à l’arrêt. Installé à la place du pilote, William se contente de me regarder sans rien dire, comme s’il observait le fil de mes pensées, une main toujours posée sur mon genou, qu’il caresse doucement.
Je sais où il veut en venir.
C’est vrai que durant tout ce temps passé à coordonner les secours, je me suis sentie parfaitement bien. À l’aise, sûre de moi… dans mon élément.
– J’ai une proposition à vous faire, mademoiselle Delacourt, me dit-il tout à coup, sur un ton faussement solennel.
– Une proposition ? fais-je, les yeux ronds.
– Des plus sérieuses, insiste-t-il. Non seulement tu as brillamment coordonné les opérations de sauvetage au Grand Hôtel, ma chérie, mais en plus je t’ai vue t’épanouir en prenant toutes ces responsabilités. Je sais reconnaître un bon élément lorsque j’en vois un et tu as toutes les qualités requises pour un poste qui vient de se libérer dans mon équipe, explique-t-il.
– Tu veux que je remplace… Lana ? dis-je, interdite.
– Exactement, fait-il, sans que je puisse déceler une once de plaisanterie dans son regard. Je sais que tu seras parfaite. Cole, Matt et Jason te connaissent et eux aussi ont été impressionnés par la manière dont tu as résisté à Lana aujourd’hui. Sous ton apparente fragilité, tu es une femme coriace et forte, mon ange. La seule question est : as-tu envie de te joindre à eux ?
– Oui, William ! Oui, je veux rejoindre ton équipe, m’exclamé-je, étonnée moi-même par ce que je viens de dire.
– Quel enthousiasme ! s’exclame-t-il en riant. Sauf que ce ne sera pas mon équipe, Solveig, mais la tienne, précise-t-il, malicieux, avant d’ajouter, devant ce que je devine être ma mine paniquée : ce que tu ne sais pas encore, je te l’apprendrai, ajoute-t-il en me prenant les mains. Nous prendrons le temps qu’il faut pour que tu te sentes totalement à l’aise. Et tu piloteras les missions depuis notre maison.
– Je… je crois que je vais aimer faire cela, William, dis-je, sans réaliser vraiment ce à quoi je m’engage. Je ferai tout ce que je peux pour être digne de ta confiance.
Je reste ébahie par cette décision soudaine, presque irréfléchie. Mais, étrangement, je me sens à la hauteur et enthousiaste au-delà de ce que j’aurais pu imaginer. Si c’était possible, je crois que je voudrais commencer tout de suite.
Mais nous n’avons plus beaucoup de temps devant nous et, après avoir amarré le bateau à ce qui reste de ponton, nous nous dirigeons vers la plage, main dans la main, plus amoureux que jamais.
La vision des ruines est une épreuve, mais nous ne nous appesantissons pas et partons immédiatement en quête de morceaux de bois pour préparer le feu. Sur la plage, meurtrie par le cyclone, ce n’est pas ce qui manque et en peu de temps, nous avons rassemblé de quoi faire un feu magnifique.
Dès la première flambée, celui-ci s’embrase et, en attendant que les autres arrivent, nous nous installons sur le sable pour contempler notre œuvre. Assise entre les jambes de William qui me serre contre lui, il me semble alors que ce feu que nous venons d’allumer consume le passé, lave de ses flammes les souvenirs douloureux, les interrogations, la peine et la peur.
Aujourd’hui, une page de nos vies se tourne et de grands changements nous attendent…
William, lui aussi, semble perdu dans ses pensées, plus serein qu’il ne l’a jamais été. Pour la première fois depuis que nous nous connaissons, la vie semble vraiment de notre côté…
C’est alors que le bruit d’un moteur, non loin de nous, interrompt ce moment suspendu.
Et nous nous retournons vers le lieu d’ou provient le bruit, tandis qu’à une centaine de mètres, je peux déjà reconnaître les voix mêlées de ceux que nous aimons.
Peu à peu, tout le monde descend du bateau de Jackson. Je reconnais tout d’abord Violaine qui, pleine d’énergie, saute avec souplesse hors du bateau, amarré à quelques mètres du nôtre. Luke la suit de près, puis Robin et Sally qui aident les jumeaux à descendre à terre. Sam les suit de près et enfin Sabine, aidée par Jackson. Je suis heureuse de voir que Sam et les jumeaux se sentent mieux. Le premier, qui a essentiellement souffert de déshydratation, semble encore très fatigué, mais affiche une bonne humeur contagieuse. Quant aux jumeaux, leurs côtes cassées les font parfois grimacer de douleur et l’un d’entre eux a le bras en écharpe, à cause d’une épaule luxée, mais tous deux affichent un sourire resplendissant.
Tous ceux que j’aime sont là et sans hésiter une seconde, je m’élance vers eux pour les accueillir.
Je n’ai toujours pas la moindre idée de ce que nous allons faire ici, près des ruines de la maison, mais pour le moment, je ne songe qu’à une chose : nous sommes ensemble, bien vivants et prêts à reconstruire l’île à mains nues s’il le faut !
Sans rien dire de ce qui s’est passé ce matin sur l’île de William, et bien que mon dos me fasse encore mal, je les salue chaleureusement, remerciant chacun d’entre eux pour avoir fait le déplacement.
Sabine me regarde, étonnée :
– Pourquoi sommes-nous ici, Sol ? me dit-elle, intriguée et visiblement inquiète.
– Je… commencé-je, j’ai pensé que nous avions tous besoin de nous retrouver ici. Nous avons tous souffert ces derniers jours, ajouté-je en bredouillant un peu, et toi plus que nous… Même si nos amis ont peut-être eu plus mal que les autres, ajouté-je à l‘intention de Sam et des jumeaux. Alors il m’a semblé qu’il fallait célébrer l’avenir et l’espoir, tous ensemble.
– Tu es un ange, murmure ma tante, les yeux brillants, en m’enlaçant. Merci d’avoir pensé à tout ça, ma chérie, je suis heureuse de rendre un dernier hommage à cet endroit où j’ai été si heureuse. Je n’aurais pas eu le courage d’en prendre l’initiative, alors je te suis reconnaissante d’y avoir pensé pour moi. Et tu as raison, ajoute-t-elle avec un sourire plein d’espoir, il est temps de penser à l’avenir.
Je suis heureuse, et vraiment soulagée de voir que Sabine a commencé à reprendre le dessus.
Mais lorsque mon regard croise celui de Luke, je ne peux réprimer un mouvement de colère. S’il nous avait averti qu’il se tramait quelque chose au moment de l’expropriation de Sab, nous n’en serions pas là… La maison serait peut-être détruite, mais elle serait toujours propriétaire du terrain.
D’un autre côté, les images de ce matin me reviennent en mémoire : lorsque je me remémorais ses paroles pleines de sagesse et ses leçons de slackline pour tenir le coup.
Sans lui, qui sait dans quel était je serais ?
Cette constatation éteint immédiatement ma colère envers Luke et, même si je me sens toujours très fâchée après lui, je décide de ravaler ma colère, pour aujourd’hui en tout cas. Nous aurons l’occasion de nous expliquer plus tard. Et puis, je ne dois pas oublier la manière dont il a sauvé Sam et les jumeaux qui, sans lui – et sans l’aide de William –, ne seraient probablement pas ici non plus…
Et cette soirée est dédiée à ce que nous avons tous enduré, ces derniers jours. Je décide que ce n’est ni le lieu, ni le moment pour régler mes comptes avec mon ancien ami et me contente de lui adresser un signe de la tête.
Ensemble, nous rejoignons tous le grand feu, accueillis par William dont les traits se découpent magnifiquement à la lueur des flammes.
Jackson semble très heureux d’être parmi nous, lui le solitaire qui vivait jusqu’à présent presque reclus dans sa maison, et n’attend pas que tout le monde soit installé pour distribuer les bières qu’il a apportées avec lui.
Si j’en crois ce que je vois, chacun d’entre nous est fermement résolu à passer une bonne soirée. Nous avons tous besoin de nous détendre après les émotions que nous venons de vivre et nous n’aspirons tous qu’à être ensemble et passer un bon moment.
Après quelques minutes, nous sommes tous installés. Alors, je prends une large respiration, toussote pour attirer l’attention de l’assemblée, et je décide d’improviser pour dire quelques mots.
– Merci à tous d’être présents ici, avec nous ce soir, autour de ce grand feu, commencé-je, gênée de parler ainsi en public. Je vous ai conviés à cette soirée pour que nous puissions dire un dernier au revoir à ce qu’a été pour nous Hannah Beach et remercier la providence, pour nous avoir tous laissés sains et saufs, continué-je en regardant Sabine, qui me sourit avec bienveillance. Et, même si, pour chacun d’entre nous, il y aura un avant et un après ce cyclone, je nous souhaite à tous de vivre intensément et pleinement tout ce qui nous attend à présent, quels que soient les chemins que nous emprunterons, conclus-je en rougissant, mais soutenue par les signes d’assentiment de tout notre petit groupe.
Puis, pendant quelques secondes, le silence s’installe. Aucun d’entre nous ne sait comment le rompre et nous nous contentons d’admirer les hautes flammes qui semblent vouloir lécher le ciel.
Je me rassieds donc auprès de William qui me serre contre lui en m’embrassant amoureusement sur la tempe.
C’est alors que Luke se lève.
Mais à l’instant où tous les regards se tournent vers lui, il devient manifestement très nerveux, se tordant les mains sans articuler le moindre mot. Violaine, elle, lui lance des regards indéchiffrables, qui semblent vouloir dire « je t’en supplie, tais-toi ! pas maintenant ! », mais pleins d’amour, à l’évidence. Pas de doute, mon amie est tombée amoureuse.
Luke ne semble vraiment pas savoir ce qu’il fait là, debout devant nous. Puis, après avoir pris une respiration, se tournant vers Sabine, il se lance enfin.
– Je voudrais seulement dire, commence-t-il en cherchant ses mots, que je suis de votre côté. Lorsque j’ai commencé à soupçonner mon père de vouloir s’approprier votre maison, je n’ai pas su comment réagir, poursuit-il, l’air très malheureux. Alors j’ai préféré faire comme si je ne savais rien. Ignorer mon père, et ignorer vos difficultés. À présent, je mesure à quel point j’ai fait fausse route. J’ignore si vous pourrez jamais me pardonner, ajoute-t-il en glissant un regard dans ma direction. Moi-même, j’ignore si je me pardonnerai un jour…
Alors Sabine se lève à son tour pour se précipiter vers Luke.
– Merci Luke, je suis très touchée par ses mots, dit-elle, pleine de sollicitude. Je n’ai rien à te pardonner, personne ne peut juger tes choix. Il n’y a rien de plus difficile que de s’opposer à ses parents. Crois-moi, j’en sais quelque chose. Je suis certaine que tu as fait tout ce que tu as pu.
Je suis très surprise par la réaction de ma tante, pleine de compassion et de gentillesse et, à mon tour, je me demande si je ne me suis pas montrée trop dure. La situation dans laquelle se trouvait Luke, pris entre le besoin de se montrer loyal envers son père et son amitié pour nous, a dû être difficile à supporter.
À mon tour, je lui adresse un sourire.
– Oh… merci, fait-il, reconnaissant, en balayant l’assemblée du regard. Vous savez que vous pouvez compter sur moi sans réserve, ajoute-t-il chaleureusement.
Mais, alors que Luke et Sabine reprennent place autour du feu, je remarque une haute silhouette s’avancer lentement sur la plage, contourner les ruines de la maison, s’y arrêter quelques instants puis se rapprocher de nous, en prenant son temps.
Intriguée et inquiète, je me penche vers William pour désigner la silhouette.
Mais celui-ci, à la seconde où il l’aperçoit, m’adresse un large sourire.
– Je crois que nous avons de la visite ! fait-il en se levant pour se diriger vers l’homme qui se rapproche de plus en plus.
Et à la manière dont celui-ci est habillé, je devine aisément qu’il s’agit d’une personnalité officielle…
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