Bouillon de poulet pour l'âme des soeurs
4 - Surmonter les Obstacles
En regardant de vieilles photographies, j’ai constaté que la généreuse application de White-white sur notre visage nous donnait l’air de récupérer de la tuberculose ou bien d’être extraordinairement surprises. Je ne sais pas pourquoi il ne nous est jamais venu à l’esprit d’acheter des doubles de ces articles convoités — aucun d’eux n’étant cher.
Ma sœur est devenue ma meilleure amie et, aujourd’hui, j’ai honte des surnoms que je lui ai donnés et de mes crises de colère. Si on vendait encore du White-white aujourd’hui, je lui en achèterais un approvisionnement à vie.
Mais, en même temps, je ne peux m’empêcher d’exulter à la pensée qu’elle aura quarante ans avant moi.
Si nous devions vivre longtemps, je lui offrirais un ruban de vison pour les cheveux à ses quatre-vingts ans — juste avant de lui rappeler que je reste encore une fille de soixante-dix-neuf ans.
Rebecca Christian
1 Traduction libre : Faisons un échange.
4
SURMONTER
LES OBSTACLES
Nos vies, nos projets et nos expériences
ont été si intimement entremêlés que,
séparées, nous éprouvons le sentiment d’être incomplètes — et, réunies,
la certitude d’une telle force
qu’aucun obstacle, aucune divergence
ou aucun danger ne nous apparaissent
insurmontables.
Elizabeth Cady Stanton
Une promesse à tenir
Hier soir, Margot et moi étions étendues l’une à côté de l’autre dans mon lit. C’était incroyablement inconfortable, mais voilà ce qui a rendu la chose amusante.
Anne Frank,
à propos de sa sœur
J’ai une histoire à vous raconter à propos de ma sœur. Bien que mon récit soit certainement rempli d’amour fraternel, le sujet n’est pas nécessairement doux, gentil ou féminin. À vrai dire, c’est le récit d’un lien peu connu des autres et la façon dont il s’est développé, entre ma sœur et moi, dans des conditions très rudes mais honnêtes dans notre petite maison de briques à Forth Worth, au Texas.
Ma sœur et moi n’étions pas seulement des sœurs l’une pour l’autre, nous étions également des mères. Ma mère s’est suicidée quand j’avais cinq ans, ma sœur et son frère jumeau en avaient six. Maman n’habitait pas avec nous à ce moment-là, car elle éprouvait de graves problèmes de maladie mentale qui, éventuellement, ont causé la séparation de mes parents. Elle a alors emménagé avec une de mes demi-sœurs dans un autre État.
Mon père n’a jamais cessé d’aimer ma mère et, s’il en avait la chance, il la remarierait aujourd’hui. Après son décès, les choses ont été difficiles pour mon père, bien qu’elles n’aient jamais été faciles avant. Mon père faisait de son mieux côté travail et, chaque jour, il nous envoyait tous les trois à l’école même si la maison en souffrait. N’ayant que notre père pour nous élever, je pense que nous avons compris très jeunes que nous devions nous élever nous-mêmes, du moins en partie.
En plus de la maison négligée, nous ne pouvions pas nous permettre grand-chose. Je me souviens de nombreux hivers au cours desquels nous n’avions pas de chauffage ni même d’eau chaude et, pendant de nombreuses années, nous avons vécu sans réfrigérateur et cuisinière.
Un jour d’hiver, alors que nous avions neuf et dix ans, ma sœur et moi avons décidé que nous avions besoin de nous laver plus souvent. À cette époque, nous n’avions pas de chauffe-eau, mais papa faisait bouillir de l’eau et, une fois par semaine environ, nous prenions « un bain » dans l’évier.
Après une visite embarrassante chez le médecin, ma sœur et moi avons conclu que cela ne suffisait pas.
Un jour, l’infirmière de l’école nous a amenées à l’extérieur du campus pour consulter un médecin et, en fin de compte, nous avions la gale, c’est-à-dire de petits acariens parasites sous l’épiderme. Je suppose que nos professeurs avaient remarqué notre étrange condition cutanée et qu’ils ont alors alerté l’infirmière. De toute façon, nous sommes allées voir le médecin et nous avons dû nous dévêtir. Nous avions honte de lui montrer les cercles de saleté autour de nos chevilles et de nos poignets.
Ce soir-là, nous nous sommes fait la promesse de nous laver tous les jours.
Je me souviens qu’il s’agissait d’une froide soirée d’hiver, que l’air était très froid dans notre vieille maison qui n’avait qu’un radiateur au gaz dans une des chambres à coucher. Pour respecter notre promesse, nous avons rempli une cuve d’eau FROIDE jusqu’à nos chevilles et nous y sommes restées debout en frissonnant. Puis, vint le moment de déterminer qui serait la première à s’immerger dans l’eau et à se savonner. Je pense que c’est ma sœur qui a décidé d’être la plus courageuse et elle s’est glissée dans l’eau glacée.