Coquecigrues

Jules Renard · Chapitre 33 sur 70

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Coquecigrues

Coquecigrues

DÉJEUNER DE SOLEIL LA PARTIE DE SILENCE LA LIMACE LES RAINETTES LE VIEUX ET LE JEUNE JEAN-JACQUES FIN DE SOIRÉE

 

DÉJEUNER DE SOLEIL

À Édouard Dubus.

 

La neige (existe-t-il un pays où la neige est noire?) tombe et suggère des comparaisons fades.

Dans la rue, un gamin pétrit une boule, la pose sur une couche unie, sans ornière ou marque de pas, et la pousse prudemment. Elle roule et s’enveloppe à chaque tour comme d’une feuille de ouate. Bien que «gobes», les mains suffisent d’abord à la conduire par les sentiers blancs. Puis il y faut mettre le pied, les genoux, les épaules, toutes les forces.

Souvent la boule résiste, entêtée, s’écorne, se fendille. Enfin elle s’immobilise.

Le gamin, petit pâtissier en gros, dédaigneux de fignoler son travail, n’ayant plus rien à faire, disparaît.

Aussitôt, le soleil maladif et pâle, las de toujours monter sans jamais bouger de place, suce lentement, jusqu’à l’heure du coucher, lèche doucement l’informe gâteau de neige, comme une personne patraque grignote un morceau de sucre, du bout des dents, à petites reprises.