Cruise Vibrations
Chapitre 1
Romy
Baigné de lumière, le port de Nice est surpeuplé de touristes. Il fait une chaleur étouffante depuis ce matin et je n’arrive pas à me rafraîchir avec ce pauvre prospectus sur les locations de bateaux. Assise sur un énorme rocher, j’attends désespérément Nikita.
Décidée à me pourrir la vie jusqu’au bout, ma meilleure amie et associée s’est mis en tête de m’embarquer dans un voyage, auquel je ne souhaite plus participer. Nikita est du genre tenace, elle refuse qu’on lui dise non et boude pendant des heures quand j’ai le malheur d’être en désaccord avec ses choix.
Ses longs cheveux cachés sous un chapeau en paille, elle s’approche de moi faisant voler les replis de sa robe fleurie. Ses yeux bleus se plissent en même temps que ses lèvres et dès qu’elle ouvre la bouche, je sais que ça ne va pas me plaire.
Je veux rentrer chez moi !
– OK, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. On commence par laquelle ?
– Dans les deux cas, c’est mauvais pour moi.
– Cache ta joie, bougonne-t-elle.
– Je fais ce que je peux, rétorqué-je avec un faux sourire.
Nikita enlève son chapeau pour le mettre sur ma tête, secoue ses cheveux dans tous les sens et crée un énorme champignon sur son crâne. Avec son air hippie, ses lunettes en forme de cœur rose et ses dizaines de bijoux par poignets, elle est superbe.
– Allez, balance, grogné-je de ma voix cassée.
J’ajuste le chapeau et cache mes courts cheveux blonds derrière les oreilles. Une mèche se coince dans ma créole, je râle et m’arrache quelques cheveux en essayant de l’enlever.
– Tu n’es pas possible, rit Nikkie en m’aidant à sauver mon oreille.
– J’ai chaud !
– Nous sommes dans le sud de la France, évidemment que tu as chaud.
Dans un autre contexte, j’aurais adoré me balader dans les rues niçoises. L’été est particulièrement chaud cette année, l’ambiance est bouillante et euphorique. Malheureusement, depuis un mois, ce n’est pas une chaleur bienveillante qui m’envahit, mais un dangereux orage prêt à gronder.
– On peut retourner à Paris, s’il te plaît ?
J’ai l’air d’une enfant en plein caprice, mais je m’en fous.
– Romy, c’est trop tard, j’ai nos billets !
Nikkie secoue les billets d’embarcation devant mes yeux, excitée par cette croisière. Je regrette presque de lui avoir partagé la proposition de M. Duncan, ce partenaire culotté qui n’a jamais donné suite à mon mail. Depuis, Nikkie a contacté Mme Lopez, la secrétaire de ce dernier et s’est assuré que nos billets de croisière étaient toujours valides. Mon seul réconfort repose sur le sous-entendu de la secrétaire, les négociations pourraient reprendre avec M. Duncan après cette croisière.
– Comme tu le sais déjà, nous devons tester plusieurs voyages et activités pour proposer des lunes de miel exceptionnelles à nos clients… Nous ne pouvions pas refuser une telle offre !
– Continue, soupiré-je en sueur.
Il fait tellement chaud, mon cerveau est au ralenti. La grisaille parisienne me manquerait presque.
Presque.
– La croisière Love & Sunshine est complète, il semblerait qu’il y ait eu une erreur dans les réservations donc nous ne pouvons pas embarquer.
Nikita parle si vite que j’ai du mal à suivre. J’observe les paquebots qui nous entourent, dont un rose fuchsia qui pue l’amour à des kilomètres. Deux mois auparavant, je me serais certainement empressé de prendre des photos pour notre site internet, mais là, aujourd’hui, sous le soleil brûlant de Nice, j’ai seulement envie de repeindre cette coque d’une couleur aussi sombre que mon humeur. Les barrières de protection sont décorées de ballons et de fleurs, et chaque couple qui monte la passerelle reçoit une coupe de champagne. C’est une croisière idyllique pour les jeunes mariés que nous devions essayer pour garantir un maximum de confort et de divertissement à nos futurs clients. À la fin de ce voyage, nous devions signer ou non, avec le représentant de Travel With Me, la première société sur le marché des voyages organisés.
– D’accord, donc on s’est tapé six heures de train pour être recalées ?
– Pour résumer, oui…
Je n’entends pas la fin de sa phrase puisque je me pointe au guichet des réservations. Je passe devant tout le monde, m’attire les foudres des clients et une dame me donne un coup de sac à main pour arrêter ma course. La réceptionniste ne me voit pas venir, elle sursaute dès que nos yeux se rencontrent.
– C’est une blague ? sifflé-je. Écoutez-moi, je n’ai pas fait autant de chemin pour rester sur le port.
– Excusez-moi madame…
– Nous sommes les dirigeantes de Wedding For Life, intervient Nikita à mes côtés. Je suis désolée, je n’ai pas eu le temps d’expliquer les nouvelles modalités de notre voyage à mon amie.
– Peu importe ! C’est une très mauvaise pub de nous recaler à quelques minutes du départ. Ça commence mal pour notre contrat, vous ne croyez pas ? Et si nous étions de simples clientes ? Vous laisseriez deux clientes sur le port ?
La jeune femme me regarde avec de grands yeux effrayés comme si je venais de griller son chat au barbecue. Je ne suis pas si méchante normalement, seulement je déteste ne pas être prise au sérieux et c’est l’affreux sentiment que je ressens.
– Rom’, est-ce que tu crois vraiment que cette femme a un quelconque impact sur nos négociations avec Travel With Me ? me dit Nikkie. Viens, on se donne en spectacle, je n’aime pas ça !
– Vous allez entendre parler de moi, terminé-je en tournant les talons.
Je retourne sur mon rocher en croisant les bras et les jambes.
– C’était quoi ça ? rit ma meilleure amie. Tu ne m’as pas laissé terminer, nous avons une solution de secours.
– Cette croisière devait nous aider à conclure un super contrat pour notre agence, je ne vois pas ce que tu peux me proposer d’autre. Ça fait cinq ans que nous sommes installées à Paris, on commence à se faire un nom en France, mais aussi à l’étranger. Travailler avec Travel With Me aurait été une occasion en or ; on gagne en reconnaissance et en portefeuilles clients. Une pierre, deux coups. Une croisière, dix clients supplémentaires.
– Eh bien, pour quelqu’un qui n’était pas emballé au départ, tu as bien réfléchi au sujet.
– Je te parle de travail là, pas de vacances. Et c’est le patron pervers qui ne m’enchante pas, je ne peux pas nier qu’on ait besoin de ce contrat.
– Cette croisière avait un autre but et tu le sais.
Je ne le sais que trop bien.
Nous sommes le 1er août, la date qui devrait être le plus beau jour de ma vie. À un mois du mariage de mes rêves, mon charmant fiancé s’est dit qu’il serait plus judicieux de me quitter plutôt que de passer le reste de sa vie enchaîné à moi.
Ce sont ses mots, pas les miens.
Romain et moi nous sommes rencontrés à l’université de Paris. Il étudiait le droit, moi la communication. Nous avions tous les deux des buts précis pour nos carrières ; il voulait être juge et je voulais ouvrir mon agence spécialisée dans l’organisation de mariages luxueux. Étant tous les deux étudiants, on se soutenait, on s’aidait à réviser et on profitait ensemble des soirées étudiantes et autres beuveries.
Au bout de cinq ans de relation, nous avons emménagé ensemble.
Au bout de sept ans, il m’a demandé en mariage.
Au bout de neuf ans, il m’a quittée, car ça allait trop vite pour lui.
Trop vite !
Qui ose dire que se marier après neuf ans de relation est précipité ?
Il y a des gens qui se marient en seulement trois mois, car ils savent, ils ressentent que c’est le bon ou la bonne et ils n’ont plus envie de se poser de questions. Ils foncent tête baissée, quitte à se fracasser en fin de piste.
Romain m’a quittée sans me donner plus d’explications et je n’ai pas estimé en vouloir sur le moment. Ça faisait trop mal, trop mal au cœur, trop mal à l’ego. Je l’aime, c’est un fait, une vérité que je n’ai pas envie de nier et je pense que je l’aimerai toute ma vie.
Malgré la colère et ce goût amer de trahison.
Ce qui me rend encore plus pathétique.
– C’est quoi l’autre option ? demandé-je à Nikkie.
– Nous avons fermé la boutique pendant trois semaines, donc on peut partir avec cette croisière.
Avec un grand sourire sur les lèvres, elle pointe du doigt un énorme paquebot où seul le logo de Travel With Me est peint sur la coque. Légèrement plus grand que celui pour les amoureux, ce bateau est à étages et de nombreux passagers commencent à envahir les balcons. J’étais réticente à partir en vacances, mais nos dossiers sont bouclés, et le mois d’août est certainement le plus calme que nous avons. Nikita a beaucoup insisté et je ne sais pas lui dire non, surtout quand elle a de très bons arguments comme ce potentiel partenariat et l’envie de me changer les idées.
– C’est quoi le piège ?
– Il semblerait que le codirigeant de TWM soit sur ce bateau ; aucun piège, juste du bénéfice.
– Qu’est-ce que cet homme ferait ici en plein mois d’août ? Il n’a rien de mieux à faire ? Son patron n’a même pas daigné me répondre, grommelé-je.
– Et nous alors ? rit Nikkie. C’est un nouveau projet pour eux, il veut peut-être s’assurer que tout se passe bien.
C’est exactement ce que je ferais en tant que directrice d’entreprise. J’aime quand tout est carré et qu’il n’y a pas de surprises. Je m’assure moi-même de chaque nouvel investissement. C’est un aspect de ma personnalité que j’essaie d’améliorer ; j’aime le contrôle et le pouvoir. La seule personne que j’autorise à mes côtés est Nikita ; deux femmes, un seul cerveau.
Et je suis hors service à cause de la chaleur.
– Comment sais-tu tout ça ?
– La réceptionniste semble excitée par la présence du codirecteur, c’est une information qu’elle n’a pas pu garder pour elle.
– Une groupie de fils à papa richissime ? me moqué-je. Quel cliché !
Évidemment, avant d’envisager quoi que ce soit avec le groupe TWM, je me suis renseignée sur ces dirigeants américains. C’est une entreprise familiale qui reste très discrète sur les membres qui la composent. Ils ont fait fortune en investissant toutes leurs économies dans une compagnie aérienne qui tombait en ruine. Après deux ans de rafistolage express, ils ont remis leurs avions sur le marché. La qualité et l’attractivité financière de leurs vols ont vite séduit les Américains, pour ensuite arriver en Europe. Pour ne pas s’arrêter à l’aviation, ils ont aussi investi dans tous les transports et hôtels qu’ils pouvaient se permettre, c’est-à-dire… beaucoup d’hôtels dans beaucoup de pays.
L’intimité familiale est si bien respectée qu’il est difficile d’avoir une photo avec tous les actionnaires. Seul le président de l’entreprise, M. Duncan, rend son visage public, ainsi que sa femme Eléanor, une ancienne actrice française, qui a gagné autant de Césars que d’Oscars dans sa vie. Ils ont deux enfants, mais je n’ai pas réussi à trouver la moindre information sur ces deux-là. Ma principale interlocutrice pour ce partenariat a été Mme Lopez, la secrétaire de M. Duncan lui-même.
– Nous n’avons pas réellement le choix, soupiré-je.
– En avant, vieille branche ! s’amuse Nikkie en faisant voler sa robe autour d’elle.
Après avoir donné nos billets Premium à l’entrée de la passerelle, nous montons pour atteindre la proue du bateau où de nombreux touristes s’entassent pour faire signe aux personnes sur le quai. Occupée à chercher mon téléphone dans le mini sac à main que Nikkie m’a offert à Noël, je ne fais pas attention où je marche. Mes pieds s’emmêlent dans une grosse corde et j’atterris sur le sol, les mains en avant pour me rattraper, alors que la garce qui m’accompagne éclate de rire.
– Mais qu’est-ce que tu fais ? s’esclaffe-t-elle.
Son rire attire de nombreux regards et me ridiculise encore plus. La première idée qui me vient à l’esprit est d’envoyer ma meilleure amie par-dessus bord et de prendre le prochain train disponible pour Paris. La deuxième est de lever mon majeur à tous ces gens qui me fixent comme si j’étais folle, à croire que j’ai fait exprès de glisser et de m’étaler devant eux.
– Je vérifie que le sol est bien lustré, grogné-je de mauvaise humeur.
Ma peau colle tellement je sue et la température du sol n’arrange rien.
– Et alors ? intervient une voix près de nous. Il est comme il faut ?
– Ça reste à voir, est-ce que je dois noter dans mon rapport qu’il est dangereux de simplement marcher sur le pont, au risque de perdre une jambe ou un bout de cerveau ? J’ai hâte de réclamer un rendez-vous avec le codirecteur de cette satanée entreprise.
Je ne relève pas la tête, trop gênée pour affronter le regard des autres passagers. Je continue de râler dans un murmure colérique.
– Vous allez bien ?
Une main apparaît dans mon champ de vision, je l’ignore et pousse sur mes jambes pour me lever. Nikkie m’aide à épousseter mes vêtements, un simple débardeur et un short en jean avec plus de trous que de matière.
– Satanée corde, râlé-je encore une fois.
Bien décidée à rendre justice à mes genoux égratignés, je rencontre enfin le visage de l’homme venu jouer les princes charmants. Troublée par ses yeux marron aussi clairs que du caramel liquide, je ne trouve rien à dire.
Nous nous observons en silence.
Habillé d’un polo blanc et d’un bermuda beige clair, il semble totalement prêt à partir en croisière pour trois semaines. Son look décontracté s’harmonise merveilleusement avec ses cheveux noirs parfaitement coiffés de cire. Son teint bronzé prouve qu’il passe beaucoup de temps au soleil, contrairement à ma peau de Parisienne. Il impose une certaine prestance, un charisme qui ne passe pas inaperçu. Je lève les yeux pour l’observer sous tous les angles, sans aucune gêne. Malgré mon mètre soixante-dix, je dois me tordre le cou pour continuer à soutenir son regard.
La chaleur du sud de la France n’est rien comparée à ses prunelles. Un liquide bouillant coule dans ma gorge et m’empêche de prononcer le moindre mot.
– Vos yeux…
Un simple murmure qui me fait frissonner des pieds à la tête. Son haleine fraîche me percute la joue. Sa voix rauque me ramène sur le bateau, je fronce les sourcils.
– Quoi ? rétorqué-je. Vous n’avez jamais vu de l’hétérochromie ?
Autrement dit, des yeux vairons. Mon œil gauche est un mélange de marron et de vert, alors que le droit est aussi bleu que l’océan. Il faut toujours quelques minutes pour que les gens s’habituent à mon regard.
– Jamais d’aussi près, répond-il finalement.
Et pour être près, il l’est.
Si près que je dois reculer d’un pas pour retrouver mon espace personnel en fronçant les sourcils.
– Il me semble que c’est une particularité rare chez les humains, continue l’inconnu.
Il est hypnotisé par mes yeux, c’est à peine s’il réalise qu’il parle à voix haute.
Nikkie s’avance à son tour et tend sa main alors qu’il continue de me toiser.
– Nikita, enchantée. Et la mutante devant vous c’est Romy.
Son obsession pour l’univers Marvel est un vrai problème dans notre amitié.
– Comme l’actrice, Romy Schneider ?
L’inconnu lève un sourcil avec un sourire taquin. Ses lèvres sont fines, mais dessinées. Après avoir salué Nikkie, il avance pour prendre la mienne. Ses longs doigts pressent doucement ma paume. Un coup d’électricité parcourt ma peau jusqu’à mon épaule. Je ne m’attarde pas, récupère ma main avant de croiser les bras sous ma poitrine.
Je ne suis pas super à l’aise avec les contacts humains.
– Ma mère est une grande fan, expliqué-je rapidement.
Nikkie lève un sourcil dans ma direction. Ce n’est pas mon genre de m’étaler sur ma vie privée.
– Vous lui ressemblez.
Ce n’est pas la première fois qu’on me le dit.
Certes, j’ai les yeux en forme d’amandes, contrairement à elle, mais mes pommettes hautes et mes joues rondes rappellent celles de l’actrice qui incarne Sissi l’Impératrice. J’ai aussi un joli nez, légèrement pointu et des lèvres fines, mais dessinées. Ma mère me répète tous les jours que c’est mon prénom qui me donne ce beau visage et que je pourrais incarner la célèbre impératrice dans un nouveau film.
Ce qui n’est pas du tout dans mes projets, évidemment.
Ses compliments ont toujours été un peu bancals, mais venant d’elle, je prends.
Tous les mois je paie une fortune le coiffeur pour garder mon blond quasiment blanc et mon carré désordonné, ce qui me différencie de cette légende du cinéma.
– Et vous êtes ?
– Cole.
– Vous êtes américain, intervient Nikkie.
Je n’avais pas remarqué son accent, trop concentré à analyser son visage. C’est le genre de mec qui me ferait complètement craquer si je ne venais pas de me faire larguer et que je n’étais pas devenue indifférente aux charmes masculins.
– En effet, confirme-t-il avec un sourire qui me laisserait presque pantelante.
J’enlève le chapeau de Nikkie et balaie mes cheveux pour les décoller de mon front en sueur. Le soleil tape de plus en plus fort, je suis en nage et j’ai envie d’une longue douche bien froide. Je coince mes mèches rebelles sous mes lunettes de soleil sur mon crâne et observe la foule qui nous entoure. Les deux passerelles ont été remontées, tout le monde est prêt à partir et les moteurs sont enclenchés.
Impossible de faire demi-tour désormais.
Tous les passagers se précipitent sur les balcons et les terrasses extérieures pour faire un dernier signe à la ville de Nice. Une vieille dame hurle à pleins poumons qu’elle reviendra vivante et si ce n’est pas le cas, elle donne tout son argent à Sissi… J’essaie de l’apercevoir, mais la foule s’amasse autour de nous.
Je souris, en pensant à ma grand-mère qui m’appelle aussi par ce surnom.
– Rom’, s’excite Nikkie. Regarde !
Son rire attire mon attention ainsi que celle de nos compagnons de voyage.
– Sissi !
Dans les bras de ma meilleure amie, aussi belle et ridée que d’habitude, ma grand-mère maternelle me fait un grand sourire.
– Nana, soufflé-je étonnée. Qu’est-ce que tu fais là ?
Et puis, je me souviens. Son voyage avec son groupe de lecture, sa croisière pour découvrir les îles méditerranéennes, son départ organisé au dernier moment à l’annonce de mon non-mariage. De toute façon, Nana ne voulait pas assister à la cérémonie qu’elle jugeait ridicule. Alors que ma mère devenait complètement folle, ma grand-mère a crié sa joie, à la fois pour l’annulation de mon mariage et pour l’opportunité que je lui offrais ; elle pouvait partir en voyage sans craindre de me vexer.
En vérité, elle déteste Romain.
Un petit coup d’œil autour de moi me fait réaliser l’âge des personnes qui nous entourent.
Je me tourne vers Cole qui cache son sourire derrière sa main. Nikkie continue de rire, parce qu’elle est heureuse, parce qu’elle comprend que nous nous sommes fait piéger, parce qu’elle est ravie d’être sur ce maudit bateau.
Nikkie peut rire parce qu’elle n’a pas le cœur brisé et l’âme blessée.
– C’est une croisière pour personnes âgées ? s’esclaffe-t-elle.
Ma meilleure amie est heureuse, et même si je ne devrais pas, j’en suis affreusement jalouse.
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