Dans la peau d'un maton
Remerciements
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« Deux mois, ça sera vite fait »
Mes deux derniers jours de boulot ont été semblables aux autres. La tension continue, régulière, persistante. Ce matin, en prenant mon service, j’ai trouvé Fayçal avec la lèvre en sang. Il avait pris un coup de poing pour une histoire de trafic. Les chefs ont aussi adopté une nouvelle stratégie avec Moses, le « demi-fou » : ils ont décidé de le placer avec d’autres en cellule. « Pour qu’ils le surveillent. » Il n’y a bien que Meyer qui soit heureux : il sera libéré demain.
En fin de journée, sous une pluie battante, une Clio banalisée pénètre dans la cour de la prison. Deux policiers en civil et un garçon menotté en descendent, ils courent se réfugier à l’abri.
Le chef de service nous rejoint. Les formalités habituelles commencent : photo et numéro d’écrou, liste des effets de valeur, situation familiale, adresse, numéros de téléphone à conserver… Ce jeune homme de vingt-deux ans ne semble pas vraiment inquiet de sa situation. Il en est déjà à son cinquième passage à la maison d’arrêt. Cette fois, il est là pour deux mois. Il se rassure : « Deux mois, ça sera vite fait. » Il a été prévenu suffisamment longtemps à l’avance de son incarcération pour que son amie lui prépare un sac de linge propre qu’il est passé récupérer chez lui. En recomptant ses paquets de cigarettes, il se rend compte que dans la précipitation il a oublié son briquet. Le chef le tranquillise :
– On va vous trouver des allumettes, ne vous inquiétez pas. Votre niveau d’études ?
– Quatrième. Enfin, j’allais pas à tous les cours…
– Vous avez déjà travaillé ?
– Euh, ouais, il y a un mois… J’étais cariste dans une entreprise, mais là, en ce moment, je fais rien.
Je l’escorte jusque dans le bâtiment de la détention, où un autre surveillant lui ouvre sa cellule pour la nuit. Elle sent l’urine. Deux sandwichs sont posés sur le lit.
Lui arrive, et moi je pars. C’est étrange comme les gens se croisent. Comment sera-t-il dans deux mois ?
19 heures. Je franchis pour la dernière fois la porte de la prison. Un vent glacial me fouette le visage et me transperce jusqu’aux os. La pluie a cessé. Je sens comme un grand vide au creux de mon ventre. Je croyais que j’allais sauter de joie en sortant, je ne ressens rien du tout. J’ai juste le sentiment d’abandonner tout le monde : détenus, surveillants, tous embarqués dans la même galère. Je pars en laissant derrière moi les seules personnes à savoir ce que je viens de vivre.
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Remerciements
Un grand merci à José-Alain Fralon.
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Arthur Frayer
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