Dictionnaire de la langue verte

Alfred Delvau · Chapitre 3 sur 4

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Dictionnaire de la langue verte

Préfacette au Supplément

 

En 1883, alors que parut la troisième édition,

longtemps attendue, de cet ouvrage, nous

expliquions ainsi les motifs qui avaient amené les

éditeurs à ajouter à ce Dictionnaire un Supplément

spécial:

 

«C'est en 1866 que parut la première édition du

Dictionnaire de la Langue verte. A son apparition,

l'ouvrage de Delvau fit quelque tapage et eut un

grand succès de curiosité.

 

«M. Larcher qui sous ce titre: Excentricités du

langage français, avait déjà fait paraître un recueil

d'expressions argotiques, accusa Delvau de plagiat.

Un procès faillit intervenir entre les deux auteurs. Le

litige fut porté devant la Société des Gens de Lettres

qui reconnut le bien-fondé de certaines réclamations

de M. Larcher et obligea son rival à modifier la

seconde édition de son Dictionnaire.

 

«Cette seconde édition parut en 1867 avec une

préface différente de celle qui se trouvait dans la

première; toutefois on n'y trouve aucune trace du

dissentiment qui s'éleva entre les deux écrivains. C'est cette seconde édition, très rare aujourd'hui, et

qu'il faut payer, quand on la rencontre dans les

ventes, quarante et cinquante francs, que viennent

de rééditer MM. Marpon et Flammarion.

 

«Avant d'entreprendre cette troisième édition, ils ont

été amenés à se demander s'il fallait réimprimer tel

quel le Dictionnaire ou s'il ne conviendrait pas de le

refondre en ajoutant les nouveaux termes dont s'est

accru en ces dernières années le langage populaire

et trivial. On sait les progrès faits par la langue verte

et quelle place elle a prise aussi bien au salon qu'à

l'atelier. Des centaines d'expressions inconnues en

1867 sont aujourd'hui couramment employées.

Devait-on les intercaler dans l'œuvre de Delvau? Les

éditeurs ne l'ont pas pensé et ils ont, avec raison,

croyons-nous, préféré respecter le texte primitif.

 

«Toutefois, désireux de mettre l'ouvrage à la hauteur

des révolutions du jour, comme dit M. Larcher, ils ont

tenu à y ajouter un Supplément. Sachant que nous

préparons depuis de longues années un travail sur le

bas langage que nous nous proposons d'intituler Les

Orphelins de la langue, ils ont bien voulu nous

demander de nous charger de ce Supplément. Ne

pouvant donner à notre travail qu'une importance

secondaire, nous nous sommes attachés à choisir,

parmi ces irréguliers du langage, ceux-là seulement

qui ne figurent dans aucun dictionnaire d'argot.

«Les romans de l'école naturaliste nous ont fourni,

ainsi que certains articles de journaux, de nombreux

renseignements que nous avons utilisés en prenant

toujours soin d'indiquer la source où nous les

puisions.»

 

Nous n'avons que peu de chose à ajouter à cette

Préfacette. Disons seulement que le Supplément à

cette nouvelle édition a été modifié en grande partie.

Certains mots qui se trouvaient dans l'édition de

1883 ayant passé de mode depuis cette époque ne

figurent plus ici; d'autres au contraire y ont été

ajoutés qui ont, depuis quatre ans, enrichi la Langue

verte.

 

GUSTAVE FUSTIER.