Dictionnaire de la langue verte

Alfred Delvau · Chapitre 2 sur 4 · partie 1/20

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Dictionnaire de la langue verte

Dictionnaire de la Langue Verte

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 20 parties.

DICTIONNAIRE

DE LA

 

L A N G U E V E R T E

 

A.

 

ABADIE, s. f. Foule,—dans l'argot des voleurs, qui

l'appellent ainsi, avec mépris, parce qu'ils ont

remarqué qu'elle se compose de badauds, de

gens qui ouvrent les yeux, la bouche et les

oreilles d'une façon démesurée.

ABAJOUES, s. f. pl. La face,—dans l'argot du peuple.

 

Il n'est pas de mots que les hommes n'aient inventés pour se prouver le mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce dictionnaire est une injure, puisque jusqu'ici l'abajoue signifiait soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie latérale d'une tête de veau ou d'un groin de cochon. Nous sommes loin de l'os sublime dedit. Mais nous en verrons bien d'autres.

 

ABALOURDIR, v. a. Rendre balourd, niais, emprunté.

ABAT-FAIM, s. m. Plat de résistance,—gigot ou

roastbeef plantureux.

ABATIS, s. m. pl. Le pied et la main,—l'homme étant

considéré par l'homme, son frère, comme une

volaille.

 

Avoir les abatis canailles. Avoir les extrémités massives, grosses mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d'une origine plébéienne.

 

ABAT-RELUIT, s. m. Abat-jour à l'usage des vieillards.

Argot des voleurs.

ABATTOIR, s. m. Le cachot des condamnés à mort, à

la Roquette,—d'où ils ne sortent que pour être

abattus devant la porte de ce Newgate parisien.

ABATTRE (En). Travailler beaucoup,—dans l'argot des

ouvriers et des gens de lettres.

ABBAYE, s. f. Four,—dans l'argot des rôdeurs de nuit

qui, il y a une quinzaine d'années, se

domiciliaient encore volontiers dans les fours à

plâtre des buttes Chaumont, où ils chantaient

matines avant l'arrivée des ouvriers

chaufourniers.

 

Abbaye ruffante. Four chaud,—de rufare, roussir.

 

ABBAYE DE MONTE-A-REGRET, s. f. L'échafaud,—dans

l'argot des voleurs, qui se font trop facilement

moines de cette Abbaye que la Révolution a

oublié de raser.

ABBAYE DES S'OFFRE-A-TOUS, s. f. Maison

conventuelle où sont enfermées volontairement

de jolies filles qui ne pourraient jouer le rôle de

vestales que dans l'opéra de Spontini.

 

Cette expression, qui sort du Romancero, est toujours employée par le peuple.

 

ABCÈS, s. m. Homme au visage boursouflé, au nez à

bubelettes, sur lequel il semble qu'on n'oserait

pas donner un coup de poing,—de peur d'une

éruption purulente.

 

On a dit cela de Mirabeau, et on le dit tous les jours des gens dont le visage ressemble comme le sien à une tumeur.

 

ABÉLARDISER, v. a. Mutiler un homme comme fut

mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de

la malheureuse Héloïse.

C'est un mot du e XIII siècle, que quelques écrivains modernes s'imaginent avoir fabriqué; on l'écrivait alors abaylarder,—avec la même signification, bien entendu.

ABÉQUER, v. a. Nourrir quelqu'un, lui donner la

béquée,—dans l'argot du peuple, qui prend

l'homme pour un oiseau.

ABÉQUEUSE, s. f. Nourrice ou maîtresse d'hôtel.

ABIGOTIR (S'). v. réfl. Devenir bigot, hanter

assidûment les églises après avoir hanté non

moins assidûment d'autres endroits,—moins

respectables.

 

Le mot a trois ou quatre cents ans de noblesse.

 

ABLOQUER ou ABLOQUIR, v. n. Acheter,—dans l'argot

des voleurs, qui n'achètent cependant presque

jamais, excepté en bloc, à l'étalage des

marchands.

ABOMINER, v. a. Avoir de l'aversion pour quelque

chose et de l'antipathie pour quelqu'un,—ce que

dit clairement l'étymologie de ce mot: ab, hors de,

et omen, d'omentum, estomac.

 

Expression du vieux français et des jeunes Parisiens.

 

ABONNÉ AU GUIGNON (Être). Être poursuivi avec trop

de régularité par la déveine. Argot des

faubouriens.

ABOULER, v. a. Donner, remettre à quelqu'un. Argot

des voyous.

 

Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.

 

ABOYEUR, s. m. Crieur public ou particulier qui se

tient dans les marchés ou à la porte des théâtres

forains.

ABRACADABRA, adv. D'une manière bizarre,

décousue, folle,—dans l'argot du peuple, qui a

conservé ce mot du moyen âge en oubliant à

quelle superstition il se rattache. Les gens qui

avaient foi alors dans les vertus magiques de ce

mot l'écrivaient en triangle sur un morceau de

papier carré, qu'ils pliaient de manière à cacher

l'écriture; puis, ayant piqué ce papier en croix, ils

le suspendaient à leur cou en guise d'amulette, et

le portaient pendant huit jours, au bout desquels

ils le jetaient derrière eux, dans la rivière, sans

oser l'ouvrir. Le charme qu'on attachait à ce petit

papier opérait alors,—ou n'opérait pas.

 

Faire une chose abracadabra. Sans méthode, sans réflexion.

 

ABRACADABRANT, E, adj. Etonnant, extraordinaire,

merveilleux, épatant,—dans l'argot des gens de

lettres, qui ont emprunté cette expression à

l'abracadabra du Romantisme.

 

«Satan vous verra.

De vos mains grossières,

Parmi des poussières,

Ecrivez, sorcières,

Abracadabra!»

 

dit Victor Hugo dans la pièce des Odes et Ballades intitulée le Sabbat.

Cet abracadabra était en effet assez singulier, et je comprends qu'on l'ait raillé en en faisant un adjectif,—sans se douter que depuis longtemps le peuple en avait fait un adverbe.

 

ABREUVOIR, s. m. Cabaret,—d'où l'on sort plus altéré

qu'on n'y est entré.

D'où l'expression proverbiale: Un bon cheval va bien tout seul à l'abreuvoir, pour dire: Un ivrogne n'a pas besoin d'y être invité pour aller au cabaret.

 

ABRUTI, s. m. Élève assidu, acharné à l'étude,—dans

l'argot des Polytechniciens, dont la plupart sont

encore trop jeunes pour ne pas être un peu fous.

ABS, s. m. Apocope d'Absinthe, créée il y a quelques

années par Guichardet, et aujourd'hui d'un

emploi général.

 

Les apocopes vont se multiplier dans ce Dictionnaire. On en trouvera à chaque page, presque à chaque ligne: abs, achar, autor, aristo, eff, délass-com, démoc, poche, imper, rup, soc, liquid, bac, aff, Saint-Laz, etc., etc., etc. Il semble, en effet, que les générations modernes soient pressées de vivre qu'elles n'aient pas le temps de prononcer les mots entiers.

 

ABSINTHAGE, s. m. Action de boire l'absinthe, ou de la

faire.

ABSINTHE (Faire son). Verser de l'eau sur l'absinthe,

afin de la précipiter et de développer en elle cette

odeur qui grise tant de cerveaux aujourd'hui.

 

Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d'un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons: «X... demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d'heure,—et son absinthe est faite.»

 

ABSINTHE (Heure de l'). Le moment de la journée où

les Parisiens boivent de l'absinthe dans les cafés

et chez les liquoristes. C'est de quatre à six

heures.

ABSINTHER (S'), v. réfl. S'adonner à l'absinthe, faire

sa boisson favorite de ce poison.

ABSINTHEUR, s. m. Buveur d'absinthe.

ABSINTHIER, s. m. Débitant d'absinthe, c'est-à-dire de

poison.

ABSORBER, v. n. et a. Manger ou boire

abondamment.

ABSORPTION, s. f. Cérémonie annuelle qui a lieu à

l'Ecole polytechnique, et «qui a été imaginée, dit

Emile de la Bédollière, pour dépayser les

nouveaux, les initier aux habitudes de l'Ecole, les

accoutumer au tutoiement».

 

Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu'elle précède ordinairement l'absorption réelle qui se fait dans un restaurant du Palais-Royal, aux dépens des taupins admis.

 

ACABIT DE LA BÊTE, s. m. Bonne ou mauvaise qualité

d'une chose ou d'une personne. Argot du peuple.

 

Être de bon acabit. Avoir un excellent caractère, ou jouir d'une excellente santé.

 

ACAGNARDER (S'), v. réfl. Se plaire dans la solitude,

vivre dans son coin, comme un vieux chien las

d'aboyer à la lune et de courir après les nuages,

—ce gibier que nous poursuivons tous sans

pouvoir même en jouir comme Ixion.

 

J'ai souligné à dessein coin et chien: c'est la double étymologie de ce verbe, que n'osent pas employer les gens du bel air, quoiqu'il ait eu l'honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) S'acagnarder vient en effet du latin canis, chien, ou du vieux français cagnard, lieu retiré, solitaire,—coin.

On dit aussi s'acagnarder dans un fauteuil.

 

ACALIFOURCHONNER (S'), v. réfl. Se mettre à

califourchon sur n'importe quoi,—dans l'argot du

peuple, qui parle comme Cyrano de Bergerac

écrivait.

ACCENTUER SES GESTES, v. a. Donner un soufflet ou

un coup de poing,—ce qui est une manière de se ACCROCHE-CŒURS, s. m. pl. Petites mèches de

prononcer suivant les règles de l'accent tonique.

ACCESSOIRES, s. m. pl. Matériel servant à meubler la

scène; tous les objets dont l'usage est nécessaire

à l'action d'une pièce de théâtre, depuis la berline

jusqu'à la croix de ma mère.

 

Les acteurs emploient volontiers ce mot dans un sens péjoratif et comme point de comparaison. Ainsi, du vin d'accessoires, un poulet d'accessoires, etc., sont du mauvais vin, un poulet artificiel, etc.

 

ACCOLADE, s. f. C'était jadis un baiser que recevait

sur la joue gauche l'homme qu'on ordonnait

chevalier; c'est aujourd'hui un soufflet que peut

recevoir tout le monde sur n'importe quelle joue.

ACCOMMODER QUELQU'UN A LA SAUCE PIQUANTE, v. a.

Se moquer de lui,—et même se livrer sur sa

personne à des voies de fait désagréables.

ACCOMMODER QUELQU'UN AU BEURRE NOIR, v. a. Lui

pocher les yeux à coups de poing.

ACCORDÉON, s. m. Chapeau Gibus,—dans l'argot des

faubouriens, par allusion au soufflet placé à

l'intérieur de ce chapeau.

 

Se dit aussi d'un chapeau ordinaire sur lequel on s'est assis par mégarde.

 

ACCOUCHER, v. n. Avouer,—dans l'argot du peuple.

 

Accoucher de quelque chose. Divulguer un secret; faire paraître un livre; prendre un parti.

 

ACCOUFFLER (S'). v. réfl. S'accroupir, s'asseoir sur les

talons,—dans l'argot du peuple, qui a emprunté

ce mot aux patois du Centre, où l'on appelle

couffles des balles de coton, sièges improvisés.

 

On dit aussi s'accrouer.

cheveux bouclées que les femmes fixent sur

chaque tempe avec de la bandoline, pour donner

du piquant à leur physionomie.

 

Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris,—selon eux irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe sont irrésistibles sur nous.

 

ACCROCHER, v. a. Engager quelque chose au mont-

de-piété. Argot des faubouriens.

A CHAILLOT! Exclamation populaire, passée dans

l'argot des drôlesses de Breda-Street, et par

laquelle on se débarrasse de quelqu'un qui gêne.

ACHETOIRES, s. m. pl. Argent,—dans le même argot.

 

Maurice Alhoy trouvait le mot trivial. Il est au contraire charmant et bien construit. Montaigne n'a-t-il pas écrit: «Je n'ai pas de gardoire»? Garder, gardoire; acheter, achetoires.

 

ACŒURER, v. a. Accommoder, arranger de bon cœur.

Argot des voleurs.

ACRÉE ou ACRIE, s. f. Méfiance, cousine germaine

de l'acrimonie. Même argot.

 

Acrée donc! Cette interjection, qui signifie «Tais-toi!» se jette à voix basse pour avertir qu'un nouvel arrivant est ou peut être suspect. On dit aussi Nibé donc!

 

ACTEUR-GUITARE, s. m. Acteur qui ne varie pas assez

ses effets et n'obtient d'applaudissements que

dans certains rôles larmoyants, par exemple

Bouffé et Mme Rose Chéri. Argot des coulisses.

ACTIONNAIRE, s. m. Homme crédule et simple, qui

s'imagine que tout ce qu'on lui raconte est arrivé,

que toutes les offres qu'on lui a faites sont

sincères, etc. Argot des gens de lettres.

ADDITION, s. f. Ce que nos pères appelaient la carte à

payer, ce que les paysans appellent le compte, et

les savants en goguettes le quantum.

ADJECTIVER QUELQU'UN, v. a. Lui adresser des

injures, qui ne peuvent être en effet que des

adjectifs.

ADROIT DU COUDE, adj. m. Qui a plus l'habitude de

boire que celle de travailler. Argot du peuple.

AFF, s. f. pl. Apocope d'Affaires,—dans l'argot des

petites dames.

AFFAIRE, s. f. Vol à commettre. Argot des prisons.

AFFAIRE (Avoir son). Avoir son compte, soit dans un

duel, soit dans un souper,—être presque tué ou

presque gris. Argot du peuple.

AFFAIRE JUTEUSE, s. f. D'un bon rapport. Argot des

Mercadets.

AFFAIRES, s. f. pl. Se dit de l'indisposition menstruelle

des femmes. Argot des bourgeois.

AFFALER (S'). Tomber,—dans l'argot du peuple.

AFFE, s. f. La vie,—dans l'argot des voleurs, qui me

font l'effet d'avoir à dessein confondu avec affres,

leur existence étant un perpétuel effroi de la

justice et des gendarmes.

 

Eau d'affe, Eau-de-vie.

 

AFFOLER, v. a. Accabler de coups, blesser,

endommager,—dans l'argot du peuple, fidèle à

l'étymologie (à et fouler) et à la tradition: «Vous

nous affolerez de coups, monsieur, cela est sûr,»

dit Rabelais.

 

«. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ce qui me console,

C'est que la pauvreté comme moi les affole,» dit Mathurin Regnier.

 

AFFOURCHER SUR SES ANCRES (S'), v. réfl. Prendre du

repos; se retirer du service. Argot des marins.

AFFRANCHI, s. et adj. Corrompu, qui a cessé d'être

honnête. Argot des voleurs.

AFFRANCHIR, v. a. Initier un homme aux mystères du

métier de voleur, faire d'un voyou un grinche.

AFFRANCHIR, v. a. Châtrer,—dans l'argot du peuple.

 

On dit aussi Couper.

 

AFFRANCHISSEUR, s. m. Homme qui rend hongres les

animaux entiers.

 

On dit aussi Coupeur.

 

AFFRES, s. m. pl. Reproches,—dans l'argot du

peuple.

 

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

 

AFFUR, s. m. Profit,—dans l'argot des voleurs.

 

Le mot vient en ligne droite de ad furem (même signification), qui vient lui-même du fur (voleur de nuit), de Cicéron.

 

AFFURER, v. a. Tromper, faire un profit illicite.

AFFUT (D'). Rusé, malin, habile. Argot du peuple.

 

On dit aussi homme d'affût.

 

AFFÛTER, v. a. Tromper quelqu'un, le surprendre.

Argot des voleurs.

AFFUTER SES PINCETTES. Courir, ou seulement

marcher. Argot des faubouriens.

AFFUTIAUX, s. m. pl. Bagatelles, brimborions

quelconques,—dans l'argot des ouvriers, qui ont

emprunté cette expression au patois des

paysans.

AGATE, s. f. Faïence quelconque,—dans l'argot des

voleurs.

AGATER, v. n. Recevoir des coups, être pris,—

étrenner de n'importe quelle façon. Argot des

faubouriens.

AGOBILLE, s. f. Outil,—dans l'argot des voleurs.

AGONIR, v. n. Accabler d'injures et de sottises. Argot

des bourgeois et du peuple.

 

Ne serait-ce pas une corruption d'abonir, faire honte, un vieux verbe français encore employé en Normandie ainsi qu'agonir.

On dit aussi Agoniser.

 

AGOUA, s. f. Eau,—dans l'argot des canotiers, qui

parlent espagnol (agua) on ne sait pas pourquoi.

AGRAFER, v. a. Arrêter, consigner. Argot des soldats

et du peuple.

 

Se faire agrafer. Se laisser prendre.

 

AGRIPPER, v. a. Prendre à l'improviste, subitement.

Argot du peuple.

 

Signifie aussi filouter, dérober adroitement.

Agripper (S'). Se prendre aux cheveux avec quelqu'un.

 

AHURI DE CHAILLOT, s. m. Imbécile, homme un peu

braque. Argot des faubouriens.

 

(V. A Chaillot!)

AÏ, s. m. Vin de Champagne,—dans l'argot des

vaudevillistes de la Restauration.

AIDE-CARGOT, s. m. Aide de cuisine,—dans l'argot

des troupiers, par corruption d'aide-gargot.

AIE-AIE, s. m. Omnibus,—dans l'argot des

faubouriens.

AIGLEFIN, s. m. Chevalier d'industrie, escroc du grand

et du petit monde, vivant aux dépens de

quiconque l'écoute.

 

C'est à dessein que je donne cette orthographe, qui est aussi véritable,— c'est-à-dire aussi problématique,—que l'orthographe officielle, aigrefin. Le peuple prononce le nom comme je l'écris: est-ce par euphonie, est-ce par tradition? je l'ignore, et les savants n'en savent pas plus que moi là-dessus «Aigre faim, faim très vive (homme affamé)», dit Littré. Sans doute, mais il y a eu jadis une monnaie dite aiglefin, et les escrocs ne sont pas moins affamés d'argent que d'autre chose.

 

AIGUILLE, s. f. Clé,—dans l'argot des voleurs.

AILE, s. f. Bras,—dans l'argot des faubouriens,

l'homme étant considéré par eux comme une oie.

 

On dit aussi Aileron.

 

AIMANT, s. m. Embarras, manières, épate. Même

argot.

 

Faire de l'aimant. Faire des embarras, protester hypocritement de son amitié pour quelqu'un, afin de l'attirer à soi.

 

AIMER A CRÉDIT, s. a. Être l'amant de cœur d'une

femme entretenue,—dans l'argot de Breda-

Street, où cependant,

 

«Tout en chantant Schubert et Webre,

On en vient à réaliser

L'application de l'algèbre

A l'amour, à l'âme, au baiser.»

 

On dit aussi Aimer à l'œil.

 

AIMER QUELQU'UN COMME SES PETITS BOYAUX, v. a.

l'aimer extrêmement.—Argot du peuple.

 

On dit aussi Aimer quelqu'un comme la prunelle de ses yeux.

 

A LA CLÉ. Façon de parler explétive des comédiens,

qui entendent fréquemment leur chef d'orchestre

leur dire: «Il y a trois dièzes ou trois bémols à la

clé,» et qui ont retenu l'expression sans en

comprendre le sens exact. Ainsi: Il y a des

femmes, ou des côtelettes à la clé, signifie

simplement: Il y a des femmes,—ou des

côtelettes.

ALARMISTE, s. m. Chien de garde. Argot des voleurs.

ALÈNES, s. f. pl. Outils de voleur, en général,—sans

doute à cause de leur forme subulée.

ALENTOIR, adv. Aux environs, alentour. Argot des

voleurs.

ALIGNER, v. n. Mettre le couvert,—dans l'argot des

francs-maçons.

ALIGNER (S'). Se battre en duel,—dans l'argot des

troupiers.

ALLER (S'en). Vieillir,—dans l'argot de Breda-Street,

où l'on s'en va aussi vite que les roses.

ALLER A LA CHASSE AVEC UN FUSIL DE TOILE, v. n.

Mendier, porter la besace. Argot du peuple.

ALLER A LA COUR DES AIDES. Se dit d'une femme qui

trompe son mari en faveur d'un ou de plusieurs

amants.

L'expression date de l'Histoire comique de Francion.

 

ALLER A L'ARCHE, v. n. Aller chercher de l'argent.

Argot des voyous.

ALLER A LA RETAPE, v. n. Attendre quelqu'un sur une

route pour l'assassiner. Argot des prisons.

ALLER A L'ASTIC. Astiquer son fourniment. Argot des

soldats.

ALLER A NIORT, v. a. Nier,—dans l'argot des voleurs,

qui semblent avoir lu les Contes d'Eutrapel.

ALLER A SES AFFAIRES. Ce que les Hébreux appellent

hesich raglaw, les Anglais to shit, les Espagnols

cagar, les Flamands schijten, les Italiens cacare,

et les Grecs χεζειν [grec: chezein].

 

«Autrefois, chez le roi, on appelait chaise d'affaires, la chaise percée, et brevet d'affaires le privilège d'entrer dans le lieu où le roi est sur sa chaise d'affaires.»

 

ALLER AU CARREAU, v. n. Aller pour se faire engager,

—dans l'argot des musiciens de barrières, qui

chaque dimanche ont l'habitude de se réunir sur

le trottoir de la rue du Petit-Carreau, où les chefs

d'orchestre savent les rencontrer.

ALLER AU PERSIL. Sortir pendant le jour, aller se

promener,—dans l'argot des filles libres, qui, à

leur costume de grisettes d'opéra-comique,

ajoutent l'indispensable petit panier pour avoir

l'air d'acheter... rien du tout, le persil se donnant

pour rien chez les fruitières, mais en réalité pour

se faire suivre par les flâneurs amoureux.

 

On dit également: Cueillir du persil et Persiller.

 

ALLER AU POT. Prendre dans des dominos restants.

Argot des joueurs.

On dit aussi Fouiller au pot.

 

ALLER AU SAFRAN. v. n. Manger son bien,—dans

l'argot des bourgeois qui disent cela depuis

longtemps.

ALLER AU TROT, v. n. Se dit—dans l'argot des

faubouriens—d'une fille en toilette de combat qui

va «faire le boulevard».

ALLER AU VICE. Hanter les mauvais lieux,—dans

l'argot des bourgeois.

ALLER AUX PRUNEAUX. Plaisanterie qu'on fait à

l'hôpital, à tout nouveau venu qui paraît un peu

naïf; elle consiste à l'engager à aller demander

son dessert dans une salle voisine, à tels ou tels

malades qu'on désigne. Celui qui a l'imprudence

d'aller aux pruneaux est alors accueilli à coups

de traversin, comme l'innocent qui va le 1er avril

chez l'épicier chercher de l'huile de cotrets est

accueilli à coups de balai.

ALLER DE SA LARME (Y). Ne pas craindre de se

montrer ému, au théâtre ou dans la vie, à propos

d'un événement touchant, réel ou fictif. Argot des

gens de lettres et des faubouriens.

ALLER EN RABATTANT. Vieillir, sentir ses forces

s'épuiser. Argot du peuple.

ALLER FAIRE FAIRE (S'). Expression injurieuse—de

l'argot des bourgeois par laquelle on se

débarrasse de quelqu'un qui vous gêne ou vous

ennuie. Le second verbe faire en remplace un

autre qui est tantôt paître, tantôt un autre plus

énergique.

ALLER OÙ LE ROI VA A PIED. V. Aller à ses affaires dans

l'argot du peuple.

C'est précisément pour y avoir été que Henri III fut blessé mortellement par Jacques Clément, qui le frappa sur sa chaise d'affaires.

 

ALLER QUE D'UNE FESSE (N'). Se dit—dans le même

argot—de quelqu'un qui n'est pas très bien

portant, ou de quelque affaire qui ne marche pas

à souhait de celui qui l'a entreprise.

 

C'est l'ancienne expression, plus noble: N'aller que d'une aile.

 

ALLER SON PETIT BONHOMME DE CHEMIN. Aller

doucement; se conduire prudemment—pour aller

longtemps.

ALLER SUR UNE JAMBE (Ne pas s'en). Boire un second

verre ou une seconde bouteille,—dans l'argot des

ouvriers, qui ont une manière à eux de marcher

et de faire marcher les gens.

ALLER VOIR DÉFILER LES DRAGONS. Dîner par cœur,

c'est-à-dire ne pas dîner du tout,—dans l'argot du

peuple, qui se rappelle le temps où, ne pouvant

repaître son ventre, il allait repaître ses yeux,

sous la République, des hussards de la guillotine,

et sous l'Empire des dragons de l'Impératrice.

Qui admire, dîne!

ALLER VOIR MORICAUD, v. n. Aller au Dispensaire,—

dans l'argot des filles, qui disent cela depuis une

vingtaine d'années, par allusion au nom de M.

Marécot, sous-chef du bureau des mœurs,

chargé de statuer sur le sort des visitées, après

le rapport du médecin visiteur M. Denis.

 

Elles disent aussi Aller à saint DENIS.

Les femmes corrompues corrompent naturellement tout—jusqu'aux noms des gens avec qui elles sont en contact.

ALLEZ DONC VOUS LAVER! Interj. de l'argot des voyous,

pour signifier: Allez-vous-en donc! vous me

gênez!

 

On dit aussi Allez donc vous asseoir!

 

ALLIANCES, s. f. pl. Poucettes avec lesquelles les

gendarmes joignent les mains des malfaiteurs

pour gêner leurs mouvements.

ALLONGER (S'). Payer, se fendre,—dans l'argot des

faubouriens.

ALLUMÉ (Être). Être sur la pente de l'ivresse, soit

parce qu'on a bu plus que de raison, soit parce

qu'on a trop regardé une jolie fille. Même argot.

ALLUMER, v. n. Exciter un cheval à coups de fouet.

Argot des cochers.

ALLUMER, v. a. Provoquer l'admiration; jeter le trouble

dans le cœur d'un homme, comme font certaines

femmes avec certains regards.

 

Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds.

L'expression est vieille.

 

ALLUMER, v. a. et n. Voir, regarder,—dans l'argot des

voleurs.

 

Allumer le miston. Regarder quelqu'un sous le nez.

Allumer ses clairs. Regarder avec attention.

 

ALLUMER SON PÉTROLE, v. a. S'enflammer

l'imagination,—dans l'argot des petites dames,

qui savent combien l'homme est inflammable.

 

On dit aussi Allumer son gaz,—ce qui, en effet, est une manière de prendre feu.

ALLUMEUR, s. m. Compère, homme qui fait de

fausses enchères,—dans l'argot des habitués de

l'hôtel Drouot.

ALLUMEUSE, s. f. Marcheuse, dans l'argot des filles.

ALPAGA, s. m. Habit, dans l'argot des voleurs et des

faubouriens.

ALPHONSE, s. m. Nom d'homme qui est devenu—

dans l'argot des filles—celui de tous les hommes

assez peu délicats pour se laisser aimer et payer

par elles.

ALPIOU, s. m. Homme qui triche au jeu,—par allusion

au nom donné autrefois à la marque que l'on

faisait à sa carte en jouant à la bassette.

ALTÈQUE, ad. Beau, brave, excellent,—dans l'argot

des voleurs, qui ont emprunté ce mot (altus) à

Virgile.

AMADOU, s. m. «C'est dequoy les argotiers se frottent

pour se faire devenir jaunes et paraistre

malades,»—c'est-à-dire pour amadouer et

tromper les bonnes âmes.

AMADOU, s. et adj. Homme qui prend aisément feu—

afin d'être aimé, amatus. Argot du peuple.

AMADOUAGE, s. m. Mariage—dans l'argot des

voleurs.

AMADOUÉ, s. m. Homme marié.

AMADOUER (S') v. réfl. Se grimer pour tromper. Même

argot.

AMANDES DE PAIN D'ÉPICE, s. f. pl. Dents noires et

rares. Argot des faubouriens.

 

L'expression a été employée par le duc de Grammont-Caderousse qui, le soir de la 1 re représentation du Cotillon, au Vaudeville, avait cassé trois dents à un quidam.

AMANT DE CARTON, s. m. Amant sans conséquence,

—dans l'argot des petites dames.

AMANT DE CŒUR, s. m. Jeune monsieur qui aime une

jeune dame aimée de plusieurs autres

messieurs, et qui, le sachant, ne s'en fâche pas,

—trouvant au contraire très glorieux d'avoir pour

rien ce que ses rivaux achètent très cher. C'est

une variété du Greluchon au e XVIII siècle.

 

On disait autrefois: Ami de cœur.

 

AMATEUR, s. m. Bourgeois,—dans l'argot des

troupiers.

AMATEUR, s. m. Homme du monde qui ne fait pas

payer sa copie. Argot des gens de lettres.

AMBASSADEUR, s. m. Cordonnier—dans l'argot des

voyous.

 

Se dit aussi pour Souteneur de filles.

 

AMBES, s. f. pl. Les jambes—dans l'argot des voleurs,

qui serrent de près une étymologie: αμφω [grec:

amphô] en grec, ambo en latin, d'où ambes dans

l'ancien langage français,—trois mots qui ont la

même signification, deux: les jambes vont par

paire.

AMBIER, v. n. Fuir, jouer des ambes.

AMÉRICAIN, s. m. Compère du jardinier dans le vol

appelé charriage.

AMÉRICAINE, s. f. Voiture découverte à quatre roues.

Argot des carrossiers.

AMICABLEMENT, adv. Avec plaisir, affectueusement,

de bonne amitié,—dans l'argot du peuple, dont

les bourgeois auraient tort de rire. Je ne conseille

à personne de cesser de prononcer amicalement; ANDOUILLE, s. m. Homme sans caractère, sans

mais je trouve qu'en prononçant amicablement,

les ouvriers serrent de plus près l'étymologie, qui

est amicabilis, amicable. Amicabilem operam

dare, dit Plaute, qui me rend un service d'ami en

venant ainsi à la rescousse.

AMIS COMME COCHONS, s. m. pl. Inséparables.

AMITEUX, adj. Amical, aimable, doux, bon.

AMOCHER, v. a. Blesser, meurtrir. Argot des

faubouriens.

 

S'amocher la gueule. Se meurtrir mutuellement le visage à coups de poing.

 

AMOUR D'HOMME, s. m. Homme dont raffolent les

femmes—dans l'argot de Breda-Street, où M.

Taine devrait bien aller faire son cours

d'esthétique, car on y a des idées biscornues sur

la beauté et sur l'amour.

AMUNCHE, s. m. Ami,—dans l'argot des voleurs.

AMUSATIF, adj. Drôle, plaisant, amusant,—dans

l'argot des faubouriens.

AMUSER A LA MOUTARDE (S'), v. réfl. Se laisser

distraire de son devoir ou de sa besogne par des

niaiseries, des frivolités—dans l'argot du peuple,

qui trouve sans doute que la vie pourrait se

passer de ces condiments.

ANCIEN, s. m. Élève de première promotion,—dans

l'argot des Saint-Cyriens et des Polytechniciens.

ANDALOUSERIE, s. f. Romance mi-cavalière, mi-

sentimentale, comme on en chante dans les

cafés-concerts, et où il est toujours question du

«beau ciel de l'Andalousie», des «beaux yeux

des brunes Andalouses», et où le héros s'appelle

toujours Pédro et l'héroïne Paquita. Argot des

bourgeois.

énergie,—dans l'argot du peuple, qui emprunte

volontiers ses comparaisons à la charcuterie.

ANGE GARDIEN, s. m. Homme dont le métier—

découvert, ou tout au moins signalé pour la

première fois par Privat d'Anglemont—consiste à

reconduire les ivrognes à leur domicile pour leur

éviter le désagrément d'être écrasés ou dévalises

—par d'autres.

ANGLAIS, s. m. Créancier,—dans l'argot des filles et

des bohèmes, pour qui tout homme à qui l'on doit

est un ennemi.

 

Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu'il se trouve dans Marot; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l'oubli pendant près de trois cents ans, puisqu'il ne paraît être en usage à Paris que depuis une trentaine d'années.

 

ANGLAIS, s. m. Entreteneur,—dans l'argot des petites

dames, qui donnent ce nom à tout galant homme

tombé dans leurs filets, qu'il soit né sur les bords

de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles

ajoutent à leur manière des pages nombreuses à

notre livre des Victoires et Conquêtes.

ANGLAIS (Avoir ses). Avoir ses menses,—dans l'argot

des filles, qui font ainsi allusion à la couleur de

l'uniforme des soldats d'Albion.

 

Elles disent aussi: Les Anglais ont débarqué.

 

ANGLAISE, s. f. Écot, part de chacun dans une affaire

ou dans un dîner. Argot des saltimbanques.

 

Faire une anglaise. Payer chacun son écot.

 

ANGLAISE, s. f. Jeu de gouapeurs qui consiste à jeter

les sous de chacun et à garder pour soi les faces;

un second prend les piles qui restent et rejette,

etc.

 

Jouer à l'anglaise. Jouer aux sous.

 

ANGLUCE, s. f. Oie,—dans l'argot des voleurs.

ANGOULÊME, s. f. La bouche—dans l'argot des

voleurs, qui ont emprunté ce mot à l'argot du

peuple, par corruption du verbe français

engouler, avaler, et non, comme le voudrait M.

Francisque Michel, par une allusion plus ou

moins ingénieuse et plus ou moins fondée à la

réputation de goinfrerie de la capitale de

l'Angoumois.

ANGUILLE, s. f. Ceinture,—dans l'argot des voleurs.

ANGUILLE, s. f. Fouet à sabot,—dans l'argot des

enfants.

ANONCHALI, adj. Découragé, abattu par l'ennui ou le

chagrin—dans l'argot du peuple, fidèle à la

tradition du vieux langage.

ANSE, s. f. Bras,—dans l'argot des faubouriens.

 

Offrir son anse. Offrir son bras.

Faire le panier à deux anses. Se promener avec une femme à chaque bras.

 

ANSES, s. f. pl. Oreilles,—parce qu'elles sont de

chaque côté de la tête comme les anses de

chaque côté d'un pot.

ANTIF, s. m. Marche,—dans l'argot des voleurs.

 

Battre l'antif. Marcher. Signifie aussi Tromper, dissimuler.

 

ANTIFFE, s. f. Eglise,—dans le même argot.

 

On dit aussi Antiffle et Antonne.

ANTIFFLER, v. n. Se marier à l'église.

ANTIPATHER, v. a. Avoir de l'aversion, de l'antipathie

pour quelqu'un ou pour quelque chose. Argot des

lorettes et des bourgeoises.

 

Le mot est de Gavarni.

 

ANTIQUE, s. m. Élève qui sort de l'Ecole. Argot des

Polytechniciens.

ANTONISME, s. m. Maladie morale introduite dans nos

mœurs par Alexandre Dumas, vers 1831, époque

de la première représentation d'Antony, et qui

consistait à se poser en homme fatal, en

poitrinaire, en victime du sort, le tout avec de

longs cheveux et la face blême. Cette maladie,

combattue avec vigueur par le ridicule, ne fait

presque plus de ravages aujourd'hui. Cependant

il y a encore des voltigeurs du Romantisme

comme il y a eu des voltigeurs de la Charte.

ANTONY, s. m. Un nom d'homme qui est devenu un

type, celui des faux poitrinaires et des poètes

incompris.

APASCLINER (S'), v. réfl. S'acclimater,—dans l'argot

des voleurs.

 

(V. Paclin.)

 

APIC, s. m. Ail,—dans le même argot.

APLOMBER, v. a. Étonner, étourdir par son aplomb.

Même argot.

APOPLEXIE DE TEMPLIER, s. f. Coup de sang provoqué

par une ingestion exagérée de liquide capiteux.

Argot du peuple.

APOTHICAIRE SANS SUCRE, s. m. Ouvrier qui est mal

outillé; marchand qui est mal fourni des choses

qui concernent son commerce.

APÔTRES, s. m. pl. Les doigts de la main,—dans

l'argot des voleurs, qui font semblant d'ignorer

que les disciples du Christ étaient douze.

APPAREILLER, v. n. Sortir, se promener,—dans l'argot

des marins.

APPAS, s. m. pl. Gorge de femme,—dans l'argot des

bourgeois.

APPELER AZOR, v. a. Siffler un acteur comme on siffle

un chien. Argot des comédiens.

APPLIQUE, s. f. Partie de décors qui se place à

l'entrée des coulisses, sur les portants. Même

argot.

APPRENTI, s. m. Premier grade de la maçonnerie

symbolique.

APPRENTIF, s. m. Jeune garçon qui apprend un

métier,—dans l'argot du peuple, fidèle à

l'étymologie (Apprehendivus) et à la tradition:

«Aprentif jugleor et escrivain marri,» dit le Roman

de Berte.

APPUYER, v. a. et n. Abaisser un décor, le faire

descendre des frises sur la scène. Argot des

coulisses. (V. Charger.)

APPUYER SUR LA CHANTERELLE, v. n. Toucher

quelqu'un où le bât le blesse; prendre la cigale

par l'aile: insister maladroitement sur une chose

douloureuse, souligner une recommandation.

Argot du peuple.

AQUIGER, v. a. Prendre,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Cependant ils disent plus volontiers quiger, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.

AQUIGER, v. a. Battre, blesser,—dans l'argot des

voleurs.

AQUIGER, v. a. Faire,—dans le même argot.

 

Aquiger les brêmes. Faire une marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.

 

ARABE, s. et adj. Homme dur, inexorable,—dans

l'argot du peuple, qui se sert de cette expression

depuis plus d'un siècle.

ARBALÈTE, s. f. Croix de femme, dite à la Jeannette.

Argot des voleurs.

 

Arbalète d'antonne. Croix d'église.

Ils disent aussi Arbalète de chique, arbalète de priante.

 

ARBIF, s. m. Homme violent, en colère, qui se rebiffe.

Même argot.

ARCASIEN ou ARCASINEUR, s. m. Voleur qui se sert de

l'arcat pour escroquer de l'argent aux personnes

timides autant que simples.

 

On dit aussi Arcase.

 

ARCAT, s. m. Escroquerie commise au moyen de

lettres de Jérusalem. (V. ce mot.)

ARCHE DE NOÉ, s. f. L'Académie française,—dans

l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas

qu'ils se permettent une impertinence inventée

par Claude Le Petit, un poète brûlé en Grève

pour moins que cela.

ARCHIPOINTU, s. m. Archevêque.—dans l'argot des

voleurs, qui ont trouvé plaisant de travestir ainsi

le mot archi-épiscopus. ARCHI-SUPPÔT DE L'ARGOT, s. m. Docteur ès

filouteries.

ARÇONNER, v. a. Parler à quelqu'un, l'apostropher, le

forcer à répondre. Argot des voleurs.

 

Pierre Sarrazin avait déjà employé ce mot dans le même sens, en l'écrivant ainsi: arresoner; je l'ai cherché en vain dans les dictionnaires. D'un autre côté, les voleurs disent: Faire l'arçon, pour signifier: Faire le signal de reconnaissance ou d'avertissement, qui est, paraît-il, le bruit d'un crachement et le dessin d'un C sur la joue droite, près du menton, avec le pouce de la main droite.

 

ARCPINCER ou ARQUEPINCER, v. a. Prendre, saisir

quelqu'un ou quelque chose. Argot des

faubouriens.

ARDENT, s. m. Chandelle,—dans l'argot des voleurs,

qui ont emprunté cette expression, avec tant

d'autres, à l'argot des Précieuses.

ARDENTS, s. m. pl. Les yeux,—dans le même argot.

ARGENT MIGNON, s. m. Argent destiné à satisfaire des

curiosités ou des vanités,—dans l'argot des

bourgeoises, à qui le superflu est nécessaire, et

qui, plutôt que de s'en passer, le demanderaient

à d'autres qu'à leur mari.

ARGOT, s. m. Imbécile,—dans le langage des voleurs.

ARGOTIER, s. m. Voleur,—dont l'argot est la langue

naturelle.

ARGUCHE, s. m. Argot.

 

Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l'étymologie véritable de ce mot tant controversé: nous brûlons, comme disent les enfants.

 

ARGUEMINE, s. f. Main,—dans l'argot des voleurs.

ARISTO, s. des deux g. Apocope d'Aristocrate, qui,

depuis 1848, signifie Bourgeois. Réactionnaire,

etc.,—dans l'argot des faubouriens, qui ne se

doutent pas que ce mot signifie le meilleur,

l'excellent, αριστος [grec: aristos].

 

Ils disent aristo pour aristocrate, comme sous la Fronde les pamphlétaires disaient Maza pour Mazarin.

 

ARLEQUIN, s. m. Plat à l'usage des pauvres, et qui,

composé de la desserte des tables des riches,

offre une grande variété d'aliments réunis, depuis

le morceau de nougat jusqu'à la tête de

maquereau. C'est une sorte de carte

d'échantillons culinaires.

ARMÉE ROULANTE, s. f. La chaîne des forçats,—

supprimée depuis une cinquantaine d'années.

ARNACHE, s. m. Agent de police,—dans l'argot des

voleurs.

ARNACHE, s. f. Tromperie, trahison, dans l'argot des

voyous.

 

A l'arnache. En trompant de toute manière.

Être à l'arnache. Être rusé, tromper les autres et ne jamais se laisser tromper par eux.

 

ARNAU, s. m. Mauvaise humeur,—dans l'argot des

voleurs et des faubouriens.

 

C'est une contraction de Renauder.

 

ARNELLE, n. de l. Rouen,—dans l'argot des voleurs.

ARNELLERIE, s. f. Rouennerie.

ARPAGAR, n. de l. Arpajon, près Paris,—dans le

même argot.

ARPIONS, s. m. pl. Les pieds de l'homme, considérés

—dans l'argot des faubouriens—comme griffes ARTHURINE, s. f. Femme légère,—la femelle naturelle

d'oiseau, à cause de leurs ongles que les gens

malpropres ne coupent pas souvent.

ARQUER (S'). Se courber en vieillissant. Argot du

peuple.

ARRACHER DU CHIENDENT, v. n. Chercher pratique, ou

plutôt victime,—dans l'argot des voleurs, qui

n'exercent ordinairement que dans les lieux

déserts.

ARRACHER SON COPEAU, v. a. Travailler

courageusement, faire n'importe quelle besogne

avec conscience. Argot des ouvriers.

ARRÊTER LES FRAIS, v. a. Interrompre un récit; laisser

une affaire en train; renoncer à poursuivre une

entreprise au bout de laquelle on ne voit que de

l'ennui. Argot du peuple.

ARROSER SES GALONS, v. a. Offrir à boire à ses

camarades quand on est reçu sous-officier. Argot

des soldats.

ARROSER UN CRÉANCIER, v. a. Lui donner un

acompte,—dans l'argot des bohèmes, assez

mauvais jardiniers.

ARROSEUR DE VERDOUZE, s. m. Jardinier, dans l'argot

des voleurs.

ARSENAL, s. m. Arsenic,—dans le même argot.

ARSOUILLE, s. m. Homme canaille par ses vêtements,

ses mœurs, son langage. Argot du peuple.

 

Milord L'Arsouille. Tout homme riche qui fait des excentricités crapuleuses.

 

ARSOUILLER, v. a. et n. Engueuler,—dans l'argot des

faubouriens.

ARTHUR. Amant de cœur,—dans l'argot de Breda-

Street.

de l'Arthur. Argot du peuple.

ARTICLIER, s. m. Homme de lettres parqué dans la

spécialité des articles de petits journaux.

 

Le mot a été créé par H. de Balzac.

 

ARTIE, s. m. Pain,—dans l'argot des voleurs,

d'aujourd'hui et d'autrefois, ainsi qu'il résulte du

livre d'Olivier Chéreau, le Langage de l'Argot

réformé e , publié au XVI siècle.

 

Artie de Meulan. Pain blanc.

Artie de Gros-Guillaume. Pain noir.

Artie de Grimault. Pain chanci.

On dit aussi Arton et Lartie.

 

ARTILLEUR, s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup

de canons. Argot des ouvriers.

ARTILLEUR A GENOUX, s. m. Infirmier militaire,—dans

l'argot du peuple, qui a entendu parler des

mousquetaires à genoux des siècles précédents.

 

On dit aussi Artilleur de la pièce humide.

 

ARTISTE, s. m. Médecin vétérinaire,—dans l'argot des

faubouriens et des paysans.

ARTON. V. Artie.

AS DE CARREAU, s. m. Le sac du troupier, à cause de

sa forme.

 

On l'appelle aussi Azor,—à cause de la peau de chien qui le recouvre.

 

AS DE CARREAU, s. m. Le ruban de la Légion

d'honneur,—dans l'argot des voleurs, qui font

allusion à la couleur de cette décoration.

ASINVER, v. a. Abêtir quelqu'un,—dans l'argot des

voleurs, pour qui les honnêtes gens sont des

sinves.

ASPERGE MONTÉE, s. f. Personne d'une grandeur

démesurée et, avec cela, maigre. Argot du

peuple.

ASPIC, s. m. Avare,—dans l'argot des voleurs.

ASPIC, s. m. Mauvaise langue, bavard indiscret. Argot

du peuple.

ASSEOIR (S'). Tomber.

 

Envoyer quelqu'un s'asseoir. Le renverser, le jeter à terre. Signifie aussi se débarrasser de lui, le congédier.

 

ASSISTER, v. a. Porter le pagne à un détenu,—dans

l'argot des voleurs et des filles.

ASSOCIÉE, s. f. Femme légitime. Argot des

typographes.

ASSOMMOIR, s. m. Nom d'un cabaret de Belleville, qui

est devenu celui de tous les cabarets de bas

étage, où le peuple boit des liquides frelatés qui

le tuent,—sans remarquer l'éloquence sinistre de

cette métaphore, que les voleurs russes

semblent lui avoir empruntée, en la retournant

pour désigner un gourdin sous le nom de vin de

Champagne.

ASTEC, s. m. Avorton, homme chétif,—dans l'argot du

peuple. Adversaire méprisable,—dans l'argot des

gens de lettres.

 

C'est un souvenir du passage à Paris, il y a quelques années, de ces petits monstres mexicains exhibés sous le nom d'Aztecs. ASTIC, s. f. Epée,—dans l'argot des voleurs, qui ne se

doutent pas que ce mot vient de l'allemand stich,

chose pointue, dont on a fait estic, puis astic, et

même asti.

ASTIC, s. m. Tripoli,—dans l'argot des troupiers, qui

s'en servent avec un mélange de savon, d'eau-

de-vie et de blanc d'Espagne, pour nettoyer les

cuivres de leur fourniment.

 

D'où Aller à l'astic.

 

ASTICOT, s. m. Vermicelle,—dans l'argot des

faubouriens.

ASTICOTER, v. a. Harceler quelqu'un, le contrarier, le

piquer par des injures ou seulement par des

épigrammes, ce qui est le forcer à un mouvement

vermiculaire désagréable. Argot du peuple.

ASTIQUER (S'), v. réfl. Se chamailler de paroles avant

d'en venir aux voies de fait.

 

On dit aussi Astiquer quelqu'un, dans le sens d'Agacer.

 

ATELIER, s. m. L'endroit où l'on se réunit—dans

l'argot des francs-maçons.

ATIGER, v. a. Blesser quelqu'un avec une arme

quelconque. Argot des prisons.

ATOUSER, v. a. Encourager quelqu'un, lui donner de

l'atout. Même argot.

ATOUT, s. m. Courage,—parce que souvent au jeu de

cartes, l'atout c'est du cœur.

ATOUT, s. m. Aplomb, acquis, assurance,—dans

l'argot du peuple qui sait par expérience que les

gens de cœur marchent volontiers le front haut,

comme défiant les lâches.

ATOUT, s. m. Coup plus ou moins grave que l'on

reçoit en jouant—maladroitement—des poings

avec quelqu'un.

ATOUT, s. m. Estomac,—dans l'argot des voleurs.

ATOUT, s. m. Argent, monnaie,—dans l'argot des

faubouriens.

 

Signifie aussi capacités, talents.

 

A TOUT CASSER. Extrêmement,—dans l'argot du

peuple.

ATTACHE, s. f. Boucle,—dans l'argot des voleurs.

 

Attaches d'huile. Boucles de souliers en argent.

Attaches d'Orient. Boucles en or.

 

ATTAQUE (Être d'). v. s. Être solide, montrer du sang-

froid, du courage, de la résolution dans une

affaire. Argot du peuple.

 

Y aller d'attaque. Commencer une chose avec empressement, avec enthousiasme.

 

ATTENDRIR (S'), v. réfl. Arriver à cette période de

l'ivresse où l'on sent des flots de tendresse

monter du cœur aux lèvres. Argot des

faubouriens.

ATTRAPE, s. f. Plaisanterie, mensonge,—dans l'argot

du peuple, qui disait cela du temps de Calvin.

 

On dit aussi Graine d'attrape.

 

ATTRAPER, v. a. Engueuler,—dans le même argot.

 

Se faire attraper. Recevoir, sans l'avoir demandée, une bordée d'injures poissardes.

ATTRAPER, v. a. Éreinter un livre ou un confrère.

Argot des journalistes.

ATTRAPER, v. a. Siffler. Argot des coulisses.

 

Se faire attraper. Recevoir des pommes crues et des sifflets.

 

ATTRAPER L'OGNON, v. a. Recevoir un coup destiné à

un autre; payer pour ceux qui ont oublié leur

bourse, argot des faubouriens.

 

On dit aussi Attraper le haricot ou la fève,—sans doute par allusion au haricot ou à la fève qui se trouve dans le gâteau des rois, et qui met celui à qui elle échoit dans la nécessité de payer sa royauté.

 

ATTRAPE-SCIENCE, s. m. Apprenti,—dans l'argot des

typographes.

ATTRIMER, v. a. Prendre, Saisir. Argot des voleurs.

ATTRIQUER, v. a. Acheter des effets volés.

ATTRIQUEUSE, s. f. Femme qui achète des objets

volés.

AUBERT, s. m. Argent,—dans l'argot des voleurs qui

connaissent leur Villon, ou dont les ancêtres

faisaient monnaie avec les mailles des hauberts,

comme les enfants avec les loques de cuivre.

AUTEL, s. m. La table devant laquelle est assis le

vénérable. Argot des francs-maçons.

AUTEL DE PLUME, s. m. Le lit,—dans l'argot du peuple,

qui dit cela depuis longtemps, comme le

témoigne ce couplet d'une vieille chanson que

nos grand'mères chantaient, en s'accompagnant

de l'épinette, sur l'air de Le démon malicieux et

fin:

 

«A Damon vous avez tout permis

Pour l'hymen qu'il vous avait promis;

Mais, Iris, savez-vous la coutume?

Avez-vous pu l'en croire à son serment?

Ceux que l'on fait sur un autel de plume

Sont aussitôt emportés par le vent!»

 

AUTEUR, s. m. Père ou mère,—dans l'argot des

faubouriens et des vaudevillistes.

AUTEUR BEURRIER, s. m. Ecrivain dont les

productions ne se vendent pas en livres, aux

lecteurs, mais à la livre, à la fruitière ou à

l'épicier, qui en enveloppent leurs produits.

AUTOMÉDON, s. m. Cocher,—dans l'argot des

académiciens et des vaudevillistes de l'école

Scribe, qui se souviennent de l'écuyer d'Achille.

AUTOR ET D'ACHAR (D'). Apocope d'Autorité et

d'Acharnement, qu'on emploie,—dans l'argot des

faubouriens,—pour signifier: Vivement, sans

répliquer, en grande hâte.

AUTRE PAIRE DE MANCHES (C'est une). C'est une

autre affaire.

 

Expression populaire usitée dès le milieu du XVIIIe siècle.

 

AUVERPIN, s. m. Auvergnat,—dans l'argot des

faubouriens, qui donnent ce nom à tous les

charbonniers et à tous les commissionnaires.

AVALÉ LE PÉPIN (Avoir). Être enceinte,—par allusion à

la fameuse pomme dans laquelle on prétend que

notre mère Eve a mordu.

AVALER DES COULEUVRES, v. a. Eprouver des

déceptions; essuyer des mortifications. Argot du

peuple.

AVALER LE LURON, v. a. Communier,—dans l'argot des

voleurs, qui appellent la sainte hostie le luron, Je sais bien que Montaigne se souciait peu d'écrire correctement; en tout cas, il avait raison, et le peuple aussi, d'employer ce verbe—que ne peut pas du tout remplacer atteindre,—car il vient bel et bien d'advenire.

sans doute après l'avoir appelée le Rond.

AVALER SA CUILLER, v. a. Mourir,—dans l'argot des

faubouriens.

 

On dit aussi Avaler sa fourchette, avaler sa gaffe et avaler sa langue.

 

AVALER SON POUSSIN, v. a. Recevoir une réprimande,

être congédié. Argot des peintres en bâtiment.

AVALÉ UNE CHAISE PERCÉE (Avoir). Se dit dans l'argot

des faubouriens,—à propos de quiconque a

l'haleine homicide.

AVALOIR, s. m., ou AVALOIRE, s. f. Le gosier,—dans

l'argot des faubouriens, dont les pères ont

chanté:

 

«Lorsque la cruelle Atropos

Aura tranché mon avaloire,

Qu'on dise une chanson à boire!»

 

AVANTAGES, s. m. pl. La gorge des femmes,—dans

l'argot des bourgeois.

AVANT-COURRIER, s. m. Mèche anglaise à percer.

Argot des voleurs.

AVANT-SCÈNES, s. f. pl. La poitrine, lorsqu'elle fait un

peu saillie en avant du buste,—dans l'argot des

petites dames.

 

Balzac a dit Avant-cœur.

 

AVEINDRE, v. a. Aller prendre un objet placé sur un

meuble quelconque, mais un peu élevé,—dans

l'argot du peuple qui a parfois l'honneur de parler

comme Montaigne.

 

AVÈNE, s. f. Avoine,—dans l'argot des faubouriens,

qui s'obstinent à parler plus correctement le

français que les gens du bel air: Avène ne vient-il

pas d'avena.

AVERGOT, s. m. Œuf,—dans l'argot des voleurs.

AVERTINEUX, adj. m. Homme difficile à vivre, d'un

caractère ombrageux à l'excès,—dans l'argot du

peuple, qui ne se doute pas qu'avertineux vient

d'avertin, et qu'avertin vient d'avertere (a

indiquant éloignement et vertere, tourner), «mal

qui détourne l'esprit».

AVESPRIR, v. n. Faire nuit,—dans le même argot, où

l'on retrouve une multitude de vieilles formules

pittoresques et étymologiques. Avesprir! Vous

voyez aussitôt se lever à l'horizon l'Etoile de

Vénus,—Vesper est venu!

AVOCAT BÉCHEUR, s. m. Ouvrier qui médit de ses

compagnons, absents ou présents. Argot des

typographes.

 

C'est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.

 

AVOINE, s. f. Coups de fouet donnés à un cheval pour

l'exciter. Argot des charretiers.

AVOIR A LA BONNE, v. a. Avoir de l'amitié ou de

l'amour pour quelqu'un. Argot du peuple.

AVOIR CELUI, v. a. Avoir l'honneur de...,—dans l'argot

des bourgeois.

AVOIR DE CE QUI SONNE. Être riche,—dans l'argot du

peuple.

L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

 

AVOIR DANS LE NEZ, v. a. Ne pas pouvoir sentir

quelqu'un ou quelque chose.

AVOIR DANS LE VENTRE. Être capable de...,—dans

l'argot des gens de lettres.

AVOIR DE BEAUX CHEVEUX, v. a. Se dit ironiquement

de quelqu'un qui est mal mis, ou de quelque

chose qui est mal fait. Argot des bourgeois.

AVOIR DE LA CHANCE AU BATONNET, v. a. N'être pas

heureux en affaires ou en amour. Ironiq.—Argot

des faubouriens.

 

On dit aussi Pas de chance au bâtonnet!

 

AVOIR DE L'ANIS DANS UNE ÉCOPE. Façon de parler

ironique, du même argot, où on l'emploie pour

répondre à une demande indiscrète ou à un désir

impossible à satisfaire. T'auras d'l'anis dans une

écope équivaut à Du vent!

AVOIR DES AS DANS SON JEU, v. n. Avoir du bonheur,

de la chance dans ses entreprises. Argot du

peuple.

 

N'avoir plus d'as dans son jeu. Avoir tout perdu, famille, affection, fortune, en être réduit à mourir.

 

AVOIR DES MOTS AVEC QUELQU'UN, v. a. Se fâcher

avec lui.

 

Avoir des mots avec la Justice. Être traduit en police correctionnelle.

 

AVOIR DU BEURRE SUR LA TÊTE, v. a. Avoir commis

quelques méfaits plus ou moins graves,—dans

l'argot des voleurs, qui ont certainement entendu AVOIR L'ESTOMAC DANS LES MOLLETS. Avoir très

citer le proverbe juif: «Si vous avez du beurre sur

la tête, n'allez pas au soleil: il fond et tache.»

AVOIR DU CHIEN DANS LE VENTRE. v. a. Être hardi,

entreprenant, téméraire, fou même, comme un

chien enragé. Argot du peuple.

AVOIR DU PAIN SUR LA PLANCHE. Avoir des économies

ou des rentes. Argot des bourgeois.

AVOIR DU SABLE DANS LES YEUX. Avoir envie de

dormir.

 

On dit aussi: Le marchand de sable a passé.

 

AVOIR LAISSÉ LE POT DE CHAMBRE DANS LA COMMODE.

Avoir l'haleine homicide. Argot des voyous.

AVOIR LE BRAS LONG. Être en position de rendre des

services importants, de protéger des inférieurs et

même des égaux.

AVOIR LE COMPAS DANS L'ŒIL, v. a. Voir juste; calculer

exactement; apprécier sainement.

AVOIR LE CASQUE, v. a. Avoir un caprice pour un

homme,—dans l'argot des filles.

AVOIR LE FRONT DANS LE COU. Être chauve comme

l'Occasion,—dans l'argot des faubouriens.

AVOIR LE POUCE ROND, v. a. Être adroit,—dans l'argot

du peuple, qui a constaté depuis longtemps

l'adresse avec laquelle les voleurs mettent le

pouce sur la pièce d'argent qu'ils veulent voler.

AVOIR LES CÔTES EN LONG. Être paresseux.

 

On dit aussi Avoir les côtes en long comme les loups, qui en effet ne peuvent pas, à cause de cela, se retourner facilement. Ne pas pouvoir se retourner, ne savoir pas se retourner, c'est la grande excuse des paresseux.

grand'faim. Argot du peuple.

 

On dit aussi Avoir l'estomac dans les talons.

 

AVOIR L'ÉTRENNE. Être le premier à faire ou à recevoir

une chose.

AVOIR L'OREILLE DE LA COUR. Être écouté avec une

faveur marquée par les juges. Argot des avocats.

AVOIR LA PEAU TROP COURTE, v. a. Faire, en dormant,

des sacrifices au dieu Crépitus,—dans l'argot du

peuple, qui croit que le corps humain n'a pas une

couverture de chair suffisante, et que lorsque

l'hiatus de la bouche se ferme, l'hiatus opposé

doit s'ouvrir, d'où l'action de crepitare.

AVOIR MAL AU BRÉCHET, v. n. Souffrir de l'estomac.

Argot du peuple.

AVOIR MAL AUX CHEVEUX, v. n. Avoir mal à la tête, par

suite d'excès bachiques. Argot des faubouriens.

AVOIR MANGÉ DE L'OSEILLE. Être d'un abord

désagréable, rébarbatif; avoir la parole aigre, être

grincheux. Argot du peuple.

AVOIR MANGÉ SES PIEDS. Puer de la bouche,—dans

l'argot des faubouriens.

AVOIR PAS INVENTÉ LE FIL A COUPER LE BEURRE (N').

Être simple d'esprit, et même niais.

 

On dit aussi N'avoir pas inventé la poudre.

 

AVOIR PAS SA LANGUE DANS SA POCHE (N'). Être

prompt à la riposte; savoir parler. Argot du

peuple.

AVOIR SA CLAQUE (En). Avoir assez bu ou assez

mangé, c'est-à-dire trop mangé ou trop bu. Argot

des faubouriens.

AVOIR SA CÔTELETTE, v. a. Être chaleureusement

applaudi,—dans l'argot des comédiens.

AVOIR SON CAILLOU. Commencer à se griser,—dans

l'argot des faubouriens.

AVOIR SON PAIN CUIT. Être rentier,—dans l'argot du

peuple. Être condamné à mort,—dans l'argot des

voleurs.

AVOIR TOUJOURS DES BOYAUX VIDES, v. a. Avoir

toujours faim,—dans l'argot du peuple.

AVOIR UNE ARAIGNÉE DANS LE PLAFOND, v. a. Être fou,

maniaque, distrait. Argot de Breda-Street.

AVOIR UNE CHAMBRE A LOUER. Être un peu fou et en

tout cas très excentrique,—dans l'argot du

peuple, qui suppose que la déraison peut être

produite chez l'homme par la vacuité de l'un des

compartiments du cerveau, à moins qu'il ne

veuille faire allusion au déménagement du bon

sens.

 

Signifie aussi Avoir une dent de moins.

 

AVOIR UNE CRAMPE AU PYLORE. Avoir grand appétit,—

dans l'argot des faubouriens.

AVOIR UNE ÉCREVISSE DANS LA TOURTE, v. a. Être fou,

non à lier, mais à éviter.

 

On dit aussi Avoir une écrevisse dans le vol-au-vent, et Avoir une hirondelle dans le soliveau.

 

AVOIR UNE TABLE D'HÔTE DANS L'ESTOMAC, manger

goulûment et insatiablement.

AVOIR VU LE LOUP. Se dit,—dans l'argot du peuple,—

de toute fille qui est devenue femme sans passer

par l'église et par la mairie.

AZOR, s. m. Nom de chien qui est devenu celui de

tous les chiens,—dans le même argot. V. Appeler

Azor.

 

B

 

BABILLARD, s. m. Confesseur,—dans l'argot des

voleurs.

 

Ils donnent aussi ce nom à tout Livre imprimé.

 

BABILLARDE, s. f. Montre.

BABILLARDS, s. f. Lettre.

 

On dit aussi Babille.

 

BABILLAUDIER, s. m. Libraire, vendeur de babillards.

BABILLER, v. a. Lire.

BABINES, s. f. pl. La bouche,—dans l'argot du peuple,

pour qui sans doute l'homme n'est qu'un singe

perfectionné.

 

S'en donner par les babines. Manger abondamment et gloutonnement.

S'en lécher les babines. Manifester le plaisir en parlant ou en entendant parler de quelque chose d'agréable,—bon dîner ou belle fille.

 

BABOUE, s. f. Grimace, mines plaisantes comme en

fait la nourrice pour amuser le nourrisson.

 

Faire la baboue. Faire la grimace.

L'expression se trouve dans Rabelais—et sur les lèvres du peuple.

 

BABOUIN ou BABOUA, s. m. Petit bouton de fièvre ou

de malpropreté, qui vient à la bouche, sur les

babines.

Le babouin était autrefois une figure grotesque que les soldats charbonnaient sur les murs du corps de garde et qu'ils faisaient baiser, comme punition, à ceux de leurs camarades qui avaient perdu au jeu ou à n'importe quoi. On comprend qu'à force de baiser cette image, il devait en rester quelque chose aux lèvres,—d'où, par suite d'un trope connu, le nom est passé de la cause à l'effet.

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