Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux

Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne · Chapitre 13 sur 17

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Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux

Chapitre IX.

 

RECETTES VIRGINALES.—MOYENS A

EMPLOYER POUR EFFACER LES RIDES ET

DIMINUER L'AMPLEUR DU VENTRE ET DE LA

GORGE ET DE LA FAIRE CROÎTRE A CELLES

QUI SONT PRIVÉES DE CE BEL ORNEMENT.

Quelquefois, après la grossesse, la gorge et le ventre restent flétris

et plus volumineux. L'art offre ici plusieurs moyens: ils sont ou mécaniques, ou thérapeutiques; les premiers consistent dans l'application de bandelettes pour le sein, et de larges bandes sur le ventre, aussitôt après les couches, avec la précaution de les resserrer graduellement, pour laisser à l'organe de la génération les moyens de contraction qui lui sont alors nécessaires. L'habit européen est, à cet effet, plus favorable aux femmes que la veste asiatique qui, ne contenant point les intestins, permet à la texture molle de leurs enveloppes, d'acquérir des dimensions énormes. Plus soigneuses de leur gorge et de leurs pieds, les Géorgiennes, les Otaïtiennes, les Chinoises, les Bayadères captivent leur gorge

enfantine dans un étui, qu'elle ne peut dépasser[27], et emprisonnent, dès le berceau, dans une babouche étroite, leur pied qui ne s'accroît que très-peu. On a ridiculisé ce goût fondé cependant sur quelque raison. En effet, une main calleuse, un pied plat et long annoncent une basse extraction, une vie exercée aux travaux les plus rudes, tandis qu'un pied mignon, présage flatteur d'attraits plus cachés, semble être le résultat d'une éducation soignée: et ne fît-on que retracer cette fameuse Rhodope, déjà citée par nous, dont le joli soulier, emporté par un aigle et tombé à Memphis, dans le bain du roi Psammétique, fit marcher son petit pied à si grands pas vers la fortune, et valut à Rhodope les honneurs du trône; on avouera qu'on a quelque droit à placer ce genre d'attrait parmi ceux qui exercent sur l'homme un grand empire.

On a vanté la mélisse pilée et appliquée sur la gorge, et

l'arbrisseau de Vénus, le myrte, s'honore d'offrir aussi un moyen de faire disparaître les traces du culte qu'on rendit à la divinité auquel il est consacré. En général, les sumacs (rhus coriaria), les chênes (quercus ilex), les épines, les arbousiers et tous les végétaux styptiques contiennent un tannin très-propre à cet usage.

Enfin, le médecin des dames[28] dit:

Si mulierum sinus pudoris sit nimium dilatatus, quod accidit tùm

propter partus, tùm propter frequentes coïtus, debent mulieres tunc

uti sequentibus remediis[29]:

Prenez, dit-il, noix de galle encore vertes, faites-les bouillir dans du

vin avec quelques clous de girofle, trempez-y un linge et appliquez.

Ou bien: alun, sang-dragon, gomme arabique, suc d'acacia, feuilles

de plantain, de renouée, de tormentille, fleurs et fruits de grenadier, capsules de glands, sorbes non mûres, roses de Provins, faites bouillir dans du vinaigre, et appliquez au moyen de compresses.

Ou: quatre onces d'huile d'amandes amères, une once de cire

blanche; faites fondre au bain-marie; ajoutez deux gros d'alun, une once de suie et un gros d'orcanette, vous avez une pommade

styptique [30]; ou, enfin: alun, une once, acide vitriolique, demi-gros; faites fondre dans quatre onces de vinaigre et quatre onces d'eau de plantain ferrée; ajoutez deux onces d'esprit de vin et servez-vous-en, mais avec discrétion, pour imbiber, avec une éponge, certaines parties qui laisseraient des preuves non équivoques de fécondité, ou au moins, comme disait Fontenelle, que l'amour avait passé par là.

Un moyen plus simple et non moins efficace, c'est d'extraire le

tannin, en versant de l'eau sur du tan en poudre dans un appareil semblable à celui des salpêtriers. Cette eau, en traversant le tan, lui enlève une portion de son principe styptique; versée sur du nouveau, elle en dissout une autre quantité, et ainsi de suite jusqu'à ce que le tan soit plus disposé à lui en enlever qu'à lui en céder; alors la concentration est parfaite, et on l'emploie comme les décoctions ci-dessus prescrites; mais tous ces moyens ne peuvent que succéder aux compressions graduelles des bandes à sec, et longtemps après que tous les résultats de couche sont terminés, ou bien on courrait le risque d'une suppression souvent mortelle et toujours douloureuse. Enfin, avec les mêmes précautions, les bains froids et répétés offrent le plus sûr comme le moins dangereux de tous les topiques.