Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux

Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne · Chapitre 15 sur 17

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Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux

La Coupe D'hébé (Allégorie).

«S'il est recherché par les hommes, les femmes s'honorent de

l'offrir à nos yeux, c'est l'aiguillon du plaisir, le prélude du bonheur!... C'est le secret de ce don charmant que, sans m'arrêter à le depeindre, je voudrais conquérir pour les femmes qui en sont privées, et quoique ce ne soit point une fiction, c'est dans la fable que je puiserai la leçon que je viens vous offrir.

 

LA COUPE D'HÉBÉ (ALLÉGORIE).

«Hébé, trop jeune encore, ne comptait que quatorze printemps: le

lys et la rose se disputaient ou plutôt se partageaient l'honneur de nuancer son teint.... de grands yeux bleus, où déjà se peignait l'amour sans qu'elle s'en doutât, s'ouvraient lentement sous de noires et longues paupières; un front uni, un nez droit, une bouche de la couleur et de la forme d'un bouton de rose qui s'entrouvre, une haleine qui en avait le parfum, des dents d'un émail opalin, de

charmantes fossettes offrant des niches à l'amour indécis[31], un col blanc et onduleux, une taille et flexible et légère, des bras arrondis, des doigts délicats; enfin de petits pieds effleurant à peine les parvis de l'olympe.... Hébé avait tout en partage, et les dieux, auxquels elle versait le nectar dans la coupe de l'immortalité, étaient plus enivrés de ses charmes que de sa liqueur éthérée.... elle réunissait tout.... tout? non.... quelque chose manquait à ses charmes, et ce fut l'orgueilleuse Junon qui s'en aperçut. Hébé entrait dans cet âge où la nature indécise semble n'avoir qu'ébauché son chef-d'œuvre. Offrant également les attraits des deux sexes, elle n'avait point encore reçu ce double présent qui décèle une vierge et que caresse l'œil furtif de l'amant timide.... Le dieu de la foudre lui-même, souriant à la remarque de l'auguste Junon, témoigne le désir de voir Hébé parfaite.... Il dit, et fils aussi soumis que galant époux, Vulcain prend la coupe des mains d'Hébé; il en couvre l'un des hémisphères du sein de Vénus, et l'arrondit sur ce modèle à la vue des dieux frémissants d'envie et de volupté. Sous son léger marteau le métal docile s'étend, se contourne, se creuse, et façonnée de même sur le second hémisphère de la belle déesse, naît une seconde coupe. Le dieu de Lemnos les place sur le sein d'Hébé qui, ainsi parée, ressemble à la chaste Pallas; bientôt sous ces deux coupes protectrices son sein s'élève, un double mont bondit, et sa gorge s'accroît sans dépasser ces heureuses limites. Les dieux applaudissent.... Cette ingénieuse invention passa jusqu'en Grèce; l'Inde s'en fit honneur, mais elle se perdit comme tous les usages antiques et fut conservée par les seules Bayadères.... Ces coupes amoureuses furent réservées pour les banquets des dieux, et ce sont elles qui, remises depuis aux mains d'Hébé, désaltèrent encore les fortunés habitants de l'Empyrée, et leur inspirent les désirs, l'espérance et la joie en leur rappelant le moule heureux sur lequel elles furent arrondies.

«C'est ce prodige de la mythologie que l'art veut reproduire pour

vous, belles, à qui il ne manque que cet attrait pour être accomplies, et vous aussi pour qui sa possession excusera l'absence des autres.

«En drapant légèrement les formes imparfaites de votre douce

amie, jeunes époux, imitez le disque rond de Phébé; échancrez [32] l'étoffe en dessinant les contours absents des attraits que vous désirez; que votre main utilement caressante et instruite à la volupté par le dieu de Délos, sache promener des doigts mobiles sur l'aréole

de ce sein non encore développé [33]; que de fréquentes titillations fassent frémir ses fibres; bientôt la papille se gonfle, et les esprits appelés par ces douces frictions enflent les muscles qui, profitant d'une liberté inconnue, se frayent une route nouvelle; une lymphe nourricière baigne les glandes qui se dilatent; le réseau éclatant et poli qui les renferme, participant de l'éréthisme général, s'arrondit sous les doigts créateurs: comme la fleur, condamnée à périr sous les glaçons de l'hiver, se développe et naît au jour, sous le verre diaphane, et sous les douces influences d'une chaleur factice; de même les sucs élaborés sous la main de l'époux fortuné s'accumuleront en dessinant les voluptueux contours des beaux modèles que nous a transmis le ciseau des Phidias et des Praxitelle.

«L'une des coupes fameuses dont il s'agit ici, madame, s'est

perdue, ou plutôt aimons à croire que les dieux l'ont retirée pour conserver le type du beau, s'il se trouvait perdu sur la terre; l'autre est célèbre par ce banquet où l'amoureuse Cléopâtre fit publiquement aux yeux extasiés d'Antoine, non la fastueuse expérience de dissoudre une perle dans un breuvage qui n'eût pas épargné l'organe complice de sa forfanterie, mais celle bien plus merveilleuse de l'exacte application de ce moule divin, sur sa gorge ravissante. Elle orne aujourd'hui un Musæum fameux en Europe, et nous pourrons la consulter pour donner à vos formes le degré d'extension avoué par le goût, si vous accordez à mes avis le droit de concourir à la naissance de l'attrait dont vous désirez la possession. Je dois vous dire enfin, madame, que c'est de l'abus des moyens que je viens de vous indiquer qu'est né un singulier usage, chez les femmes turques, dont les époux, par je ne sais quel goût bizarre, préfèrent une gorge volumineuse et tombante, et qui, pour se procurer ce double agrément, usent avec excès des bains chauds et du massement, opération inconnue en Europe. Ce n'est, certes, pas à cette espèce de perfection que je désire vous voir atteindre, et la nature heureusement vous a formée de manière à ne pas satisfaire les inclinations turques; mais l'art hippocratique offre encore des ressources aux femmes dont l'accroissement de la gorge aurait besoin d'être prévenu, et c'est dans le même moyen qui favorise son développement qu'elles trouveront celui de sa répression. Les belles favorites du commandeur des croyants, les Circassiennes, les Géorgiennes, les Mingréliennes, opposent, dès l'âge de douze ans, à leur gorge naissante, un léger rempart de bois de santal qu'elle ne peut franchir; et ce genre d'attrait acquiert chez elles, par la compression, une fermeté que l'on rencontre difficilement chez les femmes des autres peuples.

«Pardonnez, madame, ces détails que la nature de votre demande

a rendus nécessaires, et puisse l'application de cette théorie ajouter encore, s'il est possible, aux charmes qui ont mérité l'hommage d'un autre Jupiter. Puissé-je alors aussi, jeune encore et médecin peu connu, obtenir par mes soins votre entière confiance, et par le succès de mes recettes, le triomphe d'une nouvelle Hébé; dût une

moderne Junon accabler de sa persécution[34] l'inventeur satisfait de sa réussite.» D.M.V.S.M.

Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre qu'en rapportant

l'anecdote suivante, qui en est le corollaire.

Sous Louis XIV, le supplice de la Brinvilliers fut un exemple

insuffisant pour arrêter les empoisonnements. Une chambre ardente fut instituée pour juger de ces crimes. L'arrestation et le procès de la Voisin firent découvrir dans les papiers de cette dernière, une foule de lettres qui compromettaient des gens de la plus haute condition. La Voisin était accusée d'avoir vendu des poisons, des charmes, et divers secrets magiques pour se faire aimer. La duchesse de Foix avait été arrêtée sur la déposition d'un simple billet d'elle trouvé chez la Voisin, et dont le sens était plus obscur que propre à baser une accusation. Louis XIV, ne voulant pas que sur un indice si léger une dame de haute distinction fût emprisonnée, se réserva de l'interroger lui-même dans ses cabinets, où elle fut conduite avec son propre carrosse par le capitaine des gardes en quartier.

«Reconnaissez-vous ce billet, madame la duchesse? lui dit Sa

Majesté d'un ton sévère, mais doux.

—Sire, il est de ma main; je ne puis ni ne veux le nier.

—A merveille! Maintenant dites-moi, je vous prie, avec la même

franchise, ce que signifient ces mots: Plus je frotte, moins ils poussent.

—Ah! sire, s'écria la duchesse en se jetant aux pieds du roi,

daignez m'épargner un tel aveu.

—Je ne le puis, madame, songez que je vous appelle devant moi

pour vous sauver un affront public; ce motif me donne tous les droits à votre confiance, et dans l'intérêt de votre honneur je vous ordonne de parler.

—J'obéirai, sire! reprit en tremblant Mme de Foix, rouge jusqu'aux

yeux.... Depuis deux ou trois ans je m'aperçois que mon mari me néglige après m'avoir souvent reproché un défaut... non, jamais je n'oserai achever....

—Continuez, duchesse....

—Il est des charmes, reprit l'accusée, dont la nature se montre

prodigue envers des femmes, avare envers d'autres....

—Poursuivez, je vous prie.

—Eh bien! sire, mon mari n'aime que les dames auxquelles la

nature a prodigué....

—Prodigué quoi?

—Ce qui excède les belles proportions dans Mme de Montespan et

manque à M me de La Vallière... comme à moi, sire....

—Ah! m'y voici, s'écria Louis XIV en s'excusant d'un défaut trop

prolongé de pénétration.... Et je vois, poursuivit le monarque interrogateur, que vous aviez demandé à la Voisin....

—Une pommade dont elle disait des merveilles, ajouta Mme de Foix

en baissant les yeux.

—Cependant plus vous frottiez, moins ils poussaient.

—Hélas! oui.

—C'était un malheur; mais ce n'était pas un crime, et je suis

enchanté, duchesse, de vous avoir épargné la honte d'un tel aveu devant la chambre ardente. Je vous rends le malheureux billet qui vous causa deux heures d'inquiétude; retournez tranquillement à votre hôtel. Je ne vois de coupable ici que l'époux qui délaisse une femme aussi jolie que vous; je veux en toucher quelques mots au duc. Il est un moyen plus heureux que celui dont vous avez fait l'essai pour obtenir de la nature elle-même ce que vous recherchiez par artifice; nous en causerons avec votre mari, et j'espère qu'il l'emploiera.»