Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux

Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne · Chapitre 17 sur 17

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Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux

FIN. 19193. PARIS.—TYPOGRAPHIE LAHURE rue de Fleurus, 9

Le même espace s'interpose:

Dans vingt ans où je les pose

Qu'Amour trouve encor les tétons.

 

A notre liberté publique

Je tiens par goût et par devoir,

Et dans aucun temps le pouvoir

Ne m'a fait changer de tactique.

Au diable les ventrus gloutons

De Villèle et de Bonaparte;

Car la liberté sans la Charte

C'est une femme sans tétons.

AUG. GILLES.

 

FIN.

 

19193. PARIS.—TYPOGRAPHIE LAHURE rue de

Fleurus, 9

 

NOTES:

[1] Évariste Parny, auteur, en l'an VII, du poëme de la Guerre des Dieux, dans lequel on ne reconnaît plus le chantre délicatement voluptueux d'Éléonore, du Lendemain, et de la Journée champêtre, a fait usage de cette anecdote dans le deuxième chant de ce poëme, première édition. Il l'a supprimée dans la seconde édition, et c'est peut-être un second tort. C'est dans cet Éloge qu'il a trouvé ce mystère qu'il fait jouer à la famille de Dieu: il n'a donc pas eu le mérite d'une grande invention dans ce poëme.

Pensant que le lecteur en sera satisfait, nous reproduisons ce morceau, qui du reste tient ici naturellement sa place:

Du Paradis la troupe infatigable,

Pour terminer, joua la Passion,

Et joua bien. Les conviés, dit-on,

Goûtèrent peu ce drame lamentable.

Mais un malheur qu'on n'avait pas prévu

Du dénouement égaya la tristesse:

Bien flagellé, le héros de la pièce

Était déjà sur la croix étendu.

On choisissait pour ce rôle pénible

Un jeune acteur intelligent, sensible,

Beau, vigoureux, et sachant bien mourir,

Il était nu des pieds jusqu'à la tête:

Un blanc papier qu'une ficelle arrête

Couvrait pourtant ce que l'on doit couvrir.

Charmante encore après sa pénitence,

La Magdelène au pied de la potence

Versait des pleurs: ses longs cheveux épars,

Son joli sein qui jamais ne repose,

Du crucifié attirait les regards.

Il voyait tout, jusqu'au bouton de rose;

Quelquefois même il voyait au-delà.

Prêt à mourir, cet aspect le troubla.

Il tenait bon; mais quelle fut sa peine,

Quand le feuillet vint à se soulever!

«Otez, dit-il, ôtez la Magdelène!

Otez-la donc, le papier va crever.»

Soudain il crève; et la Vierge elle-même

Pour ne pas rire a fait un vain effort.

«Le tour est bon, dit le Père suprême,

On le voit bien, le drôle n'est pas mort.»

[2] Voy. Le Bouquet de roses, ou le Chansonnier des Grâces,

première année, Favre, Palais-Égalité.

[3] Visage.

[4] Bien fait, joli.

[5] Recherchée dans sa toilette.

[6] Étienne Pasquier, avocat,

naquit en 1529 et mourut en 1615.

[7] Il n'est pas besoin de faire ici l'étymologiste. Tous ceux qui

entendent le François savent que le mot mamelle, qui n'est plus

du bel usage, signifie la même chose que teton.

[8] Les Casuistes les plus relâchez, les Sanchez et les

Escobars, condamnent l'attouchement des tétons: ils conviennent que c'est une impureté et une branche de la luxure, l'un des sept péchez mortels. Mais si je ne me trompe, ils n'imposent pas au coupable une pénitence fort sévère: et il y a plusieurs païs dans l'Europe où ils sont presque contraints de traiter cela comme les petites fautes que l'on appelle quotidianæ incursiones. On est si accoûtumé à cette mauvaise pratique dans ces pays-là, et c'est un spectacle si ordinaire jusques au milieu des rues, à l'égard surtout du commun peuple, que les casuistes mitigés se persuadent que cette habitude efface la moitié du crime: ils croient qu'on ne l'envisage point sous l'idée d'une liberté fort malhonnête, et que le scandale du spectateur est très-petit. C'est pourquoi ils passent légèrement sur cet article de la confession. Je ne pense pas que jamais aucun rigoriste ait différé pour un tel sujet l'absolution de son pénitent, non pas même dans les climats où cette espèce de patinage est peu usitée, et passe pour une de ces libertés dont les personnes de l'autre sexe sont obligées de se fâcher tout de bon. Ainsi les anabaptistes sont les plus rigides de tous les moralistes chrétiens, puisqu'ils condamnent à l'excommunication celui qui touche le sein d'une maîtresse qu'il veut épouser, et qu'ils rompent la communion ecclésiastique avec ceux qui ne veulent pas excommunier un tel galant. (Notes de Bayle.)

[9] lle Boileau en a fait une maligne application à M de Scudéri

même, l'auteur de ce roman, à laquelle tous les auteurs d'alors donnaient le nom de Sapho. Le poëte Le Brun nous retrace les écarts de Boileau, dans ses vers contre la citoyenne Th... P..., auteur de Sapho et de Camille, et autres femmes auteurs.

[10] Le recueil de ses poésies est rare. Il s'y trouve quelques

morceaux faibles, mais on le lit avec plaisir. Voyez ses épigrammes et son Remède d'amour, dans le recueil intitulé: le Furet littéraire ou les Fleurs du Parnasse, 1 vol. in-12.

[11] C'est Charles II, prince aussi salace, aussi voluptueux que

nos Henri III, Charles VII, Henri IV et François Ier. Le C. Mercier, auteur de l'An 2440, et de tant de drames, a fait sur ce prince un drame intitulé: Charles II dans un certain lieu. Il n'a point avoué cette production, mais nous assurons qu'elle est de lui. Un nommé Brémont a fait l'histoire scandaleuse des amours de ce

roi avec Miladi Castelmaine, duchesse de Keweland et la femme de Milord Canduche, dans un petit roman allégorique intitulé Hattigé, ou les amours du roi de Tamaran, Cologne 1676. 1 vol. in-16 de 120 pages. Le duc de Buckingham joue un beau rôle dans cette chronique scandaleuse.

[12] Quintilien, Aristote, etc.

[13] Éloge des Perruques, enrichi de notes plus amples que le

texte; par le docteur Akerlio (Deguerle). Paris, an VII, 1 vol. in-12.

Cet Éloge badin a trouvé grâce auprès des savants comme

auprès des dames, malgré les traits malins qu'il s'est permis de décocher contre les têtes à perruques de toute espèce. Loué par tous les journaux sans en excepter la Décade, il n'a pu fléchir le courroux du terrible Victor-Campagne, dont l'œil perçant a vu tout seul, dans cet élégant badinage, une horrible contre-révolution, Voy. le Flambeau, du 18 floréal an VII.

[14] Gentil Bernard a dit (Art d'aimer, ch. II):

Qu'un sein trop humble à sa place arrêté

Offre un amour de son frère écarté.

[15] Alphonse Leroi, médecin de la Faculté de Paris, a publié, en

1772, de savantes Recherches sur l'habillement des femmes et des enfants. L'auteur de cet ouvrage utile s'y déchaîne avec une sainte colère contre l'usage des corps baleinés, dont l'usage était général à l'époque où il écrivait, et qu'un caprice de la mode menace de ressusciter aujourd'hui.

[16] Ce chapeau s'appelle, en termes techniques, bout de sein.

[17] Comme si la gorge la plus respectable ressemblait aux

cantiques de feu Pompignan dont Voltaire a dit quelque part:

Sacrés ils sont, car personne n'y touche.

[18] Même spiritueuses et fermentées: le trop seul est de trop.

[19] Il y aurait presque autant d'inhumanité à défendre au beau

sexe le thé au lait; ainsi, nous lui en permettons l'usage, d'autant plus que l'habitude qui, comme on sait, est une seconde nature, a mis, grâce à la mode, presque tous nos estomacs à l'anglaise.

[20] Quelle que soit notre indulgence, nous devons en

conscience inviter les poitrines délicates à substituer à l'usage du thé et du café, celui du chocolat ou du cacao. Les liqueurs proprement dites peuvent être, dans le même cas, remplacées avec succès par le vin et la bière; mais le vin doit être généreux, et la bière de bonne qualité. Parmi les aliments les plus amis de la gorge sont les végétaux, les substances amylacées, riz, truffes, etc. Les ragoûts trop épicés ne sont pas sans périls; ainsi que les acides, ils minent l'embonpoint, et produisent enfin la maigreur, hideuse ennemie de la beauté.

[21] En profonds commentateurs, n'oublions pas de dire ici: «Il y

a lustre et lustre; le lustre vulgaire est de cinq années, celui de la rose est de cinq minutes.»

[22] C'est ce qui fait dire à je ne sais quel poëte, en parlant de je

ne sais quelle nymphe:

Lise, à quinze ans, avait un sein superbe;

La pauvre Lise, à vingt ans, n'en a plus.

Pourquoi, dit-on?—C'est qu'aux chemins

battus

On ne vit jamais croître l'herbe.

[23] Madame Tolleret, célèbre par ses découvertes dans l'art de

restaurer les gorges, du temps de Mercier.

[24] Poppée, impératrice romaine, seconde femme de Néron. Sa

Majesté tigre éventra d'un coup de pied sa royale épouse, sans respect pour sa belle gorge.

[25] L'hermodacte est l'iris tuberosa des botanistes.

[26] Nous ne parlons point ici par métaphore. La grande toilette

exige aujourd'hui deux masques; un, comme on sait, sur le visage, l'autre sur la poitrine.

[27] Nous n'avons point en France le bois mobile et léger dont

se servent, pour cet usage, les Bayadères, mais nous pouvons le remplacer avec avantage par la gomme élastique, qui, par sa flexibilité et sa légèreté, ne peut froisser ni déformer les contours qu'elle serait destinée à faire éclore. On connaît à présent le moyen de dissoudre cette gomme ou plutôt ce gluten animal.

[28] Le Camus, homme grave, érudit, et qui s'honora cependant

de tracer l'hygiène de la beauté sous le nom d'Abdeker.

[29] On pourrait nous reprocher nos citations latines, celle-ci

s'excuse d'elle-même, et les mères prudentes nous en sauront gré; quant aux autres, nous avons ménagé, aux jeunes agréables du jour, l'occasion de se montrer, auprès des belles, érudits à peu de frais.

[30] Cette pommade rappelle l'aventure assez plaisante du

jeune abbé de Fl..., qui, en ayant trouvé sur une toilette et ayant les lèvres gercées, les en frotta innocemment et sans penser à mal, mais avec un tel succès, que le matin, en s'éveillant, il ne pouvait ouvrir la bouche. Pareille aventure arriva également à M. le comte de Rochefort. Voici comment il la raconte dans ses Mémoires lle . M de Menneville, fille d'honneur de la reine mère, ayant demandé à ce dernier un habit d'homme, en secret:

«Je le lui portai dans sa chambre. Mais comme il n'y avoit

personne pour le recevoir, je le mis sous son lit où elle m'avoit dit de le mettre, et m'en fus causer avec la bonne femme Mme du Tilleul, sous-gouvernante des filles, qui étoit de mes bonnes amies. Comme toutes les chambres des filles, ou, pour parler plus juste, toutes les loges étoient ouvertes, car elles ressembloient proprement à celles des comédiens, j'aperçus, en me promenant avec elle, sur une toilette, des peignes, une boëte à poudre, et tous les autres ingrédiens qui servent à l'ajustement d'une fille, et niant remarqué entr'autres choses une petite boëte de pommade, j'en voulus prendre pour me frotter les mains que j'avois un peu rudes. Je la trouvai toute d'une autre couleur que celle de l'ordinaire, ainsi croiant qu'elle pouvoit servir aux lèvres, où j'avois un peu mal, j'en mis assez imprudemment. Mais je ne fus pas longtemps à m'en repentir, au même temps mes lèvres me firent un mal enragé, ma bouche se rétrécit, mes gencives se ridèrent, et quand je vins à vouloir parler, je fis rire tellement M me du Tilleul, que je jugeai qu'il falloit que je fusse bien ridicule. Ce qui fut le pis fut que je ne pus presque articuler aucune parole, et, courant promptement à un miroir, je me fus regarder, et me fis tant de honte à moi-même, que je m'enfuis pour me cacher. En m'en allant je trouvai M. le duc de Roquelaure qui entroit pour venir faire la cour à quelqu'une des filles, et étant tout étonné de me voir de la sorte, il me demanda qui m'avoit mis en cet état. Je lui contai naïvement mon infortune, à quoi il me fit réponse, en se moquant de moi, que je n'avois que ce que je méritois, qu'à mon âge je devois savoir qu'il y avoit de toutes sortes de pommade; que celle que j'avais prise n'étoit ni pour les mains ni pour les

cheveux, et qu'elle étoit un peu plus rare. Il me quitta après s'être ainsi raillé de moi, et s'en allant dans la chambre de la reine-mère, il lui fit sa cour à mes dépens. Aussitôt tout le monde accourut pour me voir, et voiant que j'avais aprêté manière de rire, j'en aurois ri, tout le premier, s'il m'avoit été permis d'ouvrir la bouche. Cette aventure fut le sujet de l'entretien de toute la cour, pendant plus de huit jours, et on le manda même à Nantes, où le roi étoit, qui pour être si sérieux ne put s'empêcher de rire. Pour moi, j'en avois tout autant d'envie que les autres quand je pensois à cet accident, mais quoi que je m'étuvasse la bouche d'eau fraîche, et tantôt de vin tiède, il n'y eut que le temps qui m'aporta du soulagement.»

[31] me Portrait exact de M de Pompadour.

«Ainsi qu'Hébé la jeune Pompadour

A deux jolis trous sur la joue,

Deux trous charmans où le plaisir se joue,

Qui furent faits par la main de l'Amour.»

Œuv. de Bernis.

[32] Ce vêtement couvre trop le nu, il faut l'échancrer

davantage.

Pygmalion, scène lyrique. J. J.

[33] Quant aux jeunes vierges à qui la décence interdit le

secours d'une main caressante, il est un moyen qu'elles pourront employer sous l'œil d'une mère flattée d'ajouter à leurs perfections, sans admettre un tiers dans leur confidence; le voici: appliquez sur la place de la gorge un hémisphère en bois léger et creux ou en gomme élastique et percé à son milieu, à peu près comme les ventouses de verre, dont se servent les jeunes accouchées pour aspirer le lait; à l'orifice s'adapterait un tube de verre ou un tuyau de gomme élastique, au moyen duquel une succion plusieurs fois répétée, chaque jour, finirait par développer l'attrait tant souhaité.

Note du manuscrit.

Un de nos amis qui, dans son voyage en Égypte, a su à la fois

faire des observations sur l'art de guérir et sur les mœurs, nous assure que les femmes de ce pays se servent, avec succès, pour

la même intention, de la mie d'un pain arrondi, façonnée au contour de la forme que l'on désire, et appliquée encore chaude sur le sein. Cette substance, dit ce savant que réclame avec honneur la chirurgie française, porte en elle un principe végéto-animal, qui, développé par le calorique, pénètre rapidement le sein, excite l'érection de ses papilles nerveuses, gonfle le système glanduleux, et y cause un ferment, un prurit voluptueux, bientôt suivis du développement successif de l'appareil mammaire et du tissu cellulaire qui le recouvre. C'est ce même principe vireux qui agit si énergiquement comme dérivatif de l'humeur goutteuse aux extrémités inférieures, en appliquant du levain à la plante des pieds. On pourrait activer ce moyen par de légères frictions d'huile très-volatile sur le sein, et d'une lotion astringente sur les parties qui l'environnent; au reste, le volupté fait éclore la gorge, comme le printemps fait éclore la rose, et tous les praticiens connaissent la correspondance de l'utérus au sein.

[34] La belle Pompadour suivit le conseil du jeune docteur, elle

acquit en effet l'attrait qui manquait seul à ses charmes, et ouvrit, par reconnaissance, à son médecin une carrière qu'il parcourut avec éclat.

Si l'on trouve ce fragment un peu libre, accusons-en plutôt nos mœurs que l'auteur qui vivait dans un temps où le Français se scandalisait plus des actions que des écrits; il pense maintenant tout le contraire, et l'on ferait aujourd'hui le procès de Vénette, Tissot et Montesquieu s'ils publiaient l'Onanisme, le Tableau de l'amour conjugal et le Temple de Gnide; en sommes-nous plus chastes et plus vertueux? l'interprétation que l'on donnera à cet article répondra à cette question. Au surplus, nous protestons de la pureté de nos motifs, et nous n'avons point écrit pour les Tartuffes de mœurs, mais pour cette belle moitié du genre humain qui ne connaît de mal que celui que les pervers lui enseignent.

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