Extraterrestres, Secret d'Etat

Jean Gabriel Greslé · Chapitre 5 sur 16

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Extraterrestres, Secret d'Etat

3 L’incident imprévu

Dès le 6 juillet au matin, la réussite de l’opération militaire, accomplie dans la plus grande discrétion, était pratiquement assurée. Les corps, une partie des matériaux et le survivant avaient quitté Roswell sans encombre. La presse locale était passée à côté de l’événement ou avait accepté de se taire.

Tous les témoins directs s’étaient, sous serment, engagés à garder le silence sur ce qu’ils avaient vu. Selon toute probabilité, ils étaient persuadés de la nécessité du secret militaire en cette période d’après-guerre déjà troublée par les premiers signes de la guerre froide. Ils se considéraient certainement comme des citoyens loyaux et responsables. Dans leur immense majorité, ils allaient rester fidèles au serment qu’ils avaient prêté, effrayés peut-être pour certains des conséquences d’une indiscrétion. Les lois qui réprimaient l’espionnage et la trahison prévoyaient la peine de mort dans les cas les plus graves ; les époux Rosenberg allaient en être, quelques années plus tard, la triste illustration.

 

Les aventures de « Mac » Brazel

Un cow-boy efflanqué, aux bottes éculées, surnommé « Mac » Brazel, allait troubler ce calme apparent. Il se présente dans la matinée du 6 juillet au bureau du shérif Wilcox. Celui-ci sait, bien évidemment, qu’un engin d’origine inconnue a été récupéré la veille. Il était peut-être même, avec ses adjoints, sur le terrain. Il est en tout cas impossible que des policiers civils, placés sous sa juridiction, aient été engagés dans une quelconque opération sans que leur chef, responsable élu aux Etats-Unis, en ait été informé.

Le fermier raconte qu’il a trouvé sur son ranch, situé au sud-est de Corona, une grande quantité de matériaux endommagés et de débris ne ressemblant à rien de connu. Il en a rempli ses poches et pose quelques échantillons sur le bureau du shérif. Celui-ci adopte alors une attitude ambiguë : il est obligé de prévenir l’armée mais il avise aussi Frank Joyce, un journaliste de la station de radio voisine, KGFL, du témoignage de «Mac» Brazel. Il serait difficile d’accuser George Wilcox d’avoir commis une indiscrétion car le lieu de cette nouvelle découverte est situé à plus de cinquante kilomètres à l’ouest de celui de la récupération terminée la veille par l’armée. Rien n’indiquait, à priori, que les deux affaires soient liées. Il pouvait en tout cas prétendre ne pas avoir établi le lien entre elles.

C’est de toute évidence grâce à ce fonctionnaire de police que l’armée sera empêchée d’occulter totalement la vérité. Sans son indiscrétion, les événements qui se sont déroulés dans la région Roswell n’auraient peut-être jamais été connus.

L’officier de renseignement attaché à la 509e escadre de bombardement, le major Jesse Marcel, reçoit l’appel téléphonique du shérif et se rend en personne au bureau de ce dernier. Il est accompagné par un officier du contre-espionnage, le capitaine Sheridan Cavitt. Les deux hommes examinent les débris et décident de se rendre sur les lieux en se faisant accompagner par le propriétaire. Rien de plus difficile en effet que de trouver un endroit déterminé dans ce paysage dénudé où les routes secondaires sont des chemins à peine carrossables, sans le moindre poteau indicateur.

Marcel suit le camion du fermier dans sa voiture de service tandis que Cavitt conduit une Jeep Cargo. Le trajet se termine hors-piste et les trois hommes arrivent à la tombée de la nuit. Ils décident d’attendre le jour dans la cabane rustique et inconfortable de « Mac » Brazel. Dans une interview recueillie en 1978 par Léonard Stringfield, Jesse Marcel précisera que le fermier avait tiré jusqu’à sa cabane un morceau de « près de dix pieds de diamètre ». Cet élément, examiné le soir même avec un compteur Geiger, ne

présentait aucune trace de radioactivité{20}.

Le lendemain matin, 7 juillet 1947, ils découvrent enfin à quelques kilomètres de là, dans un pâturage, une étendue d’environ « trois

quarts de mile sur deux à trois cents pieds de large{21} », parsemée de débris très légers, pour la plupart gris terne. La radioactivité est une fois de plus mesurée et se révèle normale. Le major Marcel et son adjoint passent la matinée à examiner le site, à chercher des morceaux cachés par la végétation, essentiellement des yucas et une herbe très drue, et à examiner le terrain rocailleux. Sur place, les trois hommes n’auront pas le loisir d’effectuer de tests bien scientifiques mais ils pourront juger de la résistance exceptionnelle de certains matériaux.

Les uns ressemblaient vaguement à de la feuille d’aluminium, d’autres à de petits longerons en balsa, et tous présentaient des caractéristiques surprenantes : la flamme d’un briquet ne suffisait pas à les brûler et la lame d’un canif ne parvenait pas à les entamer.

 

La seconde récupération

Jusqu’à la tombée de la nuit, les deux officiers remplissent leurs voitures, une Buick 1942 et une Jeep « pick-up », d’un maximum de débris. Ils décident d’effectuer un premier voyage vers la base de Roswell.

«Mac» Brazel, qui était libre de ses mouvements, disparaît alors pendant près de vingt- quatre heures et son absence a dû inquiéter considérablement les autorités militaires. Il risquait de parler à des journalistes, de faire des déclarations intempestives sur les ondes de n’importe quelle station radio ou même d’aller se confier au rédacteur en chef d’une publication internationale. Le colonel Blanchard, commandant de la base aérienne, devait être très conscient du fait que la moindre erreur pouvait compromettre la sécurité de la première opération, qui venait d’être réalisée dans le plus grand secret. Il décida, probablement après avoir consulté Washington, de faire la part du feu.

Son officier des relations publiques, le lieutenant Walter Haut, est alors chargé de rédiger un communiqué inexact, mentionnant la récupération d’un disque volant par le fermier, alors que les débris, d’après tous les témoignages, ne suggéraient aucune formé particulière. Ce document est envoyé aux médias.

En pleine vague d’observations de disques volants aux États-Unis, la nouvelle fait l’effet d’une bombe. Le lieutenant Haut se souvient encore du nombre considérable de coups de téléphone qui inondèrent le central de la base aérienne. Reprise par de nombreux journaux, l’information parvient à l’Agence France-Presse le 8 juillet au matin.

Le même jour, « Mac » Brazel est retrouvé. Il est immédiatement arrêté, le plus illégalement du monde, par la police militaire. Il sera brièvement présenté sous bonne garde à la presse, fera une déclaration inepte concernant la découverte d’un ballon météo au mois de juin, et sera séquestré sur la base aérienne pendant une semaine entière. Il en ressortira furieux mais possesseur d’un camion flambant neuf. Il n’a plus de dettes et son compte en banque présente pour la première fois de sa vie un solde positif confortable. Il cessera de parler directement de sa découverte, sinon pour affirmer qu’il ne donnera plus jamais, volontairement, d’informations aux autorités militaires !

L’éleveur une fois sous contrôle, la récupération du 5 juillet peut être considérée comme définitivement réglée. Elle sera par la suite littéralement oblitérée et les archives qui la mentionnaient disparaîtront.

Les débris récupérés par la 509e escadre de bombardement ont été emportés vers des destinations secrètes. Les témoins militaires ont disparu, pour certains grâce à des modifications de numéros matricules et à des changements d’affectation. Plusieurs semblent avoir bénéficié de promotions appréciables. D’autres, bien que surveillés jusqu’à la fin de leur vie, n’ont jamais posé, semble-t-il, de bien graves problèmes à leurs supérieurs.

Quelques officiers de haut rang comme le général Exon ont finalement accepté de parler. Ils ajoutent, aujourd’hui, leurs témoignages à la masse des informations récentes dont disposent désormais les chercheurs, mais les souvenirs des protagonistes civils, bien que plus modestes, sont peut-être les plus intéressants. Tous confirment la reconstitution des faits qui vient d’être présentée.

Dans la pratique, cette seconde récupération n’entraînait pas de difficultés supplémentaires bien graves pour les responsables, en particulier pour le colonel Blanchard qui semble avoir été le maître d’œuvre d’une partie de l’opération. Bien au contraire, elle arrivait à point pour détourner l’attention de la première.

Le 8 juillet, ces nouveaux débris sont chargés dans une « Superforteresse » B-29 qu’ils remplissent à moitié. Quatre boîtes très légères contenant des échantillons et une pièce détachée de forme triangulaire, longue d’un peu plus d’un mètre, destinées au général Ramey, sont débarquées à Fort Worth (Texas). Dans le

premier livre sur ce sujet, The Roswell Incident{22} le major Marcel raconte :

De toute façon, l’après-midi suivant [le 8 juillet], nous avons chargé l’ensemble dans un B-29 sur l’ordre du colonel Blanchard et nous avons tout transporté à Fort Worth par voie aérienne. Il était prévu que je vole jusqu’au terrain de Wright dans l’Ohio, mais quand nous sommes arrivés sur la base de Carswell à Fort Worth, le général [Ramey] s’y est opposé. Il a pris les choses en main, a dit à la presse que cela n’était qu’un ballon météo et m’a donné l’ordre de ne parler aux journalistes sous aucun prétexte, j’ai été retiré du vol et quelqu’un d’autre a été désigné à ma place pour convoyer les matériaux à Wright Field. Tout a été envoyé à Wright-Patterson pour analyse.

Les débris récupérés ne pouvaient pas être ceux d’un ballon météo car ils n’auraient certainement pas « rempli à moitié » un avion aussi énorme qu’une « Superforteresse » B-29. De même, il aurait été absurde de transporter par avion à l’autre bout des États-Unis les quelques dizaines de kilos d’un banal engin civil parfaitement identifié.

Les déclarations du major Marcel confirment la manipulation :

Juste après notre arrivée à Carstuell, Fort Worth, on nous a dit d’apporter une partie de ces débris dans le bureau du général, parce qu’il voulait y jeter un coup d’œil. C’est ce que nous avons fait et nous les avons étalés par terre sur du papier craft.

Ce que nous avons apporté n’était qu’un petite partie des débris. Il y en avait bien davantage. Ils emplissaient la moitié du B-29 qui était dehors. Le général Ramey a autorisé quelques journalistes à prendre une photo de ces objets. Ils ont pris une photo de moi accroupi, tenant un des morceaux les moins intéressants de ceux qui avaient été récupérés. La presse a pu prendre ce cliché sans avoir pour autant la permission de s’approcher assez près pour toucher les matériaux. Mais il s’agissait bien des morceaux authentiques. Ce n ’était pas une photo truquée. Ensuite, ils ont enlevé tous les débris de notre épave et lui ont substitué des morceaux d’une autre provenance. Ils ont alors autorisé d’autres photos. Elles ont été prises tandis que la véritable épave était déjà en route vers Wright Field.

 

Les seules photos disponibles et parues dans différents ouvrages montrent toutes les mêmes débris. Si l’un des clichés pris par la presse, comme semble l’indiquer le troisième paragraphe de cette déclaration, montrait effectivement des échantillons authentiques, il a disparu.

Bien que risquée, la manœuvre du général Ramey allait jeter un discrédit durable sur la récupération à Roswell d’un « disque volant » ou de toute autre machine inconnue. Le communiqué remis la veille à la presse par le lieutenant Haut allait ainsi être, pendant plus de trente ans, balayé des mémoires.

Pourtant, que d’invraisemblances dans ce scénario !

Comment l’officier de renseignement de la seule escadre de bombardement atomique du monde aurait-il été incapable d’identifier des débris d’un simple ballon-sonde de type Rawin ? De nombreux éleveurs en avaient trouvé dans leur pacages, au Nouveau-Mexique ou ailleurs, et ne s’étaient jamais trompés.

Comment croire un instant qu’un rancher comme «Mac» Brazel et deux officiers spécialistes du renseignement et du contre-espionnage aient pu prêter des propriétés inexplicables à de vulgaires morceaux de plastique, de bois et de ruban adhésif ? A-t-on jamais vu du balsa ou de la feuille d’aluminium résister à la lame d’un canif ou à la flamme d’un briquet ?

Si, par une aberration surprenante, le major Marcel avait pu se méprendre complètement sur les débris qu’il avait manipulés, comment aurait-il convaincu le commandant de la base aérienne de Roswell que les éléments récupérés étaient d’origine totalement inconnue ? Par quel miracle aurait-il réussi à faire partager son erreur d’appréciation à l’officier du contre-espionnage Cavitt qui l’accompagnait ?

Cette thèse est absurde. Il est choquant de la voir présenter sans rire par le général Ramey en 1947, puis près d’un demi-siècle plus tard, par le colonel Weaver, représentant officiel de l’US Air Force. Comment les journalistes du Washington Post, d’ordinaire moins crédules, ont-ils pu l’accepter aussi facilement ?

Curieusement, la première déception passée, le public semble plutôt soulagé. Les agences de presse n’insistent pas et le silence durera plus d’un quart de siècle. C’est l’officier de renseignement Jesse Marcel qui permettra par son témoignage, tout incomplet qu’il soit, de reconstituer en partie, trente et un ans plus tard, les événements de cette seconde opération et de créer une brèche dans la dissimulation officielle.

Six mois après le fiasco que nous venons de décrire, il recevait le grade de lieutenant-colonel.

Il fut alors affecté au Pentagone, où il participa à la détection des futures explosions atomiques russes. Une telle responsabilité ne pouvait pas avoir été la récompense d’une bévue. Il est plus probable que, pour les besoins du service, il avait été contraint de jouer un rôle peu glorieux.

Son témoignage tardif est confirmé par le colonel Thomas J. Du Bose, qui était en juillet 1947 chef d’état-major du général Ramey, commandant de la VIIIe Air Force. Celui-ci devait décrire, au cours d’interviews filmées, la supercherie réalisée par son supérieur hiérarchique. Ses déclarations sont complétées par une déposition sous serment signée en 1993.

Beaucoup moins importante que l’autre, plus facile à faire passer pour des débris de ballons météo ou des morceaux de réflecteurs, la découverte de « Mac » Brazel n’avait qu’une importance secondaire. Connue depuis plus de quinze ans, elle n’a toujours pas réussi à prouver que les matériaux recueillis avaient une origine inconnue. Comme ils ont depuis longtemps disparu, ils ne peuvent plus constituer de preuve matérielle. En concentrant ses tentatives d’explications sur la seule récupération effectuée sur le terrain proche de Corona, l’Air Force détournait une fois de plus l’attention des enquêteurs de la découverte la plus difficile à expliquer.

Cette stratégie présentait un inconvénient. Quand, au début des années quatre-vingt-dix, l’affaire de Roswell quitta le domaine de la légende pour entrer dans celui des spéculations raisonnables, grâce aux témoignages et aux affidavits, les autorités furent incapables de présenter la moindre explication alternative crédible à la plus importante des deux récupérations.

L’histoire du ballon pouvait à la rigueur expliquer la découverte faite par « Mac » Brazel, mais ne s’appliquait en aucune manière à celle du vaisseau et de son équipage. L’officier de renseignement de la base aérienne de Roswell pouvait-il ignorer son existence, lui dont le métier était de savoir ? C’est bien improbable.

L’éleveur n’était pas seul quand il avait découvert le champ aux débris. Le fils de ses voisins, le jeune Proctor, chevauchait avec lui. Celui-ci avait, lui aussi, ramassé des échantillons variés et les militaires n’en savaient rien. De même, l’une des filles de Brazel avait aidé son père à remplir plusieurs sacs à grains vides de ces débris encombrants.

D’autre part, les parents du jeune Proctor, Floyd et Loretta, avaient reçu la visite de leur fils et de « Mac » Brazel le jour même de leur découverte. Ils avaient eux aussi manipulé quelques morceaux aux caractéristiques hors du commun. Très au courant, comme tout le monde dans la région, du bouclage de la propriété de leur voisin par l’armée et des incroyables précautions prises par les autorités, ils ne crurent évidemment pas aux explications officielles.

Il n’a jamais été possible de savoir ce que « Mac » Brazel avait révélé aux officiers qui le retenaient sur la base de Roswell. Après avoir été relâché par les militaires, il fut, jusqu’à la fin de sa vie, d’une discrétion exemplaire. Il est possible que ses déclarations n’aient rien apporté de nouveau à ses geôliers. Sa collaboration avec les deux officiers qu’il avait accompagnés sur ses pâturages avait été initialement désintéressée. Sa bonne volonté évidente ne suggérait en tout cas aucune arrière-pensée. Pendant sa détention, le souci primordial des autorités militaires fut sans doute de le persuader de se taire et d’accepter de se dédire, moyennant de substantielles compensations. Dans la mesure où, dès le 6 juillet au soir, il n’était plus seul sur sa propriété mais accompagné de Jesse Marcel et de son adjoint, ses faits et gestes avaient été observés en permanence. Il suffisait aux autorités de lire le rapport de l’officier de renseignement pour les connaître dans le détail.

Choqué, nous le savons, par l’attitude des autorités à son égard, « Mac » Brazel a dû minimiser, sinon cacher, ce qu’il avait dit aux journalistes de la station de radio KGFL. Peut-être même a-t-il réussi à dissimuler le fait qu’il avait été invité par son directeur, Walt Whitmore senior, à passer la nuit dans la propriété de celui-ci et qu’il lui avait accordé une interview complète. Les deux hommes avaient longuement parlé et des déclarations détaillées avait été enregistrées à cette occasion. Walt Whitmore junior se souvient parfaitement des déclarations de son père à ce sujet.

 

Le transport des débris découverts par « Mac » Brazel

Plusieurs témoignages sous serment établissent les modalités du transport des matériaux récupérés sur les terres de « Mac » Brazel. Sur l’ordre du commandant de la base aérienne, le colonel Blanchard, une « Superforteresse » B-29 les avait acheminés de Roswell à Fort Worth (Texas). Elle avait à son bord cinq passagers dont certains avaient manipulé les matériaux. Un des morceaux aperçus par un témoin, Robert Shirkey, ressemblait à de l’acier inoxydable mat et mesurait à peu près 45 centimètres sur 60.

Robert Porter, qui était à l’époque sergent-chef et affecté à Roswell comme mécanicien navigant, témoigne dans un affidavit du 7 juin 1991 :

À cette occasion, j’étais membre de l’équipage qui transportait vers Fort Worth des morceaux de ce qui nous avait été présenté comme une soucoupe volante. Parmi les personnes à bord se trouvaient le lieutenant-colonel Payne Jennings, commandant en second de la base aérienne, le lieutenant-colonel Robert I. Barrowclough, le major Herb Wunderlich et le major Jesse Marcel. Le capitaine William E. Anderson nous a dit que ces débris provenaient d’une soucoupe volante. Après notre arrivée, le chargement a été transféré dans un B-25. On m’a dit que les matériaux allaient être acheminés vers Wright Field à Dayton dans l’Ohio.

Un autre affidavit, signé par Robert A. Slusher, confirme et complète celui-ci. Il précise qu’un entrepreneur des pompes funèbres était venu prendre en charge une partie de la cargaison. Il avait été reconnu par l’un des membres de l’équipage. Que venait faire ce spécialiste, sinon superviser un transport de cadavres ? La présence à bord du major Marcel pendant les vols aller et retour est elle aussi confirmée :

J’ai été affecté à Roswell Army Air Field de 1946 à 1952. Le 9 juillet 1947, j’ai embarqué sur un B-29 qui a roulé au sol jusqu’à la zone de la base où se trouvaient les munitions pour prendre une caisse que nous avons chargée dans la soute à bombes de l’avant. Quatre

MP{23} armés gardaient cette caisse qui avait approximativement

quatre pieds de haut, cinq pieds de large et douze pieds de long{24}. Nous avons quitté Roswell vers seize heures. L’officier des opérations aériennes de ce vol était le major Edgar Shelley. Le vol vers Fort Worth s’est déroulé à basse altitude, environ 4 000 ou

5 000 pieds{25}. Nous volions d’habitude à 25 000 pieds{26} avec la pressurisation. Nous étions obligés de voler plus bas à cause des MP voyageant dans la soute à bombes.

En arrivant à Fort Worth, nous avons été accueillis par six personnes dont trois MP. Elles ont pris la caisse en charge. La caisse a été mise sur un tracteur plat à munitions et emportée sous la garde de leurs MP. L’un des officiers présents était un major, l’autre un lieutenant. La sixième personne était un employé des pompes funèbres qui avait été en classe avec l’un des membres de l’équipage, le lieutenant Félix Martucci. Le major Marcel est arrivé à l’avion en Jeep et est monté à bord. Nous sommes restés environ trente minutes à Fort Worth avant de rentrer à Roswell.

Le vol de retour se déroula à plus de 20 000pieds et la cabine fut pressurisée. Après être rentrés à Roswell, nous nous sommes aperçus que le contenu de la caisse était classifié. Des rumeurs ont couru que nous avions transporté des débris provenant d’un accident aérien. Je ne sais pas s’il y avait ou non des corps. La caisse avait été faite sur mesure ; elle ne portait aucune inscription.

Nous avons ramené le major Jesse Marcel sur ce vol. Le pilote était le capitaine Frederick Ewing ; le copilote était le lieutenant Edgar Lzard. Le sergent David Tyner* était mécanicien navigant ; le navigateur était James Eubanks ; étaient aussi présents le technical sergeant Arthur Osepchook et le caporal Thaddeus Love. Les MP sont aussi revenus avec nous, [surcharge manuscrite]* Le lieutenant Elmer Landry (?) participait au vol comme assistant du mécanicien

navigant{27}.

Ce vol était inhabituel dans la mesure où nous sommes rentrés immédiatement après avoir déchargé notre cargaison. C’était un vol non programmé; normalement, nous étions prévenus la veille avant un vol. Le retour nous a pris environ trois heures et quart. Il faisait encore jour quand nous sommes arrivés à Roswell. Le lieutenant Martucci nous a dit que nous avions fait « un vol historique ».

 

Ces témoignages contredisent complètement la version officielle. S’ils ne constituent pas, à eux seuls, une preuve absolue, ils suggèrent fortement que des événements exceptionnels s’étaient bien déroulés au Nouveau-Mexique en ce début de juillet 1947.

 

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