Fiançailles au palais

Alexandra Sellers · Chapitre 2 sur 3 · partie 1/3

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Fiançailles au palais

— Mmm... ? dit-elle en déposant un…

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

— Mmm... ? dit-elle en déposant un petit baiser dans le creux de son épaule.

— Retire la bague de cet Anglais. C’est moi que tu épouseras. Jure-le-moi, et je pourrai te faire l’amour. Et tu seras mienne pour toujours.

Ce fut de cette façon que le serpent entra au paradis...

— Que veux-tu dire ? articula-t-elle enfin.

— Penses-tu que je veuille te prendre pour une nuit, une semaine ou un an ? Tu es à moi, Jalia, pour toujours. Ton cœur m’appartient déjà. Reconnais-le et je te ferai l’amour.

Le regard émeraude de Latif étincelait dans l’obscurité. Ses mains la tenaient toujours aussi fermement. La curieuse idée qu’elle serait toujours en sécurité avec lui traversa furtivement l’esprit de Jalia...

— Je ne peux pas t’épouser, Latif, murmura-t-elle pourtant.

— Tu ne peux pas ? répéta-t-il d’une voix dure qui contrasta soudain avec le moment de tendresse qu’ils venaient de partager.

— Tu sais bien que c’est impossible. Tu l’as dit toi-même : ici, ce n’est pas mon pays, je ne m’y sens pas chez moi.

— Une femme doit vivre auprès de son mari dont elle doit épouser le pays. Tu es une Bagestani, Jalia, ton sang et ton cœur le sont. Ton peuple a besoin de toi, tout comme moi.

Ses doigts se resserraient plus étroitement sur le poignet de Jalia à mesure que ses mots se déversaient sur le cœur meurtri de cette dernière. Puis, brusquement, il se pencha vers elle et l’embrassa de nouveau... Une langue de feu balaya le corps de Jalia au contact de cette bouche fougueuse qui semblait communiquer directement avec son âme.

— Réponds-moi, lui ordonna-t-il, sa bouche collée à la sienne.

— Je veux être ta maîtresse. Je t’en prie, Latif, ne m’en demande pas davantage et accepte d’être mon amant.

A ces mots, il se redressa brusquement, révélant son torse musclé dans le clair de lune.

— Comment peux-tu être aussi insensée ? Penses-tu que nous puissions être amants pendant un certain temps et qu’ensuite, je te laisse repartir en Angleterre pour épouser un autre homme ? Crois-tu que je puisse oublier ce que nous aurons vécu ? Oublier que mon corps t’aura fait sien ?

Il s’interrompit un instant pour reprendre son souffle avant de poursuivre d’une voix rauque :

— Si nous faisons l’amour, tu seras à moi pour toujours, Jalia. Tu me seras plus proche que mon propre cœur. Comment peux-tu me demander d’être uniquement ton amant ?

Dans la pénombre, son visage semblait plus anguleux, et sa ressemblance avec l’oiseau de proie dont il portait le nom n’en était que plus saisissante.

Le cœur de Jalia se tordit de douleur... Néanmoins, la peur d’un tel engagement était plus forte que la douleur.

Sans mot dire, elle se glissa tout au fond de son sac de couchage. Il ne pouvait s’agir d’amour éternel entre eux, du moins en ce qui la concernait ; elle ne le connaissait pas depuis assez longtemps ! Non. Elle ne brûlait que d’assouvir un désir physique impétueux qui n’était dû qu’à cette folle attirance qu’il exerçait sur elle. Ce n’était qu’un désir passager, autant dire une mascarade, et non le vrai visage de l’amour. Et elle aurait été complètement folle d’y succomber, sachant que le prix à payer était le mariage et le Bagestan.

N’était-ce pas le piège dans lequel était tombée Noor ? Noor, qui à l’heure actuelle se trouvait dans un avion qui s’était sûrement écrasé au sol, qui gisait peut-être entre la vie et la mort, pour avoir joué avec le feu d’une magie illusoire. Elle qui avait fait preuve de clairvoyance pour le cas de sa cousine n’allait tout de même pas fermer les yeux pour ce qui la concernait !

— Je ne suis pas une Bagestani, Latif, reprit-elle d’une voix voilée. Je suis Anglaise. On ne peut pas changer le passé, pas plus que je ne peux adopter les coutumes de ce pays.

Le regard que Latif lui adressa alors, un regard obscurci par l’ombre des étoiles, Jalia s’en souviendrait certainement toute sa vie. Tel un animal blessé, il serra les mâchoires avant de se lever brusquement pour disparaître dans la nuit.

Les rayons du soleil et des craquements de bois tirèrent Jalia de son sommeil. Elle ouvrit les yeux... Accroupi devant elle, lui offrant en spectacle la ligne parfaite de son dos nu, Latif allumait le feu.

Cette posture paraissait si naturelle que l’on avait la sensation que son corps était élastique. Une posture qui lui fit réaliser que Latif était aussi à l’aise dans les montagnes, au milieu de nulle part, qu’au palais, avec l’apparat afférent.

Elle comprenait mieux à présent ce que les gens voulaient dire lorsqu’ils le définissaient comme un homme des montagnes. Le sultan lui avait confié que, lors de leur longue lutte secrète pour renverser Ghasib, Latif avait fait office de chef de liaison avec les tribus des montagnes. Les nomades qui y vivaient étaient difficilement gouvernables et ne respectaient aucune frontière. Latif épousait leur déplacement sans le moindre problème.

Jalia se rendit soudain compte qu’il possédait une qualité qu’elle avait sentie en lui jusque-là sans pouvoir la nommer : le silence. Il avait une capacité extraordinaire à se taire, comme s’il avait appris la patience dans les montagnes. Et c’était un trait de caractère qui la séduisait terriblement chez lui.

Soudain, Latif sentit qu’on le fixait et il tourna la tête. Leurs regards s’enchaînèrent... La veille, elle s’était endormie avant qu’il ne revienne.

— Sabah al kheir, lui dit-il.

C’était une expression poétique pour souhaiter le bonjour et qui signifiait littéralement : « un matin de joie ».

— Sabah al noor, répondit-elle en souriant.

Pour sa part, elle lui souhaitait « un matin de lumière ».

Il est vrai que la matinée était lumineuse. L’air était frais et clair, revigorant. Comme il était agréable de se réveiller dans la nature, après une nuit passée à la belle étoile ! Elle ne boudait plus le plaisir de ces joies simples, pensa-t-elle en s’étirant sans chercher à retenir un formidable bâillement.

Comme elle refermait la bouche et commençait à se lever, elle se heurta aux prunelles indéchiffrables de Latif.

— Tu es belle, lui dit-il simplement.

Ces mots lui firent l’effet d’une caresse possessive et elle sentit sa peau frémir... Brusquement, elle eut conscience de son corps, de sa poitrine ferme, de la sensualité de ses hanches, de la longueur de ses jambes... Ses pieds nus se plantèrent fermement dans le sol. Elle se sentait aussi solide que le roc et aussi légère que l’air. En un mot, vivante...

Inspirant un long trait d’air, elle croisa les bras et les opales de sa bague miroitèrent sous le soleil.

— Tu es belle, répéta-t-il, et tu m’appartiens. Tu ne veux pas l’entendre, pourtant, c’est la vérité. Tu es à moi, Jalia. Même si tu portes la bague d’un autre homme, même si tu finis par l’épouser, cela ne changera rien à la vérité. Personne n’a le pouvoir de la transformer.

La fixant avec une intensité redoublée, il continua :

— Nous sommes destinés l’un à l’autre, Jalia. J’ai eu tort de me taire lors de notre première rencontre, j’aurais dû te prévenir d’emblée. Ainsi, tu ne te serais pas engagée auprès d’un autre homme. C’est ma faute si aujourd’hui tu portes cette bague.

Naturellement, il aurait fallu qu’elle nie. Si seulement elle avait pu parler ! Mais elle était livrée à un flot de sensations qui allaient de l’indignation à l’attendrissement... Si elle ouvrait la bouche, elle ignorait ce qu’elle allait dire.

Puis, sans attendre sa réaction, Latif pivota sur ses talons pour s’occuper de nouveau du feu.

Jalia s’empara précipitamment de ses affaires de toilette et disparut derrière la colline pour une rapide toilette dans le torrent.

A l’évidence, il ne lui reparlerait pas de ce qu’il s’était passé entre eux la nuit précédente, il ne lui adresserait aucun reproche. Il n’était pas homme à bouder lorsqu’il n’obtenait pas ce qu’il voulait, pensa Jalia en poussant un petit cri au contact de l’eau glacé. Comment serait la vie avec un mari comme lui ? s’interrogea-t-elle alors, songeuse.

La plupart des hommes qu’elle avait connus ne cachaient pas leur mécontentement lorsqu’ils étaient contrariés, comme s’ils étaient toujours de grands enfants.

Latif, lui, semblait estimer que les contretemps faisaient partie intégrante de la vie, et il ne cherchait pas à rejeter la faute sur autrui, à l’instar de nombreux hommes, y compris Michael.

Durant toute son enfance, son père n’avait cessé de lui répéter que les hommes de la montagne étaient des personnes à part. Peut-être fallait-il venir jusqu’au Bagestan pour trouver un homme digne de ce nom. Si toutefois vous en cherchez un ! Or, en ce qui concernait Jalia, les jeux étaient faits. Pour épouser un homme de la trempe de Latif, il aurait fallu qu’elle naisse ici. Comment pouvait-elle s’intégrer dans ce pays, en adopter la culture, alors qu’elle avait été élevée dans une grande ville occidentale ?

Au fond, elle ne le regrettait pas. Elle appartenait à un autre monde, un monde où elle se sentait bien, où elle était heureuse. Naturellement, si l’histoire avait été différente, le Bagestan aurait été sa patrie. Mais la vie en avait décidé autrement. Il n’y avait rien à ajouter à cela.

Bien sûr, s’avoua-t-elle en se frictionnant vigoureusement le corps avec sa serviette de toilette pour se réchauffer, une petite part d’elle-même déplorerait toujours de n’avoir pas connu les bras passionnés du cheikh...

Nul doute qu’elle n’oublierait jamais la déclaration passionnée de Latif et qu’elle resterait le moment le plus romantique de sa vie. Quel Occidental pourrait rivaliser avec une telle déclaration ?

S’habillant rapidement, Jalia revint vers leur camp de fortune, où une agréable odeur de café l’accueillit.

Latif avait fait réchauffer des naans, petites crêpes locales. Il en tendit une à Jalia qui la savoura avec du fromage de chèvre et du miel. C’était absolument divin, pensa-t-elle en se léchant les doigts.

— Où allons-nous, ce matin ? demanda-t-elle pour briser le silence.

— Je souhaite me rendre dans la vallée. C’est un voyage que l’on ne peut effectuer qu’à pied, en raison des éboule-ments dans le tunnel. Veux-tu m’accompagner ou préfères-tu rester ici ?

— Combien de temps cela prendra-t-il ?

— Si je m’y rends seul, quelques heures. Si nous y allons ensemble, ce sera un peu plus long.

Etait-ce par arrogance qu’il prétendait qu’elle le ralentirait ? A moins que cela ne fût un prétexte pour partir seul... Qu’à cela ne tienne ! Elle allait l’accompagner ! La détermination avec laquelle elle lui fit part de sa décision arracha un sourire à Latif...

Chapitre 9.

 

 

Arrogant ou non, il avait proféré l’entière vérité. Latif traversait les grosses ornières que les pluies avaient creusées avec une aisance et une assurance qui terrifiaient Jalia. Pour sa part, elle avançait en s’agrippant frileusement au bras de son compagnon.

Soudain ils parvinrent à une dénivellation plus redoutable que les autres, et tout naturellement Latif lui proposa de la porter sur son dos. La puissance et la force qu’elle sentit brusquement émaner de lui, lui envoyèrent un message profondément érotique. D’instinct, elle resserra les jambes... Surpris, Latif en perdit presque l’équilibre et ils manquèrent chavirer tous les deux dans l’immense ornière remplie d’eau.

Une fois la difficulté passée, Jalia redescendit de son dos et rajusta ses vêtements, tremblant de peur et de désir, et fort irritée de ne pas pouvoir mieux cacher ses sentiments. Si elle ne se ressaisissait pas immédiatement, elle allait finir par se retrouver mariée à Latif, pour la bonne et seule raison qu’elle voulait impérativement savoir comment il faisait l’amour !

Et tout à coup, un éclair de lucidité s’imposa à elle avec la force d’un coup de tonnerre : chaque fois qu’elle avait discuté avec Noor sur la folle attirance que cette dernière ressentait pour Bari, c’était d’elle-même qu’elle parlait ! Inconsciemment, elle avait toujours été attirée par Latif.

Quel aveuglement impardonnable ! Si elle s’était autorisée à regarder la vérité en face, elle aurait agi avec plus de discernement et aurait soigneusement évité sa compagnie ! En tout état de cause, elle n’aurait sûrement pas été aux abois comme elle l’était en ce moment, dépendante de lui pour sa survie... Et espérant par-dessus tout qu’il finisse par craquer et lui fasse l’amour avant que ce ne soit elle qui cède et lui promette tout ce qu’il voulait, quel qu’en soit le prix.

— Pourquoi ne veux-tu pas me faire l’amour ? demanda-t-elle inopinément, suivant le cours de ses pensées.

Les mots étaient sortis malgré elle, alors qu’ils escaladaient de gros rochers tombés sur la route.

Latif lui lança un regard qui ne trahissait aucune surprise, comme s’il s’attendait à sa question.

Si en plus, ils pensaient la même chose au même moment, pensa Jalia, elle n’allait pas résister bien longtemps...

— Je te ferai l’amour, lui assura-t-il, confiant.

A son corps défendant, sa réponse fit naître un sourire sur les lèvres de Jalia ainsi qu’une bouffée de plaisir dans son cœur. Comme s’il percevait les émotions qui se jouaient en elle, Latif l’enlaça et l’attira tout contre lui.

Les flammes de la passion l’enveloppèrent instantanément, et Jalia releva légèrement le menton, dans un geste d’invitation au baiser. Ce fut alors que Latif ajouta :

— Lorsque tu auras mon alliance au doigt au lieu de la bague que tu portes actuellement.

Là-dessus, la bouche de Latif s’écrasa sur la sienne avec un sens de la possessivité qui fit vibrer toutes les parcelles de son corps. Leurs corps étaient unis par une telle fusion que Jalia se sentit chavirer...

Une main enfouie dans les cheveux de Jalia, Latif maintenait la tête de sa compagne, tandis que de l’autre, il caressait ses hanches. Elle se rendit alors compte de sa puissance dominatrice, et cette prise de conscience ne l’en troubla que davantage.

Relevant la tête, Latif plongea son regard vert, assombri par le désir, dans celui de Jalia. Elle n’avait jamais vu un vert si profond, et elle aurait pu contempler pendant des heures la magie de cette couleur émeraude... Ses yeux la renvoyaient autant au danger qu’elle courait qu’au bien-être qu’elle ressentait en sa compagnie. Elle eut alors la sensation que le temps retenait son souffle, posé en équilibre instable.

— La lutte qui s’annonce sera difficile, reprit Latif d’une voix rauque. Qui de nous en sortira vainqueur?

Jalia s’efforça de respirer calmement et de recouvrer ses esprits.

Ils reprirent leur chemin et croisèrent bientôt un groupe d’hommes qui réparaient les dégâts d’un éboulement sur la route. A l’aide de quelques ânes et à la force de leurs seuls bras, ils rassemblaient les grosses pierres qui étaient tombées sur la route et les plaçaient dans les ornières creusées par les pluies. Le travail était ardu, voire dangereux, mais les hommes l’effectuaient dans l’enthousiasme et la bonne humeur.

A l’approche de Latif et de Jalia, ils levèrent la tête et les saluèrent à la façon bagestani, c’est-à-dire en plaçant le poing sur le cœur. Puis ils reconnurent Latif.

— Vous venez à un moment favorable, lui dirent-ils en signe de bienvenue.

— Que votre ombre ne diminue jamais !

— Venez-vous assister au conseil ? s’enquit l’un d’eux. J’ai une pétition à vous remettre...

Aucun des hommes ne courbait l’échine devant lui, nota Jalia, bien qu’il fût celui qu’ils appelaient « shahin ». Visiblement, ils le respectaient trop pour être obséquieux. D’ailleurs, entre Latif et ces hommes, le respect était mutuel. Et cependant, il était manifeste qu’ils accepteraient son jugement sans protester.

— J’escorte la princesse Jalia qui recherche sa cousine, la princesse Noor, déclara Latif.

Il leur relata alors leur découverte concernant l’avion qui s’était écrasé. De son côté, Jalia approuvait en hochant la tête mais se gardait bien d’ajouter quoi que ce soit. Avec sa chemise en lin, son jean et ses boots, elle devait représenter une vision inhabituelle pour ces hommes, mais aucun ne la regardait. C’était la coutume dans la montagne.

Ainsi que son père le lui avait appris dans son enfance à travers les innombrables récits qu’il lui lisait, le peuple bagestani des montagnes était farouchement réservé. Jamais les hommes n’auraient dévisagé une étrangère.

La conversation était à présent trop rapide pour qu’elle en saisisse toutes les nuances, d’autant que plusieurs hommes s’exprimaient parfois en même temps. Néanmoins, elle saisit qu’aucun d’entre eux n’avait entendu parler d’un accident d’avion dans la région.

Il lui sembla ensuite qu’ils encourageaient Latif à séjourner un ou deux jours dans la vallée afin qu’il assiste au conseil qui se tenait au village, conseil durant lequel des sujets déterminants pour la communauté seraient abordés. Enfin, l’un des hommes abandonna son travail pour conduire Latif et Jalia dans la vallée. Nul doute que Latif avait accepté de présider le conseil.

L’homme les emmena chez lui, où sa femme et ses filles préparèrent un repas à leur intention. Comme de coutume, ils se restaurèrent en silence, et ce n’est qu’une fois le repas terminé que Latif déclara :

— Le conseil va débattre de sujets graves. Il est important que j’y assiste. Cela signifie que nous passerons la nuit ici. Des jeunes gens du village vont retourner au 4x4 pour nous ramener ce dont nous avons besoin, poursuivit-il. Que désires-tu ?

— Mon sac à dos suffira.

Plus tard, alors que les membres du conseil s’étaient rassemblés chez un des leurs après avoir accueilli Latif avec une joie manifeste, les femmes conduisirent Jalia en haut d’une colline, dans une maison isolée, posée au cœur d’un jardin à la luxuriance extraordinaire, entouré de fortifications.

— A qui appartient cette maison ? demanda Jalia dans son bagestani archaïque.

— Lady Jalia, c’est la maison de votre futur époux, lui répondit-on en souriant. Si Allah le veut, vous serez bientôt familière de l’endroit.

Le sourire de Jalia se figea légèrement. Son futur époux ! Mon Dieu ! Quel dilemme ! Si elle niait être la fiancée de Latif, elle devrait être logée ailleurs ; elle connaissait suffisamment les traditions du pays ! Or elle ne voulait pas dormir ailleurs qu’ici, avec Latif. Et elle n’allait pas laisser échapper une telle occasion...

Par conséquent, elle ne démentirait pas.

Après tout, si Latif devait par la suite s’expliquer auprès de sa tribu sur le fait que la princesse Jalia ne l’accompagnait plus dans la vallée, ce serait son problème à lui, pas le sien !

— Les coutumes du monde extérieur sont curieuses, observa l’une des femmes, en riant. Ici, dans la vallée, aucun homme n’emmène sa future épouse chez lui avant la cérémonie de mariage. Comment pourrez-vous négocier une dot convenable, Lady Jalia, si vous remettez votre trésor à votre futur mari avant qu’il ne l’ait payé ?

— Un aristocrate comme Latif nourrit les mêmes rêves que le commun des mortels : prendre une femme sans rien donner en retour, renchérit une autre femme.

— Amina, veux-tu te taire ! Quand un homme de la valeur de Son Excellence se déclare devant témoins, cela vaut pour contrat de mariage !

Toutes éclatèrent de rire, et Jalia eut la sensation d’être une jeune épouse que l’on conduisait vers le lit de son mari. A son grand désarroi, elle se sentit rougir...

— Quand le moment sera venu, Lady Jalia, reviendrez-vous dans la vallée et nous permettrez-vous de nous occuper de la cérémonie de mariage ?

La femme qui venait de lui poser cette question était jeune et jolie, et d’après ce que Jalia avait cru comprendre, eu égard à certaines plaisanteries, récemment mariée.

— Tu n’y penses donc pas, Parvana ! intervint vivement une autre villageoise. La cérémonie aura lieu au palais, bien sûr...

Et tout le monde d’éclater de rire. La visite de la demeure et des jardins se poursuivit dans la bonne humeur. La maison était la plus grande du village, sans être pour autant démesurée : elle possédait deux dômes, alors que les autres n’en avaient qu’un, et un immense jardin fortifié.

— En temps de troubles, les femmes et les enfants de la vallée viennent se réfugier derrière les fortifications. Alors les hommes et les chefs peuvent partir tranquillement à la guerre, lui précisa-t-on simplement, comme si les guerres faisaient partie de la vie du village, au même titre que les pluies ou les mariages.

— Lorsque les hommes de Ghasib sont venus après la construction du tunnel, nous savions qu’il était préférable de ne pas combattre, car son armée de soldats était bien trop nombreuse...

— La plupart des trésors que possédait cette maison ont été enterrés, Lady Jalia, expliqua une autre femme en désignant les murs, les sols et les alcôves vides. C’est de cette façon que nous nous sommes protégés du pillage de Ghasib.

— Ne craignez pas que Ghasib nous dépossède des richesses de notre shahin..., commença l’une d’elles.

— ... car c’est la terre qui les possède, continuèrent les autres en chœur.

Il devait s’agir d’une blague car toutes les femmes éclatèrent de rire.

Pour sa part, Jalia ne chercha pas à comprendre. Elle appréciait tout simplement la convivialité des villageoises, même si elle ne comprenait pas forcément leur sens de l’humour, et si les subtilités de la conversation lui échappaient parfois.

— Nous avions entendu dire que Latif nous rendrait visite, mais nous ignorions qu’il devait venir en compagnie de sa future épouse. Aussi n’avons-nous pas eu le temps de décorer la chambre. Mais nous allons rapporter des lampes et des parfums...

Jalia ne protesta pas, déjà habituée à cette idée...

Pourquoi ne pas créer une atmosphère sensuelle dans l’alcôve qu’elle partagerait avec Latif ? Même si elle ignorait qui séduirait l’autre et qui se laisserait séduire...

Chapitre 10.

 

Les villageoises entreprirent la décoration rituelle de la chambre. On eût dit que, pour compenser les licences que prenait le cheikh par rapport à la tradition, elles avaient décidé d’aller au-devant du destin en décrétant que cette nuit serait leur nuit de noces.

Elles consacrèrent leur après-midi entier aux préparatifs, et mijotèrent des plats spéciaux pour le couple. Ainsi que le voulait la tradition, elles répartirent, dans l’alcôve des futurs époux, des fleurs et des rameaux emmêlés qui y répandirent mille senteurs subtiles. Elles se livrèrent également à de petits rituels mystérieux, dont Jalia savait qu’ils auraient éveillé le plus vif intérêt de l’une de ses collègues ethnologues, à l’université.

On lui remit un superbe pyjama brodé, coupé dans une soie souple, couleur de jade. Au niveau des chevilles, le pantalon comportait des fronces qui lui donnaient du bouffant, tandis que la veste était bien ajustée sur la poitrine. Il s’agissait d’une tenue artisanale qui avait été confectionnée sur mesure pour une jeune fille qui la lui offrait généreusement. Jalia avait eu beau protester, on ne lui avait pas permis de refuser le pyjama qui semblait par ailleurs avoir été fait pour elle, tant il lui seyait.

Les femmes l’aidèrent à prendre son bain, puis enduirent sa peau d’un baume parfumé. Elles tressèrent ensuite quelques nœuds d’amour dans ses cheveux, déplorant que sa chevelure ne lui tombât pas jusque sur les reins. « Comme le monde extérieur devait être étrange, lui dirent-elles, si les femmes se coupaient les cheveux, leur bien le plus prestigieux, de leur plein gré ! »

Elles s’émerveillèrent en revanche devant la blondeur de sa chevelure si lisse : dans la vallée, la plupart des femmes étaient brunes et bouclées. Selon elles, les femmes de la tribu Kamrangi possédaient le même type de cheveux que Jalia. C’était ce qu’avait rapporté le grand-père de l’une d’entre elles qui, des années auparavant, avait servi de guide à des voyageurs étrangers.

A mesure que passaient les heures, Jalia tombait de plus en plus sous le charme des villageoises et de leur belle vallée. Les valeurs qu’elles cultivaient étaient simples et authentiques, leurs rires contagieux, leur beauté et leur sagesse impressionnantes. A l’aune de cet environnement pur, son propre monde lui paraissait dénué de sens ; il sonnait faux, comme une fumée toxique dans l’air frais de la montagne.

Néanmoins, tout n’était pas idyllique ici. A commencer par le conseil du village, exclusivement constitué d’hommes ; les femmes n’étaient-elles pas contrariées de ne pas y participer et de ne pouvoir prendre des décisions à l’instar des hommes ?

Cette question suscita des sourires parmi l’assemblée. Autrefois, expliqua l’une des villageoises, le conseil était uniquement composé de femmes, et tout était alors dans l’ordre des choses, dans la mesure où les femmes étaient meilleurs juges de la nature humaine que les hommes. Cela, tout le monde le savait !

Cependant, il fallait reconnaître aux hommes leur meilleure aptitude à lire la loi et à l’interpréter. Or, la plupart des pétitions soumises aujourd’hui au conseil relevaient de problèmes juridiques. Il s’agissait notamment de trancher des litiges relatifs à un héritage ou à un titre de propriété. En outre, ces demandes étaient totalement dénuées d’intérêt et d’importance quant à l’essence même de la vie. Mais bien sûr, les hommes avaient un autre avis sur la valeur de leur rôle ; et il ne fallait pas leur enlever leurs certitudes !

Les questions essentielles pour la vie tribale, celles notamment liées aux mariages, aux fêtes ou encore aux dates des semences et des récoltes étaient, quant à elles, toujours réglées par les femmes.

Finalement, Jalia cessa de comparer le monde dont elle était issue et celui qu’elle découvrait pour jouir en toute plénitude de l’agréable compagnie des villageoises et comprendre leur point de vue qui relevait d’une certaine sagesse et d’une grande philosophie.

Quand le soleil bascula derrière les fortifications du jardin à la luxuriance sauvage, les femmes avaient terminé les préparatifs. Elles déclarèrent alors que le conseil devait être levé et prirent congé de Jalia en la priant de demeurer dans la chambre des époux, doucement éclairée et parfumée, et de conserver sa tunique et son pantalon de soie vert. Elles lui promirent que Latif ne tarderait pas à la rejoindre.

En effet, une heure plus tard, il pénétrait dans l’alcôve, douché, parfumé et vêtu d’un costume blanc magnifiquement brodé, dont la soie fluide soulignait sa musculature virile.

Il était incroyablement beau, un mystérieux sourire éclairant son visage farouchement aristocratique.

Il demeura quelques instants sur le seuil pour admirer Jalia dans le jeu des ombres que projetaient les photophores...

Le cœur de la jeune femme s’emballa follement devant les messages qu’elle lut alors dans les yeux de Latif : ils exprimaient la possessivité, l’urgence et la détermination.

En un rien de temps, l’atmosphère parut se densifier autour d’eux... Les yeux verts de Latif s’assombrirent, un signal auquel le corps de Jalia réagissait à présent sur-le-champ. Le désir s’empara de tout son être et, inclinant lascivement la tête sur le côté, elle lui adressa à son tour un petit sourire...

— Les femmes ont préparé de la nourriture pour toi, annonça-t-elle d’une voix suave.

Il ne l’entendit pas, trop occupé à la contempler, à s’imprégner de l’odeur qui émanait d’elle, à la déguster à distance.

Elle était d’une beauté envoûtante dans ce costume traditionnel d’épouse. Un costume qui semblait respirer à même son corps, qui en révélait les pleins et les déliés, la sensualité et la force. Ses cheveux chatoyants étaient tressés de fleurs, sa peau était huilée et parfumée, de sorte que le moindre de ses mouvements dégageait une volupté qui attisait son désir.

La femme de sa vie se tenait devant lui, apprêtée comme une épouse tribale, toute de soie et parfums, les yeux soulignés de khôl, engageante, apprêtée, comme il l’avait rêvé depuis ce fameux moment où il s’était noyé dans son regard vert tranquille...

En deux pas, il fut près d’elle, et prit fébrilement son visage entre ses paumes : il contempla alors longuement son beau visage, une fleur parfaite, dotée de deux grands lacs verts d’où émanait une telle douceur que le cœur de Latif cessa de battre pendant quelques secondes...

— Tu es à moi, lui dit-il d’une voix rauque et vibrante d’émotion. Tu t’es engagée devant les femmes du village.

Et, avant qu’elle ne puisse protester, il pencha sa tête vers elle. De sa bouche, il effleura les lèvres de Jalia, tendrement, délicatement, comme s’il s’agissait d’un bouton de rose dont il désirait absorber uniquement le parfum.

Cet effleurement subtil fit trembler les lèvres de Jalia et des frissons de désir coururent sur ses reins. Cédant à l’assaut, sa bouche s’entrouvrit... Immédiatement, Latif renforça son baiser, goûtant la douceur de sa compagne, nourrissant son propre désir.

Puis il coula une main sous la veste de soie de Jalia et l’attira plus étroitement contre lui. La jeune femme ne put retenir un léger cri au contact de cette force virile et autoritaire. Leurs corps, qui s’épousaient sensuellement à présent, formaient un bel arc en équilibre. Retenue par les bras de son compagnon, Jalia, qui touchait à peine le sol, avait la sensation de léviter.

D’un pouce habile, Latif dégrafa en partie la veste de son pyjama et se mit à caresser son ventre, sa gorge, sa poitrine...

Chaque caresse, aussi douce qu’électrique, incendiait son esprit, enflammait son sang... Un feu inconnu la consumait à présent... Une faim profonde la tenaillait... Ce fut alors que, détachant sa bouche de la sienne, Latif se mit à la fixer d’un air interrogateur, avant de lire la réponse qu’il attendait dans les prunelles consentantes de la jeune femme.

Alors, avec un naturel qui la bouleversa, Latif glissa sa main vers son sexe brûlant et le monde chavira pour elle...

Toujours penché sur elle, la maintenant en équilibre, il dévorait sa bouche, ses oreilles, sa gorge sans cesser de caresser sa peau brûlante, sous son pyjama. Puis elle entendit le crissement de la soie qui glissait sur ses jambes.

Le sentiment de sa vulnérabilité totale l’enveloppa d’un coup...

Elle poussa un petit cri lorsque la main de Latif recouvrit son mont de Vénus avec possessivité... Puis la volupté la submergea et elle accepta le désir violent qu’elle éprouvait pour lui.

Tout en explorant l’intimité de Jalia, Latif enchaîna ses yeux aux siens, des yeux de braise qui proclamaient qu’elle était à lui. Ses caresses la tourmentaient délicieusement, sensuellement... Une chaleur intense l’inondait à présent... Elle se cambra sous sa caresse, comme un arc tendu, jusqu’à ce qu’un flot de plaisir cascade dans tout son corps...

Les jambes flageolantes, elle se pressa contre le corps souple et chaud de Latif.

— Merci, murmura-t-elle spontanément.

Elle soupira et voulut se redresser, mais il continuait à la caresser, et la volupté qu’elle venait d’éprouver fut supplantée par la promesse d’un plaisir renouvelé. Un plaisir plus intense.

— Penses-tu que je vais en rester là ? lui demanda-t-il d’une voix enrouée.

Il ressemblait à un séduisant pirate avec ses yeux verts qui chatoyaient comme deux pierres précieuses et son sourire presque inquiétant...

Quelques minutes plus tard, les ondes du plaisir se propageaient de nouveau dans le corps de Jalia sous les caresses passionnées et appliquées de son compagnon.

Latif la rendait folle.

Jamais aucun homme n’avait montré une détermination

si farouche à la satisfaire, jamais aucun homme ne lui avait manifesté une passion si ouverte. Jamais elle ne s’était sentie aussi libre d’apprécier et d’exiger la félicité de la chair. Jamais elle n’avait perdu à ce point le contact avec le reste du monde. Jamais elle n’aurait cru qu’il fût possible de s’évanouir de plaisir...

Ce fut alors que, telle une mer berçante et merveilleuse se retirant d’un coup, les caresses cessèrent... Et Latif brandit vivement la main de sa compagne vers la lumière. Le trio d’opales qu’elle portait au doigt scintilla comme une menace.

— Pourquoi n’as-tu pas enlevé cette bague ? gronda-t-il d’une voix rauque, son regard flamboyant fixé sur elle.

Elle sentit les doigts de Latif se resserrer sur le sien, et une onde électrique la parcourut.

— Demande-moi de te la retirer ! lui ordonna-t-il. Jure-moi que tu vas rompre cet engagement.

Pour toute réponse, Jalia se mit à sourire. Il l’avait enivrée de plaisir, son esprit était à présent noyé dans l’ivresse de la volupté... Le reste du monde était si loin...

— Je ne peux pas..., murmura-t-elle cependant.

— Devons-nous donc mettre un terme à nos étreintes ? répliqua-t-il d’un ton sec. Dois-je cesser de t’aimer, ma Jalia, mon épouse ? Dois-je te laisser rejoindre cet Anglais, toi qui m’es destinée ?

Ce fut alors que, sur un ton tranquille, Jalia ajouta :

— ... parce que lui et moi n’avons jamais été fiancés.

Elle avait prononcé ces derniers mots d’un air rêveur.

Etait-elle réellement consciente qu’elle était en train de se départir d’une armure implacable ? Désormais, rien ne pouvait plus la protéger de la force dévastatrice de cet amour. Toujours dans le même état absent, elle précisa encore :

— Il s’agissait de pseudo-fiançailles. Michael est l’un de mes amis, à l’université.

Elle sentit la bague glisser de son doigt, puis l’entendit rebondir sur le tapis avant d’atterrir sur le carrelage... « Finie la comédie », pensa-t-elle.

Dans un élan félin, Latif l’entraîna alors vers la couche fleurie et parfumée que les villageoises avaient préparée à leur intention. Il arracha plus qu’il ne lui retira sa veste de pyjama et la douce lumière des photophores baigna un instant les seins gonflés de désir de Jalia. Les yeux et les mains de Latif glissèrent alors sur son corps, imprimant des sillages brûlants sur sa chair... Elle avait la sensation qu’à chaque caresse, il prenait un peu plus possession d’elle... Il s’inscrivait un peu plus profondément dans son corps, dans son cœur, dans son âme...

Lorsqu’il enleva le costume de soie blanche qui voilait encore son corps, elle attira tout naturellement sa virilité gorgée de désir vers la fleur de son intimité et Latif la pénétra...

Un cri de volupté échappa à Jalia, tandis qu’un plaisir sourd bouleversait tout son être.

Combien de temps restèrent-ils à s’étreindre, dans l’extase de la passion ? Elle l’ignorait... Latif ondulait sur elle sans répit, lui offrant un indicible plaisir. Elle en perdit la notion du temps et d’elle-même, ne sachant plus où elle finissait et où commençait Latif.

Peu à peu, un plaisir grondant, formidable se distilla dans tout son être... Une sensation qu’elle n’avait encore jamais expérimentée... Elle criait, gémissait, marmonnait et l’appelait par son prénom tandis que le plaisir montait par palier en elle, les halètements de Latif rajoutant aux prodigieuses impressions qu’il lui procurait.

Le cheikh des montagnes flamboyantes, le shahin de la tribu du bout du monde, la révélait au plaisir absolu.

Désormais, elle savait que les frissons qu’elle avait connus autrefois dans les bras d’autres hommes n’étaient qu’un pâle avant-goût de la félicité profonde et parfaite que Latif lui offrait. Une félicité qui explosait à présent en elle tel un feu d’artifice, et les emportait tous deux dans un fabuleux courant. Elle avait tout simplement la sensation de se trouver à l’embouchure du bonheur quand il se déversait sur la terre avant de se répartir entre tous ses habitants...

Ce fut de cette façon que Latif Abd al Razzaq prit sa bien-aimée et en fit sa femme.

Comme il l’avait toujours désiré.

Chapitre 11.

 

Tête posée contre le torse sombre et humide de son amant, Jalia avait la sensation qu’il était dans l’ordre des choses qu’elle fût là où elle se trouvait. Les souvenirs liés aux voluptés que Latif lui avait procurées continuaient de faire vibrer son corps.

Soudain, elle sentit que Latif effleurait doucement mais avec persistance, son annulaire gauche. Se redressant sur un coude, elle se heurta à son regard.

— Tu n’étais donc pas véritablement fiancée avec cet homme ?

— Michael était mon armure... contre mes parents, admit-elle, sans oser dire : « Contre toi ».

— Comment un homme peut-il prétendre être ton fiancé et ne pas souhaiter concrétiser cette relation ? C’est inconcevable ! C’est un stratagème de sa part. Il ne voudra jamais renoncer à toi, le moment venu.

A ces mots, un sourire éclaira le regard de Jalia.

— Aucun danger, lui assura-t-elle. Michael est gay. Cependant, comme il n’a pas encore fait son coming ouï auprès de ses parents, il lui arrive de m’inviter à des fêtes familiales en me faisant passer pour sa petite amie pour ne pas faire de peine à sa mère. Aussi, quand j’ai eu besoin d’un service en retour...

Le regard de Latif l’arrêta dans ses explications. Son expression indiquait clairement que ce qu’elle lui racontait avait tout intérêt à être l’exacte vérité.

— J’espère que tu dis vrai, murmura-t-il d’un ton rauque. Je veux te garder auprès de moi, Jalia, tu es ma femme, c’est le destin qui l’a voulu ainsi.

Alors, pendant quelques secondes, Jalia se prit à souhaiter que ces incantations scellent son destin... Cette nuit, elle vivait un rêve. Demain, il serait bien assez tôt pour se réveiller et retrouver la réalité.

— Les villageoises ont préparé des plats délicieux à notre intention, observa-t-elle. Désires-tu les goûter maintenant ?

Au lieu de répondre, Latif se mit à caresser les hanches de la jeune femme qui, pour fatiguée qu’elle fût, sentit immédiatement son corps réagir à ce contact.

— Pour la nourriture de la vallée, j’ai toujours faim, lui répondit-il enfin, tout en suivant les douces courbes de ses épaules. Tout comme j’aurai toujours faim de toi, jusqu’à la fin de mes jours.

Continuer : partie 2 sur 3