Fiançailles au palais

Alexandra Sellers · Chapitre 2 sur 3 · partie 3/3

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Fiançailles au palais

— Mmm... ? dit-elle en déposant un…

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

Quel immense soulagement lorsqu’ils retrouvèrent la plaine et les champs bruns, or et verts qui s’étendaient à perte de vue devant eux ! Quel bonheur de revoir des villages, de découvrir de nouvelles têtes et de s’apercevoir que la vie avait continué durant l’épreuve.

Hélas, ils demeuraient toujours sans nouvelles de l’avion de Bari. Chaque jour rendait plus plausible la thèse selon laquelle il s’était écrasé en mer.

— S’ils sont tombés dans l’eau..., commença Jalia hésitante.

— On ne peut rien prédire, la coupa Latif. Cela dépend de la façon dont ils sont tombés. S’ils ont été frappés par la foudre dans les airs ou non... Seul Allah en a décidé. Mais il est aussi possible que Bari ait pu atterrir sans problème.

— Dans ces conditions, pourquoi n’ont-ils pas envoyé des balises ou des fusées de détresse ? Combien de temps peuvent-ils tenir sans être secourus ?

Jalia avait entrepris ces recherches pleine d’espoir, convaincue que deux personnes aussi vibrantes de vie que Noor et Bari ne pouvaient pas disparaître comme cela. Ils devaient forcément avoir laissé des traces derrière eux !

Mais quand les jours se transformèrent en semaines, ses espoirs diminuèrent. A présent, tout ce qu’elle souhaitait, c’était rentrer au palais, retrouver la chaleur de sa famille et d’un environnement familier, où l’on avait peut-être commencé le travail de deuil...

Ce fut avec soulagement qu’ils virent se dessiner la ville de Medina al Bostan, à l’horizon.

Lorsqu’elle aperçut le grand dôme doré de la mosquée et ses minarets si pittoresques qui rougeoyaient sous l’éclat du soleil, Jalia se rendit compte qu’elle était recouverte de poussière et de sable. L’envie d’un long bain chaud et d’un lit confortable s’imposa à elle comme un besoin impérieux.

Peu avant midi, ils franchirent les grilles du palais qui, après avoir fait office de musée pendant trente ans, hébergeait de nouveau le sultan, sa famille et ses proches collaborateurs.

A bout de forces et de fatigue, Jalia descendit du 4x4, et fut reconnaissante au domestique qui se matérialisa immédiatement devant elle pour la décharger de son sac à dos.

— Des nouvelles de la princesse, Massoud ? demanda-

t-elle.

Comme elle s’y attendait, le domestique soupira tristement.

— Rien, Votre Altesse. Et de votre côté ?

— Rien non plus.

Latif se joignit à eux et ils suivirent Massoud à travers le passage voûté qui menait à un premier patio.

Jalia s’arrêta un instant pour regarder tout autour d’elle...

Des colonnes et des arcades imposantes émanait la plénitude de la perfection. Dans un délicieux glouglou, la fontaine déversait un ruban lisse de diamants, dont le baiser du soleil sublimait la beauté à l’infini. Sur le pavé foulé par ses ancêtres depuis des générations, les ombres des arbres dessinaient des motifs envoûtants. Des grenades mûres se balançaient doucement aux branches de longs et robustes arbustes, dévoilant leur chair couleur pourpre.

Sur une impulsion, Jalia tendit la main pour en effleurer une... Parviendrait-elle jamais à s’habituer à cette beauté ?

— Mon Dieu, qu’il est bon d’être de retour...

Elle s’interrompit brusquement. Le regard de Latif venait de la ramener à la réalité.

— A la maison ? compléta-t-il sur un ton faussement interrogateur.

— Jalia ! Par Allah, tu es de retour !

Elle leva brusquement la tête. Sa mère se tenait sur le balcon, visiblement anxieuse. Le cœur de Jalia se mit à battre la chamade.

— Y a-t-il des nouvelles, maman ?

— Oui... Enfin, non, pas de Noor...

Muna jeta un coup d’œil à Latif, hésitante.

— Pour l’amour du ciel, maman, de quoi s’agit-il ? interrogea Jalia, brusquement angoissée. Que s’est-il passé ?

— Eh bien... Michael a appelé hier, ma chérie.

Cette nouvelle précipita brutalement Jalia dans sa vie d’avant, et elle eut l’impression de changer de décor, de rôle, d’existence.

— Michael ? balbutia-t-elle comme pour mieux s’en convaincre.

— Oui, Michael, ton... ton fiancé. Il s’envole aujourd’hui même.

— Pour quelle destination ?

— Le Bagestan...

A ces mots, Latif la foudroya du regard. Un regard empli de jalousie, de douleur et d’une fureur sauvage. Un regard glacialement beau et inéluctablement effrayant.

— Le Bagestan ? répéta-t-elle d’une voix aiguë, sans y croire. Mais... pourquoi ?

Sa mère leva les yeux au ciel, en signe d’impuissance, avant de préciser :

— Tu le lui demanderas toi-même. Son avion arrive dans deux heures.

Chapitre 14.

 

— Il n’y avait aucune raison à ce que tu m’accompagnes ! Les yeux cachés derrière des lunettes noires et les cheveux ramenés sous un fichu, telle une star hollywoodienne des années cinquante, Jalia arpentait le parvis de l’aéroport d’un pas nerveux sans cesser de protester.

— Bien sûr que si ! rétorqua calmement Latif Abd al Razzaq.

— Cherches-tu à tout prix à attirer l’attention sur nous ? Les gens savent qui tu es, Latif. Et maintenant, ils vont se demander qui je suis !

— Je souhaite simplement rencontrer Michael, lui dit-il avec une impassibilité qui lui donna envie de hurler.

— Et ne peux-tu donc pas attendre de le voir au palais ! C’est ridicule. Il ne manquerait plus qu’il y ait un journaliste à l’affût de clichés sensationnels...

— Je veux rencontrer ton fiancé, répéta Latif.

— Michael n’est pas mon fiancé !

— Dans ces conditions, je me demande bien ce qu’il vient faire ici.

— Moi aussi, figure-toi ! Mais je sais aussi que cela ne te donne nullement le droit de me faire une scène de jalousie. Je t’ai dit depuis le début que...

— Tu me parles de droit quand je te parle d’amour ! la coupa-t-il. Je veux voir l’homme qui, selon toi, n’est pas ton fiancé. Si tu m’as dit la vérité, qu’as-tu à craindre de cette rencontre ?

— Je n’ai pas peur que tu le rencontres ! mentit-elle alors avec assurance.

En réalité, elle ignorait elle-même pourquoi elle redoutait tant la rencontre entre les deux hommes. Peut-être parce qu’elle ne connaissait pas les motifs du voyage de Michael qui, elle ne le savait que trop, était parfois plein de surprises...

Dans la zone « Arrivées » de l’aéroport, les passagers commençaient à affluer.

Nerveuse, Jalia scrutait les visages, sentant son estomac se nouer...

— Jalia !

La voix de Michael lui fit tourner la tête. Il émergea parmi un petit groupe de voyageurs et se dirigea vers elle. Il n’avait rien perdu du charme qui faisait de lui une minivedette parmi ses collègues, à l’université.

Des personnes se retournèrent sur son passage, et instinctivement, Jalia rajusta ses lunettes de soleil avant de baisser la tête. Quelques secondes plus tard, Michael l’enlaçait tendrement.

— Ma chérie ! s’exclama-t-il. Qu’il est gentil de ta part d’être venue m’accueillir alors que tu dois être épuisée. Je suis réellement navré de n’avoir pas pu venir plus tôt.

— Bonjour, Michael. Quelle surprise ! Je...

Il ne lui laissa pas le temps de finir et planta un baiser sonore sur sa bouche avant de passer un bras autour de sa taille d’un geste de propriétaire.

— Je suis moi aussi fort surpris. Je ne m’attendais pas à te voir à l’aéroport, car ta mère m’avait indiqué que tu battais la campagne à la recherche de ta cousine. Quand es-tu revenue ?

Jalia aurait tout donné pour disparaître de ce maudit hall d’arrivée. Elle sentait les yeux de Latif dans son dos comme deux poignards de feu, et redoutait que le faucon qui sommeillait en lui ne passe à l’assaut d’un instant à l’autre.

— Il y a deux heures, marmonna-t-elle. Michael, pour l’amour du ciel, pourquoi...

— Chut ! l’interrompit-il en lui donnant un autre petit baiser. Nous aurons tout le temps de reparler de cela plus tard.

Soudain, elle sentit en lui une petite gêne et comprit qu’il n’était pas aussi heureux qu’il le prétendait de la trouver à l’aéroport. A quoi rimait donc tout ce cinéma ?

— Michael, dit-elle alors en se dégageant de son étreinte. Je te présente Latif Abd al Razzaq. II...

— Génial ! s’écria Michael en tendant machinalement la main à Latif sans même le regarder. Vous veillez sur la princesse, je suppose.

Aussi immobile qu’un roc, Latif était campé devant lui.

Par réflexe, Jalia se plaça discrètement entre eux, pour protéger Michael d’une éventuelle attaque.

— Oui, je prends bien soin d’elle, comme vous pouvez le constater, déclara Latif d’un ton bien trop calme pour ne pas être alarmant.

— Génial ! répéta Michael. Des nouvelles de Noor ?

— Hélas, non ! répondit Jalia. Bon, allons-y à présent ! Est-ce ton unique bagage ?

Il portait un simple sac en bandoulière, un sac par ailleurs flambant neuf et entièrement en cuir. Et bien trop coûteux pour un universitaire sous-payé, pensa-t-elle sans comprendre.

— Je n’avais pas la moindre idée des vêtements dont j’aurais besoin ici, expliqua-t-il. Tout ce que je sais, c’est qu’il me faudra une djellaba.

— Michael, pourrais-tu parler moins fort ? lui demanda alors Jalia à voix basse. Il se peut qu’il y ait des journalistes alentour...

A cet instant, Michael éclata de rire. Un rire qui dura trop longtemps et qui sonnait faux.

— Evidemment qu’il y a des journalistes !

Se retournant, il désigna alors d’un geste décidé une femme blonde au visage anguleux qui se tenait juste derrière eux.

— Voici Ellin Black, du Evening Herald. Tu la connais sûrement de nom. Ellin, je te présente ma future épouse, la princesse Jalia.

— Ravie de vous rencontrer, princesse, déclara Ellin Black en lui adressant un sourire conventionnel et poli.

Après quoi, elle jeta un rapide coup d’œil à Latif, et la plus vive curiosité mêlée à un intérêt tout féminin pour le bel homme qui se tenait devant elle brilla dans ses yeux.

En toute autre circonstance, Jalia aurait éclaté de rire. Hélas, elle n’avait guère l’esprit à rire !

— Et vous, qui êtes-vous ? demanda Ellin Black à Latif.

— Je veille sur la princesse, décréta-t-il d’un ton doucereux en s’inclinant respectueusement.

— Voici John ! enchaîna Ellin avec enthousiasme. Le photographe du Herald.

De toute évidence, elle entretenait une amitié intime avec l’homme aux tempes grisonnantes qu’elle désigna du doigt à ce moment-là.

John Bentinck leur adressa un petit signe de la main avant d’ajuster tranquillement sa caméra vidéo sur son œil et de commencer à filmer.

Une heure plus tard, après avoir demandé à Michael de la suivre dans ses appartements privés, Jalia lui ordonna d’un ton crispé :

— Assieds-toi, Michael. Que veux-tu boire ?

Elle était dans une telle fureur, qu’elle avait de la peine à parler.

— Je me damnerai pour une tasse de thé, lui dit-il.

Ils avaient effectué le trajet de l’aéroport au palais dans le plus grand silence, Jalia furieuse de la trahison de Michael, et ce dernier fort mécontent contre son amie qui avait refusé que les journalistes montent avec eux dans la limousine.

Michael, après avoir tenté de lui expliquer de quelle façon brillante il s’était débrouillé pour signer un contrat d’exclusivité avec le Herald, s’était subitement tu, vaguement conscient de l’erreur qu’il avait commise.

Sur le siège avant, à côté du chauffeur, Latif ressemblait à une statue de bronze, mais Jalia pouvait imaginer sans peine les différents éclairs qui défilaient dans son regard, et ne cessait de guetter le moment où Latif allait bondir sur Michael.

Michael, quant à lui, se moquait éperdument de celui qu’il prenait pour le garde du corps de Jalia.

Curieusement, Latif resta imperturbable. A leur arrivée au palais, il se contenta de s’incliner et de disparaître, laissant Jalia encore plus anxieuse, presque déçue.

Naturellement, elle allait expliquer la situation à Michael et cependant... Tout n’aurait-il pas été bien plus facile si Latif avait revendiqué ses droits ?

Ce fut alors qu’elle se rappela qu’il n’était pas dans la nature de Latif de revendiquer. Qu’avait-elle espéré ? Qu’il mette un coup de poing à Michael ? Qu’il l’envoie rouler par terre ?

Elle comprit trop tard qu’elle aurait dû provoquer l’épreuve de force à l’aéroport, avant qu’Ellin Black ne se méprenne sur la situation. Manifestement, Michael avait trouvé le moyen de se faire payer son voyage au Bagestan en conviant des journalistes. Ce qui allait impliquer de la publicité. En ne levant pas tout de suite le malentendu sur leur relation, elle lui avait prêté une crédibilité qu’il allait être difficile de démentir.

« Pourquoi n’avait-elle pas fait preuve de plus de clairvoyance, une heure plus tôt ? » s’en voulut-elle.

Elle était alors si préoccupée à ne pas créer de scandale et ne pas provoquer, en public, de scène qui aurait fait le lendemain la une des journaux, qu’elle avait manqué l’occasion de rétablir la vérité.

Tout cela, c’était la faute de Latif ! Si elle n’avait pas été si soucieuse de ce qu’il pouvait bien penser, elle aurait géré la situation avec davantage de discernement. Et si seulement Latif avait dit quelque chose... Alors Michael aurait compris que...

Ah, assez ! Il fallait qu’elle se reprenne, et vite !

D’une voix calme, elle ordonna à sa domestique d’apporter du thé et des jus de fruits, puis elle prit place dans un fauteuil et tenta de remettre de l’ordre dans ses esprits.

Michael ne s’était pas encore assis. Sous la marquise de verre du balcon, il admirait le patio et toutes les arcades qui formaient des jeux d’ombre et de lumière d’une grande sensualité. Le clapotis de l’eau et le chant des oiseaux animaient le superbe tableau qui s’étendait à ses pieds.

— C’est fabuleux ! s’exclama-t-il au bout d’un moment. L’authentique, il n’y a rien de tel, n’est-ce pas ? Les hôtels modernes n’arrivent pas à la cheville de ces splendeurs antiques. Regarde ce carrelage... J’ai mené des fouilles durant lesquelles nous avons découvert des motifs semblables à celui-ci ; ils remontaient au vme siècle ! Ce palais doit avoir...

— Oui ! et Ghasib avait de bonnes raisons de le transformer en musée, le coupa-t-elle, agacée. Il est d’ailleurs toujours ouvert au public, excepté l’aile où vit la famille du sultan.

— La famille du sultan ! minauda Michael en riant. Au fond, personne en Angleterre n’a été surpris de découvrir que tu étais une princesse. Dans la salle des profs, certains te surnommaient déjà la Reine des Glaces. Le savais-tu ?

De nouveau, il éclata de rire.

Pour sa part, Jalia n’apprécia pas mais n’en montra rien.

La domestique revint avec un plateau qu’elle disposa sur une petite table. Jalia la congédia et déclara avec un calme qu’elle était loin de ressentir :

— Je l’ignorais. A présent, viens boire ton thé !

Michael quitta son poste d’observation à regret et se laissa tomber dans le sofa, en face de Jalia.

Cette dernière versa la boisson ombrée et brûlante dans des tasses en cristal dorées à l’or fin puis lui en tendit une.

— Qu’espères-tu obtenir de toute cette affaire, Michael ?

Lui lançant un petit regard anxieux, il toussota.

— Allons, Jalia, pourquoi me parles-tu sur ce ton ? J’ai rempli ma part du contrat en ce qui concerne nos prétendues fiançailles. Pourquoi n’en profiterais-je pas un peu à mon tour ?

— Tu débarques ici sans prévenir, à un moment des plus pénibles pour moi et ma famille, accompagné d’une journaliste louche et...

— Ellin n’est pas louche du tout ! Et comment pouvais-je prévoir que tu le prendrais au tragique ? Est-il donc si terrible que nos fiançailles soient rendues publiques ? En quoi cela affecte-t-il ta vie, Jalia ?

— Ne détourne pas la conversation ! La question est plutôt : en quoi cela sert-il tes intérêts ?

Prenant un morceau de sucre, Michael le fit

délicatement tomber dans sa tasse, avant d’avaler une gorgée de thé.

— Cela fait des années que j’attends l’occasion de voir les collections privées d’art antique que possèdent les princes des Emirats du Barakat, commença-t-il. Je ne t’apprends rien. Tu sais aussi quelle impulsion cela donnerait à ma carrière universitaire si j’y parvenais. Dois-je te rappeler comme il est difficile, de nos jours, de faire carrière à l’université ?

— Non, je le sais parfaitement, répondit-elle d’un ton glacé.

Ignorant sa froideur, il enchaîna avec animation :

— Te rappelles-tu la photo de ce plat Mithra que Jasmin Shaw a publiée il y a quelques années, suggérant que c’était la copie d’un fabuleux original ? Or, la rumeur veut que, pendant la guerre entre le Parvan et le Kaljukistan, le roi du Parvan ait réellement vendu au roi Daud des Emirats du Barakat un plat Mithra qui se trouverait maintenant dans la collection privée du prince Rafi. Aussi, si je pouvais...

— Michael, quel rapport avec nos fiançailles ?

— Allons, ne sois pas si naïve ! s’exclama-t-il, irrité. Tu as des liens familiaux ou diplomatiques avec tout ce beau monde ! Si je suis ton fiancé, je ne suis plus un universitaire lambda, tu comprends ? Je fais partie du sérail.

Reposant sa tasse de thé, il poursuivit :

— Le Herald a pris contact avec moi au sujet d’un article sur les trésors antiques du golfe de Barakat. On me demande de publier un article sur des pièces de collections privées avec photos à l’appui. D’où ce voyage... Les trésors antiques du Moyen-Orient vont enfin passer à la postérité, Jalia ! Et il se peut que j’obtienne une émission à la télé, si tout marche comme je le souhaite ! Cela donnera un bond formidable à ma carrière.

Elle se mit à le fixer, sans en croire ses oreilles.

— La télévision ? Les tabloïds ? Je ne savais pas que tu avais l’ambition de devenir un historien populaire de l’art.

Lui qui s’était toujours gardé de la moindre

compromission ! Lui qui se fichait jusque-là de gagner ou non de l’argent ! Qui se moquait de ses collègues se pavanant à la moindre publication d’un de leurs articles ! Que s’était-il donc passé ?

— Je l’ignorais moi-même jusqu’à ce que le Herald m’en fasse prendre conscience. Hélas ! Tu connais les budgets serrés de l’université.

Jalia reposa sa tasse sur la table plus brutalement qu’elle ne l’avait souhaité.

— Tu as donc pensé que tes prétendues fiançailles avec moi t’ouvriraient toutes les portes et te dérouleraient le tapis rouge ?

— Ai-je eu tort ?

— Oui, parce que ces fiançailles ne sont pas authentiques. Quant à moi, j’ai eu tort de mentir à mes parents à propos de notre relation, mais à l’époque, je croyais que c’était la seule solution. Quant à tromper les princes du Barakat et le sultan lui-même, ce serait plus qu’un tort : ce serait une terrible insulte. Et il n’en est pas question.

— Nous pouvons toujours nous marier, avança alors Michael, tandis qu’un éclair désespéré brillait dans ses yeux.

— Pardon ?

— Pour quelque temps seulement ! Ensuite nous divorcerions. Nous sommes de bons amis, n’est-ce pas ? Ne veux-tu pas que moi aussi je me fasse une place au soleil ? Sans quoi, je ne pourrai pas faire carrière, c’est bien trop compliqué, ajouta-t-il d’un ton malheureux.

— Michael, te rends-tu compte de ce que tu dis ? murmura-t-elle, épouvantée. Qui t’a mis une telle idée en tête ?

— Toi, Jalia.

— Ecoute, il est hors de question de continuer cette mascarade ! Je vais y mettre un terme tout de suite !

— Mais pourquoi, si cela sert aussi ta cause ? Je t’en prie, Jalia, réfléchis avant d’agir.

— La plaisanterie est terminée, Michael. Je suis navrée de te placer dans une situation embarrassante, mais c’est toi qui t’es jeté sous les feux de la rampe, alors qu’il s’agissait d’un arrangement confidentiel entre nous. En outre, tu sais parfaitement que tu n’aurais jamais dû agir ainsi sans me consulter. Tu m’as trahie !

Un long silence s’installa.

Michael fixait la jeune femme, consterné...

— Je suis navré, reprit-il enfin. J’ignorais que tu réagirais de cette façon. Seulement, j’ai fait quelque chose de réellement stupide... Je... je regrette de devoir t’annoncer qu’il ne va pas être aussi aisé que tu le crois d’apporter un démenti.

— De quoi s’agit-il ? s’écria Jalia, affolée. Qu’as-tu encore fait ?

S’éclaircissant la gorge, Michael se lança alors dans un bien étrange récit.

— Pour fêter mon contrat avec le Herald, Ellin m’a invité chez Savoy. Nous avons bu à mon brillant avenir. Le Moët et Chandon coulait à flots. Comme tu le sais, c’est mon champagne préféré... J’en ai bu des coupes et des coupes, et j’étais complètement ivre.

Une curieuse prémonition fit frémir Jalia.

Blême, désespéré, Michael lâcha subitement :

— Ellin connaît la vérité à notre sujet.

— La vérité ?

— Elle sait que la princesse Jalia était si terrifiée à l’idée d’un mariage forcé au Bagestan qu’elle a prié son ami gay de faire office de fiancé.

— Oh, mon Dieu...

— Ellin voulait naturellement tirer profit de la confidence, mais comme le contrat que j’ai signé avec le Herald dépend en grande partie de nos fiançailles, déontologiquement, elle ne pouvait pas. Elle prétend pourtant que l’histoire ferait sensation, notamment avec la disparition de la princesse Noor, puisque le bruit court que cette dernière a peut-être fui pour échapper à un mariage forcé. Ton histoire apporterait donc de l’eau au moulin... Noor aurait choisi la mort afin d’échapper à un mariage malheureux. Tu vois d’ici les titres des journaux.

Jalia eut l’impression qu’elle manquait d’oxygène. Elle se retint à l’accoudoir du sofa...

— C’est pourquoi nous devons maintenir que nous sommes fiancés. Sinon, tu imagines le scandale. Je suis désolé, ma chérie. Bien plus que tu ne crois. Tu peux me rouer de coups si cela te soulage, mais cela ne me fera pas autant souffrir que mes propres remords.

Jalia fixait Michael sans réellement le voir. A la révélation qu’il venait de lui faire et qui ressemblait fort à une catastrophe, une certitude venait de s’imposer à elle : elle était amoureuse de Latif Abd Al Razzaq.

Une autre catastrophe.

Chapitre 15.

 

FIANCE A UNE PRINCESSE !

Une exclusivité du Herald.

« Michael Wickliffe, docteur en histoire de l’art, collectionneur et chargé de cours à la prestigieuse université de King James IV a tout pour être comblé. Non seulement sa demande en mariage a été acceptée par l’élue de son cœur, Jalia Shahbazi, une collègue de l’université, mais on a dernièrement découvert que celle-ci était une princesse. Jalia est effectivement la cousine du sultan Ashraf al Jawadi, récemment monté sur le trône du Bagestan. »

 

Dans l’un des patios inondés par les rayons du soleil matinal, on servait un petit déjeuner commun depuis la disparition de Noor et de Bari.

Les journaux du monde entier étaient à la disposition des hôtes qui pouvaient les lire tout en sirotant leur café. Une radio, une télévision et un téléphone avaient également été installés.

Sachant pertinemment qu’elle allait être la une des journaux, Jalia descendit de bonne heure. A son grand dam, pas assez tôt... Latif était déjà installé à la table du petit déjeuner, seul, plongé dans la lecture d’un journal anglais.

En l’entendant approcher, il leva les yeux.

Jalia s’immobilisa devant son visage aussi pâle et sévère que celui d’un juge.

— Latif..., murmura-t-elle d’une voix étranglée.

Elle avait espéré le voir en tête à tête, la veille, pour tenter de s’expliquer, mais les dernières informations l’en avaient empêchée en accaparant l’attention générale : une chaîne de télévision prétendait en effet que Noor avait été repérée sur un ferry français. Il avait fallu des heures pour confirmer ce que chacun pressentait d’instinct : il s’agissait d’une fausse nouvelle.

Latif replia et reposa son journal sur la table. Chacun de ses mouvements précis semblait calculé. Il se leva enfin, faisant grincer sa chaise sur les carreaux et toisa la jeune femme.

— Donc tu n’as pas démenti l’histoire de ton fiancé.

— Non, parce que... Enfin, Michael n’est pas mon...

Les yeux de Latif se plissèrent dangereusement.

— Il n’est pas ton fiancé ? C’est bien ça ?

Sa voix était menaçante, rauque, dédaigneuse même.

Jalia sentit ses jambes devenir de coton.

— Le Herald a donc publié un mensonge, poursuivit-il.

— Oui... Enfin, pas exactement...

Déglutissant avec difficulté, elle serra les lèvres et respira profondément. Elle ne reconnaissait plus l’homme qui se tenait devant elle. C’était devenu un inconnu en colère, effrayant... La fureur qui émanait de sa personne semblait s’être matérialisée et rôdait autour d’elle telle une bête sauvage.

— Oui ou non ? Décide-toi, à la fin ! lui ordonna-t-il durement.

— Nous sommes obligés pour l’instant de faire croire que nous sommes fiancés, avoua-t-elle dans un souffle.

Alors, sous le regard adamantin de Latif, Jalia marmonna une explication.

Il l’écouta sans broncher. Et, avant qu’il ne lui réponde, elle comprit que l’explication venait trop tard et que quelque chose s’était brisé entre eux.

— Tu te sers de tes prétendues fiançailles aujourd’hui de la même façon qu’autrefois : pour te protéger de moi, conclut-il. Mais tu n’as plus besoin de ce mensonge, Jalia, car tu n’as plus rien à craindre de moi.

— Pourquoi mets-tu ma parole en doute ? Je t’ai dit la vérité !

— Et alors ? Qu’attends-tu de moi à présent ?

Le cœur de la jeune femme se mit soudain à battre une funeste chamade. Elle n’avait pas cru qu’il serait si difficile de s’expliquer avec lui. Comment aurait-elle pu imaginer, qu’au moment où elle lui déclarerait son amour, Latif ne serait plus intéressé ?

— Rien, laissa-t-elle tomber d’une voix atone. Je voulais simplement que tu saches comment tout cela était arrivé.

— Pourquoi ?

— Peut-être l’as-tu oublié, mais tu m’as dit un jour que tu m’aimais...

Relevant fièrement la tête, elle rassembla tout son courage et le regarda bien en face.

— Moi aussi, Latif, je t’aime. Je suis navrée de m’en rendre compte si tard. Je t’aime et... et je veux rester avec toi, même si cela signifie m’installer au Bagestan...

Il la jaugea par-dessous ses lourdes paupières et, durant quelques secondes, le cœur de Jalia battit avec tant d’espoir qu’elle en suffoqua presque...

— Tu viendrais t’installer au Bagestan pour moi ? dit-il enfin, sceptique.

— Si c’est ce que tu désires, oui.

— Jalia, je te rappelle que tu es déjà fiancée, lâcha-t-il froidement. N’as-tu pas honte de trahir ainsi ton fiancé ?

— Il s’agit d’une mauvaise blague qui a dégénéré. Je t’ai expliqué ce que la journaliste avait dit à Michael et...

— Et pourquoi n’es-tu pas venue me voir avant que cette histoire ne soit imprimée ?

— Qu’aurais-tu pu faire ?

— Cela n’a plus d’importance maintenant, déclara-t-il sèchement. Tu as reconnu que tu étais fiancée et refusé de le démentir. Qu’attends-tu de moi exactement ?

— J’attends d’abord que l’on retrouve Bari et Noor. Ensuite, j’essaierai de me désengager auprès de Michael sans scandale.

— Ne veut-il pas t’épouser ?

— Pas vraiment, répondit-elle, gênée.

A ces mots, il lui lança un long regard impénétrable.

— Ce n’est pas ce que tu penses..., commença-t-elle.

Ne pouvait-il donc pas comprendre que les raisons qui poussaient Michael à l’épouser étaient à l’opposé des siennes ? Courageusement, elle reprit :

— Nous annoncerons que nos fiançailles sont rompues

dès que...

— Et que suis-je censé faire pendant ce temps ? demanda-t-il avec hauteur. Attendre mon tour et sourire à la femme promise à un autre ? A moins que tu ne souhaites tromper ton fiancé avant ?

— Latif, je t’aime !

Bon sang ! Pourquoi tout allait-il de travers ? Pourquoi ne parvenait-elle pas à s’expliquer clairement ? Et pourquoi refusait-il de comprendre ?

— Il s’agit d’un bien petit amour, Jalia, si tu peux accepter d’être fiancée à un autre, même temporairement.

— Là n’est pas la question !

Aux abois, elle se jeta à son cou, pressant son visage contre son torse. Puis elle se mit à pleurer, le corps secoué de spasmes.

Latif demeura impassible, imperturbable, et ne fit pas le moindre geste pour la serrer dans ses bras.

Honteuse, elle finit par le relâcher et s’écarta de lui.

— J’ai subi assez d’humiliations et de mensonges, Jalia, articula-t-il lentement. J’ai saisi la leçon. A toi de la comprendre à ton tour.

 

LE MONDE ETINCELLANT DES GRANDS DE CE

MONDE...

« Concernant les fiançailles de la princesse Jalia et du Dr Michael Wickliffe que nous vous annoncions dernièrement, les apparences sont-elles bien conformes à la réalité ?

» Il semble que, lors de sa première visite au Bagestan, la princesse Jalia, connue également sous le nom de Reine des Glaces en Angleterre, avait complètement fondu pour un beau Compagnon de la Coupe du sultan. Or, dès son retour en Angleterre, Wickliffe et elle annonçaient leurs fiançailles au cercle de leurs intimes. Selon des proches, cette nouvelle était des plus inattendues.

» Essaie-t-on de mystifier le rayonnant fiancé ? »

 

— Je souhaiterais que vous occupiez un poste dans l’une de nos universités, proposa la sultane à Michael. Sous Ghasib, les universités manquaient volontairement de fonds, car il savait que les étudiants pouvaient être source de dissidence. Ashraf entend pour sa part redonner du prestige aux facultés de notre pays.

Tous les vendredis soir, le sultan et son épouse Dana organisaient des dîners dans leurs appartements privés, ou dans l’un des patios du palais. Les membres de la famille et les Compagnons de la Coupe y participaient toujours, à titre d’invités permanents.

Ce soir-là, le traditionnel sofreh avait lieu près de la fontaine. On avait étendu une nappe sur la pelouse, où l’on avait disposé les différents mets. La première fois que Jalia avait assisté à ce dîner, son cœur s’était serré d’émotion devant le tableau de toute sa famille recomposée, qui se régalait tranquillement de riz et d’agneau, de poulet à la sauce grenadine, et qui picorait de délicieux grains de grenade, aussi éclatants que des rubis, disposés dans des bols.

Aujourd’hui, en revanche, Jalia ne prenait aucun plaisir au rassemblement familial. En raison tout d’abord de la présence encombrante de Michael, lequel était accueilli et traité comme son fiancé. Ensuite, à cause de l’angoisse liée à la disparition de Noor. Quant à la présence de Latif, elle rôdait autour d’elle à l’étouffer.

— Merci, Votre Altesse, nous ne manquerons pas de réfléchir à cette proposition, répondit Michael. Existe-t-il des projets concernant l’inventaire des anciennes collections royales ? enchaîna-t-il sans complexe, ignorant le regard noir de Jalia. Je vous offrirai volontiers mon aide.

Découragée, la jeune femme feignit de s’intéresser à autre chose et repensa à sa récente conversation avec la sultane.

Quelques minutes plus tôt, elle lui avait avoué la vérité concernant sa véritable relation avec Michael. Manifestement,

Dana avait flairé un problème... Aussi Jalia n’avait-elle pas pu résister à la tentation de passer aux aveux.

— Les fiançailles viennent juste d’être annoncées, nous ne pouvons pas faire part de votre rupture dans l’immédiat, avait dit Dana après avoir écouté patiemment ses explications. Ton image de marque en serait égratignée, et il est inutile de provoquer une nouvelle hystérie médiatique.

Jalia avait été soulagée de pouvoir se confier à Dana, et heureuse de constater que celle-ci ne la jugeait pas et cherchait une solution.

— Cela dit, avait poursuivi la sultane, il va falloir que tu te dégages de l’affaire le plus tôt possible. Je ne connais pas exactement l’ampleur des rumeurs liées à tes fiançailles, mais cela risque de te placer dans une position délicate...

A cet instant, elle avait jeté un bref regard dans la direction de Latif qui était assis près de la fontaine, avant d’ajouter :

— Nous reparlerons de tout cela ultérieurement. Rejoignons nos invités, il ne faudrait pas que notre aparté suscite de nouvelles rumeurs. Je me demande bien qui les répand d’ailleurs...

A présent, la sultane s’entretenait avec Michael afin de montrer qu’elle s’intéressait au fiancé de Jalia.

Latif était assis à l’autre bout de la nappe et, tel un aimant, attirait irrésistiblement le regard de Jalia. Chaque fois que leurs regards se croisaient, le cœur de la jeune femme battait plus fortement. Puis elle détournait vivement le regard, comme prise en flagrant délit.

Désormais, l’expression de Latif ne lui renvoyait que de l’indifférence. Son regard ne trahissait pas le moindre souvenir concernant ce qu’il s’était passé entre eux ; elle ne lisait ni désir, ni condamnation, ni intérêt. Il ne semblait même plus remarquer qu’elle était un être humain. Ses yeux verts la traversaient sans la voir, comme si elle était transparente, et chaque fois, son cœur saignait un peu plus.

Oh ! comme l’ambiance était différente des premiers jours, lorsque son regard émeraude s’apparentait à un contact physique. Un regard magnétique, plein de promesses qui avait pourtant fini par la perturber, l’angoisser... Au point qu’elle s’était sentie menacée. Et la peur terrifiante qu’elle avait alors ressentie en découvrant ses propres sentiments l’avait conduite à cette ridicule histoire de fausses fiançailles qui prenait, aujourd’hui, des proportions délirantes.

Mais visiblement, toute brûlante qu’elle ait été, la passion de Latif se révélait bien éphémère... Tant pis! Cela lui aurait au moins permis d’en apprendre davantage sur ses véritables sentiments à elle. Force était de reconnaître que la cour assidue qu’il lui avait faite, son regard brûlant et possessif, sa maîtrise dans l’art d’aimer, tout avait concouru à lui procurer la sensation d’exister réellement en tant que femme. Et tout cela resterait gravé à jamais en elle.

Naturellement, elle n’épouserait jamais Michael, et elle avait été rassurée de savoir que Dana envisageait l’annonce d’une rupture dans un futur proche. Ce n’était pas cette histoire qui la peinait, mais le fait de savoir que Latif la dédaignait à présent.

Allons, n’était-ce pas mieux ainsi ? Sa vie était en Angleterre. Que viendrait-elle faire au Bagestan ? se demanda-t-elle avec un soupir tout en parcourant du regard la foule animée et joyeuse. Son attention revint à Michael et Dana, toujours en pleine discussion.

— Je présume que, tôt ou tard, il faudra effectivement procéder à un tel inventaire, répondait Dana. Mais je ne sais pas si cela fait partie des priorités du sultan.

— Je l’espère, dit Michael en souriant. Ce sont ces joyaux de l’art qui attestent de la richesse historique du Bagestan.

La collection privée du sultan Hafzuddin était légendaire. Il est primordial de savoir ce qu’il reste après les exactions commises par Ghasib, ne croyez-vous pas ?

— Certes ! Encore que cela ne soit pas aussi urgent que de rétablir le système d’irrigation dans les villages qui n’avaient pas l’heur de soutenir la politique de Ghasib, conclut la sultane avec un beau sourire. Je suis certaine que vous en conviendrez.

— Hélas, je ne vous serai-d’aucune utilité dans ce domaine, répondit Michael avec un air mi-contrit, mi-amusé.

— Jalia ! Debout !

La voix de Latif pénétra dans son sommeil, et pendant quelques secondes, elle crut qu’il avait dormi près d’elle, comme dans la montagne.

— Réveille-toi ! répéta-t-il d’un ton plus pressant.

Jalia se redressa, le cœur battant. La douce lumière du photophore alliée aux premiers rayons du soleil qui filtraient à travers les moucharabiehs dessinait d’originales arabesques dans la chambre. Encore tout endormie, elle se méprit sur sa venue précipitée dans sa chambre.

— Latif ! s’exclama-t-elle les larmes aux yeux.

Mais comme elle tendait la main vers lui, il se recula en déclarant durement :

— Il y a du nouveau !

Elle remarqua alors qu’il était vêtu d’un jean, d’une chemise et d’un blouson d’aviateur. Elle comprit soudain qu’il ne venait pas lui parler d’amour.

— Est-ce Noor ? L’a-t-on retrouvée ? Est-elle vivante? Et Bari ?

Les yeux de Latif glissèrent sur son corps comme si, malgré lui, il avait été attiré par sa chevelure sensuellement ébouriffée et son déshabillé osé qui couvrait à peine sa poitrine.

Mais l’accès de faiblesse fut éphémère.

La regardant droit dans les yeux, il déclara :

— La CB de l’avion de Bari a envoyé un signal. Il provient des îles du golfe.

— Alhamdolillah ! s’écria-t-elle en éclatant en sanglots. Cela signifie-t-il qu’ils sont vivants ?

— Je l’espère, princesse. Mais nous ne pouvons être sûrs de rien tant que nous ne nous sommes pas rendus sur place. Deux hélicoptères sont prêts à décoller et Ashraf me prie de me joindre à l’expédition. Peux-tu...

— Je viens avec toi ! décréta Jalia en se levant d’un bond.

— Non ! trancha-t-il. Ashraf te charge d’annoncer la nouvelle aux parents de Noor. Dana t’attend par ailleurs dans le petit salon.

L’attrapant par le bras, Jalia s’écria :

— Dana peut se passer de ma présence. J’en ai pour deux secondes à m’habiller. Attends-moi. Je veux...

— Tu ne viens pas avec moi ! déclara-t-il, mâchoires serrées. Ne fais pas l’enfant, Jalia. Ce n’est pas un endroit pour toi.

— Mais si Noor est blessée...

— Un médecin nous accompagne. Penses-tu que le sultan soit aussi inconséquent ?

— Latif..., insista-t-elle sans lâcher son bras.

Ce dernier lui saisit alors le poignet et le serra au point de lui faire mal.

— N’écoutes-tu donc jamais rien ni personne ?

Mais il avait commis une erreur en la touchant...

Incapable de résister plus longtemps à la tentation, il l’attira à lui et enfouit sa main dans la masse soyeuse de sa chevelure. Jalia poussa un petit cri rauque, qui fouetta les sens du cheikh... Sans plus attendre, sa bouche bâillonna celle de la princesse.

Au moment où cette dernière voulut tout naturellement nouer ses bras autour de son cou, Latif se dégagea brutalement. Ils se jaugèrent alors durant de longues secondes, haletants et terriblement conscients de la tentation que représentait le lit baigné d’une lumière dorée, derrière eux...

L’indifférence qu’il lui avait témoignée durant les derniers jours venait brusquement de tomber, comme un masque que l’on retire, et le cœur de Jalia se gonflait de joie devant le regard retrouvé de Latif...

Hélas, ce moment ne dura pas.

En un rien de temps, il reprit le contrôle de lui-même.

— Réveille les parents de Noor, ordonna-t-il. Je vous donnerai des nouvelles dès que j’en aurai.