Jungle Rule: Les Chroniques de H.Kubrick (French Edition)

Ça fait un mois qu’elle tourne en…

Town Krikk

 

Ça fait un mois qu’elle tourne en rond dans Town Krikk comme une âme damnée coincée sur terre. Elle a épuisé toutes les rues, tous les centres commerciaux, toutes les places publiques. Un mois qu’elle observe le tatoué. Un mois qu’elle prend des notes sur les allées et venues du tatoué. Un mois qu’elle se pose dans le même café en face de son cabinet pour observer le type de clientèle qu’il reçoit. C’est une clientèle plutôt chic avec une certaine allure. À présent, elle a recueilli quelques informations sur le tatoué. Il s’appelle Hanz Ozwalt, il est psychologue clinicien, il est arrivé à Town Krikk il y a un an, il est célibataire.

Tous les vendredis soir, il se rend en dehors de la ville et ne revient dans son appartement en ville que le samedi après-midi pour assister aux soirées de speed datings organisés par le Silk Road, un bar restaurant niché dans le luxueux club nautique au bord des rocheuses dans lequel il est membre. Elle pressent que le tatoué lui ressemble, il est aussi fort en jeux de rôles. En ce moment même, il joue un scénario. Elle ignore le script, mais il faut qu’elle s’engouffre dedans pour démasquer le tatoué. Consciente qu’elle tient là un rôle fort intéressant, une excitation euphorique l’envahit comme toutes les fois où elle se sent renaître.

Elle attend dans le hall de la fraternité où elle a rendez-vous avec un étudiant qui s’appelle Shiv. Elle pivote sur elle-même pour inspecter l’endroit puis se détache de ce folklore de testostérone lorsqu’une voix qui vient de l’étage l’interpelle.

— Tu es Pixy ?

Elle se retourne et tombe sur un grand blond habillé négligemment d’un drap de bain autour de la taille.

— Je pensais que le jailbreaker était plus futé, fait-elle constater.

Elle maudit Hazan d’avoir donné à ce blond taillé comme une armoire à glace son nom de couverture.

Il descend les escaliers avec un air nonchalant comme s’il avait la tête dans le cul d’un babouin au lendemain d’une soirée de beuverie agrémentée de drogues psychédéliques. Les tatouages qui couvrent sa masse musculaire ressemblent à ceux que Hazan arborent sur ses pectoraux.

— Pourquoi un garçon de bonne famille administre-t-il une plateforme de vente d’opiacés sur le dark net ?

Il la toise avec ses yeux bleus éteints.

— Tout dépend par ce que tu entends par garçon de bonne famille. D’ailleurs, qui ne te dit pas que le jailbreaker n’en est pas un ?

Il sort d’un tiroir une carte d’étudiant et la lui tend.

— Bienvenue sur le campus de Town Krikk Université.

Elle s’empare de la carte, tourne les talons en direction de la sortie.

— Je m’attendais à une bonne pipe matinale.

— Tu peux toujours rêver espèce de bâtard, lance-t-elle à haute volée avant de claquer violemment la porte derrière elle.

Si le jailbreaker fait partie de l’élite comme l’a fait planer ce connard au corps bodybuildé, c’est que c’est un vrai fils de pute de manipulateur. Si le monde est dans un tel foutoir, c’est à cause de l’élite capitaliste parasitaire. Leur cupidité a conduit à la perte de l’humain moyen.

Elle zigzague entre les couloirs de la fac en se fondant dans la masse d’étudiants de Town Krikk, jusqu’à tomber sur un panneau qui indique le labo de recherche en criminologie. Elle pousse la porte et se dirige droit vers l’accueil. Une jeune étudiante avec une paire de lunettes œil de chat l’accueille le sourire aux lèvres.

— Que puis-je faire pour vous ?

— Je souhaite avoir accès aux registres sur des crimes commis dans tout le pays durant les cinq dernières années.

— Il me faut votre carte d’étudiant.

Il lui passe la carte d’étudiant numérique que le blond lui a faite sur ordre de Hazan. La jeune femme l’insère dans un lecteur de carte pour en vérifier l’authenticité.

— Une étudiante en première année de psychologie dans un laboratoire en criminologie.

— Ça pose problème ?

— Non, mais nous avons pour habitude de recevoir que des étudiants en dernière année.

— Tout a un début.

— Vous travaillez sur un projet particulier ?

— Sur la cognition des tueurs en série ainsi que leurs traumas d’enfance.

— C’est assez corsé et vaste comme sujet.

— Il faut bien commencer par quelque chose.

— Bien, vous êtes entrée dans notre base.

— Je vous remercie.

Elle se sent comme un poisson dans l’eau dans cet univers limpide de clarté et de classicisme qu’elle ne connait que trop peu. Elle aurait tant voulu être comme tous ces étudiants autour d’elle, qui évoluent dans des cadres familiaux stables avec des papas, des mamans, des sœurs et des frères normaux. Elle aurait aimé se fondre dans le décor, se faire des amis avec qui partager des sorties au resto, au ciné, au bowling, avec qui pique-niquer. Des amis qui s’inquiètent pour elle et la soutiennent dans des moments difficiles. Elle méconnait le privilège d’avoir une vie sociale.

Son seul ami au monde c’est le jailbreaker ou l’ombre de Hazan. Son regard se pose sur un groupe d’étudiants qui bosse sur un projet. Des gens qui appartiennent à l’élite de Town Krikk, des pourritures qui dirigeront le Nouveau Monde. Son cœur se serre comme si elle avait raté un virage dans sa vie. Normalement, c’est cela qu’aurait dû être sa vie, mais que peut-on espérer d’autre quand on grandit avec une mère qui tapine ? Peut-être le même destin ? Mais elle s’y refuse totalement parce qu’un soir de détresse son moi intérieur lui a murmuré qu’elle était futée. Aussi, elle ne croit pas au destin. Ceux qui accusent et se cachent derrière cette stupide arnaque que l’on appelle le destin, c’est ceux qui ont baissé les bras. Ceux qui ont abdiqué. Ceux qui ont refusé de se battre. Ce foutu concept a bon dos. Tous les réfractaires lui collent leur foutoir, leurs échecs et leurs névroses.

Les jours qui suivirent, sa nouvelle vie d’étudiante la rend vivante et optimiste. Oui, elle se sent vivre. Elle a l’impression de tenir quelque chose entre ses mains, mais elle ignore ce que c’est. Tout ce qu’elle désire c’est que ce quelque chose ne s’arrête jamais. Ce quelque chose la tient en haleine et la rend sereine. Cette nouvelle vie maquillée lui fait se sentir importante, pourtant elle n’oublie pas pour autant qu’elle joue un scénario, que la machine qu’elle a mise en route peut dérailler à tout instant, que tout peut s’arrêter alors elle décide de dévorer ce que la vie paisible à Town Krikk lui offre.

Elle s’achète même de nouveaux vêtements, elle se prend à rêver de s’établir dans cette ville tranquille avec ses maisons aux façades en pierre de taille assorties à des pelouses entretenues au millimètre près. Son envie de s’établir dans le Nouveau Monde commence à prendre des proportions obsessionnelles, après tout la vie rime avec stabilité. Elle n’a jamais été stable, toujours sur les routes en train de prendre la fuite. Il lui est déjà arrivé de fuir sa propre personne. Une forme de tranquillité maniaque et psychorigide à laquelle elle commence à s’habituer. Quand elle se promène le soir dans les rues désertes de Town Krikk, il lui arrive d’observer des familles dans leurs séjours comme si elle visionnait un film devant lequel le réalisateur lui fait miroiter la promesse d’en être actrice, de tenir le rôle principal. Il faut que le scénariste lui donne son script. Elle désire plus que tout de faire partie de ces familles parfaites qui respirent la plénitude. Tout est propre, épuré, et confortable chez elles.

Peut-être qu’une de ces merveilleuses familles de la classe moyenne aisée bien établies à Town Krikk voudrait bien l’adopter. Oui, elle saurait être une bonne petite, après tout elle se dit qu’elle a des circonstances atténuantes émaillées par d’innombrables qualités humaines. Tout ce qu’elle désire c’est avoir une famille, un vide existentiel qu’elle voudrait combler. Quand son élan pulsionnel atteint une jouissance clinique où elle se métamorphose en petite fille comblée dans le corps d’une adulte, elle rentre tout doucement chez elle.

Elle crèche dans un studio de 30 mètres carrés avec vue sur le campus dans une résidence universitaire que lui a sous-loué Shiv. Pour la toute première fois de sa vie, elle se sent en sécurité. Un matin, elle s’est regardée dans la glace, elle s’est dit finalement qu’elle n’est pas si mal. Elle n’avait jamais remarqué qu’elle avait de grands yeux noirs, que ses lèvres boudeuses légèrement roses étaient d’une fine sensualité, que sa poitrine n’était ni aguicheuse ni petite, elle se situait dans la moyenne. Elle avait juste ce qu’il fallait dans un corps mince et élancé. On lui a déjà fait la remarque qu’elle a des jambes interminables, qu’elle devrait penser poser comme modèle photo. Ses cheveux violets assortis à son style grunge lui confèrent une apparence masculine, mais sous cette masculinité avec laquelle elle cultive une invisibilité, se dissimulent une féminité fébrile et un charme envoûtant. Elle perçoit comment certains étudiants la regardent, lui tiennent la porte ou lui font des sourires, même un jour le jailbreaker lui a fait un compliment, elle a mal pris, mais au fond elle a aimé cela.

Quand ça vient de Hazan, c’est plus authentique, mieux formulé. Elle pense à sa voix virile derrière sa cagoule sur laquelle elle se masturbe certains soirs quand la solitude l’écrase. La petite robe à fleurs qu’elle porte aujourd’hui lui plait beaucoup. Elle met en valeur sa poitrine et épouse son corps fragile qui campe sur des Dr Martens qui lui arrivent aux genoux. Elle s’est autorisé un rouge à lèvres mat aux pigments criards pour relever la pâleur de son teint et la finesse de ses traits sur lesquels elle entrevoit le reflet de sa mère. Elle n’aime pas se souvenir d’elle ni voir ses traits en elle, pourtant il arrive qu’elle se demande comment aurait été la vie de sa mère si elle n’avait pas été piégée par les hommes dans le syndrome de Marilyn Monroe.

Une tornade de violence domestique dans laquelle sa fille a laissé des plumes. Regrette-t-elle d’avoir tué sa mère ? Une cicatrice mentale indélébile qui la persécute de temps à autre pour sonder si elle a une once d’empathie et de remords, mais qu’elle préfère étouffer dans les méandres de son inconscient.

Ses recherches sur la psychologie des tueurs en série et leurs traumas structurent sa vie et lui permettent de rentrer dans la tête de ces sujets aux pulsions barbares.

Au moment de quitter le labo, ses yeux se posent sur une affiche placardée sur un panneau en face de l’accueil. L’étudiante aux paires de lunettes œil de chat remarque son intérêt pour l’affiche.

— Cette conférence donnée par le professeur Ozwalt est uniquement réservée aux étudiants de dernière année.

— Je me trompe ou dans cette fac il y’a une réelle discrimination à l’encontre des première année, rétorque-t-elle sur un ton mordant.

Elle essaie de retrouver son calme pour ne pas faire tache dans ce milieu faussement aseptisé.

— Où je pourrais obtenir une dérogation ?

— Renseignez-vous auprès de votre département.

Maintenant que le tatoué est venu à elle, il est hors de question qu’elle rate cette occasion inespérée d’assister à une de ses conférences. Elle quitte le labo et se dirige droit à la résidence universitaire où se trouve la fraternité de Shiv. Les membres du club d’aviron s’y sont donné rendez-vous pour fêter l’ouverture de la saison. Elle interpelle l’un des chefs de section qui dirigent cette tanière à testostérone.

— Je veux parler à Shiv.

— Il est en entretien, il faut prendre rendez-vous.

— Dis-lui que c’est le jailbreaker qui m’envoie.

Dès qu’elle prononce ce nom, l’étudiant se lève sans plus tarder et va chercher Shiv à l’étage. Celui-ci rapplique, appareillé d’un simple drap de bain autour de la taille.

— Je me disais bien que j’allais te revoir.

Il la détaille de bas en haut, s’attarde sur ses jambes interminables, remonte sur sa poitrine puis sur son joli visage.

— Finalement, tu as du potentiel, je comprends mieux pourquoi Hazan a un faible pour toi.

Elle ne relève pas sa remarque sexiste.

— Je veux assister à la conférence d’Ozwalt.

— Et ...?

— C’est uniquement pour les dernière année.

— Cette conférence porte sur quoi ?

– La psychologie positive.

— Tu es bien trop cabossée pour que Carl Gustave Jung vienne en aide ton âme. Je ne peux rien pour toi. Je suis un programmeur, pas un faiseur de miracles.

— Pour un programmeur qui administre le plus gros marché noir de psychotrope sur le Dark web, je te croyais bien plus audacieux.

Elle sait qu’elle vient de toucher un nerf sensible, les programmeurs sont tous narcissiques, il faut mettre à l’épreuve leur ego pour les soumettre. Un jeu de manipulation qu’elle a appris très tôt.

— Hazan m’a mis une belle salope entre les burnes, vocifère-t-il en serrant les dents et les poings pour ne pas lui faire avaler son insolence.

Elle lui fait un doigt d’honneur pour répliquer à son tour en le fixant droit dans les yeux sans ciller.

— Tu auras ce soir ta putain de place, maintenant tire-toi de mon fief.

Elle tourne les talons avec un sourire entaché de triomphe et de machiavélisme. Elle se sent légère comme une plume. Maintenant que le tatoué est entré dans son espace vital, elle va étudier de près son langage corporel.

Au moment même où elle foule le hall de sa résidence, Shiv lui confirme sa place à la conférence que donne le professeur Hanz Ozwalt, elle mord sa lèvre inférieure pour réprimer un assaut d’excitation. Elle est maintenant prise dans une sorte de boucle de réflexion sur l’attitude à adopter pour ne pas être remarquée par le loup déguisé en agneau de Town Krikk.

Une bande de cheerleaders complètement survoltée qui sort des ascenseurs l’extrait de cette boucle psychédélique quand elle entend mentionner le jailbreaker. Celle qui se démarque des autres nanas qu’elle soupçonne d’être la star du campus est sur un nuage : « il était… je ne trouve pas de mots pour décrire ce que j’ai ressenti… », elle se cache le visage en pouffant de rire, ses copines ont l’air de l’envier et de la détester à la fois.

Une haine viscérale broie son cœur, elle bouscule la star du campus ainsi que ses copines sans s’excuser. Finalement, Hazan n’est qu’un connard parmi tant d’autres. Elle a toujours cru qu’elle était spéciale à ses yeux, qu’elle était différente des autres. À cet instant même, elle a envie de taillader le visage de cette poufiasse avec son couteau Bowie, mais sa marge de manœuvre est réduite, elle sait qu’elle est sur la sellette.

Si elle est libre d’aller et de venir, c’est parce qu’elle a consenti à contrecœur à une expertise psychiatrique que ce foutu système judiciaire lui colle au cul tous les trois mois pour lui faire payer le meurtre de sa mère. Aussi, ils lui ont dit que c’est pour protéger la société. Elle s’est défendue, mais personne n’a voulu donner crédit à sa version. Si seulement elle avait été disculpée par une avocate avec des dents de crocodile, elle aurait pu échapper à cette expertise psychiatrique trimestrielle à la con durant laquelle elle doit être normale. Elle voudrait bien réprimer son moi animal, mais son impulsivité finit toujours par la trahir.

Quand elle arrive chez elle, elle se déchausse, jette ses affaires sur le sol du vestibule, se sépare de ses vêtements et va sous la douche pour dissiper ses envies de meurtre. Quand elle se sent apaisée sous les jets brulants qui ont laissé des marques rouges sur sa peau comme des cartes d’autoflagellation, elle sort de la douche, met un peignoir de bain et revient dans le salon.

Elle prend son PC portable, le repose sur sa table basse et se cale sur le canapé pour se perdre dans les méandres de Tor.

Ils restent là à se regarder comme toutes les fois où les mots leur manquent. Elle aurait voulu qu’il retire sa cagoule, qu’elle voie pour la toute première fois les expressions et les traits de son visage, à quoi ils ressemblent. Le serpent qui remonte de ses lombaires en passant par ses obliques jusqu’à son cou lui donne envie de passer à travers son écran d’ordinateur pour retrouver le jailbreaker de l’autre côté. Elle passe un doigt sur l’écran pour retracer ce serpent 3D venimeux aux lignes consuméristes comparables aux idéaux libertaires et capitalistes de Hazan. Son doigt vient se poser sur ses lèvres que sa cagoule entrave par endroits.

— Tu as une nouvelle coupe de cheveux, constate-t-il.

— Oui, souffle-t-elle dans un murmure presque inaudible.

Elle garde le silence en suçant son pouce comme toutes les fois où elle se sent intimidée par lui. Toutes les fois où les mots se brisent en miettes dans l’atmosphère, que les phrases perdent leur sens.

— Tu n’es pas sincère avec moi, balbutie-t-elle.

Il sourit mollement, ce qui lui confère un charme vivifiant derrière sa cagoule qui constitue une entrave infranchissable.

— Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

— Parce que tu baises la star du campus de Town Krikk. Comment s’appelle-t-elle ?

— Lexie Winklevoss.

— Elle est en quelle année ?

– En troisième année de littérature anglaise.

Elle baisse les yeux en boudant avec ses belles lèvres pleines qui ont rosi, prises entre le feu de ses émotions reptiliennes qui la démangent et son envie irrépressible de contrôler sa colère contre lui.

— Kiara, regarde-moi, dit-il sur une intonation suave pour l’amadouer.

Il sait qu’elle peut avoir une attitude enfantine souillée de diabolisme et il aime ça.

— Ne m’appelle plus jamais par ce prénom.

— Pourtant c’est ton prénom. Écoute, ne lui cherche pas des embrouilles, c’est une gentille fille.

— Comme toutes ces filles de bonne famille sur le campus qui ont des mamans et des papas normaux, dit-elle avec fureur.

— Elles n’ont pas toutes des mamans et des papas normaux. Est-ce que tu prends ton traitement ?

— Tu crois que je suis cinglée, c’est ça ?

— Kiara, que se passe-t-il, si tu ne prends pas ton traitement ?

— Le chaos ! murmure-t-elle en fourrant encore son pouce dans sa bouche tout en serrant Binky contre elle, la peluche avec laquelle elle dort. On aurait dit une sucette aux saveurs acidulées à laquelle elle se raccroche férocement pour combler une faille dans son existence.

Il la fixe avec un appétit vorace sans rien rajouter. Il sait que son attitude enfantine cache une manipulation sournoise et insidieuse. C’est fait pour tromper.

Le jailbreaker la connait mieux que quiconque. Même les fantômes de sa mère et de Binky n’ont pas réussi à la convaincre de prendre son traitement. Binky lui a rappelé que son expertise psychiatrique aura lieu dans quelques jours. Si ce fichu système judiciaire corrompu décèle le moindre souci dans sa tête, il l’enverrait dans une boite en fer avec pour seule distraction une fenêtre qui donne sur un champ magnétique. Binky lui a aussi mis en garde que c’est pour protéger la bonne société du Nouveau Monde, mais elle s’en fout des normes du Nouveau Monde. Qu’ils aillent tous bruler en enfer !

Elle écarte légèrement ses cuisses pour attendrir Hazan. Elle sait qu’il veut voir ce qu’elle a sous son peignoir comme tous les hommes-loups.

Elle détache lentement la ceinture de son peignoir, écarte sensuellement ses très belles cuisses fuselées, elle sait qu’il aime ça, il le lui a déjà dit. Il lui a dit aussi qu’il aime baiser les vierges. Elle se caresse, écarte ses petites lèvres pour qu’il voie à l’intérieur d’elle. Les mouvements nerveux de sa pomme d’Adam signifient qu’il est en surtension. Elle remonte ses mains sur son ventre et les balade sur les seins.

Les pointes auréolées de rose deviennent tendues. Il ne réagit toujours pas, mais il continue à jouir du spectacle qu’elle lui offre. Que faut-il qu’elle fasse pour qu’il se mette à se branler ? se demande-t-elle. Quand elle le voit rouler un pétard tout en continuant à la mater, elle comprend qu’il commence à moins se contrôler. Il tire quelques bouffées de son joint, les volutes de fumée qu’il rejette dans l’air forment des halos ondulants puis finissent par se désagréger. Ses yeux sont empreints de teintes corrosives, synonymes de désir primitif.

— Montre-moi ton trou du cul. Fais-moi tes gémissements de poupée.

Elle se met de dos, fait tomber son peignoir pour lui montrer son petit cul galbé à la peau diaphane.

La voici en train de doigter son trou du cul qui est aussi rose et ferme que sa vulve. Quand elle lui fait face, elle le surprend en train de se masturber.

— Viens – là !

Elle approche son petit sexe de l’écran. Sans se faire prier plus longtemps, le jailbreaker crache toutes ses couilles en sauçant son écran PC. Cette agréable vue sur sa poutre d’une épaisseur constante et démoniaque qui vomit en abondance sa sauce a fait naître en elle une jouissance anesthésiante au point d’émettre des miaulements de supplice. Elle se remet à sucer son pouce comme fait une petite fille égarée en manque d’amour noyée dans une forme de béatitude léthargique pour se raccrocher à un instant illusoire.

Cette nuit-là, quand elle se retrouve dans la solitude sournoise et glaçante de son lit, elle est prise dans un tourbillon psychotique où elle voit le fantôme désespéré de sa mère l’habiter. Il prend corps en elle. Il accuse Hazan de la manipuler pour ensuite l’enfermer dans le syndrome infernal de Marilyn Monroe. Le fantôme de sa mère lui fait part de son dégout du sexting qu’elle a eu avec Hazan qui ne cherche qu’à se vider les bourses. Il lui prédit qu’elle aura le même sort funeste qu’elle parce que le jailbreaker est aussi égoïste et salaud que les mecs-loup qui se pavanaient dans l’appartement sordide. Elle promet au fantôme de Sienna Brando de ne jamais tomber dans le piège répulsif de cette blonde écervelée que Hollywood a créée pour satisfaire les fantasmes les plus répugnants des hommes-loups.

Aujourd’hui est un grand jour. Elle va en ville où elle achète un gâteau des fleurs et des bougies. Arrivée dans son studio, elle place les fleurs dans un vase, les bougies sur le gâteau qu’elle allume et ferme les yeux. Aujourd’hui, c’est le jour où elle s’autorise à libérer son inconscient. Ce foutoir qui se loge derrière son crâne et qu’elle refuse de déterrer. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Binky. Elle ferme les yeux pour se souvenir de lui.

Binky aurait eu 10 ans en ce jour. Il n’en avait que 5 quand leur mère l’a cogné à mort dans sa chambre de petit garçon. Elle a ensuite enroulé le petit corps sans vie, frêle, mal alimenté et innocent de Binky dans la moquette Spiderman de sa chambre et lui a demandé de l’aider à le descendre au sous-sol où se trouve un congélo. Que pouvait-elle faire d’autre à part obéir à leur bourreau ? Sinon elle allait subir le même sort que son petit frère. Elle lui a ensuite ordonné de nettoyer toute la chambre, qu’il ne reste aucune tache de sang de Binky sur les murs ! Binky est resté dans le congélo pendant deux semaines.

Tous les soirs, elle venait lui parler en espérant qu’un jour qu’il se réveillerait. Elle a ressenti un terrible sentiment d’être projetée dans une fiction d’horreur. Un soir, un des hommes-loups qui circulaient dans la maison a amené avec sa mère le corps de Binky. La veille quand elle a écouté à la porte, ils se sont mis d’accord de bruler le corps du petit garçon dans la forêt. Leur mère a passé sur Binky toutes ses frustrations. Toute sa vie, elle a cherché à être aimée, mais les hommes-loups n’ont fait que se servir d’elle et la jeter comme une couche pour bébé bourrée de merde.

L’école de Binky a signalé au bureau du shérif du comté de Hillson l’absence mystérieuse de Binky. Quand sa mère a été convoquée au bureau du shérif, elle a répondu qu’elle s’était abstenue de signaler sa disparition de peur que les services sociaux lui retirent la garde de sa fille. Elle n’a jamais raconté aux autorités ce qui était arrivé à son petit frère.

Dans l’après-midi, elle retourne flâner entre les couloirs du département de psychologie jusqu’à s’arrêter avant une machine à café pour prendre un petit encas. Elle choisit un latté macchiato puis introduit des pièces pour régler sa commande.

— Je ne prends pas de monnaie de l’Ancien Monde.

Lui répond la machine à café avec une impertinence d’une rare violence en rejetant ses vieilles pièces de l’Ancien Monde.

– Ta gueule la putasse.

Elle paie sa boisson sans enthousiasme avec son smartphone. Ça la met en rogne d’être emprisonnée dans cette satanée identité numérique avec sa foutue cryptomonnaie. Pour décrocher du Nouveau Monde, elle utilise le flip phone, un téléphone à clapet. Ça la rassure de savoir qu’elle a encore le contrôle sur elle. Qu’elle n’est pas épiée et traquée par les algorithmes !

Elle attend son latte, mais rien n’arrive. Pour la punir de son insolence, la machine sadique affiche une obsolescence programmée qui a été instaurée pour narguer l’humain et le rendre idiot. Elle donne de violents coups de pied à la machine en oubliant qu’elle s’était fait la promesse de réprimer son impulsivité dans ce cadre hypocritement épuré.

— Saleté de robot de merde, tu vas me servir mon café ou me recréditer mon blé.

Les étudiants qui empruntent ce long couloir fastidieux qui donne dans différentes salles de classe dédiées aux travaux en groupes restreints semblent la prendre pour une folle furieuse échappée tout droit d’un asile psychiatrique. Si seulement ils étaient avertis de ses accès de colère virulents ponctués d’épisodes psychotiques, ils auraient tous pris la fuite.

— Ce n’est pas en la défonçant qu’elle va t’obéir, lance une voix ferme derrière elle.

Elle sent presque son souffle chaud caresser les cheveux fins qui ornent le haut de sa nuque. Elle se retourne prête à donner une baffe retentissante au mec qui ose prendre à la légère sa frustration.

— De quoi tu te mêles ?

L’inconnu appuie sur un bouton, la machine sadique à la langue de pute lui sert enfin un café brulant aux aromes amers à la place de son latte macchiato. Il prend le gobelet en papier recyclé et le lui tend.

— Fallait juste que tu presses sur ce choix pour finaliser ta commande. L’impulsivité ne paie jamais.

Elle se sent à la fois idiote et reconnaissante. Elle aurait voulu dézinguer la machine, mais elle se contente du liquide amer au goût pisseux.

L’étudiant se serre un café à son tour.

— Tu es nouvelle à Town Krikk ?

— Oui.

— C’est quoi ton nom ?

— Cara Di Vita Corleone.

— Tu as des Origines italiennes ?

— Siciliennes.

— Sandor Schulz se présente-t-il.

Elle le dévisage curieusement, il est aussi libertaire que Hazan. Les tatouages qui tapissent son cou en disent long sur son activisme haineux contre le système capitaliste parasitaire du Nouveau Monde.

— Attends, ta tête me dit quelque chose.

Elle cligne des paupières, fronce des sourcils pour se rappeler où elle l’avait vu pour la toute première fois.

— Tu es le mec de la fac de Columbia. Celui qui est poursuivi par le FBI pour avoir téléchargé plus de quatre cent mille fichiers de recherches académiques.

— Cinq cent mille pour être exact.

— Qu’est-ce que tu fous sur le campus de Town Krikk ?

— Je me promène en attendant que Columbia veuille bien me réintégrer.

Eh oui, dans le Nouveau Monde, il suffit que tu fasses une connerie même insignifiante pour être ostracisé.

— Comment tu trouves Town Krikk ?

— Tu veux dire une tanière pour gosses de riches et classe moyenne aisée où tout le monde est parfait. Bizarrement, je commence à y creuser mon petit trou. J’adore ses boutiques et ses cafés.

— Je vois que tu es une adepte de sociologie. Tes cours se passent bien ?

— Je passe le plus clair de mon temps à entrer dans les têtes des tueurs en série dans le labo de recherche en criminologie que d’aller en cours.

— Et ça te plait de fouiller dans les têtes de ces tordus ?

— Faut bien que quelqu’un s’intéresse aux traumas de ces malades pour mettre en garde aux plus naïves. Ted Bundy utilisait bien son charme légendaire pour sévir sur les campus.

Elle a le sentiment d’être aussi tordue que Bundy.

— Finalement, t’as eu raison d’avoir donné des coups de pied à cette saloperie de machine à café. J’ai un goût de pisse sur la langue.

Ils quittent le bâtiment et longent les arcades du campus qui bordent les pelouses où certains étudiants prennent le soleil en roucoulant. Une limpide clarté de début d’après-midi baigne cet ensemble académique où les jalousies, les perversions, les vices les plus sournois et venimeux grondent en attendant d’éclabousser ce joyau de leur laideur.

— Ça te dirait qu’on s’attable au Carbone, c’est moi qui t’invite à déjeuner.

Elle le toise bizarrement en se demandant qu’est-ce qu’il lui veut. D’habitude, elle se méfie des inconnus, mais elle se sent proche de ce spécimen mis au banc de la fac de Columbia en attendant que son sort soit tranché. Ils ont en commun cette attitude de transgresser délibérément les règles du Nouveau Monde. Il lui paraît humble avec les pieds bien ancrés sur terre contrairement à ce qui est décrit par les médias qui l’ont diabolisé. Devinant sa réticence, il lui fait un petit sourire attendrissant pour la mettre en confiance sans la bousculer.

— Je ne suis pas un connard, je te rassure.

— T’inquiète, j’ai un radar à fils de pute, je les détecte de loin.

— Et que te dit ton radar à fils de pute ? demande-t-il sur un ton moqueur en rentrant dans son jeu.

— Qu’on est du même camp !

Ils se dirigent droit au Carbone, le snack le plus fréquenté et le plus instagrammable du campus. Après qu’ils ont passé commande, ils gagnent le fond de l’enseigne. Elle pensait que cette journée allait être triste comme tous les anniversaires de Binky, mais elle s’annonce prolifique. Pour éviter de se culpabiliser, elle se dit dans son for intérieur que Binky aurait aimé qu’elle prenne du bon temps. Tout ce qu’elle espère c’est que son petit frère a finalement trouvé un foyer paisible et aimant au supposé paradis des enfants. Elle chasse ses pensées métaphysiques en se polarisant sur le moment présent qu’elle partage avec cet anarchiste d’un genre nouveau.

— Tu es tout le contraire du jailbreaker, lui fait-elle remarquer.

Il sourit vaguement et ses yeux bridés s’enfoncent davantage, ce qui lui confère un charme fou. Une surtension érotique plane au-dessus de leurs têtes et met à l’épreuve l’intérieur de ses cuisses qui surchauffe. Cette brulure à la fois électrique et euphorisante remonte jusqu’aux pointes de ses seins qui durcissent et se tendent contre le tissu élastique et transparent de son crop top.

— Hazan est un vrai fils de pute. Il est aussi pourri que les mecs de

Town Krikk.

— Tu veux dire qu’il fait partie de l’élite capitaliste parasitaire qui

a créé le Nouveau Monde ?

— Il en fait partie, mais il préfère se noyer dans ses mensonges

pour tromper ses fans.

— Et moi qui pensais que son capitalisme morbide se limitait

uniquement sur le dark web vu qu’il rackette l’élite avec ses coups du tapis, dit-elle tristement.

Finalement, il ne faut faire confiance à personne dans le Nouveau

Monde. Peut-être qu’il est temps qu’elle se rende à l’évidence que le jailbreaker la manipule. Il est du côté des oppresseurs. Shiv le lui a bien fait comprendre. Remarquant la tristesse qui prend forme sur son joli visage, il la secoue pour la ramener sur terre.

— Nom de Dieu, ne me dit pas qu’il t’a eue aussi. Tu me parais

éloignée de tout cet engouement psychotique, obsessionnel et malsain sur la personne de cet imposteur.

— Je le suis, mais il m’est venu en aide dans plusieurs galères.

Elle ne veut pas qu’il la prenne pour une idiote sans cervelle qui

est tombée dans une absurde sensibilité carcérale comme toutes ces étudiantes sur le campus qu’elle surnomme « les Nepo Baby », diminutif de népotisme. Parce qu’elles suivront les pas de leurs parents. Parce que toutes les portes leur seront grandes ouvertes, contrairement à elle qui pactise avec le diable pour joindre les deux bouts.

— Parle-moi de Columbia.

— C’est une fac truffée de gosses de riche sans âme.

— Et les fraternités, comment ça se passe là-bas ?

— Je suis un non-affilié. Je ne fais partie d’aucune fraternité. Je

roule pour moi. C’est ça d’être le programmeur le plus génie de tout le deep web.

Elle lève les yeux au ciel pour railler son manque d’humilité.

— J’ai fait une découverte récemment.

— Laquelle ?

— Au cours de mes études sur les tueurs en série dans le labo de

recherche en criminologie, j’ai parcouru les assassinats commis sur les cinq dernières années. Parmi les victimes, il y’a des jumelles blondes et des nains dans le Colorado, en Floride, et en Utah. Leurs boites crâniennes ont été ouvertes et leurs cerveaux prélevés. Toute une fratrie de nains appartenant à une communauté amish a été exterminée à Killer Town dernièrement. Ils avaient disparu depuis un mois. Ils ont subi le même sort. Personne ne se pose de questions sur le fait que ces victimes ont subi les mêmes atrocités. Leurs organes qui englobent leur système nerveux ont été prélevés. J’ai alors pousse mes recherches plus loin. Les mêmes crimes ont été perpétrés sur des jumelles blondes et des nains en Argentine exactement où vit une communauté qui se réclame de la race aryenne. Cette même communauté est fondée par des descendants de nazi. Quel est le point commun entre des jumelles blondes et des nains ?

— Le PH04, une hormone sécrétée par le cortex occipito-temporal

gauche et par l’hypophyse. Deux régions du cerveau où se concentrent plus de terminaisons nerveuses chez des jumelles blondes et des nains. Au 3e mois de grossesse, la mère fabrique le PH04 et le transmet à son fœtus. On retrouve le PH04 uniquement dans le système nerveux des nains, des jumelles blondes et des albinos. Les narcissiques fortunés déboursent des milliards pour accéder à ce produit de jouvence qui régénère les cellules. La personne qui le reçoit renaît comme si elle

venait de sortir de l’utérus de sa mère. Elle sent et voit tout son organisme se régénérer. Elle sent jusqu’à la formation de ses os, ses dents qui repoussent, le goût du liquide amniotique dans lequel il a baigné dans le ventre de sa mère. C’est plus efficace sur le long terme que n’importe quelle méthode d’intervention de la médecine esthétique. Le PH04 est devenu la nouvelle drogue pour les plus friqués.

— Rassure-moi, c’est une blague.

— J’aurais voulu que ça soit le cas. Nous sommes dans un vaste

marché de l’offre et de la demande. Tout se vend, tout s’achète. Il y’a des enchères sur le PH04 sur le dark net. Ce sont les dérives du Nouveau Monde.

— Ça veut dire qu’il y’a un tueur en série qui circule dans la

nature pour tuer des jumelles blondes, des nains ou des albinos pour leur extraire le PH04 pour le vendre au plus offrant pour rester jeune.

— T’as as bien pigé le truc, conclut-il en lui décochant un clin

d’œil de la matière la plus décérébrée possible comme si c’était une banalité bien ancrée dans le Nouveau Monde.

À ce stade-là, elle a envie de chialer. Elle ne trouvera jamais sa

place dans ce foutu micmac. Elle a envie de baffer tous ces étudiants qui sont prisonniers de l’addiction à leur propre image guidée par l’obsession de devenir populaires.

— Et comment sais-tu que c’est le PH04 ?

— Les fonctions du PH04 sont décrites dans les essais cliniques du

département de santé publique de Columbia.

— C’est dingue, je comprends mieux pourquoi les fédéraux te

poursuivent. Tu es en possession de fichiers confidentiels. Si le monde entier venait à découvrir cette possibilité de rester jeune à l’infini, il y aurait dans toutes les rues des cadavres de jumelles blondes, de nains et d’albinos. Il est temps de mettre fin à cette folie meurtrière.

Leur discussion est subitement entravée par des rires de

provocation de la même bande de filles qu’elle avait croisée dans le hall de sa résidence. Toutes les attentions se polarisent sur la star du campus qui est la meneuse du groupe.

— Lexie Winklevoos, la Nepo Baby la plus riche du Nouveau

Monde.

— Comment le sais-tu ?

— Son père est Baron Winklevoos.

— Le propriétaire de Nacked ?

— Le réseau social où les ados se suicident en direct.

— Satané Nouveau Monde.

Elle aurait tant aimé faire partie de cette bande même si elles sont

hypocrites et se détestent secrètement, mais elles ne l’accepteront jamais parce qu’elle est née du mauvais côté. Elle a appris que pour être fun et être aimé de tout le monde, il faut être hypocrite. Elle se demande, si elle est aussi invisible, bien qu’elle ait bousculé Lexie dans le hall de sa résidence. Elle se souvient que l’élite capitaliste parasitaire ne voit pas les personnes comme elle. Ce qui s’apparente à une douleur de la solitude subie pince son cœur et lui renvoie à sa triste existence qui est un gigantesque désert stérile.

— Le jailbreaker l’a marquée pour avertir qu’elle lui appartient.

— Où ?

— Sur sa chatte et son cul.

— Tu l’as vu ?

— Une photo d’elle circule sur le dark web. Elle y est en monokini

moule chatte qui lui rentre dans la rondelle. On y voit la signature de Hazan. Cette photo fait l’objet d’enchères les plus délirantes.

— À combien montent les enchères ?

— À 18,776 663 bitcoins soient cinq cent mille dollars américains

de l’Ancien Monde.

— C’est une dinguerie, finalement toutes les chattes ne se valent

pas. Est-elle au courant ?

— Elle l’ignore, il se pourrait que ce soit un coup foireux de Hazan

pour se remplir les burnes.

En ce moment même, elle a envie de massacrer la face du

jailbreaker. De lui crier ses vérités sur sa putain de cagoule. Pour apaiser cette force naturelle instinctive qui la démange jusqu’aux nerfs, elle broie sa canette de soda vide dans sa paume au point de ressentir des fourmillements dans les doigts. Les craquements de la canette qui se tord révèlent l’ampleur de sa fureur.

Quand ils quittent le snack, il fait déjà noir sur le campus. La

brume, qui s’est abattue sur les lieux a contraint les étudiants à se réfugier dans leurs résidences. Au moment de grimper dans sa bagnole pour rejoindre New York, il la prend dans ses bras et la serre contre lui comme s’il cherchait à lui insuffler un message. Quand elle effleure ses lèvres avec les siennes, leur intime chaleur lui donne envie d’aller plus loin. Comprenant son désir inavoué, il s’empare de ses lèvres dans une étreinte à la fois étourdissante et féroce. Ses lèvres roses, boudeuse et insolentes l’ont obsédé depuis qu’elle s’est détournée de la machine à café récalcitrante pour se défouler sur lui. Sa fougue et sa personnalité incisive ponctuée de spontanéité brute l’ont séduit. Quand leurs lèvres se séparent, seuls leurs regards plongés l’un dans l’autre suffisent à évoquer implicitement leur fantasme mutuel.

Ce matin, elle s’est levée très tôt pour parcourir les notes qu’elle avait prises au labo.

Quand son ordinateur émet une notification, elle prend part à l’invitation cryptée que le jailbreaker lui a envoyée.

— Shiv, t’a vu hier soir avec Schulz. Qu’est-ce que tu foutais avec ce bâtard ?

— Est-ce que je te pose des questions sur ta relation avec Lexie Winklevoss ?

— T’as niqué avec lui ?

— Occupe-toi de ton monde que tu as bâti sur des mensonges et de la tromperie.

— Arrête de me prendre pour un imbécile et réponds-moi.

— Et si je refuse, que vas-tu faire ?

Les contractions nerveuses des muscles de son cou lui signifient qu’il est sur le point de tout fracasser. Elle aurait donné le monde pour voir la colère qui se dessine sur ses traits que sa cagoule dissimule.

— Sais-tu au moins que Schulz est sous surveillance, tu peux plonger avec lui…

— Et toi, Hazan, qui es-tu ? Un manipulateur qui se fait passer pour un type qui déteste l’élite en faisant semblant de les racketter avec tes coups du tapis, alors que tu fais partie de l’élite ! Ces parasites qui ont plongé l’Ancien Monde dans un effondrement boursier et bancaire pour que les personnes comme moi se soumettent à eux.

Elle est à bout de souffle. Elle se rend compte qu’elle hurle d’indignation et d’injustice sociale quand l’écho de sa voix se fracasse contre les murs de son appart avec une rage combative. Cette rage sourde et pugnace qui gronde dans son bas ventre jusqu’à la faire trembler de douleur. Cette rage qui lui bouffe les tripes et lui vide de toutes ses forces. Elle a déjà vu cette rage se personnifier en un être diabolique le jour où elle a tué sa mère : Sienna Brando. Une pauvre idiote sicilienne, qui a cru que sa beauté aveuglante lui ouvrirait les portes de Hollywood. Le seul héritage que sa mère lui a légué c’est sa beauté qu’elle camoufle et enlaidit sous son style grunge. Elle lui a aussi légué son nom de famille qu’elle porte comme une cellule cancérigène qui lui nécrose la chair. Seuls Hazan et le système judiciaire du Nouveau Monde connaissent sa véritable identité : Kiara Brando.

— Kiara, écoute… je...

Elle ferme les yeux et se bouche les oreilles pour ne plus le voir, pour ne plus entendre le timbre viril et invectif de sa voix, pour mettre définitivement une digue entre eux. Une barrière fictive que sa cagoule a déjà façonnée. Quand elle rouvre les paupières, le jailbreaker n’est qu’une sinistre et lointaine ombre dans sa vie.

Elle claque le capot de son PC portable. Se déplace jusqu’à sa cachette où elle range ses objets précieux, prend son M1911, le glisse à l’arrière de son jeans. Le métal froid et acéré en platine lui cisaille les reins, mais ce n’est pas son problème, car elle a connu les pires éraflures de la vie. Celles qui restent à jamais gravées dans la psyché que l’on traine comme un boulet à la cheville.

Elle a choisi de se placer au sommet de l’amphi pour que Hanz Ozwalt qui vient de faire son entrée sur l’estrade ne la domine pas. La vie lui a appris qu’il faut se placer à la même hauteur qu’un loup déguisé en agneau pour qu’il ne détecte pas les failles de ton existence. Quand le regard du tatoué happe le sien pour pénétrer son moi intérieur afin de détecter ses traumas, elle ne baisse pas ses yeux. Leurs regards sont semblables à deux aimants qui s’attirent et se repoussent. Elle lit dans le regard du tatoué une vague impression de déjà vu.

— Je suis le professeur Hanz Ozwalt, psychologue clinicien à Town Krikk. Comme vous le savez, cette conférence porte sur la psychologie positive. Ce qui m’amène à parler de la conscience de soi, la conscience de l’inconscient. La connaissance de soi pour guérir l’enfant blessé et malade émotionnellement qui vit dans l’adulte, objet d’étude de Carl Gustave Jung. Mais avant, je voudrais aborder sommairement la psychologie freudienne.

Au fur et à mesure que le temps file, elle se focalise sur le langage corporel du tatoué. Ses haussements de sourcils, ses mains qui se joignent, ses bras qu’il croise contre son puissant torse, puis qu’il laisse tomber le long de son corps avec virtuosité et élégance, son beau sourire trompeur et narquois entaché de fourberie. Ses larges épaules carrées évoquent une discipline sportive psychorigide. Une hygiène de vie maniaque se dégage de son corps massif et musclé. Ses allées et venues sur l’estrade démontrent une aisance remarquable avec une capacité de communication et de maîtrise de soi hors pair.

À la fin de la conférence, elle en déduit que Hanz Ozwalt est bien un psychopathe réfléchi contrairement au psychopathe impulsif esclave de ses pulsions meurtrières.

Quand elle quitte l’amphi et s’engage dans les couloirs bondés du département de psychologie, la voix du présumé tortionnaire à l’intonation mielleuse se fait entendre.

— Il me semble vous avoir déjà croisée. Je pense que vous êtes la fille aux cheveux violets à Killer Town. Que faites-vous à Town Krikk ?

— La même chose que vous lui répond-elle avec une audace désarmante en tordant ses belles lèvres pleines pour jouer à la sale gosse.

— Et que pensez-vous que je fais à Town Krikk ?

— C’est à vous de me le dire docteur.

Elle a misé sur ce qualificatif pour le troubler, car dans cette ville tout le monde l’appelle professeur. L’effet escompté se produit, son sourire s’efface, laissant place à un masque démoniaque.

— C’est mademoiselle comment ?

— Cara Di Vita Corleone.

— D’origine sicilienne ?

Elle hoche la tête en signe d’approbation. C’est aussi une façon de lui exprimer son mépris. Ils se jaugent comme deux chiens battus aux parcours erratiques prêts à se mordre, à se charcuter jusqu’à la moelle.

— Je savais bien que vous étiez tourmentée. Une séance d’hypnose vous délivrera de vos tourments. J’organise aussi des séances de mort imminente. Ça pourrait donner un sens à votre existence de savoir qu’il y’a une lumière après la mort, conclut-il en arborant une parfaite dentition diabolique.

Ce bâtard assoiffé de sang et de chair humaine est-il en train de la menacer ? se demande-t-elle.

Cette vague impression de déjà vu lui apparaît soudain plus claire comme de l’eau de roche. Le professeur Ozwalt est la copie certifiée de cet acteur cannibale de Hollywood qui piégeait ses petits amis : Armie Hammer.

Leur charme est une arme létale. Un charme superficiel d’une portée interplanétaire qui piège leurs victimes. D’ailleurs en parcourant du regard l’amphi, toutes les étudiantes étaient cruellement tenues en laisse par ce charme dévastateur.

Elle quitte le bâtiment, traverse tout le campus et se dirige droit dans le centre-ville où elle s’attable au Drugstore. Une charmante petite galerie commerciale dont l’une des entrées donne sur une rue peu fréquentée où s’érige en grandes baies vitrées la maison du tatoué qui s’ouvre sur le paysage citadin et arboré de Town Krikk.

Aujourd’hui, c’est vendredi, d’ici peu il rentrera de la fac, prendra son Range Rover sport pour se rendre en dehors de la ville.

Au bout de longues heures d’attente, elle voit Ozwalt partir de chez lui. Elle patiente encore et se rassure que son M1911 est bien calé contre le bas de son dos. Quand elle se déplace dans l’aile opposée de son emplacement, elle constate que le centre-ville se vide, que les habitants de Town Krikk se retirent chez eux. Elle rabat sa capuche sur sa tête avant de déserter le Drugstore.

Trois jours plus tôt, elle avait fait part à Hazan de son projet de s’introduire chez Ozwalt. Pour assurer sa sécurité, le jailbreaker a donc introduit des logiciels malveillants dans toutes les caméras connectées de la maison pour qu’elles ne filment pas en temps réel. Entre le déroulement des faits et les images qu’elles affichent, il y’a un décalage de deux heures. Elle se dit qu’elle a largement le temps de ratisser large sans se faire prendre en flagrant délit.

Elle refait dans sa tête une dernière rétrospection du plan de la maison du tatoué que Hazan lui a envoyé. Elle se souvient qu’il y’a une porte qui date de la guerre d’indépendance des États-Unis, une vraie relique à laquelle le tatoué n’a pas souhaité insérer un système de fermeture et de sécurité pour éviter de déprécier sa valeur et son authenticité. Elle compte passer par cette porte pour voir où cela la mènera.

Elle prend la précaution de couvrir la moitié de son visage avec un bandana et de se camoufler derrière des lunettes aviateur avant d’escalader sans difficulté le mur arrière de la maison. Elle atterrit avec souplesse dans le jardin éclairé par des spots encastrés dans le gazon. Elle se dirige droit vers la porte d’antiquité qui se situe au fond du jardin qu’elle pousse. La faible luminosité des spots du jardin éclaire des escaliers flottants en lévitation qui conduisent dans un sous-sol.

Elle sort une lampe frontale de son sac à dos qu’elle place autour de sa tête et descend l’escalier. À mesure qu’elle avance dans cet abîme noir béant comme une gueule de monstre, celui-ci se transforme en labyrinthe solitaire dans lequel elle est engluée et prise en otage. Elle s’y perd, tourne sur elle-même, pivote de gauche à droite, repart, semble revenir à son point de départ pour réfléchir à une stratégie. Pour éviter de réduire en poussières sa détermination obsessive, elle se dit que c’est un gigantesque parc d’attractions fait en carton-pâte.

Elle détecte au-dessus d’elle différents mouvements comparables à des allées et venues accompagnées de sons de voix étouffés et de klaxons. Elle pressent que ce labyrinthe est un bunker sur lequel Town Krikk a vu le jour, comme dans les scénarios des romans d’horreur qu’elle lit le soir avant de s’endormir.

Elle tourne en rond ainsi des heures complètement éreintée, désespérée et en proie à une psychose jusqu’à ce qu’une trappe où s’infiltre un clair-obscur se présente devant elle comme une bénédiction. Elle s’y faufile et s’échoue dans une grande pièce aux allures de laboratoire pharmaceutique où des essais cliniques sont pratiqués.

Elle tressaillit d’effroi quand ses yeux se posent sur des photos de jumelles blondes, de nains et d’albinos placardées le long des murs. Elle y reconnaît des jumelles qui occupent un appartement sur son palier. Ces mêmes sœurs jumelles assistaient à la conférence.

Elle avance jusqu’au large plan de travail qui occupe un pan complet du mur. Elle y découvre des blocs de cristaux. Son instinct la met en garde contre la dangerosité de ces blocs de cristaux. Elle ignore l’origine de la matière qui a été cristallisée pour donner un tel résultat. C’est alors que les paroles de Schulz affluent dans sa tête comme des fourmilles qui grouillent dans leur terrier : le PH04. Oui, c’est bien le PH04 qu’il a extrait des cerveaux de ses victimes qu’il a ensuite cristallisé. Elle fait le tour de ce labo infect aux macabres découvertes jusqu’à perdre la notion du temps. Jusqu’à être grippée par un abîme temporel.

Les échos de pas sourds et pressés qui résonnent dans ce labyrinthe l’arrachent de sa paralysie. Elle éteint sa lampe frontale et court se cacher entre une armoire en fer et un mur. L’étroite planque accueille son corps frêle dont les tremblements risquent de la trahir. Elle pensait qu’il rentrerait que le samedi après-midi comme d’habitude, mais visiblement Hanz Ozwalt a changé ses plans. Il y’a bien une raison qui l’a poussé à changer ses habitudes.

Il a peut-être senti qu’elle allait pénétrer chez lui. Elle se dit s’il la tue ici, personne ne retrouvera son corps. Au fond d’elle, une voix lui murmure qu’elle n’aura jamais ce destin, car elle se battra jusqu’au sang pour sauver sa peau. Cette voix, elle l’a souvent entendue, c’est son alter ego, c’est elle qui l’a toujours poussée à se surpasser. C’est aussi une voix qui se transforme en rage lorsqu’il est question de sa survie.

Elle entend la trappe s’ouvrir, puis sa respiration hachée comme s’il était à quelques centimètres d’elle.

Elle le regarde enlever ses vêtements jusqu’à se retrouver nu. Sa musculature est encore plus impressionnante que quand elle étudiait son langage corporel. Il s’injecte un produit sur son ventre, patiente quelques instants en attendant que le liquide fasse effet. Puis il s’empare d’un scalpel, s’ouvre le ventre et place les blocs de cristaux à l’intérieur de son abdomen. Elle plaque sa main contre sa bouche pour ne pas crier d’effroi. Ses jambes deviennent flasques et peinent à la soutenir.

Peu à peu, les tissus cicatriciels de son ventre se referment tout naturellement. La plaie disparaît à vue d’œil. Sa peau devient uniforme. Sa peau se régénère puis son aspect physique commence à décliner. Il se transforme en un liquide visqueux jusqu’à disparaître. Ce liquide qui s’est abondamment étalé sur le sol se reforme pour constituer une espèce qu’elle craint de nommer : un embryon. L’embryon se transforme en fœtus. Elle voit les membres du fœtus se développer : les bras qui poussent , le cerveau qui se forme, le sexe qui prend forme. Puis le fœtus se transforme en bébé : un être vivant et viable. Le bébé devient un petit garçon nu avec des yeux de démon. Le petit garçon se métamorphose en vieillard édenté avec un corps désarticulé et le dos voûté. De ce corps de vieillard boucané sans vie enveloppé dans une peau flasque et fripée sort un adolescent qui devient un adulte nu. Ce n’est plus le professeur Ozwalt tel qu’elle l’avait connu, mais une autre personne qu’elle n’avait jamais vue auparavant à Town Krikk.

Ses membres liquéfiés en compote l’empêchent de dégainer son automatique pour canarder l’espèce qui se tient en face de sa cachette. Elle le regarde remettre ses vêtements, faire disparaître toute sa tanière infecte puis s’évapore. Elle est à la fois sonnée, choquée et impuissante. Elle est incapable de réagir tellement ce qu’elle avait assisté est innommable.

Elle s’écroule à terre. Elle voudrait appeler le bureau du shérif de Killer Town pour leur informer sur l’identité de l’assassin des nains, mais elle n’y arrive pas. Elle est prise de convulsions comme si elle avait ingéré ce produit par voie respiratoire. Tout son corps l’a abandonnée. Elle ne ressent que de violentes secousses qui la traversent pendant des minutes qui s’apparentent à une éternité. Elle se voit sur la chaise électrique. Les saveurs du dernier repas qu’elle a mangé avant son exécution envahissent sa bouche. Elle vit une descente vers la folie. Les secousses sont tellement violentes qu’elle pleure du sang, de la morve, du vomi, de douleur. Elle a l’impression qu’on lui dissèque ses entrailles. Elle roule par terre, se tient la tête en invoquant son enfance malheureuse.

Elle est en plein délire de psychose, elle perd la tête. Elle invoque Sienna Brando, sa mère en se rappelant la douleur mortifère dans ses pupilles quand le fer à lisser l’a cramée. Elle ressent la même souffrance qui a meurtri la chair blanche de sa mère. Celle-ci lui apparaît en se moquant d’elle en lui disant que c’est le karma, le retour punitif des choses. Puis elle voit Binky au paradis des enfants qui rit d’elle. Qui la traite de dégonflée, de foireuse pour ne pas l’avoir tiré des griffes de Sienna Brando !

Elle perd la boule, se tord de démence et d’agonie. Il faut qu’elle se tire. Une fois que les spasmes épileptiques se sont relativement estompés, elle traine son corps jusqu’au plan de travail, s’agrippe sur le rebord et réussit à se relever. Elle s’empare d’un tableau que le professeur a oublié de prendre avec lui. Sur ce tableau figurent des jumelles et des nains dans un enclos pour bétail à Auschwitz. Elle a compris que le tatoué est un apprenti fanatique de Josef Mengele et un vampire de jouvence.

Elle réussit à trainer sa carcasse dehors en calant le vieux cadre sous son bras meurtri et en invoquant ses visions démoniaques. Il faut qu’elle quitte Town Krikk au plus vite. Elle ne restera pas une seule nuit dans cette ville. Ce qu’elle a vu la pourchassera pour le restant de son existence. Elle va prendre un nouveau départ. Elle refoulera cette horreur dans son inconscient, le tombeau de ses traumatismes et de ses actes inavoués. C’est cela qu’elle a toujours fait pour avancer. Ça a bien fonctionné pour Binky. Pourquoi pas cette fois-ci ?

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