Jungle Rule: Les Chroniques de H.Kubrick (French Edition)
Dès que le rideau de fer se…
Freedom Hosting
Dès que le rideau de fer se lève, les camés affiliés au Freedom Hosting, le centre antidouleur où elle bosse se hâtent de rentrer pour être inscrits dans leur base de données. Elle est chargée de faire ce sale petit boulot ingrat et sans plan pour l’avenir. Ce travail alimentaire lui permet de rester un humain digne du Nouveau Monde. Il faut bien qu’un raté s’occupe de ces déchets humains pour que l’élite capitaliste parasitaire qui finance ce centre puisse bien dormir la nuit l’esprit tranquille. Un acte de contrition auquel l’élite se plie pour se sentir moins coupable. Dans ce lieu macabre, elle est Gretchen. Tous les matins quand elle arrive au centre, elle s’identifie à un hamster dans sa roue, à jamais condamnée à croiser les mêmes têtes et à reproduire les mêmes gestes.
Au fil du temps, elle a découvert que les deux associés qui ont créé ce centre sont des mafieux sous couvert d’un faux projet pour venir en aide aux malades. Ils leur donnent plus de doses de codéine pour les rendre accros à ses opiacés et donc gagner plus de fric sur le dos de l’élite. Les soignants qui exercent dans le centre sont complices à ce trafic. Récemment, un nombre considérable de jeunes vivant dans le caniveau ont fait des overdoses à la codéine. Elle a fait le choix de fermer les yeux et de passer inaperçue dans ce trou à ras pour assurer sa survie.
Quand elle relève sa tête de l’ordinateur où elle est en train d’inscrire une dopée, une succession d’images répugnantes qui défilent sur l’écran télé la fait tressaillir de dégout. Portée par une seule conviction et un ultime but, elle abandonne sa tâche et quitte son siège sans réfléchir.
— Hé, ho, connasse, qu’est ce que tu fous ? Gueule la junkie d’un ton agressif, prête à lui sauter à la gorge. Ses pupilles injectées de sang et ses membres qui oscillent lui signifient qu’il est en manque de codéine depuis des jours. Elle s’en tape royalement du degré de manque de ce déchet humain, car tout ce dont elle est lucide c’est qu’il faut qu’elle mette fin à ce qu’elle vient de voir à la télé.
Elle s’était promis de ne plus le recontacter ni lui demander un service, mais l’heure est grave. Il y a des vies à sauver parce qu’elle est la seule qui connait l’auteur de cette boucherie. Elle compose un code sur son téléphone à clapet débridé. Lorsqu’elle entend la voix grave de l’autre, elle se dit que c’est le moment de tout déballer, de crever l’abcès.
— Trouve-moi une nouvelle identité et un nouveau passeport.
— Pourquoi je ferais cela ? objecte-t-il méchamment pour lui faire payer son silence depuis sa fugue de Town Krikk.
— Ozwalt a encore frappé.
— Où ?
— À Paris, cette fois-ci, ce sont des albinos. Leurs corps ont été entassés au milieu des Champs-Élysées.
Aucun commentaire, silence de mort. Elle aurait aimé qu’il dise n’importe quoi, même une banalité, mais il ne lui fera pas ce cadeau. Il s’est passé tellement de choses depuis sa fuite de Town Krikk. Elle hésite sur la tactique à adopter pour se montrer conciliante, mais ce n’est pas dans sa nature de quémander de l’aide.
— Écoute, je sais que je t’ai ignoré depuis que j’ai déserté Town Krikk et je doute fort que je t’aie manquée, mais là il s’agit d’une urgence.
Un vide tyrannique aux notes spectrales lui répond haché par sa respiration animale comme s’il était à la fois excité d’entendre sa voix et soulagé de la savoir en vie. Elle lève les yeux au ciel totalement sidérée par le silence punitif qu’il lui inflige, toutefois elle ne se laisse pas abattre.
— Il ne s’agit pas que des albinos. Des corps en état de putréfaction de deux influenceuses françaises les plus suivies sur Instagram ont été retrouvés dans une cave. Une semaine plus tôt, elles avaient fait la promo d’une gamme de produits contenant du PH04 sur leurs comptes respectifs en partenariats rémunérés avec Fancy Therapy, une clinique esthétique dans laquelle elles avaient séjourné.
— Les meurtres de ces deux Françaises n’ont rien à voir avec Ozwalt. Elles ont été tuées pour avoir fait la promo du PH04. L’auteur de ces deux meurtres s’appelle Trevor Cavendish, un ancien commando du corps des marines.
— Comment le sais-tu ? Tu as des contacts dans la police française ?
— Il les a charcutées en direct sur le dark web. Des spectateurs ont payé pour regarder ce psychopathe se défouler sur ces deux nanas.
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