La Légende des sexes: Poëmes hystériques
Envoi
E N V O I
A Gaston Béthune
rère, le plus aimé de mes plus chers amis, Esprit vibrant et souple où la nature a mis Des grandeurs de poëte et des douceurs de femme;
Toi qui me consolais dans mes jours de rancœur; Qui réchauffais mon âme aux chaleurs de ton âme Quand le dégoût d’être homme humiliait mon cœur;
Toi qui lis dans ma vie, et qui sauras peut-être Le lourd secret que nul ne doit jamais connaître Et qui me fait pleurer, le soir, comme un enfant:
En souvenir de moi, je te donne ce livre
Où mon rut exalté se dresse, triomphant;
Ceux qui passeront là pourront m’entendre vivre.
J’ai tiré les rideaux de mon lit, grands ouverts; Je n’ai honte de rien, et je crie à pleins vers Quand l’amour bienfaisant descend sur ma torture.
Plus corrompu que nous, le siècle n’aime pas Qu’on se souvienne d’être un fils de la nature, Et qu’on dise tout haut ce qu’il pense tout bas;
Il veut qu’on soit poncif et qu’on chante les roses, Les bois, les vingt printemps et les hivers moroses; Il faut rougir d’être homme et renier sa chair.
Ah, qui nous rendra l’âge où la grâce était nue? L’âpre splendeur du vrai rendait le beau plus cher, Et la pudeur dormait, hérésie inconnue;
Tous les bonheurs humains s’appelaient par leur nom, Et nul n’aurait osé trouver leur culte immonde... —«Tu vas châtrer ton art, et mentir»—Eh bien, non!
Le monde en rugira: nous méprisons le monde!
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Edmond Haraucourt
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