La Légende des sexes: Poëmes hystériques
Je veux cueillir la fleur de ta…
A UNE VIERGE
Je veux cueillir la fleur de ta virginité, Savourer à longs traits les sucs de son calice: Comme le frelon ivre et lourd d’avoir fêté Les corolles, je veux que ma lèvre pâlisse A boire tes mortels parfums de volupté.
Fais chanter ton baiser: c’est le roi des poèmes.
J’apporte l’Infini que ton rêve a cherché: C’est moi qui t’ouvrirai le Ciel, puisque tu m’aimes, Et tu la connaîtras, l’extase du péché Qui fait les cœurs pâmés et qui fait les fronts blêmes!
C’est la fin, c’est le but sacré de tous nos vœux; C’est le levier du monde et le ressort de l’âme; C’est la Force qui crée et fait dire: «Je veux!»
C’est le sceptre que Dieu mit aux mains de la femme, Et la couronne d’or qui luit dans ses cheveux.
C’est elle qui me fait ta chose et ton esclave, Courbe à tes pieds mon col et mes genoux brisés, Et fait bouillir mon sang comme un torrent de lave.
Mère des Univers et fille des Baisers, Elle ne souille pas, la divine: elle lave!
Car c’est l’amour qui rend meilleur. Et rien n’est vrai Hormis la volupté qui te créa si belle, Qui me versa le vin dont je t’enivrerai, Qui fit ta lèvre rose et noire ta prunelle, Qui fit que je t’adore et que j’en ai pleuré.
Viens au ciel, Ange, viens au ciel! Tu veux; j’implore: Silence à ton orgueil! Viens, et quand tu sauras Quel est ce paradis que ta jeunesse ignore, Tes désirs suppliants me prendront dans leurs bras Pour me baiser la bouche et murmurer: «Encore!»
_AUX INTERNES DE LOURCINE,
PRÊTRES DU TEMPLE DE DÉESSE VÉROLE, JE DÉDIE CES HIDEUX TERCETS, ÉCRITS EN LEUR HONNEUR._
PORTES D’ENFER
… O horror, horror, horror! Tongue nor heart Cannot conceive nor name thee!
(SHAKESPEARE, Macbeth, Acte II, Scène I.) Or, j’étais descendu par les routes de Dante, Et j’entendais au loin le cri sourd des démons Qui tournent les damnés dans la fournaise ardente.
Et j’allais….. Et j’allais, escaladant les monts, Traversant les forêts, et longeant sur les plages Les lacs lourds, qui dormaient dans l’algue et les limons.
Seul, j’allais, sous le ciel tout saignant des nuages, Dans la lumière fauve et louche du couchant.
Et j’allais… Je marchai bien longtemps, bien des âges.
Ainsi je vins, au seuil qu’habite le Méchant, Vers les replis squameux des cols Syphilitiques: Là, mon être en frayeur s’arrêta, trébuchant.
Deux chaînons colossaux de montagnes antiques S’étalaient, convergeant en un point de la nuit, Comme un écartement de cuisses fantastiques.
Effroyablement nus et froids, sans fleur, sans fruit, Ces monts cyclopéens étaient de marbre rose, Et leurs formes avaient la rondeur qui séduit.
Leur angle obtus s’ouvrait, lascif, dans une pose D’attente féminine; et loin dans le lointain, Le méat infernal bâillait, fente mal close…
—Jour de Dieu! J’en ai vu, le soir ou le matin, J’en ai touché du doigt, des cons et des matrices Éprouvés et meurtris par les coups du destin; J’ai vu des périnés marqués de cicatrices, Et j’ai vu, distendu par les efforts du temps, Le sourire plissé des lèvres de nourrices, J’ai vu culs bourgeonneux comme vigne au printemps; J’ai vu, laids et railleurs dans leur barbe de Faune, Sur de vieux clitoris des capuchons flottants; Et des canaux ocreux coulant comme le Rhône; Et des lèvres de femme usée au braquemart, Dont chaque pli pendait, rouge, bleu, noir ou jaune.
Cons pourris de Lourcine, et cons morts de Clamart, Je vous ai vus, baignés d’un jus multicolore, Nager, flasques, dans une odeur de vieux homard.
Mais j’en jure Duval, Inès et veuve Laure, Je n’avais jamais vu si terrible hideur, Et rien qu’au souvenir mes mains tremblent encore!…
—Un vaste Hymalaïa, fendu par l’impudeur, Entr’ouvrait sur la nuit deux lèvres titanesques Dont des rides sans fond sillonnaient la raideur.
L’usnée avait plaqué ses vertes arabesques; Et l’eau, lourde de soufre et de fer, suintait, Peignant sur les rocs bruns de grands chancres en fresques.
En bas, un lac gluant de flueurs clapotait, Et noirâtre, il luisait dans ses grèves d’écume, Miroir géant, que la pourriture argentait.
Un vent soufflait, chargé de naphte et de bitume: Sa puanteur avait de telles densités Qu’on la voyait passer dans l’air, comme une brume.
Et tout en haut, perdu dans les obscurités, Sur le mont de Vénus, un bois d’arbres farouches Tordait ses troncs noueux sous les cieux empestés.
Par centaines, velus et roulant leurs yeux louches, Des poux rôdeurs, plus hauts que de vieux éléphants, Rampaient, collant au sol les suçoirs de leurs bouches.
—Or, Satan, père et dieu des Chancres triomphants, A gravé sur le seuil le grand vers de Florence Qui fait devant la Vulve hésiter les enfants: Vous qui pénétrez là laissez toute espérance.