La Légende des sexes: Poëmes hystériques

Edmond Haraucourt · Chapitre 26 sur 50

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La Légende des sexes: Poëmes hystériques

Section 27

LA JEUNE

 

SONNET

 

A Charles Buet

 

J’ai rêvé d’une vierge impeccable, aux yeux froids, Qui, d’un bond, émergeant des moiteurs de sa couche, Vient accrocher le poids de son corps à ma bouche Et pointe sur mon cœur le roc de ses seins droits.

 

Longtemps, pieuse et chaste, elle a porté la croix De l’orgueil vertueux que nul désir ne touche; Mais voilà que le rut s’est éveillé, farouche, Et la chair en révolte a réclamé ses droits…

 

Elle plaque à ma peau la peau d’un ventre ferme, Et furieusement crispée, elle m’enferme Dans l’effort ingénu de sa lubricité.

 

Ses canines d’enfant mordent ma chair de mâle…

A moi, toute! Et la fleur de sa nubilité, Pourpre, s’épanouit sous l’onde baptismale.

 

L’OBSESSION

 

A Charles Morice.

 

O vase de volupté,

Je t’aime, Femme, Beauté!

Je suis un Faune hanté

Par la luxure:

Brute vouée au plaisir,

Chair condamnée à gésir

Sous la meule du désir

Qui me pressure.

 

Un rut fou tient mon destin:

Mais j’adore le festin

Que du soir jusqu’au matin

Mon sang arrose;