La maison blanche

Léon Werth · Annexe

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La maison blanche

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LÉON WERTH

LA MAISON BLANCHE

Préface d’OCTAVE MIRBEAU

PARIS BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR 11, RUE DE GRENELLE, 11

 

1913

 

Tous droits réservés.

 

IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE:

5 exemplaires numérotés sur papier de Hollande.

 

E. GREVIN—IMPRIMERIE DE LAGNY

 

PRÉFACE

 

Léon Werth… celui-là, je n’ai pas à le prendre par la main et à le présenter comme on présente une jeune fille qui débute dans le monde.

La Maison Blanche est son premier livre. Mais Léon Werth s’est depuis longtemps présenté lui-même.

Il a parlé des peintres que nous aimons… il a parlé des peintres que nous n’aimons pas… et son intelligence est si claire qu’elle lança comme une projection de lumière sur les hommes et sur les œuvres. Pourrions-nous désormais oublier le mouvement de sa phrase, la sonorité et l’accent de sa voix?

Son œuvre, aujourd’hui, se mesure à la puissance de haine et à l’ardeur d’enthousiasme qu’il a su provoquer.

Il sait ma tendresse fraternelle. Avec la ferveur qui fait étreindre un compagnon très cher la veille d’un premier départ, je voudrais dire seulement quelle envie, quelle joie de vivre il a su me donner.

A l’époque où je rencontrais encore ce ministre qui me fait regretter de n’être pas gendarme, cette grande dame qui me fait regretter de n’être pas gavroche, cet écrivain qui me fait regretter d’avoir essayé d’écrire, j’apercevais parfois devant la gare Saint-Lazare un trimardeur qui, las du chantier où le travail est toujours le même, contemplait avec toute l’ardeur d’une inlassable espérance un paquebot à cheminée rouge qui fumait sur une affiche bleue.

Léon Werth, non plus, n’aime pas les chantiers, il s’évade toujours avant que le contremaître ait sorti sa montre et son sifflet et son carnet de paye. Il s’embête avec vous et s’en va en voyage; je pars souvent avec lui. Il n’a pas besoin d’aller loin pour s’enrichir et pour nous enrichir. Il ne joue pas de la dolente musique des ailleurs et des autrefois, il n’est pas le poète qu’aiment les fruitières de rêve et les crémières neurasthéniques, il est violemment, il est brutalement un pauvre homme d’aujourd’hui…

Une de ses dernières étapes fut une chambre d’hôpital, où la maladie l’avait conduit. Ce voyage, avec quel accent il nous le conte!… Nous savons maintenant quels autres livres nous pouvons attendre: fermes, rudes, riches et généreux.

Avec ses yeux doux et féroces, Léon Werth est un fauve. Il a besoin d’agir, il a du sang et de la race. Pour le tenir en cage, il vous faudrait d’abord l’attirer avec une belle proie, mais il ne flaire pas vos cadavres, il ne saute pas comme une grenouille sur le ruban rouge, ni comme un brochet sur une cuiller d’argent. Il saute par-dessus les pièges parce qu’il a des jarrets de fauves comme il a des yeux et des dents de fauves.

On serait intimidé parfois si, brusquement, on ne découvrait sur l’échine cambrée ce petit frisson multiplié qui trahit sa sensibilité. Car il est tendre au repos lorsqu’on ne le regarde pas en dessous pour lui offrir du sucre.

Il est tendre et sa tendresse est d’une qualité que nous ne connaissons plus, puisque nous ne connaissons que des animaux domestiques. Elle est discrète, et il faut être seul avec Léon Werth, en voyage, pour en sentir la chaleur et la grave douceur.

En voyage? Oui… voyage dans une chambre de la Maison Blanche, voyage de découvertes dans la vie.

OCTAVE MIRBEAU.