La négresse blonde / Cinquième hypostase, avec soixante-quinze Tatouages de Lucien Métivet
PSEUDO-SONNET que les amateurs de plaisanterie facile proclameront le plus beau du recueil
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PSEUDO-SONNET
que les amateurs de plaisanterie facile proclameront le plus beau du recueil
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Nemo (Nihil, cap. 00).
31 février 53490.
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LA SINGESSE
LA SINGESSE
I cannot conceive you to be human creatures
but a sort of species hardly a degree above
a monkey, who has more diverting tricks than any of you, and is an animal less mischievous and expensive.
S (Letter to a very young lady).
Donc voici! Moi, poète, en ma haute sagesse
Respuant l’Ève à qui le Père succomba,
J’ai choisi pour l’aimer une jeune singesse
Au pays noir dans la forêt de Mayummba.
Fille des mandrills verts, ô guenuche d’Afrique, Je te proclame ici la reine et la Vénus
Quadrumane, et je bous d’une ardeur hystérique Pour les callosités qui bordent ton anus.
J’aime ton cul pelé, tes rides, tes bajoues
Et je proclamerai devant maintes et maints,
Devant M. Reyer, mordieu, que tu ne joues
Oncques du piano malgré tes quatre mains;
Et comme Salomon pour l’enfant sémitique,
La perle d’Issachar offerte au bien-aimé,
J’entonnerai pour toi l’enamouré cantique,
O ma tour de David, ô mon jardin fermé...
C’était dans la forêt vierge sous les tropiques
Où s’ouvre en éventail le palmier chamœrops; Dans le soir alangui d’effluves priapiques
Stridait, rauque, le cri des nyctalomerops:
L’h li i ù ll i f
L’heure glissait, nocturne, où gazelles, girafes,
Couaggas, éléphants, zèbres, zébus, springbocks[I] Vont boire aux zihouas sans verres ni carafes, Laissant l’homme pervers s’intoxiquer de bocks;
Sous les cactus en feu tout droits comme des cierges Des lianes rampaient (nullement de Pougy);
Autant que la forêt, ma Singesse était vierge;
De son sang virginal l’humus était rougi.
Le premier, j’écartai ses lèvres de pucelle
En un rut triomphal, oublieux de Malthus,
Et des parfums salés montaient de son aisselle Et des parfums pleuvaient des larysacanthus;
Elle se redressa, fière de sa blessure,
A demi souriante et confuse à demi;
Le rugissement fou de notre jouissure
Arrachait au repos le chacal endormi.
Sept fois je la repris, lascive: son œil jaune
Clignotait, langoureux, tour à tour, et mutin;
La Dryade amoureuse aux bras du jeune Faune A moins d’amour en fleurs et d’esprit libertin!
Toi, Fille des humains, triste poupée humaine Au ventre plein de son, tondeuse de Samson,
Dalila, Bovary, Marneffe ou Célimène,
Contemple mon épouse et retiens sa leçon;
Mon épouse est loyale et très chaste et soumise Et j’adore la voir, aux matins ingénus,
Le cœur sans artifice et le corps sans chemise, Au soleil tropical, montrer ses charmes nus;
Elle sait me choisir ignames et goyaves;
Lorsque nous cheminons par les sentiers étroits, Ses mains aux doigts velus écartent les agaves, Tel un page attentif marchant devant les rois
Tel un page attentif marchant devant les rois,
Puis, dans ma chevelure, oublieuse du peigne, Avec précaution elle cherche les poux,
Satisfaite, pourvu que d’un sourire daigne
La payer une fois, le Seigneur et l’Epoux.
Si quelque souvenir de soûleur morte amasse
Des rides sur mon front que l’ennui foudroya, Pour divertir son maître elle fait la grimace,
Grotesque et fantastique à délecter Goya!
Un étrange rictus tord sa narine bleue,
Elle se gratte d’un geste obscène et joli
La fesse, puis s’accroche aux branches par la queue En bondissant, Foottit, Littl-Tich, Hanlon-Lee!
Mais soudain la voilà très grave! Sa mimique Me dicte et je sais lire en ses regards profonds Des vocables muets au sens métaphysique,
Je comprends son langage et nous philosophons.
Elle croit en un Dieu par qui le soleil brille,
Qui créa l’univers pour le bon chimpanzé
Puis dont le Fils Unique, un jour s’est fait gorille Pour ravir le pécheur à l’enfer embrasé!
Simiesque Javeh de la forêt immense,
O Zeus omnipotent de l’Animalité,
Fais germer en ses flancs et croître ma semence, Ouvre son utérus à la maternité.
Car je veux voir, issus de sa vulve féconde,
Nos enfants libérés d’atavismes humains
Aux obroontchoas, que la serpe n’émonde
Jamais, en grimaçant grimper à quatre mains!...
Et dans l’espoir sacré d’une progéniture
Sans lois, sans préjugés, sans rêves décevants, N ff à l d
Nous offrons notre amour à la grande nature,
Fiers comme les palmiers, libres comme les vents!!!
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PETITES ÉLÉGIES FALOTES
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SARDINES A L’HUILE
Sardines à l’huile fine sans têtes et sans
arêtes.
(Réclame des Sardiniers, passim).
Dans leur cercueil de fer blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareils aux guillotinés
là-bas au champ des navets!
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentées,
la Mer du Nord enchantée...
Maintenant dans le fer blanc
et l’huile au puant relent,
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients!—
Mais loin derrière la nue
leur pauvre âmette ingénue
dit sa muette chanson
au Paradis-des-poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où, durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans et les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons!...—
sans voix, sans mains, sans genoux, [J] Sardines, priez pour nous!...
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