La négresse blonde / Cinquième hypostase, avec soixante-quinze Tatouages de Lucien Métivet

Le Vieux Saint

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LE VIEUX SAINT

 

Non ei species neque decor.

T .

 

Dans notre église autrefois,

il était un saint de bois:

l’air bonasse et vénérable,

taillé dans un tronc d’érable,

à coups de hache, il avait

écouté plus d’un ave montant vers lui du pavé;

tout vermoulu, tout cassé,

le Bon Dieu le connaissait

bien et toujours l’exauçait.—

A vêpres quand s’allumaient

les cierges qui tremblottaient,

un peu gourmand, il humait

le bon encens qui fumait

dans l’encensoir parfumé;

sur toute chose il aimait

aux beaux soirs du mois de Mai

les belles roses de Mai

devant l’autel embaumé;

et quand Noël ramenait

les petits bergers frisés,

soëf, il amignottait

Jésus, le doux nouveau-né.

Puis dans l’église fermée

où les vitraux s’éteignaient,

lentement il s’endormait

priant, pour nos trépassés,

le Bon Dieu qui l’exauçait!

le Bon Dieu qui l exauçait!

Mais de Paris est venu,

hideux comme un parvenu,

tout neuf et peinturluré

un saint de plâtre doré,

un affreux saint qu’ils ont mis

dans la niche où tu dormis,

ô vieux saint, mon vieil ami,

et les sans-cœur ont brûlé

en disant: Il est trop laid!

ton pauvre corps d’exilé.

Mais, vieux saint je te promets

que je ne prierai jamais

l’intrus, mais toujours à toi

s’en iront mes vœux, à toi,

père, qui subis deux fois

(saint de chair et saint de bois)

le martyre pour la foi,

et quand je mourrai, c’est toi

qui porteras dans les cieux

mon âme aux pieds du Bon Dieu...

mission de confiance, je l’ose dire.

 

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