La passagère

G. Chantepleure · Chapitre 24 sur 31

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La passagère

Chapitre II

— Mon pauvre ami, n'est-ce pas vous qui aimez?

— Moi!

Les lèvres de Kerjean se serrèrent un peu.

— Non, je n'aime pas Phyllis… au moins comme vous l'entendez. Peut-être ai-je, pendant trop de jours, vécu, respiré près d'elle… dans un solitude trop évocatrice… En vérité, je crois qu'un saint même y eut un peu perdu la tête… Mais mon affection, très profonde, pour la chère petite amie, n'est pas de l'amour… Ma tâche fraternelle est finie… Vous veillerez sur Phyllis… Plus tard, elle aimera, elle se mariera… J'aurai conscience d'avoir fait pour ma petite Phyl tout le possible…

 

II

 

Trois semaines étaient déjà finies, et Phyllis n'avait pas fait de confidences à Jacqueline

Tous les deux ou trois jours, Phyllis recevait de Guillaume une carte ou une lettre assez brève à laquelle elle répondait fidèlement.

Quand lettre ou carte manquait à la date prévue, elle avouait: "J'ai toujours peur qu'il ne fasse une imprudence…"

— Qu'en pensez-vous qu'il revienne, Jacqueline? Je m'ennuie de lui…

Et puis, nous reprendrions notre bonne vie d'autrefois!…

Un jour, comme, en toute innocence, Jacqueline lui signalait, dans un journal quotidien, une jolie nouvelle de Fabrice de Mauve, Phyllis s'écria:

— Vous savez, Jacqueline, il y a très longtemps, quand j'étais jeune,

Fabrice de Mauve m'a fait la cour… et je l'ai aimé!

— Non, je ne savais pas…

— J'avais, dans mon deuil cruel, un tel besoin de protection, de tendresse… Il s'est retiré… Ce fut atroce!… Et cependant j'aimerais mieux mourir maintenant que d'être la femme de Fabrice de Mauve.

— Parce que vous l'avez jugé…

— Parce que je l'ai jugé, oui… et parce que je ne l'aime plus… Comme le coeur change!

— Pas toujours, fit doucement Jacqueline.

— Avant de connaître M. de mauve, j'avais un grand désir d'aimer… Mes yeux et mon coeur cherchaient vaguement leur héros… Et M. de Mauve est venu… Alors, j'ai cru que je l'aimais… J'ai aimé en lui un être que mon imagination avait, de toutes pièces, créé et auquel elle prêtait ces traits séduisants, cette grâce aristocratique, ce talent de poète… Mais ce n'était pas lui que j'aimais… J'étais une petite fille en ce temps-là, Guillaume avait raison. Je ne comprenais pas… Il y a beaucoup de choses que j'ai comprises depuis…