La passagère

G. Chantepleure · Chapitre 8 sur 31

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La passagère

Chapitre VIII

Kerjean revoyait Phyllis, mince, souple, harmonieuse, des roses à la main, la magnificence de ses cheveux blonds, l'éblouissante pureté de son teint rose. C'était bien une jeune fille dans tout l'innocence en même temps que dans toute la grâce de sa délicieuse juvénilité… Mais qui donc garderait une pareille institutrice?

Pour la centième fois, il se demandait: "Que puis-je faire? Si j'avais un ami dans la gêne, je lui dirais: "Venez chez moi…" mais une femme, une jeune fille… que puis-je faire?"

 

VIII

 

"Paris, 39 bis rue des Vignes, 3 octobre.

"Mon cher Kerjean, me voici chez Mme Chardon-Pluche, remplissant depuis dix jours mes fonctions de demoiselle de compagnie et de promeneuse.

"Mme Chardon-Pluche vient seulement de s'installer à Paris, où il était à l'avance entendu que tout serait très neuf, très parisien et très moderne — lisez: "vaguement anglais et d'un horrible modern style". On a l'impression d'y être à l'hôtel. Souvent je rêve, mélancolique, à ma vénérable Peuplière ou à votre beau salon ancien de la rue Boursault.

"Mme Chardon-Pluche n'est ni élégante ni distinguée. Marcelle a vingt-quatre ans, Edmée vingt-deux. Voue leur en donneriez aisément vingt-huit ou trente. Je crains toujours, quand nous sortons ensemble, qu'on ne me prenne pour une jeune fille très mal élevée, qui a besoin deux gouvernantes.