La Puce de Mme Desroches

Catherine Fredonnoit, dame Des Roches · Chapitre 5 sur 7

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La Puce de Mme Desroches

Response au Sonnet Precedent

FAITE SUR LE CHAMP.

 

_Comme la lumiere brillante

Du soleil, ornement des Cieux,

Nous rend toute couleur plaisante, Eclairant promptement nos yeux,_

 

_Si bien que cette splendeur vive, Penetrant doucement un œil,

Fait que l’objet qui luy arrive

Luy resemble un autre Soleil,_

 

_Ainsi vostre ame sage et belle,

Ayant tourné long temps vers soy

Pour voir sa beauté immortelle,

La pense voir encore en moy._

 

_Mais des graces et vertus rares

Qui vous font admirer de tous,

Les dieux m’en ont esté avares

Pour les prodiguer dedans vous._

 

C. DES ROCHES.

 

[Ornement]

 

[Ornement]

 

LA PUCE DE MACEFER.

 

PUCE _qui as entamé

D’un petit bec affamé

Le teton de ma Charite,

Pour y puiser la liqueur

Nourrice du petit cœur

Qui ton petit corps agite,_

 

_Du sang que tu y as pris

Sont animez les espris

Qui donnent vie à Madame;

Du sang que tu as sucçé

Ores dans ton corps mussé

Tu t’es composée vne ame._

 

_Promethe vola le feu

Qui anima peu à peu

Le corps de l’homme de terre:

Du sang que tu as osé

Derober est composé

L’esprit que ton corps enserre._

 

_Mais un vautour ravissant

Va tous les jours punissant

Le larcin du vieil Promethe:

Tu veux par un tel forfait

Que de ton corps il soit fait

Une huitiesme Planete._

 

_Di moy, qui eust peu penser

Qu’on voulut recompenser

D’un loyer si honorable

Le larcin qui, odieux

Et aux hommes et aux Dieux,

Leur a semblé punissable?_

 

_Entre le nombre infini

Des hommes qui ont puni

Une si cruelle offense,

Un Lycurge s’est trouvé

Qui ce vice a approuvé,

Et l’a passé en souffrance._

 

_Qu’il n’appelle cette fois

Le Dieu autheur de ses loix

Fauteur de sa volerie,

Qui hait encor, ce dit-on,

Cet ingenieux larron

Qui vola sa bergerie._

 

_Et bien, si tu veux user,

Pour ton vol authoriser,

De la regle Laconique,

Puce, au moins contente toy

De ce que la douce loy

Ne punit ton fait inique._

 

_Et ne crois que dans les cieux

D’un courage ambitieux

Ores ton petit cors saute:

Car le celeste pourpris

Ne peut estre juste pris

D’une si injuste faute._

 

_Tu peux bien, pour t’excuser

De ce tien vol, accuser

Ceste marastre nature

Qui veut qu’un sang rougissant,

Lequel tu vas ravissant,

Soit ta seule nourriture._

 

_Nature, qui t’a donné

Ton estre, a bien ordonné

Que tu vivrais de rapine:

Mais, pour punir ton peché,

Ell’ veut qu’un ongle fasché

Creve ta foible poitrine._

 

_L’effort de ton petit saut

Ne te peut guinder si haut

Comme lon te fait accroire,

Ni des beaux vers le monceau

Qu’apprend ce docte troupeau

Au temple de la Memoire._

 

_Que si tu veux emprunter

Des aisles pour y monter,

Je crains que la cire en fonde,

Et que, cherchant un bon heur,

En desastre et en malheur

Icare tu ne seconde._

 

SONNET DU MESME.

 

Archer ingenieux qui, par moyens rusez Avez en tant de lieux percé mon cœur fragile, Qui frappez seurement de la flesche subtile Aussi tost que de l’œil le but où vous visez,

 

Faites, je vous supply, et si bien m’instruisez, Que je puisse percer, par une adresse habile, Ce Rocher endurcy, ce rocher qui à mile Aprentis de voz ars a mille traits brisez.

 

J’ay tant de fois voulu à ce Roc faire breche, Tant de fois decoché de mon arc une fleche, Et tant de fois j’ay veu ma fleche reboucher.

 

Faudroit-il, je vous pri, pour luy donner entrée, Qu’elle eut la pointe humide en lieu d’estre acerée, Veu que la goute d’eau entame le Rocher?

 

[Ornement]

 

LA PUCE DE RAOUL CAILLER.

 

POITEVIN.

 

BIEN _que plusieurs doctes espris

T’ayent vanté en leurs escris,

Loüans ta vie tant heureuse,

On n’a point encor toutesfois

Chanté comme tu meritois

Ce qui te rend plus merveilleuse._

 

_Puce, je te veux donc chanter,

Puce, je te veux donc vanter,

Si je puis, selon ton merite;

Puis te donray, t’ayant chanté,

A celle qui a merité

Une loüange non petite._

 

_Mais, Puce, pour te bien vanter,

Mais, Puce, pour te bien chanter,

Il faut entendre ta naissance:

C’est la corde qu’il faut sonner

Auparavant que d’entonner

Tes mignardises on commence._

 

_Ceux là qui te veulent blasmer,

Ceux qui te veulent diffamer,

Reprochent que tu prens naissance

D’un puant et sale sujet,

Et que tel est souvent l’effect

Que la cause qui le devance._

 

_Mais ce n’est parler contre toy,

C’est reprendre l’ordre et la loy

Et le reglement de ce monde:

Tout ce qui prend commencement

S’engendre par corrompement,

En l’air, en la terre et en l’onde._

 

_Si tousjours demeuroient entiers

Du monde les corps semanciers,

Tout cherroit en un piteux estre:

Mais de leur putrefaction

Ressort la generation

De toutes choses qu’on fait naistre._

 

_Dieu veut que d’un corps le tombeau D’un autre corps soit le berceau.

Telle est ça bas sa pourvoyance:

Ces loix à nature il donna,

Quand de ses doits il ordonna

Les Cieux et leur nombreus dance._

 

_Aussi tout ce grand univers,

Ce beau bastiment tant divers,

Est sorti du goufreux desordre

Du chaos en soy mutiné,

Et dedans le rien d’un rien né,

Sans pois, sans mesure et sans ordre._

 

_Le petit monde, qui comprend

Toutes les parties du grand,

De qui prend-il son origine?

D’un excrement surabondant

Petit à petit s’amassant,

Semblable à l’escume marine._

 

_Il ne te faut doncques blâmer,

Il ne faut pas te diffamer,

Ores que tu sois engendrée

De quelques sales excremens:

Petis sont les commencemens

De l’œuvre bien elabourée._

 

_Mais plustost loüer je te veux,

Et l’on devroit estre envieux

De ta naissance si soudaine,

Veu que les autres animaux,

Presageant leurs futurs travaux,

Naissent avecques si grand peine._

 

_De peur que par un mouvement

En un si long retardement

Leur matiere soit difformée,

Dans le ventre d’un vaisseau neuf

Ou dans la coquille d’un œuf

Elle a besoin d’estre enfermée._

 

_Toy, te hastant de veoir le jour, Tu ne veux faire long sejour

Dedans ta bourbeuse matiere:

Aussi t’est aisément acquis,

Puce, tout ce qui est requis

A te faire veoir la lumiere._

 

_Sans plus, du Soleil la chaleur

Et de la terre la moiteur

Sont requises à ta naissance,

Aussi la nature se plaist

A ramener sans autre apprest

En effect soudain ta puissance._

 

_Pour ton espece conserver,

Tu n’as la peine de couver

Mille petits œufs sous ton ventre: Et si n’es sujette à la loy

Des autres bestes, car en toy

La semence du masle n’entre._

 

_Comme sans l’aide de Cypris

Ton premier estre tu as pris,

Tu te peux bien passer encore

(Sans faire hommage à cet enfant

Qui des hommes va triomfant)

De celle qu’en Paphe on adore._

 

_Heureuse puis que le flambeau

Qui brule mesme dedans l’eau

N’attrape ta petite masse;

Puis que le froid, qui sans repos_

_Nous va penetrant jusqu’aux os,

Ta chair tendrelette ne glace._

 

_Il est bien vray qu’un autre yver, Qu’une grande froideur de l’air,

Esteint la chaleur qui t’avie;

Mais ce n’est à toy seulement

Que la froideur d’un element

Si penetrant ravit la vie._

 

_Le chaud de nature est amy,

Mais le froid est son ennemy,

Contraire à toute bonne chose,

Aux herbes ostant la vigueur,

Aux bois ravissant leur honneur,

Et reserrant la fleur esclose._

 

_O Puce, qu’heureuse tu es

De naistre ainsi comme tu nais!

Mais encor es tu plus heureuse

De vivre ainsi comme tu vis,

Sucçant le sang dont tu nourris

Ta petite ame vigoureuse._

 

_T’accrochant sur un marbre blanc, Tu en fais decouler le sang

Dont tes levres sont enyvrées,

Ou bien tu baises quand tu veux

La bouche, le nez et les yeux

Des pucelettes empourprées._

 

_Tu mors et remors le beau sein,

Les blanches mains et le tetin

De la pucelle qui s’amuse

A filer, coudre ou s’attifer;

Et quand sa main te veut gripper

Soudain tu descouvres sa ruse._

 

_Ja desja preste à t’escacher,

Elle te roule sur sa chair,

Mais si bien tu sçais te deffendre, Que d’un tremoussement divers

Dans sa chemise tu te perds,

Où tu n’es pas facile à prendre._

 

SONET DU MESME A MAD. DES ROCHES.

 

Si d’un vers mal-coulant j’ose ennuyer vos yeux Et vous faire present de chose si petite, Je prie que vostre œil contre moy ne s’irrite, Et supplie vos doits de m’estre gracieux.

 

Madame, un jour viendra que ma main sçaura mieux Coucher sur le papier la loüange non dite, Que vostre noble esprit sur tout autre merite, Quand m’auront esclairé vos Soleils gracieux.

 

Ou si j’ay merité vous sentir rigoureuse, Embrazez ce papier d’une œillade flammeuse, Vos yeux seront vangeurs du tort qu’on leur a fait.

 

Mais ce n’est au papier que vous vous devez prendre: Punissez moy d’avoir osé tant entreprendre, Pardonnant au papier qui ne vous a forfait.

 

[Ornement]

 

[Ornement]

 

SUR L’APOTHEOSE DE LA PUCE.

 

SONET.

 

DU meurtrier d’Orion la venimeuse panse Et les bras estendus, plus qu’en leur part des cieux, Avoient empoisonné tous ces terrestres lieux, Si qu’on n’oyoit que mort, que sang, que violence.

 

On void aneantis par la juste balance De ce signe nuisant les effets odieux, Et le ciel l’a vomi dans le lac stygieux, Espoir pour l’avenir de meilleure influence.

 

Pour remplir l’ornement du Baudrier estoilé, La Puce, humble animant, au lieu vuide a volé, Et, fait astre nouvel, aux mois tardifs rayonne.

 

Par l’heureuse faveur des suffrages exquis De la docte Pleiade ell’ a ce rang acquis Et par la douce voix de la belle Erigone.

 

DE LA GUERINIÈRE.

 

[Ornement]

 

[Ornement]

 

LA PUCE DE LOMMEAUD,

 

SAUMUROIS.

 

QUE _vous estes bien abusez,

Poëtes qui vous amusez

A descrire cette puçette

Qui travaille cette Rochette

Que, sous un petit animal

Qui jour et nuit luy fait du mal,

Remplis de fureurs poetiques,

Vous honorez de vos cantiques!

Devriez-vous, ô bons esprits,

Graver en vos divins escris

La Puce qui sans fin mordille

Cette belle pucelle fille?

Ell’ se musse dans ses cheveux,

Frisez, retors de mille neus;

De ses cheveux elle sautelle

Sur son sein vermeil qui pommelle, Puis ell’ s’ecoule bondissant

Sur un petit rond fleurissant,

Rond vermeillet comme une rose,

Où la puce souvent repose.

Cessez donques de loüanger

Cette Puce qui veut manger

D’une charneure si doüillette.

Que d’entre vous quelque Poete

S’efforce, sans nous le celer,

Cette dame depuceler,

(Cette dame toute divine

Ornée de rare doctrine)

Si d’elle il a quelque pitié,

Ou luy porte quelque amitié._

 

[Ornement]

 

[Ornement]

 

VERS DE PIERRE SOULFOUR,

 

PRESIDENT.

 

(Traduit du latin.)

 

AUX _Grands Jours n’y a rien d’égal, Et rien de petit ne s’y treuve:

La Puce, un petit animal,

Logée au Ciel, nous en fait preuve._

 

A LA PUCE.

 

_Puce, tu t’es bien abusée

De te prendre à un tel morceau:

Où penses-tu estre posée,

Volant sur ce tertre jumeau?_

 

_Tu ressemble à ce taon champestre Qui droit dessus la peau vola,

Pour y cuider son bec repaistre,

Du taureau que Myron tailla._

 

_L’airain pur, et non la chair vive, Luy repoussa son petit soc:

O Puce! la blancheur naïve

Que tu picotes, c’est un roc,_

 

_Un roc de marbre que la Muse

A basti loin de Cytheron,

D’autre artifice et plus grand’ ruse Que n’est le Taureau de Myron._

 

TRADUCTION DU LATIN.

 

_Ce que la mouche fit au Taureau de Myron, Toy, petit animal, tu l’as fait au giron, Ou quelque peu plus haut, au sein d’une Deesse.

Tous deux estes trompez d’une mesme simplesse:_

 

_L’un s’est pris à l’airain, l’autre s’abuse au roc.

Mais toy, plus avisé, poussant ton petit soc Sur l’yvoire poli de sa chaste mamelle, En touchant l’immortel tu te rens immortelle._

 

APOLLON EN PUCE.

 

_O Puce, vien donc mon esprit

De ta vive fureur attaindre,

Afin que par le mien escrit

Ton loz en mon vers puisse empraindre._

 

_Puce Muse, ô Puce Apollon,

Je te reclame, il n’y a ame

Qui n’ait senti ton aiguillon

Et ton puissant entousiasme._

 

_Apollon, jadis, en tirant

L’oreille de ce grand Virgile,

Luy donna le stil doux coulant

Pour chanter Chromis et Mnasile._

 

_Ta vertu est certainement

A celle de Phœbus pareille,

Tu nous eschaufe également,

Chacun a la Puce à l’oreille._

 

_O Puce des Puces l’honneur,

Puce des pucelles compagne,

Tu as mis en rut et fureur

La France, l’Itale et l’Espagne._

 

_Moymesme qui suis de bien loin,

Et qui cloche apres la grand’ bande, Si suis-je attaint du mesme soin,

Qui me violente et commande._

 

_Un Elephant et un Grifon

Sont plus grands que toy de corsage, Mais si nous posons ton renom,

Tu as bien sur eux l’avantage._

 

_Un Elephant, si grand soit-il,

Ne peut musser sa grandeur vaine

Au beau sein où toy, plus subtil,

Puce, tu caches ton ebene._

 

_Un Elephant ne pourroit pas,

Comme l’oyseau porte-tonnerre,

Par l’air subtil guider ses pas,

Sans se laisser tomber à terre._

 

_Mais toy tu fais encore mieux

Que cest oyseau qui son œil darde

Vers le plus clair flambeau des cieux, Car seulement il le regarde._

 

_Toy, tu as trop mieux regardé,

Puis franchi d’un brave courage,

De plein vol, et puis possedé

Le plus bel astre de nostre âge._

 

_Volans droit, tu sçeus te percher Sur cette colline jumelle

Où devant toy se vint nicher

La Muse et la Grace avec elle._

 

_Icarus ainsi ne vola

Avecques sa plume cirée;

Mais en trebuchant il bailla

Le nom à la mer Icarée._

 

_C’est pourquoy je ne pense pas

Que comme une Puce commune

Tu nous apparaisse icy bas,

Ton vol ne despend de fortune._

 

_Tu es quelque Demon mussé

Finement là, si dire j’ose;

Tu es Apollon deguisé

Dessous cette Metamorphose._

 

_Apollon a jadis hanté

Son Helicon et son Parnasse,

Et s’en est longtemps contenté,

Fuyant le bruit du populace,_

 

_Car tousjours a hay les lieux

Où ce sot peuple l’accompagne,

Et suivi les rocs sourcilleux,

Et les costaux et la montagne._

 

_Estant seul, un jour s’apperçeut

Que la Muse avoit fait eschange

De la roche où le cheval beut

Avec une autre Roche estrange._

 

_Et que mesme elle avoit laissé

La double roche Parnasine,

Et son nouveau temple posé

Dans une Roche Poitevine._

 

_Alors droit en Poitou tira

Et, se formant en une Puce,

Sur ce double yvoire vola

Sur lequel à présent se musse._

 

_O Puce, n’est-ce pas cela?

Je l’ay trouvé, c’est par ta grace.

Ne puisses tu bouger de la:

A un tel hoste telle place._

 

[Ornement]

 

[Ornement]

 

LA CONTRE-PUCE DE RAPIN.

 

PUCE _que tant de bons espris

Pour sujet de leurs vers ont pris, Qui t’ont trouvée si habile

Que, la Muse les échaufant,

Ils t’ont fait un grand Elefant,

Par leur invention gentille,_

 

_Tu as eu cet heur aux Grans jours, Aussi c’est volontiers tousjours

Le temps que tu te fais conoistre, Quand le Soleil plus haut monté,

Des moites chaleurs de l’esté

Dans la poussiere te fait naistre._

 

_Mais s’il se falloit amuser

A la verité deguiser

D’une flateuse couverture,

J’aymerois mieux chanter le poux,

Qui s’engendre et se paist de noux Plus amy de nostre nature._

 

_Je dirois la punaise aussi,

Et le morpion racoursi,

Qui s’attache à nostre substance;

Mais je ne sceu jamais traiter

Un sujet où il faut vanter

Le mal contre la conscience._

 

_Ceux qui t’elevent jusqu’aux cieux Toutesfois ne t’ayment pas mieux

Que moy qui te blasme et despite;

Et quand visiter les voudras,

Ils te chasseront de leurs dras,

Pour belle qu’ils t’ont descrite._

 

_Encor dit-on que l’argument

Où ils ont pris le fondement

De te louer par artifice

Meritoit mieux d’estre vangé,

Et à ces Grans jours corrigé

Par les voyes de la Justice._

 

_On conte que, de guet à pend

Peu à peu glissant et rampant,

Du bas où tu fais ta retraite

Tu t’estois perchée en un lieu

Duquel Prince ni demidieu

N’aproche la main indiscrette._

 

_Entre deux tertres arrondis

Tu acrochois tes pieds hardis

Au fonds d’une campagne belle,

Et apres mille petits sauts

Et mille cauteleux assauts,

Tu osois poindre une pucelle._

 

_Ainsi que dans un large estang,

A plain gosier tu beus son sang,

Et pour reste de ton audace,

Comme les taons veneneux font,

Tu fis encor d’un pourpre rond

Marqueter et rougir la place._

 

_Pour une telle cruauté,

Puce, tu avois merité

Qu’entre deux presses cristallines On te fit le ventre crever,

Qui s’estoit osé abreuver

De belles liqueurs nectarines._

 

_L’assassinat qualifié,

Par deux tesmoins verifié,

Te convainquoit d’estre coulpable; Mais ceux qui te devoient punir

Les premiers osent maintenir

Que ton fait estoit excusable._

 

_He! sangsue du cors humain,

Les deux premiers doits de la main Comme sergens te devoient prendre, De salive un peu preparez,

Et les deux pouces acerez

Par beau millieu te devoient fendre._

 

_Le Prince fort bien ordonna

Qui un gros salaire donna

Au page qui t’avoit surprise

Dessus sa robe sautelant,

Et secrettement te coulant

Dans le colet de sa chemise._

 

_Mais il trompa l’espoir de ceux

Qui prirent le poux paresseux,

S’atendans à plus grosse somme:

Car, comme il respondit, tu viens

De la sale ordure des chiens,

Et le poux ne vient que de l’homme._

 

_On conte que quand Jupiter

Se voulut un jour despiter

Contre ses fermiers de la terre,

Au lieu où son foudre arriva

Mille vermines on trouva

Future domestique guerre._

 

_Les taons, les guespes, les cheussons, Qui ont des plus picquans fissons, Et les Aragnes y nasquirent,

Les punaises, les morpions,

Les souris et les scorpions

Aupres de toy, Puce, en sortirent._

 

_Mais entre tous ces animaux

Qui sont nos plus familiers maux,

Puce, tu nous fais plus de peine:

Les autres sont pris aisément,

Et tu as un fretillement

Qui empesche qu’on ne te prenne._

 

_L’ennemy plus lourd et pesant,

Encores qu’il soit malfaisant,

Et toutesfois est moins à craindre: A toute heure on le peut domter;

Mais on doit celuy redouter

Qui est plus difficile à joindre._

 

_Tu nous fais éblouir les yeux

Te remuant en divers lieux,

Tant tu és agile et rusee:

La main qui te pense écacher

Te tournoyant dessus la chair

Bien souvent se trouve abusée._

 

_La Pucelle, qui ne sçait pas

Les lieux où tu prens tes repas,

S’y trompe une serée entiere:

La vieille ne fait que jouër,

T’attendant à l’abreuvoër

Où elle dresse sa panthiere._

 

_Quantefois j’ay veu, au matin,

De ma maistresse le tetin

Picoté de tes noires traces!

Et si là j’en voyois l’effet,

Dieu sçait si tu n’avois point fait Encores pis en d’autres places._

 

_Ceux qui t’ont fait par fiction

Estre la fille d’Orion

Ont bien trouvé ton origine:

Car Orion est un pisseur,

Et tu nais de l’orde espesseur

Qui se detrampe avec l’urine._

 

_Puis ce qu’on faint que Pan t’ayma Quand Jupiter te transforma

En cette petitesse noire,

Si Pan n’estoit qu’un vieil bouquin, Salle et ord, puant et faquin,

Celà n’est pas fascheux à croire._

 

_Quant à moy, je ne te crains rien, Car Dieu mercy j’ay le moyen

D’eviter ta salle morsure:

Je me sçay tenir nettement

Au linge et en l’accoustrement,

C’est la recepte la plus seure._

 

_La chambre souvent balloyer,

Le haut et le bas nettoyer,

S’esloigner de tous lieux infames, Est le moyen de s’exempter

De toy, qui ne veut adjouter

Ne coucher point avec les femmes._

 

_Et quand cela je n’aurois point,

Encores sçay-je un autre point

Pour brider ta gueule alterée:

Dés le soir je m’enyvreray,

Et toute la nuit dormiray

Sans sentir ta pointe acerée._

 

[Ornement]

 

[Ornement]