La Puce de Mme Desroches
Response au Sonnet Precedent
FAITE SUR LE CHAMP.
_Comme la lumiere brillante
Du soleil, ornement des Cieux,
Nous rend toute couleur plaisante, Eclairant promptement nos yeux,_
_Si bien que cette splendeur vive, Penetrant doucement un œil,
Fait que l’objet qui luy arrive
Luy resemble un autre Soleil,_
_Ainsi vostre ame sage et belle,
Ayant tourné long temps vers soy
Pour voir sa beauté immortelle,
La pense voir encore en moy._
_Mais des graces et vertus rares
Qui vous font admirer de tous,
Les dieux m’en ont esté avares
Pour les prodiguer dedans vous._
C. DES ROCHES.
[Ornement]
[Ornement]
LA PUCE DE MACEFER.
PUCE _qui as entamé
D’un petit bec affamé
Le teton de ma Charite,
Pour y puiser la liqueur
Nourrice du petit cœur
Qui ton petit corps agite,_
_Du sang que tu y as pris
Sont animez les espris
Qui donnent vie à Madame;
Du sang que tu as sucçé
Ores dans ton corps mussé
Tu t’es composée vne ame._
_Promethe vola le feu
Qui anima peu à peu
Le corps de l’homme de terre:
Du sang que tu as osé
Derober est composé
L’esprit que ton corps enserre._
_Mais un vautour ravissant
Va tous les jours punissant
Le larcin du vieil Promethe:
Tu veux par un tel forfait
Que de ton corps il soit fait
Une huitiesme Planete._
_Di moy, qui eust peu penser
Qu’on voulut recompenser
D’un loyer si honorable
Le larcin qui, odieux
Et aux hommes et aux Dieux,
Leur a semblé punissable?_
_Entre le nombre infini
Des hommes qui ont puni
Une si cruelle offense,
Un Lycurge s’est trouvé
Qui ce vice a approuvé,
Et l’a passé en souffrance._
_Qu’il n’appelle cette fois
Le Dieu autheur de ses loix
Fauteur de sa volerie,
Qui hait encor, ce dit-on,
Cet ingenieux larron
Qui vola sa bergerie._
_Et bien, si tu veux user,
Pour ton vol authoriser,
De la regle Laconique,
Puce, au moins contente toy
De ce que la douce loy
Ne punit ton fait inique._
_Et ne crois que dans les cieux
D’un courage ambitieux
Ores ton petit cors saute:
Car le celeste pourpris
Ne peut estre juste pris
D’une si injuste faute._
_Tu peux bien, pour t’excuser
De ce tien vol, accuser
Ceste marastre nature
Qui veut qu’un sang rougissant,
Lequel tu vas ravissant,
Soit ta seule nourriture._
_Nature, qui t’a donné
Ton estre, a bien ordonné
Que tu vivrais de rapine:
Mais, pour punir ton peché,
Ell’ veut qu’un ongle fasché
Creve ta foible poitrine._
_L’effort de ton petit saut
Ne te peut guinder si haut
Comme lon te fait accroire,
Ni des beaux vers le monceau
Qu’apprend ce docte troupeau
Au temple de la Memoire._
_Que si tu veux emprunter
Des aisles pour y monter,
Je crains que la cire en fonde,
Et que, cherchant un bon heur,
En desastre et en malheur
Icare tu ne seconde._
SONNET DU MESME.
Archer ingenieux qui, par moyens rusez Avez en tant de lieux percé mon cœur fragile, Qui frappez seurement de la flesche subtile Aussi tost que de l’œil le but où vous visez,
Faites, je vous supply, et si bien m’instruisez, Que je puisse percer, par une adresse habile, Ce Rocher endurcy, ce rocher qui à mile Aprentis de voz ars a mille traits brisez.
J’ay tant de fois voulu à ce Roc faire breche, Tant de fois decoché de mon arc une fleche, Et tant de fois j’ay veu ma fleche reboucher.
Faudroit-il, je vous pri, pour luy donner entrée, Qu’elle eut la pointe humide en lieu d’estre acerée, Veu que la goute d’eau entame le Rocher?
[Ornement]
LA PUCE DE RAOUL CAILLER.
POITEVIN.
BIEN _que plusieurs doctes espris
T’ayent vanté en leurs escris,
Loüans ta vie tant heureuse,
On n’a point encor toutesfois
Chanté comme tu meritois
Ce qui te rend plus merveilleuse._
_Puce, je te veux donc chanter,
Puce, je te veux donc vanter,
Si je puis, selon ton merite;
Puis te donray, t’ayant chanté,
A celle qui a merité
Une loüange non petite._
_Mais, Puce, pour te bien vanter,
Mais, Puce, pour te bien chanter,
Il faut entendre ta naissance:
C’est la corde qu’il faut sonner
Auparavant que d’entonner
Tes mignardises on commence._
_Ceux là qui te veulent blasmer,
Ceux qui te veulent diffamer,
Reprochent que tu prens naissance
D’un puant et sale sujet,
Et que tel est souvent l’effect
Que la cause qui le devance._
_Mais ce n’est parler contre toy,
C’est reprendre l’ordre et la loy
Et le reglement de ce monde:
Tout ce qui prend commencement
S’engendre par corrompement,
En l’air, en la terre et en l’onde._
_Si tousjours demeuroient entiers
Du monde les corps semanciers,
Tout cherroit en un piteux estre:
Mais de leur putrefaction
Ressort la generation
De toutes choses qu’on fait naistre._
_Dieu veut que d’un corps le tombeau D’un autre corps soit le berceau.
Telle est ça bas sa pourvoyance:
Ces loix à nature il donna,
Quand de ses doits il ordonna
Les Cieux et leur nombreus dance._
_Aussi tout ce grand univers,
Ce beau bastiment tant divers,
Est sorti du goufreux desordre
Du chaos en soy mutiné,
Et dedans le rien d’un rien né,
Sans pois, sans mesure et sans ordre._
_Le petit monde, qui comprend
Toutes les parties du grand,
De qui prend-il son origine?
D’un excrement surabondant
Petit à petit s’amassant,
Semblable à l’escume marine._
_Il ne te faut doncques blâmer,
Il ne faut pas te diffamer,
Ores que tu sois engendrée
De quelques sales excremens:
Petis sont les commencemens
De l’œuvre bien elabourée._
_Mais plustost loüer je te veux,
Et l’on devroit estre envieux
De ta naissance si soudaine,
Veu que les autres animaux,
Presageant leurs futurs travaux,
Naissent avecques si grand peine._
_De peur que par un mouvement
En un si long retardement
Leur matiere soit difformée,
Dans le ventre d’un vaisseau neuf
Ou dans la coquille d’un œuf
Elle a besoin d’estre enfermée._
_Toy, te hastant de veoir le jour, Tu ne veux faire long sejour
Dedans ta bourbeuse matiere:
Aussi t’est aisément acquis,
Puce, tout ce qui est requis
A te faire veoir la lumiere._
_Sans plus, du Soleil la chaleur
Et de la terre la moiteur
Sont requises à ta naissance,
Aussi la nature se plaist
A ramener sans autre apprest
En effect soudain ta puissance._
_Pour ton espece conserver,
Tu n’as la peine de couver
Mille petits œufs sous ton ventre: Et si n’es sujette à la loy
Des autres bestes, car en toy
La semence du masle n’entre._
_Comme sans l’aide de Cypris
Ton premier estre tu as pris,
Tu te peux bien passer encore
(Sans faire hommage à cet enfant
Qui des hommes va triomfant)
De celle qu’en Paphe on adore._
_Heureuse puis que le flambeau
Qui brule mesme dedans l’eau
N’attrape ta petite masse;
Puis que le froid, qui sans repos_
_Nous va penetrant jusqu’aux os,
Ta chair tendrelette ne glace._
_Il est bien vray qu’un autre yver, Qu’une grande froideur de l’air,
Esteint la chaleur qui t’avie;
Mais ce n’est à toy seulement
Que la froideur d’un element
Si penetrant ravit la vie._
_Le chaud de nature est amy,
Mais le froid est son ennemy,
Contraire à toute bonne chose,
Aux herbes ostant la vigueur,
Aux bois ravissant leur honneur,
Et reserrant la fleur esclose._
_O Puce, qu’heureuse tu es
De naistre ainsi comme tu nais!
Mais encor es tu plus heureuse
De vivre ainsi comme tu vis,
Sucçant le sang dont tu nourris
Ta petite ame vigoureuse._
_T’accrochant sur un marbre blanc, Tu en fais decouler le sang
Dont tes levres sont enyvrées,
Ou bien tu baises quand tu veux
La bouche, le nez et les yeux
Des pucelettes empourprées._
_Tu mors et remors le beau sein,
Les blanches mains et le tetin
De la pucelle qui s’amuse
A filer, coudre ou s’attifer;
Et quand sa main te veut gripper
Soudain tu descouvres sa ruse._
_Ja desja preste à t’escacher,
Elle te roule sur sa chair,
Mais si bien tu sçais te deffendre, Que d’un tremoussement divers
Dans sa chemise tu te perds,
Où tu n’es pas facile à prendre._
SONET DU MESME A MAD. DES ROCHES.
Si d’un vers mal-coulant j’ose ennuyer vos yeux Et vous faire present de chose si petite, Je prie que vostre œil contre moy ne s’irrite, Et supplie vos doits de m’estre gracieux.
Madame, un jour viendra que ma main sçaura mieux Coucher sur le papier la loüange non dite, Que vostre noble esprit sur tout autre merite, Quand m’auront esclairé vos Soleils gracieux.
Ou si j’ay merité vous sentir rigoureuse, Embrazez ce papier d’une œillade flammeuse, Vos yeux seront vangeurs du tort qu’on leur a fait.
Mais ce n’est au papier que vous vous devez prendre: Punissez moy d’avoir osé tant entreprendre, Pardonnant au papier qui ne vous a forfait.
[Ornement]
[Ornement]
SUR L’APOTHEOSE DE LA PUCE.
SONET.
DU meurtrier d’Orion la venimeuse panse Et les bras estendus, plus qu’en leur part des cieux, Avoient empoisonné tous ces terrestres lieux, Si qu’on n’oyoit que mort, que sang, que violence.
On void aneantis par la juste balance De ce signe nuisant les effets odieux, Et le ciel l’a vomi dans le lac stygieux, Espoir pour l’avenir de meilleure influence.
Pour remplir l’ornement du Baudrier estoilé, La Puce, humble animant, au lieu vuide a volé, Et, fait astre nouvel, aux mois tardifs rayonne.
Par l’heureuse faveur des suffrages exquis De la docte Pleiade ell’ a ce rang acquis Et par la douce voix de la belle Erigone.
DE LA GUERINIÈRE.
[Ornement]
[Ornement]
LA PUCE DE LOMMEAUD,
SAUMUROIS.
QUE _vous estes bien abusez,
Poëtes qui vous amusez
A descrire cette puçette
Qui travaille cette Rochette
Que, sous un petit animal
Qui jour et nuit luy fait du mal,
Remplis de fureurs poetiques,
Vous honorez de vos cantiques!
Devriez-vous, ô bons esprits,
Graver en vos divins escris
La Puce qui sans fin mordille
Cette belle pucelle fille?
Ell’ se musse dans ses cheveux,
Frisez, retors de mille neus;
De ses cheveux elle sautelle
Sur son sein vermeil qui pommelle, Puis ell’ s’ecoule bondissant
Sur un petit rond fleurissant,
Rond vermeillet comme une rose,
Où la puce souvent repose.
Cessez donques de loüanger
Cette Puce qui veut manger
D’une charneure si doüillette.
Que d’entre vous quelque Poete
S’efforce, sans nous le celer,
Cette dame depuceler,
(Cette dame toute divine
Ornée de rare doctrine)
Si d’elle il a quelque pitié,
Ou luy porte quelque amitié._
[Ornement]
[Ornement]
VERS DE PIERRE SOULFOUR,
PRESIDENT.
(Traduit du latin.)
AUX _Grands Jours n’y a rien d’égal, Et rien de petit ne s’y treuve:
La Puce, un petit animal,
Logée au Ciel, nous en fait preuve._
A LA PUCE.
_Puce, tu t’es bien abusée
De te prendre à un tel morceau:
Où penses-tu estre posée,
Volant sur ce tertre jumeau?_
_Tu ressemble à ce taon champestre Qui droit dessus la peau vola,
Pour y cuider son bec repaistre,
Du taureau que Myron tailla._
_L’airain pur, et non la chair vive, Luy repoussa son petit soc:
O Puce! la blancheur naïve
Que tu picotes, c’est un roc,_
_Un roc de marbre que la Muse
A basti loin de Cytheron,
D’autre artifice et plus grand’ ruse Que n’est le Taureau de Myron._
TRADUCTION DU LATIN.
_Ce que la mouche fit au Taureau de Myron, Toy, petit animal, tu l’as fait au giron, Ou quelque peu plus haut, au sein d’une Deesse.
Tous deux estes trompez d’une mesme simplesse:_
_L’un s’est pris à l’airain, l’autre s’abuse au roc.
Mais toy, plus avisé, poussant ton petit soc Sur l’yvoire poli de sa chaste mamelle, En touchant l’immortel tu te rens immortelle._
APOLLON EN PUCE.
_O Puce, vien donc mon esprit
De ta vive fureur attaindre,
Afin que par le mien escrit
Ton loz en mon vers puisse empraindre._
_Puce Muse, ô Puce Apollon,
Je te reclame, il n’y a ame
Qui n’ait senti ton aiguillon
Et ton puissant entousiasme._
_Apollon, jadis, en tirant
L’oreille de ce grand Virgile,
Luy donna le stil doux coulant
Pour chanter Chromis et Mnasile._
_Ta vertu est certainement
A celle de Phœbus pareille,
Tu nous eschaufe également,
Chacun a la Puce à l’oreille._
_O Puce des Puces l’honneur,
Puce des pucelles compagne,
Tu as mis en rut et fureur
La France, l’Itale et l’Espagne._
_Moymesme qui suis de bien loin,
Et qui cloche apres la grand’ bande, Si suis-je attaint du mesme soin,
Qui me violente et commande._
_Un Elephant et un Grifon
Sont plus grands que toy de corsage, Mais si nous posons ton renom,
Tu as bien sur eux l’avantage._
_Un Elephant, si grand soit-il,
Ne peut musser sa grandeur vaine
Au beau sein où toy, plus subtil,
Puce, tu caches ton ebene._
_Un Elephant ne pourroit pas,
Comme l’oyseau porte-tonnerre,
Par l’air subtil guider ses pas,
Sans se laisser tomber à terre._
_Mais toy tu fais encore mieux
Que cest oyseau qui son œil darde
Vers le plus clair flambeau des cieux, Car seulement il le regarde._
_Toy, tu as trop mieux regardé,
Puis franchi d’un brave courage,
De plein vol, et puis possedé
Le plus bel astre de nostre âge._
_Volans droit, tu sçeus te percher Sur cette colline jumelle
Où devant toy se vint nicher
La Muse et la Grace avec elle._
_Icarus ainsi ne vola
Avecques sa plume cirée;
Mais en trebuchant il bailla
Le nom à la mer Icarée._
_C’est pourquoy je ne pense pas
Que comme une Puce commune
Tu nous apparaisse icy bas,
Ton vol ne despend de fortune._
_Tu es quelque Demon mussé
Finement là, si dire j’ose;
Tu es Apollon deguisé
Dessous cette Metamorphose._
_Apollon a jadis hanté
Son Helicon et son Parnasse,
Et s’en est longtemps contenté,
Fuyant le bruit du populace,_
_Car tousjours a hay les lieux
Où ce sot peuple l’accompagne,
Et suivi les rocs sourcilleux,
Et les costaux et la montagne._
_Estant seul, un jour s’apperçeut
Que la Muse avoit fait eschange
De la roche où le cheval beut
Avec une autre Roche estrange._
_Et que mesme elle avoit laissé
La double roche Parnasine,
Et son nouveau temple posé
Dans une Roche Poitevine._
_Alors droit en Poitou tira
Et, se formant en une Puce,
Sur ce double yvoire vola
Sur lequel à présent se musse._
_O Puce, n’est-ce pas cela?
Je l’ay trouvé, c’est par ta grace.
Ne puisses tu bouger de la:
A un tel hoste telle place._
[Ornement]
[Ornement]
LA CONTRE-PUCE DE RAPIN.
PUCE _que tant de bons espris
Pour sujet de leurs vers ont pris, Qui t’ont trouvée si habile
Que, la Muse les échaufant,
Ils t’ont fait un grand Elefant,
Par leur invention gentille,_
_Tu as eu cet heur aux Grans jours, Aussi c’est volontiers tousjours
Le temps que tu te fais conoistre, Quand le Soleil plus haut monté,
Des moites chaleurs de l’esté
Dans la poussiere te fait naistre._
_Mais s’il se falloit amuser
A la verité deguiser
D’une flateuse couverture,
J’aymerois mieux chanter le poux,
Qui s’engendre et se paist de noux Plus amy de nostre nature._
_Je dirois la punaise aussi,
Et le morpion racoursi,
Qui s’attache à nostre substance;
Mais je ne sceu jamais traiter
Un sujet où il faut vanter
Le mal contre la conscience._
_Ceux qui t’elevent jusqu’aux cieux Toutesfois ne t’ayment pas mieux
Que moy qui te blasme et despite;
Et quand visiter les voudras,
Ils te chasseront de leurs dras,
Pour belle qu’ils t’ont descrite._
_Encor dit-on que l’argument
Où ils ont pris le fondement
De te louer par artifice
Meritoit mieux d’estre vangé,
Et à ces Grans jours corrigé
Par les voyes de la Justice._
_On conte que, de guet à pend
Peu à peu glissant et rampant,
Du bas où tu fais ta retraite
Tu t’estois perchée en un lieu
Duquel Prince ni demidieu
N’aproche la main indiscrette._
_Entre deux tertres arrondis
Tu acrochois tes pieds hardis
Au fonds d’une campagne belle,
Et apres mille petits sauts
Et mille cauteleux assauts,
Tu osois poindre une pucelle._
_Ainsi que dans un large estang,
A plain gosier tu beus son sang,
Et pour reste de ton audace,
Comme les taons veneneux font,
Tu fis encor d’un pourpre rond
Marqueter et rougir la place._
_Pour une telle cruauté,
Puce, tu avois merité
Qu’entre deux presses cristallines On te fit le ventre crever,
Qui s’estoit osé abreuver
De belles liqueurs nectarines._
_L’assassinat qualifié,
Par deux tesmoins verifié,
Te convainquoit d’estre coulpable; Mais ceux qui te devoient punir
Les premiers osent maintenir
Que ton fait estoit excusable._
_He! sangsue du cors humain,
Les deux premiers doits de la main Comme sergens te devoient prendre, De salive un peu preparez,
Et les deux pouces acerez
Par beau millieu te devoient fendre._
_Le Prince fort bien ordonna
Qui un gros salaire donna
Au page qui t’avoit surprise
Dessus sa robe sautelant,
Et secrettement te coulant
Dans le colet de sa chemise._
_Mais il trompa l’espoir de ceux
Qui prirent le poux paresseux,
S’atendans à plus grosse somme:
Car, comme il respondit, tu viens
De la sale ordure des chiens,
Et le poux ne vient que de l’homme._
_On conte que quand Jupiter
Se voulut un jour despiter
Contre ses fermiers de la terre,
Au lieu où son foudre arriva
Mille vermines on trouva
Future domestique guerre._
_Les taons, les guespes, les cheussons, Qui ont des plus picquans fissons, Et les Aragnes y nasquirent,
Les punaises, les morpions,
Les souris et les scorpions
Aupres de toy, Puce, en sortirent._
_Mais entre tous ces animaux
Qui sont nos plus familiers maux,
Puce, tu nous fais plus de peine:
Les autres sont pris aisément,
Et tu as un fretillement
Qui empesche qu’on ne te prenne._
_L’ennemy plus lourd et pesant,
Encores qu’il soit malfaisant,
Et toutesfois est moins à craindre: A toute heure on le peut domter;
Mais on doit celuy redouter
Qui est plus difficile à joindre._
_Tu nous fais éblouir les yeux
Te remuant en divers lieux,
Tant tu és agile et rusee:
La main qui te pense écacher
Te tournoyant dessus la chair
Bien souvent se trouve abusée._
_La Pucelle, qui ne sçait pas
Les lieux où tu prens tes repas,
S’y trompe une serée entiere:
La vieille ne fait que jouër,
T’attendant à l’abreuvoër
Où elle dresse sa panthiere._
_Quantefois j’ay veu, au matin,
De ma maistresse le tetin
Picoté de tes noires traces!
Et si là j’en voyois l’effet,
Dieu sçait si tu n’avois point fait Encores pis en d’autres places._
_Ceux qui t’ont fait par fiction
Estre la fille d’Orion
Ont bien trouvé ton origine:
Car Orion est un pisseur,
Et tu nais de l’orde espesseur
Qui se detrampe avec l’urine._
_Puis ce qu’on faint que Pan t’ayma Quand Jupiter te transforma
En cette petitesse noire,
Si Pan n’estoit qu’un vieil bouquin, Salle et ord, puant et faquin,
Celà n’est pas fascheux à croire._
_Quant à moy, je ne te crains rien, Car Dieu mercy j’ay le moyen
D’eviter ta salle morsure:
Je me sçay tenir nettement
Au linge et en l’accoustrement,
C’est la recepte la plus seure._
_La chambre souvent balloyer,
Le haut et le bas nettoyer,
S’esloigner de tous lieux infames, Est le moyen de s’exempter
De toy, qui ne veut adjouter
Ne coucher point avec les femmes._
_Et quand cela je n’aurois point,
Encores sçay-je un autre point
Pour brider ta gueule alterée:
Dés le soir je m’enyvreray,
Et toute la nuit dormiray
Sans sentir ta pointe acerée._
[Ornement]
[Ornement]