La Puce de Mme Desroches

Catherine Fredonnoit, dame Des Roches · Chapitre 6 sur 7

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La Puce de Mme Desroches

Quatrains de Catherine des Roches

AUX POETES CHANTE-PUCES.

 

LA Puce sauteloit au sommet d’une Roche D’où premiere elle vid le soleil radieux: Puis, dressant vers le Ciel son vol audacieux, Plus son pouvoir l’elogne et son desir l’aproche.

 

Lors elle recognoist le danger qui s’apreste, Pensant au vol d’Icare, au cours de Phaeton, L’un malheureux oyseau, l’autre mauvais charton, Se repent et reprend d’avoir haussé la teste.

 

O le digne ornement de la parfaite bande,

PASQUIER, de qui le nom, l’oraison et les vers Volent par la rondeur de ce grand Univers, La Puce maintenant vostre secours demande.

 

Haussez la, grand CHOPIN, de qui la voix exquise A souvent contenté ce fils de Jupiter, Ce DU HARLAY qu’on void les hauts Dieux imiter, Que tout le monde admire, estime, honore et prise;

 

Le Pillier, le miroir, l’oracle de la France, Qui soutient, represente et anime sans fin Peuples, Princes et loix, brise l’air Poitevin, Pour conduire la Puce avec plus d’asseurance;

 

MANGOT, le verd printemps à la vertu chenue, Le favory des Dieux, le Mercure facond, Qui est premier de tous et n’a point de second, La sousleve, et luy fait outrepasser la nue.

 

Que diray-je, ô ESPRIT ORNÉ DE BEAUTÉ DINE, De vos vers doux-coulans, sinon que les neuf Sœurs Ont versé dedans eux leurs mielleuses douceurs Pour attirer au Ciel la Puce Poitevine.

 

Celuy qui la reprend d’estre injuste et cruelle L’honore en la blasmant; il ne fait voir sinon Qu’elle est Puce fameuse et digne de renom, Et la faisant mourir il la rend immortelle.

 

Ell’ a pour son flambeau l’agreable lumiere Des deux freres germains par les Muses élus, Plus divins mille fois que Castor et Pollus, Car ils ne changent point leur lampe journaliere.

 

Cet excellent rameau de la noble racine Qui commandoit Verone a voulu prendre soin De la petite Puce: aussi elle a besoin, Pour monter dans les Cieux, d’une ESCALE divine.

 

Ainsi qu’elle approchoit du throne de sa gloire, Amour la vint saisir. Ce petit affeté En vain en est jaloux: car il est arresté Que les vers de BINET luy donnent la victoire.

 

_Qui seroit negligent à si loüable peine Pour donner à la Puce un gentil ornement?

Le sçavant_ LA COUDRAYE l’habille proprement, Ores à la Françoise et or’ à la Romaine.

 

Courage, ma mignonne, il faut prendre la place Du meurtrier d’Orion, il faut prendre ce lieu Qui vous est préparé d’un homme, mais d’un Dieu Qui vous y fait guider par les mains de la Grace.

 

L’oyseau favorisé de l’archer du tonnerre, OEilladant cette Puce avec un doux regard, Luy veut prester son dos pour luy servir de chart, Et de ses ailerons mignardement l’enserre.

 

Elle est placée au Ciel, et le fourier Hygine N’a marqué son logis; mais cest oyseau sacré Qui fait entre les Dieux ce qui luy vient à gré A voulu qu’elle fut un favorable signe.

 

Bien-heureux qui l’aura au point de sa naissance Pour son astre ascendant, et bien-heureux aussi De qui elle prendra un gracieux soucy, Faisant couler sur luy sa celeste influence.

 

_Mais qui luy a donné cette chesne dorée?

Vrayment cest_ LE CLAIR OR, qui par l’eclair luysant De ses beaux vers dorez luy a fait ce present, Et par l’honneur de luy la Puce est honorée.

 

C. DES ROCHES.

 

TRADUCTION DU LATIN.

 

_Ne t’estonne d’Ossan endossé sur l’Olympe, Ny du Gean qui, fol, vers les estoilles grimpe, Puis qu’on voit une Puce escheler le Rocher Qui peut de Jupiter la hauteur approcher.

Pareils faits, non effetz: la terre enclost Typhée, La Puce piafant fait des astres trophée, Grands parreins les Geans bouleversez des Dieux, Puce qui par Pasquier prend son vol jusqu’aux cieux._

 

E. PASQUIER.

 

A PASQUIER.

 

_Sur le teton jumeau je vy la Puce prendre Et, riant, depucer la pucelle de pris.

Puce et pucelle ensemble, en tes divins escris, Pasquier, tu veux et peux immortelles les rendre._

 

FR. D’AMBOISE, ADVOCAT.

 

RESPONSE.

 

Tu t’abuzes, amy, la Puce ne feut prise, Et pourquoy doncq’? D’autant que, sage, elle sautoit Sur le sein de Madame, et là le suçotoit Sans crainte, comme estant en un lieu de franchise.

 

E. PASQUIER.

 

Ce n’est point par ma main que la sage pucelle De Poictiers doit atteindre à l’immortalité: Son sçavoir, sa vertu, ses meurs et sa beauté La rendront à jamais de soy mesme immortelle.

 

E. PASQUIER.