La terre du passé

Anatole Le Braz · Chapitre 75 sur 77

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La terre du passé

Chapitre III

 

Nous ne sommes pas plus tôt en gare qu'un cri retentit:

—Par ici, les Bretons!

C'est la voix du professeur Barbier, un Franc-Comtois au parler sonore, attaché depuis de longues années à l'Université galloise dont le collège de Cardiff est un des trois centres. Je veux dire tout de suite combien nous avons d'obligations à cet excellent homme. Il n'a pas été seulement un précieux interprète pour ceux d'entre nous qui possédaient insuffisamment soit l'anglais, soit le kymrique: il nous a servi à tous de guide, ou mieux, de tuteur moral. Sa maison nous fut, toute une semaine, une sorte de foyer toujours ouvert, où nous réunir, nous renseigner, concerter nos multiples démarches et, de temps à autre, par manière de détente, reprendre comme un air de France. En un mot, ce doux Burgonde, d'âme si chaude et de cœur si vibrant, aura plus contribué que bien des Celtes à l'œuvre de la fraternisation celtique.

On se rappelle, dans Labiche, la rencontre des deux anciens Labadens.

—C'est étonnant comme on a peu de choses à se dire, quand il y a vingt ans qu'on ne s'est vu!

Les Gallois et les Bretons, eux, ne s'étaient guère rencontrés depuis des siècles. Les préliminaires de leur reconnaissance eussent risqué fort de traîner en longueur si le professeur Barbier n'avait été là pour les pousser joyeusement dans les bras les uns des autres.