Le dernier des mages dragons: Le dragon de feu (French Edition)

- Mon vieux, rassure toi, elle ne…

- Mon vieux, rassure toi, elle ne te laissera sûrement pas tomber

pour quelque chose qui a failli devenir un petit accident à cause de

l’alcool.

- Mais…

- Ne t’en veux pas comme ça.

- J’ai quand même mis un temps fou à me rendre compte de ce que

je faisais.

- Ton ivresse qui n’avait pas disparu est en cause c’est tout.

- …

- Saphira n’a pas cessé de penser à toi une seule seconde pendant

plus de 10 ans sans te voir. A mon avis elle ne voudra pas risquer de

te perdre bêtement pour quelques baisers et autres diverses petites

caresses « alcoolisés ».

- …

- Si tu veux voir sa réaction dis-lui, toute façon je te connais tu

seras incapable de lui cacher bien longtemps, ton attitude trahit le fait

que tu culpabilises beaucoup. Tu lui en parleras tout à l’heure, ça te

soulageras.

 

L’elfe des forêts essayait tant bien que mal de réconforter Adrien lui disant que ce qui s’était passé avec sa sœur aînée n’était pas grave et qu’il n’avait pas à s’en vouloir comme ça. Pour Broomer, Saphira était beaucoup trop éprise d’Adrien depuis tellement longtemps qu’elle ne voudrait certainement pas prendre le risque de ne plus le revoir. La jeune femme blonde observe la scène se déroulant entre les deux garçons depuis sa cachette. Elle ne parvenait absolument pas à entendre la conversation mais voyant la tristesse sur le visage d’Adrien comprit que le mage avait dû raconter à Broomer ce qui le tracassait. Mais l’homme aux cheveux d’or avait l’air de se retenir de pleurer ce qui renforça l’inquiétude de sa compagne. Elle se leva tout discrètement pour aller faire ce Broomer lui avait demandé. Elle annonça donc leur retour à la mère de son amant et décida de retourner près des deux hommes pour savoir enfin ce qui s’était passé bien avant qu’ils ne franchissent l’entrée de la maison. Elle s’approcha d’eux, prit Adrien dans ses bras et sans le lâcher tout en le regardant droit dans les yeux lui dit « Je veux que tu me dises ce qui s’est passé. Je t’ai vu discuté avec Broomer et même si je n’ai rien entendu, j’ai tout de suite compris que quelque chose n’allait pas en voyant ta tête. Ne me dis pas qu’il n’y a rien, ça ne serait pas vrai. Tu n’as et ne sauras jamais mentir. ». Adrien hésita tremblant un peu. Broomer du coin de l’œil lui dit de répéter ce qu’il lui avait raconté à lui. Le mage finit par dévoiler ce qu’il avait su le cœur en ajoutant qu’il était terriblement désolé. Saphira l’écouta silencieusement. Avant de répondre quoi que ce soit, elle l’embrassa passionnément. Quand elle s’arrêta, elle se contenta de soupirer sans toutefois baisser les yeux. « Je m’en doutais finalement. Même quand tu m’avais rejoins au lit cette nuit-là tu sentais encore l’alcool à plein nez et ta voix trahissait le fait que tu te reprochais quelque chose. Ce n’est pas grave. Je t’aime et je ne veux pas te perdre à cause d’une nana qui te saute dessus en profitant du fait que tu n’es plus toi-même. Ce que je vivrais très mal c’est si tu m’abandonnais pour une autre. Depuis notre premier baiser il y a plus de 10 ans et que j’éprouve encore aujourd’hui, j’avais toujours voulu t’épouser. ». Après avoir dit ces derniers mots, Saphira lâcha son étreinte et fit signe aux garçons de la rejoindre pendant qu’elle se dirigeait de nouveau vers la demeure de Maelïa en se retournant.

Adrien ne bougea pas, comme figé sur place. Il était tout rouge et tremblotait de nouveau mais de stupéfaction. Broomer souriant, se glissa derrière son ami et lui souffla doucement au creux de l’oreille tout en riant légèrement : « Je me couperais volontiers la main si ça même indirectement n’était pas une demande en mariage ». Broomer le poussa légèrement en lui disant amusé de retrouver rapidement ses couleurs et d’aller vite rejoindre sa « fiancée » qui l’attendait. Il savait pourtant que Saphira ne pourrait pas envisager le fait de se remarier tant que Gaulter est encore en vie mais il était persuadé que de manière détournée la jeune femme avait en quelque sorte demandé Adrien en mariage, et pensait que le mage dragon n’avait qu’une envie c’était de répondre oui. Le reste de la journée se déroula sans histoire. Le soir même dans la chambre du jeune homme, Saphira avait l’intention de lui montrer qu’elle ne lui en voulait pas pour ce qui s’était passé avec la sœur de Broomer. Une fois dans les draps sans rien dire le déshabilla et se coucha sur lui, peu après un rapport consenti suivit. Le matin réveillée par les rayons du soleil, Saphira se leva la première, son amant ouvrant à peine les yeux ne bougea pas. La jeune femme voulut ramasser ses vêtements et en donner de nouveaux à Adrien mais entendant un bruit se retourna pour se dépêcher de se rhabiller mais se prit le pied dans une couverture du lit et tomba sur le ventre d’Adrien (le sortant complètement de sa torpeur matinale). A ce moment là une porte s’ouvrit laissant apparaître la mère d’Adrien qui venait les avertir que le déjeuner du matin était prêt et qu’on attendait plus qu’eux. Elle voulut dire un mot mais rien ne sortit devant ce qu’elle voyait. Deux corps intégralement nus l’un sur l’autre dont les propriétaires rougissaient de gêne. Maelïa se retira donc silencieusement. Elle rejoignit la cuisine. Adrien et Saphira se relevèrent au bout de quelques minutes et se vêtirent rapidement. Une fois au lieu du petit repas la mère du mage détourna un peu les yeux, gênée de ce qu’elle avait vu. Ils mangèrent en silence, même Broomer ne rajouta rien. A la fin, l’elfe se leva et partit dans la chambre qu’il occupait chercher ses affaires et revenant (son arc dans la main droite et le carquois sur le dos).

- Où tu vas avec tout ça ? Demanda tranquillement Adrien.

- J’ai envie de passer un peu de temps auprès de mon peuple.

- On l’a quitté hier.

- Oui je sais mais je souhaite rester un peu davantage avec eux dans

la forêt, j’ai aussi des choses à régler là-bas.

- Ah d’accord et ben au revoir et à plus tard si on se recroise.

- Au revoir, répondit Broomer mais en s’adressant à toute

l’assemblée.

 

Saphira le regarda tristement partir, était-ce la fin de leur voyage en groupe ? Après tout Broomer s’est absenté depuis plus de 6 mois de chez lui, c’était normal après tout qu’il veuille retrouver les siens. Elle s’installa sur les genoux d’Adrien et lui passa les bras autour du cou comme si elle cherchait du réconfort. Un silence s’installa que Maelïa rompit quelques minutes plus tard :

- Je suis désolée pour tout à l’heure.

- Ce n’est pas grave mais tu aurais pu au moins frapper à la porte.

Répondit son fils.

- Je ne savais pas que vous étiez dans cette tenue, je m’excuse de

vous avoir interrompu pendant…

- Mais on ne faisait rien. Reprit le jeune blond en rigolant.

- Pourtant, vous étiez tous nus.

- Et alors ? Même de nombreux couples dorment dévêtus.

- Je…

- Si tu veux tout savoir on a fait quelques petits câlins hier soir et

on s’est endormi sans se rhabiller.

- Vous étiez couchés l’un sur l’autre.

- Saphira est simplement tombée sur moi en se prenant

certainement le pied dans une couverture dont un bout traînait par

terre.

- Ah d’accord.

 

Maelïa s’excusa et se retira pour vaquer à diverses occupations. Adrien voyait bien que Saphira était triste, Yoland se trouvant chez l’enseignant dans le même village mais celui-ci fait subir à l’enfant depuis peu de temps un mois d’essai pour juger de son aptitude à apprendre la magie et Broomer voulait retourner un peu davantage auprès de son peuple. Elle se leva, pensive et ne baissa pas les yeux du sol, son sentiment de perdre petit à petit ses attaches la rendait légèrement mélancolique. Le jeune homme, pour lui changer un instant les idées, lui proposa d’aller faire un petit tour dehors en lui tendant son bras. Elle le saisit et le suivit, collée contre lui. Ils longeaient les maisons en évitant de s’approcher de celle de Galban. Il faisait bon pour ce tout début d’automne, accompagné d’une légère brise. Saphira le tira davantage en se bouchant la bouche et le nez avec sa main restante. L’odeur des prises d’un chasseur accrochées par des ficelles sur les devants de l’habitation (deux yults et un tolba, petit volatile sauvage vivant près des lacs) lui donnait la nausée. Le résultat de la chasse de l’homme qui avait rapporté sa trouvaille chez lui en faisant sécher la viande qu’il préparait au fur et à mesure était pourtant toute frais, à peine une heure plus tôt. Mais la compagne du mage sentait qu’elle commençait à tomber vraisemblablement de plus en plus malade mais espérait que cela ne soit pas grave. Rien que de voir la nourriture lui devenait difficile, même si elle mangeait par nécessité vitale. Un cri les interrompit, ils se retournèrent et Saphira blêmit…

Pendant ce temps, un enfant âgé d’environ une dizaine d’années peinait sur sa feuille où on pouvait lire quelques inscriptions. Il avait trois sorts basiques à connaître et à maîtriser, s’il n’y parvenait pas, Galban le renverrait chez son père sans le prendre comme élève. Yoland voulait y arriver pour ne pas faire honte à ses parents surtout à Adrien qu’il admire. En cas de réussite, les choses sérieuses commenceront réellement. Mais dès les premiers jours, Galban faisait preuve de dureté et de fermeté, pour lui il n’y a pas de place pour les incapables dans le monde de la magie. Il est sévère mais son enseignement si l’on a les capacités se révèle vite excellent. Yoland, assit sur la chaise en face du petit bureau, relisait encore et encore. Il avait au maximum 15 jours pour connaître la signification et la façon d’utiliser chaque sort. Autrement il partirait, Galban lui ayant bien indiqué cela dès le départ. Pour le maître d’Adrien, la connaissance de ces tous premiers sortilèges étaient nécessaire avant de faire quoi que soit d’autre, en cas de réussite les quinze derniers jours d’essai seront utilisés pour d’autres apprentissages. Le succès final de ce mois voudrait dire que Yoland serait pris et ferait des envieux parmi les désireux de profiter du savoir faire de Galban. Quant au vieux professeur, il ne pouvait s’empêcher de faire des comparaisons avec Adrien 15 ans auparavant. D’un côté, il avait l’impression d’un bond dans le passé étant donné la ressemblance entre Yoland et le mage de feu, mais de l’autre il était sceptique. Est-ce que Yoland aurait la vocation, le talent pour devenir un mage aguerri ? Il ne pouvait encore répondre à cette question, il était encore trop tôt pour juger d’un potentiel magique ou non véritable présent chez le jeune garçon. Galban interrompit Yoland pour le faire sortir derrière la maison. Il voulait lui montrer une dernière fois à quoi devront ressembler les 3 sorts une fois parfaitement maîtrisés. « Regarde bien, tu devras savoir faire exactement la même chose dans quinze jours mon jeune garçon » rappela Galban. Il prononça un a un chaque sort. Le premier fit apparaître une boule d’énergie dans le creux de sa main, le second cassa un tout petit morceau de bois posé sur le sol, quant au dernier il fit revenir dans la main de Galban les morceaux de bois doucement. C’étaient des sorts simples à maîtriser. « Galteris : sort qui concentre notre énergie magique sous forme d’une petite boule. Tacitbreak : peut casser en deux seulement un petit objet. Yval : sort faisant revenir dans le creux de la main des petits objets. Ce sont les sorts les plus simples que je puisse te montrer pour l’instant. Si tu n’arrives pas à les utiliser, c’est que tu n’es pas fait pour la magie » dit Galban. Yoland fit une légère moue ce qui n’échappa au vieil homme.

- Un peu de courage, ce n’est pas en baissant les bras dès maintenant que tu vas y arriver.

- …

- Ce n’est pas en te plaignant même silencieusement que tu vas

y arriver dans la vie je répète. A notre époque il faut se battre pour survivre.

- Oui mais…

- Tu penses que tu vas échouer, c’est ça ?- Oui.

- Il ne faut pas partir avec l’idée qu’on va tout foirer, au

contraire il faut se montrer battant pour atteindre son objectif. J’ai choisi trois sorts assez simples, qui ne seront pas suffisants pour se défendre en cas d’attaque mais qui initient bien à la pratique de la magie. Je t’ai laissé assez de temps pour y parvenir, la magie requiert du temps pour parfaire son apprentissage.- Je ne suis pas sûr d’en être capable, je voulais essayer la magie

mais je doute de mes capacités. Répondit Yoland.- Si tu penses comme ça, tu seras incapable d’exploiter tes

capacités. Il faut que tu ais confiance en toi. Lança exaspéré Galban, le caractère peureux et manque de confiance en soi était en opposition avec celui d’Adrien au même âge.- Et Papa, demanda timidement Yoland, il a commencé par ça

aussi ?

- Oui, mais il ne lui a pas fallu plus de 5 minutes pour les

apprendre, il m’a juste vu une seule fois les lancer, et dès qu’il a essayé après ça a très bien marché. Il te faudra simplement travailler un peu plus que lui c’est tout.

- Alors il était bon dès le début ?- Bon n’est pas un terme qui conviendrait mais plutôt

excellentissime. Il apprenait si facilement. Alors que pourtant il suivait toujours le cursus de l’éducation classique, au bout d’un an en n’ayant fait que très peu d’heures de magie il connaissait plus de sorts différents qu’un apprenti avec 7 ans d’expérience intensive et encore je ne voulais pas lui en dévoiler trop d’un coup. Et au bout de la deuxième, je n’avais quasiment plus rien à lui

apprendre. Les trois années suivantes ont surtout servis à l’entraîner en réalité.

- Et combien de temps dure la formation d’un mage ?- En général, l’élève suit un apprentissage des bases pendant 5

ans mais poursuit encore sa formation pendant 10 ou 15 ans souvent avant de peut-être réussir à se tailler une réputation. Mais 5 ans sont en principe suffisants pour savoir correctement se défendre. Je n’enseigne pas au-delà de 5 ans car je considère que l’apprenti a après tant d’années suffisamment de ressources pour poursuivre son apprentissage mais seul cette fois. Même si ton père est une exception dans son genre, être aussi puissant à seulement 25 ans est hors norme. Surtout le progrès énorme qu’il a fait en seulement 2 ans.

- La période où il avait disparu ?- Oui mais qui te l’a dit ?- J’ai entendu mes parents et Broomer en parler.- Très bien.

- Pourquoi dites- vous hors norme ?- La plupart des mages de son âge n’ont pas une telle force voire

même de l’attendront jamais même en travaillant dur toute leur vie. Aucun mage dont j’ai entendu parler n’arriverait sûrement à l’égaler. A 15 ans il était déjà redoutable mais en seulement 2 ans, faire un tel bond c’est impossible, même les elfes les plus chevronnés en sont généralement incapables.

- C’est-à-dire ?

- Je ne sais pas comment le décrire, dès que je l’ai revu, il avait

comme quelque chose de différent en lui. Je ne peux pas t’en dire plus.

- Je comprends. Répondit Yoland. Le jeune enfant pensait qu’il

ne devait pas parler de la transformation de son père qui est très probablement la source même de sa puissance. Si Adrien n’en avait pas informé Galban, ce n’était sûrement pas à lui de le faire.

Galban coupa la conversation pour faire remettre Yoland au travail. Les quinze jours risquent de passer très vite, le jeune garçon n’a pas le temps de parler sans arrêt. Il ne se doute pas qu’au même moment, à l’autre bout du village, que ses parents sont en train d’avoir quelques petits soucis.

 

-31 Les parents de Saphira et la liaison rendue

publique-

 

Saphira changea de couleur à la vue de celui qui a

poussé le cri, tout comme lorsqu’elle avait aperçu

Gaulter peu après l’attaque du dragon noir. Elle se

cacha derrière Adrien en tremblant et en restant

silencieuse. Ce n’était pas Gaulter qu’elle voyait mais

une personne ou plutôt 2 qu’elle n’aurait voulu

reconnaître pour rien au monde. Même s’il les avait rarement vu dans le passé, Adrien n’eut aucun mal à

identifier ces deux individus qui n’étaient d’autre que

les parents de son amie mais assez âgés. Saphira

regrettait amèrement d’avoir voulu se promener aussi

loin dans le village en oubliant complètement que ses

parents vivaient dans ce coin. Bien loin de là, Galban

sentant que quelque chose n’allait pas, ramena

Yoland à l’intérieur de sa maison dans la chambre du

jeune garçon et resta auprès de lui pour continuer à

l’aider à apprendre les trois sorts de base. Il voulait

s’assurer que l’enfant ne sorte pas, il avait un

mauvais pressentiment. Sa mère avait de nouveau

peur, elle n’avait pas informé sa famille qu’elle allait

revenir dans le village, c’était comme une sorte de

débarquement surprise. « Que fais tu ici Saphira ? »

gronda le vieil homme irrité. Elle ne lui répondit pas,

il attendit quelques minutes, toujours rien, il reposa la

même question en vain. Il regarda Adrien que

Saphira tenait par la taille apeurée tout en restant

collée contre le dos de celui-ci. La proximité étant

beaucoup trop familière, l’homme soupçonna

immédiatement que sa fille entretenait une liaison

avec celui-ci et constata bien évidemment que

Gaulter (ni aucun des enfants) ne semblait être là. Il

frappa de sa canne, son épouse le regardant faire silencieusement. La mère de Saphira étant de 10 ans

la cadette de son mari. Iantas de son vrai nom, le père

de la compagne d’Adrien commençait réellement à

s’énerver. Cette « mauvaise » surprise après la fin du

marché ne lui plaisait absolument pas. Il voulait avoir

des explications claires et nettes, surtout très

rapidement.

Il s’avança, se plaça devant le couple adultère,

regarda sa fille droit dans les yeux d’un regard

sévère. Il ne bougerait pas de là avant d’avoir obtenu

ce qu’il désirait. Adrien ne fit aucun mouvement

mais sentit aisément les tressaillements de Saphira,

elle avait toujours aussi peur. Il fronça cependant un

sourcil quand Iantas passa derrière lui, tira la jeune

femme jusqu’à qu’elle soit devant lui et son épouse.

Saphira sans se faire remarqua lança un coup d’œil

désespéré à Adrien qui ne bougea pas, il

n’interviendrait probablement que si ça commençait à

tourner mal.

- Il n’y aura pas d’échappatoire Saphira, je

veux des réponses et je les aurai quoi qu’il en

coûte. Reprit son père.

- …

- Saphira, je suis ton père, et en tant que fille

ton devoir n’est d’autre que de m’obéir.

- « Je ne suis pas un objet » pensa la jeune

femme.

- Où est Gaulter ? Tes gamins ? Tu ne devrais

pas être ici mais à l’autre bout du pays avec ta

petite famille ! Gronda Iantas.

- Ce crétin pas là, Yoland est entre de bonnes

mains un peu plus loin.

- Et Théold ?

- Je ne sais pas et je m’en moque.

- C’est ton fils quand même.

- Qu’importe que je sois la porteuse forcée,

pour moi il n’a jamais et ne sera jamais à mes

yeux mon fils. Saphira détestait en réalité

Théold qu’elle considérait comme une preuve

de la souillure des viols à répétition de Gaulter

pendant des années.

- Tu vas m’expliquer ce que tu fais à l’autre

bout du pays de retour ici ?

- Cela ne te regarde pas. Répondit sèchement

Saphira.

- Si justement. Et ne me dit pas que cet

homme est…

Saphira se douta rapidement que ça risquait de mal

de se terminer, si sa propre mère restait silencieuse

comme un marbre, c’était tout le contraire pour son père dont la colère augmentait de plus en plus chaque

seconde. Elle ne voulait pas toute façon leur dévoiler

la raison de son voyage, ils n’avaient pas à savoir,

notamment le fait qu’elle voulait aller parler aux

Anciens de son rêve avec le dragon noir puis

qu’après en réalité au fond elle n’a fait surtout que

suivre Adrien pour rester auprès de lui. Elle se

retourna, regarda son amant droit dans les yeux, se

leva légèrement sur ses pieds et déposa délicatement

ses lèvres contre les siennes. Tandis qu’ils

savouraient avec passion leur baiser, Iantas avait l’air

outré faisant les gros yeux, certes dès les premières

secondes il s’était douté d’une possible relation entre

sa fille et le mage de feu. Mais avoir une preuve

directe « visuelle » l’énervait au plus haut point.

« C’est mon fiancé » se contenta de répondre

Saphira. Il hurla que l’attitude de Saphira était

affligeante, que ce n’était qu’une traînée de première.

La jeune femme, même si elle le cachait, en souffrait

énormément. Elle refusait de regarder ce géniteur

qu’elle maudissait, elle se blottit de nouveau contre

Adrien, la tête appuyée contre le torse du jeune

homme. Le mage semblait apparemment garder son

calme mais l’attitude d’Iantas l’exaspérait, il faisait

souffrir encore plus sa propre fille et au lieu de s’arrêter, en rajoutait au contraire de plus belle.

Adrien toujours sans exprimer avec des mots son

opinion, se contenta de passer ses doigts entre les

cheveux de sa compagne, l’autre main étant posée

contre le dos de celle-ci qu’il tenait fermement mais

doucement contre lui.

Iantas n’avait aucunement l’intention de s’arrêter à

de simples sermons, il se sentait humilié et voulait le

faire payer à Saphira. Il connaissait Adrien bien que

ne l’ayant presque jamais croisé alors qu’habitant

dans le même village (il est un peu antisocial et se

mêle très peu aux gens et ne va pas dans le coin des

habitations où vit la famille d’Adrien) et savait qu’il

n’aurait aucun moyen de soumettre Adrien par la

force, trop puissant pour lui ne serait-ce que

physiquement. Et puis c’était sa propre fille qui

commettait une faute. A Zerxos rien n’interdit les

petites escapades amoureuses mais l’adultère n’est

pas particulièrement apprécié. Il pourrait se servir de

ça pour punir la jeune femme comme il pense qu’elle

le mérite. Il lui a choisi un mari et n’accepte pas

qu’elle soit parti avec un autre et n’a aucune idée

depuis quand cette relation dure. Une idée lui

traversa soudain l’esprit. Une idée qui servirait de

leçon à Saphira et qui la dissuaderait très certainement d’enfreindre les règles qui lui a

imposées. Une petite humiliation publique serait un

bon début. Ridiculiser les deux amants ensemble

serait encore mieux au goût de Iantas. Son épouse,

toujours aussi discrète, gardait ses yeux rivés sur le

sol. Elle tenait fermement le panier des provisions

faites au marché un peu plus tôt. Elle suivait la scène

sans donner son opinion personnelle. Les cris de son

époux attiraient quelques passants curieux qui

regardaient ce qui se passait. Saphira rougit mais

d’une honte extrême à cause de son père, elle resta

blottie contre Adrien en attendant que tout ce cinéma

se finisse. Il la serrait fort dans ses bras et se retenait

d’intervenir pour mettre fin à ce cirque inutile, mais il

craignait alors que cela pourrait entraîner des

conséquences encore plus néfastes pour la pauvre

Saphira. « Heureusement que le petit est chez Galban

et qu’il n’assiste pas à tout ça » pensait-il puis au

creux de l’oreille de sa maîtresse tout bas pour que

personne d’autre ne puisse l’entendre « Ma chérie, du

calme, tout va bien se passer. ». Il cherchait à la

réconforter du mieux qu’il pouvait. Pendant ce temps

Maelïa, inquiète de ne pas voir son fils revenir, arriva

et intriguée par le petit regroupement, inhabituel en

dehors de la zone de marché, s’approcha et constata avec horreur que son descendant et sa compagne

étaient victimes des pires insultes de la part du père

de la jeune femme et que personne autour ne prenait

la défense de l’un d’eux, ils étaient tous silencieux.

Iantas tourna sur sa droite, regarda une personne droit

dans les yeux, cette dernière passa discrètement

derrière les gens et se faufila au milieu vers le couple.

Adrien ne bougea pas même s’il sentait la menace, il

ne voulait pas lâcher Saphira pour la protéger en cas

d’attaque. Mais cette dernière eut peur, au lieu de

rester collé contre son amoureux, elle s’éloigna de

quelques pas, ce qu’elle regretta rapidement. Une

petite lame passa et sa course se termina dans un sac

de farine un peu plus loin. Saphira fut choquée, et

après avoir reprit ses esprits constata qu’une partie de

ses vêtements était déchirée dévoilant l’intégralité de

ses seins. Honteuse, elle tenta de cacher sa poitrine

comme elle pouvait. Adrien était furieux, il regrettait

d’avoir lâché Saphira et de ne pas avoir eu le temps

de dévier la lame qui avait failli blesser

physiquement son amour.

Les adultes étaient offusqués de la scène tandis que

quelques jeunes garçons qui traînaient par là riaient et

regardaient avec avidité et intérêt les seins de

Saphira. Mais les obsédés s’en allèrent bien vite sous l’expression de colère et de menace du mage dragon.

Adrien reprit Saphira dans ses bras pour tenter de la

réconforter comme il le pouvait. Son visage se

détendit tandis qu’il lui parlait, elle laissait couler des

larmes de honte sur ses joues. Un homme hurla de

douleur et plongea immédiatement sa main dans une

bassine d’eau d’une femme qui la lâcha sous l’effet

de la surprise. Il avait sa main légèrement brûlée et

affichait une expression de souffrance. Saphira du

coin de l’œil le reconnut : c’était le domestique au

service de sa famille depuis 15 ans qui avait obéi à

l’ordre de son maître d’humilier Saphira. Elle

comprit qu’Adrien avait repéré que c’était lui qui

avait lancé le petit couteau et que discrètement il

l’avait brûlé en guise de contre-attaque. Maelïa

s’approcha doucement d’eux et déposa sa propre

petite veste sur les épaules de Saphira qui la mit en la

remerciant chaleureusement. Une fois la foule

dispersée, le père de la jeune blonde s’exprima à

nouveau : « Ne comptez pas sur moi pour que je

pardonne cette infidélité abjecte qui ne s’arrête pas au

simple bisou loin de là. L’humiliation n’est pas

terminée. Saphira viens ici, c’est un ordre ». Elle

allait s’avancer à contre cœur quand Adrien l’empêcha d’aller plus loin en la retenant par le bras,

lui faisant signe de ne pas obéir.

 

Quitte à ce qu’on s’acharne sur quelqu’un, il préférait

encore que ce soit sur lui. Saphira se doutait qu’il

voudrait se dénoncer et dire qu’il est le seul à

l’origine du début de la liaison, que c’est lui qui l’a

séduite et lui a fait des avances en insistant, en

espérant qu’Iantas passe sa colère sur quelqu’un

d’autre qu’elle mais elle se doutait qu’il ne pourrait

pas, étant donné qu’il est totalement incapable de

mentir il se trahirait immédiatement et n’aurait

aucune crédibilité. C’est elle qui lui a fait des

avances dans la grotte de celui-ci et n’acceptait pas

qu’il soit mêlé à ce cirque. Adrien indiqua

discrètement à sa propre mère, encore présente,

d’éloigner Saphira de la zone et de la ramener plus en

sécurité chez eux. Maelïa s’exécuta malgré la

réticence de la demoiselle blonde qui refusait de

partir sans Adrien. Elles avançaient doucement mais

sûrement quand Iantas voulut les empêcher de passer,

il n’avait pas l’intention de permettre à sa fille de

s’enfuir. Mais fut interrompu dans sa manœuvre par

Adrien qui cette fois s’interposa réellement entre le

vieil homme et Saphira. D’un air de défi, il le regarda droit dans les yeux au point de faire reculer Iantas.

« Si vous avez besoin de passer vos nerfs sur

quelqu’un, alors autant le faire sur moi. Laissez

Saphira tranquille, elle n’a aucun compte à vous

rendre sur sa vie sentimentale. Lorsqu’on a un

minium de courage, on s’en prend à quelqu’un de sa

taille » lança le jeune mage fermement, d’un œil

signifiant à Maelïa d’accélérer le pas pour éloigner

son amie de cet homme le plus rapidement possible.

L’épouse d’Iantas, bien que couverte de honte au

fond d’elle, ne montra aucune émotion. Iantas en

glissant tomba sur son arrière train affichant un

sourire narquois, en réalité il avait peur mais son égo

lui interdisait de le dévoiler. Plus que Saphira avait

disparu et que le jeune homme proposait de se laisser

faire, alors autant en profiter. Il pensa qu’il pouvait

peut-être se servir d’une vieille tradition oubliée des

temps plus anciens, dont la dernière pratique remonte

à sa propre petite enfance, pour punir les amants

surpris en plein adultère même s’il n’avait pas vu

Saphira et Adrien ensemble dans un lit. La jeune

femme et Adrien étant âgés de moins de 51 ans, on

ne leur avait par parlé peut-être de cette pratique. Il

pourrait sûrement à son avis leur faire croire sur cela

ce qu’il veut et ainsi s’en servir même s’il n’a pas de preuves pour l’instant suffisantes pour l’utiliser en

théorie. Il ria fort, ce qui fit lever un sourcil à Adrien

qui se demanda quelles pensées malsaines étaient en

train de traverser l’esprit du vieil homme. Iantas cria

à son serviteur (qui souffrait encore bien visiblement

de sa brûlure à la main) d’aller chercher « l’individu

et le fameux livre ». Le domestique s’exécuta bien

que grimaçant sous l’effet de la douleur. Il mit de

nombreuses minutes à revenir, peut-être au moins 20

minutes lorsqu’il réapparut suivi d’un homme à

l’allure étrange, portant une cape sombre, la longue

barbe et un chapeau des anciens temps des sorciers

tenant un livre poussiéreux. Le domestique avait

quand à lui profité de l’occasion pour se faire bander

la main rapidement. Le mystérieux individu

s’approcha d’Iantas et lui murmura quelques mots à

l’oreille qui n’échappèrent pas à l’ouïe de dragon fine

d’Adrien même si les chuchoteurs l’ignoraient

totalement.

 

Pendant ce temps, Saphira et Maelïa venaient

d’arriver à la demeure de la famille d’Adrien. La

mère du dragon fire poussa son invitée dans la salle

où les membres avaient l’habitude de venir prendre

un bain chaud. Elle lui dit de rapidement se laver pendant qu’elle irait chercher des vêtements secs

dans la chambre occupée par le couple ces derniers

jours. Elle en profita également pour préparer une

boisson chaude, un morceau de pain et de gâteau

qu’elle déposa sur la table de la salle de repas.

Saphira sortit de l’eau, et mit rapidement la robe et la

veste que Maelïa lui tendit. La veste était beaucoup

trop grande pour Saphira, « C’est celle d’Adrien, au

moins elle te tiendra chaud » répondit Maelïa. Le

mage mesurant environ 1m80 alors que Saphira

atteignait plutôt les 1m60. Maelïa l’entraîna vers la

salle de repas et l’incita à se restaurer brièvement

après toutes les émotions fortes qu’elle venait de

vivre. Elle refusa de manger ou de boire quoi que ce

soit, elle se morfondait, elle avait peur pour Adrien et

ne supportait pas d’être loin de lui, son ami était avec

Iantas qui se révélait être encore plus ignoble dans

son comportement qu’elle ne le pensait, certes Adrien

savait parfaitement se défendre mais elle craignait un

coup bas de son père qui en est tout à fait capable. Et

si seulement Broomer avait été là, il serait sûrement

intervenu et serait quoi faire dans cette situation,

mais voilà il était reparti tôt le matin pour retourner

voir les autres elfes de la forêt. Elle se sentait perdue,

seule et totalement désemparée. Elle enfouit son visage entre ses mains et laissa couler quelques

larmes. L’elfe serait de si bon conseil dans une

situation pareille. Les villageois qui avaient assistés à

la scène totalement ridicule d’Iantas parlaient entre

eux sur le chemin de retour. Certes la plupart avait

découvert qu’Adrien entretenait une liaison avec une

femme mariée mais la majorité trouvait que l’attitude

d’Iantas n’était pas acceptable tout de même.

Contrairement à Iantas, Adrien était beaucoup plus

apprécié que le vieil homme dans le village et pas

seulement parce qu’il était un mage reconnu dans

tout le pays. Elle se décida : lorsqu’elle aura

pleinement repris ses esprits elle se rendra près de

son cher et tendre amour quoi qu’il en coûte.

« Heureusement que Yoland était absent ; il n’aurait

sûrement pas supporté cette situation » songea-t-elle.

Saphira savait qu’elle n’aurait pas le temps ni la force

d’aller chercher Broomer pour les tirer de ce mauvais

pas. Après tout, cela ne concernait pas directement

l’elfe des forêts. Pour un ennemi ordinaire en temps

normal Adrien n’aurait aucun mal à s’en débarrasser

en étant bien plus fort que Broomer par exemple mais

là c’était bien plus délicat, même si elle le détestait il

s’agissait de son père et sait que le mage dragon

n’osera pas vraiment faire quoi que ce soit pour se défendre réellement en ayant cette connaissance de

cause. Adrien étant en plus relativement beaucoup

trop gentil, il faut vraiment le chercher pour pouvoir

le pousser à bout. « Broomer, que dois-je faire ? » ne

cessait de se demander Saphira. Elle ignorait

cependant la future tournure des événements et des

choses dont elle n’avait pas conscience.