Le livre des heures héroïques et douloureuses des années 1914-1915-1916-1917-1918

La Bataille de Verdun

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

IMMENSE OPÉRATION DE RUPTURE

DE NOTRE FRONT EST POUR ROUVRIR

LES ROUTES D’INVASION DE 1814

 

A VU SOMBRER LE PRESTIGE MILITAIRE

DE L’ALLEMAGNE

 

DANS LE CHAMP CLOS DE VERDUN

DEUX PEUPLES

LA FRANCE ET L’ALLEMAGNE

SE SONT AFFRONTÉS

ET APRÈS UN DUEL DE CINQ MOIS

DONT LE MONDE ENTIER A SUIVI

TOUTES LES PÉRIPÉTIES EN FRÉMISSANT

 

L’ALLEMAGNE A ÉTÉ VAINCUE

 

_Extrait du discours prononcé le 12 octobre 1917, à la Chambre des

Députés, par M. Georges Leygues, ministre des Affaires étrangères._

 

[Illustration]

 

25 Juillet 1914.

 

L’Ordre est donné aux permissionnaires de rejoindre leur corps

 

….. Il m’a été assuré d’ailleurs que, dès maintenant, les avis

préliminaires de mobilisation qui doivent mettre l’Allemagne dans

une sorte de “garde à vous” pendant les périodes de tension, ont été

adressés ici aux classes qui doivent les recevoir en pareil cas. C’est

là une mesure à laquelle les Allemands, étant donné leurs habitudes,

peuvent recourir sans s’exposer à des indiscrétions et sans émouvoir la

population. Elle ne revêt pas un caractère sensationnel, et n’est pas

forcément suivie de mobilisation effective ainsi que nous l’avons déjà

vu, mais elle n’en est pas moins significative.

 

_Lettre adressée le 21 juillet par M. Jules Cambon, ambassadeur

de France à Berlin, à M. Bienvenu-Martin, ministre des Affaires

étrangères p. i._

 

[Illustration]

 

27 Juillet 1914.

 

Manifestation à Paris en faveur de la paix

 

….. L’Autriche porte une lourde responsabilité devant l’Histoire,

mais la responsabilité des autres nations européennes ne serait pas

moins lourde si elles ne s’employaient pas activement, loyalement, pour

que le conflit ne s’étende pas.

… … … … … … … … … … … .

 

La C. G. T. croit fermement que la volonté populaire peut empêcher le

cataclysme effroyable que serait une guerre européenne.

… … … … … … … … … … … .

 

La guerre n’est, en aucune façon, une solution aux problèmes posés:

elle est et reste la plus effroyable des calamités humaines. Faisons

tout pour l’éviter. Que partout, dans les villes industrielles comme

dans les communes agricoles, sans aucun mot d’ordre, la protestation

populaire s’élargisse, se fortifiant, s’intensifiant au fur et à mesure

que les dangers deviendront plus pressants.

 

A BAS LA GUERRE!

VIVE LA PAIX!

 

Manifeste de la Confédération générale du Travail, publié par la

Bataille syndicaliste du 16 juillet 1914.

 

[Illustration]

 

31 Juillet 1914.

 

Les Retraits dans les banques

 

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE,

 

Sur le rapport du ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes

et des Télégraphes, du ministre de la Justice et du ministre des

Finances…

 

Vu les etc., etc.

… … … … … … … … … … … .

… … … … … … … … … … … .

… … … … … … … … … … … .

… … … … … … … … … … … .

 

DÉCRÈTE:

 

Les délais dans lesquels doivent être faits les protêts et les autres

actes destinés à conserver les recours pour toutes valeurs négociables

souscrites antérieurement au 1er août 1914 échues depuis cette date ou

venant à échéance avant le 15 août 1914 sont prorogés de trente jours

francs.

 

Décret paru le 31 juillet 1914 au Journal officiel..

 

[Illustration]

 

1er Août 1914.

 

La Garde des voies ferrées

 

C’est à tort que l’on a fait courir aujourd’hui des bruits de nature

à alarmer l’opinion publique. Il n’est pas exact, notamment, que des

réservistes aient reçu l’ordre de rejoindre leur corps: on n’a rappelé

aucun homme de complément: les seules mesures prises ont été le rappel

des permissionnaires de certains corps et la rentrée dans leurs

garnisons des troupes qui en étaient trop éloignées.

 

On a fait grand bruit également de certaines dispositions ayant pour

objet d’assurer la garde de grands ouvrages d’art ou d’autres points

importants: il est cependant tout naturel de prendre des précautions

contre des tentatives de sabotage ou des manœuvres d’anarchistes.

D’ailleurs ces mêmes précautions ont été prises du côté allemand.

 

Note officielle communiquée à la Presse.

 

[Illustration]

 

1er Août 1914.

 

Annonce, dans les campagnes, du décret de mobilisation

 

….. La mobilisation n’est pas la guerre. Dans les circonstances

présentes elle apparaît, au contraire, comme le meilleur moyen

d’assurer la paix dans l’honneur. Fort de son ardent désir d’arriver

à une solution pacifique de la crise, le Gouvernement, à l’abri des

précautions nécessaires, continuera les efforts diplomatiques et il

espère encore réussir.

 

Il compte sur le sang-froid de cette noble nation pour qu’elle ne

se laisse pas aller à une émotion injustifiée: il compte sur le

patriotisme de tous les Français et sait qu’il n’en est pas un seul qui

ne soit prêt à faire son devoir.

 

A cette heure, il n’y a plus de partis. Il y a la France éternelle,

la France pacifique et résolue. Il y a la patrie du Droit et de la

Justice, tout entière unie dans le calme, la vigilance et la dignité.

 

Le Président du Conseil, Le Président de la République,

René VIVIANI. RAYMOND POINCARÉ.

 

Proclamation du Gouvernement affichée le 1er août.

 

[Illustration]

 

2 Août 1914.

 

Les Trains militaires

 

Comme conséquence de la mise sous l’autorité militaire de la totalité

des moyens de transport de tous les réseaux de chemins de fer et de

leur affectation aux besoins militaires, les transports commerciaux

sont suspendus jusqu’à nouvel ordre, tant pour les voyageurs que pour

les marchandises de grande et de petite vitesse. Il n’est plus délivré

de billets aux voyageurs civils. Il n’est plus reçu ni expédié de

marchandises.

 

Circulaire ministérielle affichée dans les gares le 2 août 1914.

 

….. Au moment où se terminent les transports de mobilisation et de

concentration, le ministre de la Guerre, d’accord avec son collègue

des Travaux publics, tient à rendre un éclatant hommage à l’admirable

dévouement du personnel des Chemins de fer.

… … … … … … … … … … … .

 

_Note officielle adressée aux Compagnies de chemins de fer le 18 août

1914._

 

[Illustration]

 

2 Août 1914.

 

Les Troupes partent en chantant la “Marseillaise”

 

… … … … … … … … … … … .

… … … … … … … … … … … .

 

Partout où elle retentit, la Marseillaise évoque l’idée d’une nation

souveraine qui a la passion de l’indépendance et dont tous les fils

préfèrent délibérément la mort à la servitude. Ce n’est plus seulement

pour nous autres Français que la Marseillaise a cette signification

grandiose. Ses notes éclatantes parlent une langue universelle et elles

sont aujourd’hui comprises du monde entier.

 

Messieurs, il fallait un hymne comme celui-là pour traduire dans une

guerre comme celle-ci la généreuse pensée de la France.

… … … … … … … … … … … .

 

_Discours prononcé par M. Raymond Poincaré lors de la translation aux

Invalides des cendres de Rouget de Lisle, le 14 juillet 1915._

 

[Illustration]

 

2 Août 1914.

 

La Première Victime

 

Les troupes allemandes ayant aujourd’hui violé la frontière de l’Est

sur plusieurs points, je vous prie de protester sans retard par écrit

auprès du Gouvernement allemand.

… … … … … … … … … … … .

 

Au nord de Delle, deux patrouilles allemandes du 5e chasseurs à cheval

ont franchi la frontière dans la matinée d’aujourd’hui et ont pénétré

jusqu’aux villages de Joncherey et Baron à plus de 10 kilomètres de la

frontière. L’officier qui commandait la première a brûlé la cervelle à

un soldat français.

… … … … … … … … … … … .

 

Le Gouvernement de la République ne peut que laisser au Gouvernement

impérial l’entière responsabilité de ses actes.

 

_Lettre adressée le 2 août par M. René Viviani, président du Conseil,

ministre des Affaires étrangères, à M. Jules Cambon, ambassadeur

à Berlin._

 

[Illustration]

 

3 Août 1914.

 

L’Ambassadeur d’Allemagne quitte Paris

 

….. L’ambassadeur d’Allemagne a demandé ses passeports et part ce soir.

… … … … … … … … … … … .

 

Le baron de Schœn a donné pour prétexte la constatation par les

autorités administratives et militaires allemandes d’actes d’hostilité

qui auraient été commis sur le territoire allemand par des aviateurs

militaires français accusés d’avoir survolé le territoire de l’Empire

et jeté des bombes.

… … … … … … … … … … … .

 

J’ai formellement contesté les allégations inexactes de l’ambassadeur

et, de mon côté, j’ai rappelé que, dès hier, je lui avais adressé une

note protestant contre les violations caractérisées de la frontière

française commises depuis deux jours par des détachements de troupes

allemandes.

 

_Lettre adressée le 3 août par M. René Viviani, président du Conseil,

ministre des Affaires étrangères, à MM. les représentants de la

France à l’étranger._

 

[Illustration]

 

4 Août 1914.

 

Violation par l’Allemagne du territoire belge, à Gemmerich

 

….. J’ai dit à M. Davignon que je pouvais lui donner l’assurance

que le Gouvernement de la République respecterait la neutralité de la

Belgique.

 

_Lettre de M. Klobukowski, ministre de France à Bruxelles, à M. René

Viviani, président du Conseil, ministre des Affaires étrangères._

 

….. L’Allemagne est donc obligée de ne pas tenir compte de la

neutralité belge: c’est pour elle une question de vie ou de mort de

prévenir l’avance de l’armée française.

 

VON JAGOW.

 

_Le secrétaire d’État aux Affaires étrangères d’Allemagne au prince

Lichnowsky, ambassadeur d’Allemagne à Londres._

 

….. Jamais, depuis 1830, heure plus grave ne sonna pour la Belgique.

La force de notre droit et la nécessité pour l’Europe de notre

existence autonome nous font encore espérer que ces événements redoutés

ne se produiront pas.

… … … … … … … … … … … .

 

Discours du roi Albert au Parlement belge.

 

[Illustration]

 

4 Août 1914.

 

Le Chiffon de papier

 

….. Il (M. de Bethmann-Hollweg) a dit que la mesure prise par le

Gouvernement de S. M. Britannique était terrible au dernier point:

juste pour un mot “neutralité”—un mot dont, en temps de guerre, on

n’a si souvent tenu aucun compte—juste pour un chiffon de papier, la

Grande-Bretagne allait faire la guerre à une nation à elle apparentée,

qui ne désirait rien tant que d’être son amie.

… … … … … … … … … … … .

 

Il tient la Grande-Bretagne pour responsable de tous les terribles

événements qui pourront se produire.

 

J’ai protesté avec force contre cette déclaration et ai dit que, de

même que lui-même et M. de Jagow désiraient me faire comprendre que,

pour des raisons stratégiques, c’était pour l’Allemagne une affaire

de vie ou de mort d’avancer à travers la Belgique et de violer la

neutralité de cette dernière, de même je désirais qu’il comprît que

c’était pour ainsi dire une affaire de “vie ou de mort” pour l’honneur

de la Grande-Bretagne que de tenir l’engagement solennel pris par elle

de faire en cas d’attaque tout son possible pour défendre la neutralité

de la Belgique…

 

_Rapport de Sir E. Goschen, ambassadeur de Grande-Bretagne à Berlin, à

Sir Ed. Grey, ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne._

 

[Illustration]

 

4 Août 1914.

 

La Nécessité ne connaît pas de loi

 

….. Nous nous trouvons en état de légitime défense et la nécessité ne

connaît pas de loi.

 

Nos troupes ont occupé Luxembourg et ont peut-être déjà pénétré en

Belgique. Cela est en contradiction avec les prescriptions du droit

des gens. La France, il est vrai, a déclaré à Bruxelles qu’elle était

résolue à respecter la neutralité de la Belgique aussi longtemps que

l’adversaire la respecterait. Mais nous savions que la France se tenait

prête pour envahir la Belgique. _La France pouvait attendre. Nous,

pas. Une attaque française sur notre flanc dans la région du Rhin

inférieur aurait pu devenir fatale._ C’est ainsi que nous avons été

forcés de passer outre aux protestations justifiées des Gouvernements

luxembourgeois et belge. L’injustice que nous commettons de cette

façon, nous la réparerons dès que notre but militaire sera atteint.

 

_Traduction du discours prononcé à la tribune du Reichstag par

M. de Bethmann-Hollweg et adressée par le baron Beyens, ministre

de Belgique à Berlin, à M. Davignon._

 

[Illustration]

 

4 Août 1914.

 

Funérailles de Jaurès

 

Au nom des organisations syndicales, de tous les travailleurs déjà

partis pour aller rejoindre leurs régiments, au nom de ceux, dont je

suis, qui partiront demain et qui sauront accomplir tout leur devoir,

je salue celui qui fut notre doctrine vivante, qui donna à la classe

ouvrière l’exemple de toutes les vertus et du dévouement au haut idéal

de justice sociale et d’affranchissement ouvrier….

… … … … … … … … … … … .

 

….. Oui, notre devoir, Jaurès nous l’a appris: c’est d’aller sur les

champs de bataille avec la volonté ardente de repousser l’agresseur,

portant dans nos cœurs, non la haine des hommes, mais de l’impérialisme

qui veut nous opprimer.

 

Contre cet impérialisme, toute la classe ouvrière va se dresser en

soldats de la liberté qui entendent conquérir pour tous les opprimés,

pour les autres comme pour eux-mêmes, un régime de liberté comme

le nôtre, créer l’harmonie entre les peuples avec l’entente et la

sauvegarde de toutes les nations.

 

_Discours prononcé par M. Jouhaux, secrétaire général de la C. G. T.,

aux obsèques de Jaurès._

 

[Illustration]

 

5 Août 1914.

 

Mobilisation et embarquement des troupes anglaises

 

L’Angleterre a sommé ce matin l’Allemagne de respecter la neutralité

belge. L’ultimatum dit que, vu la note…

 

….. Vu le fait que l’Allemagne a refusé de donner à l’Angleterre la

même assurance que celle donnée la semaine dernière par la France,

l’Angleterre doit demander à nouveau une réponse satisfaisante au sujet

du respect de la neutralité belge et d’un traité dont l’Allemagne est

signataire aussi bien qu’elle-même. L’ultimatum expire à minuit.

 

_Télégramme adressé le 4 août par le comte de Lalaing, ministre du

roi de Belgique à Londres, à M. Davignon, ministre des Affaires

étrangères de Belgique._

 

L’Allemagne ayant rejeté les propositions anglaises, l’Angleterre lui a

déclaré que l’état de guerre existait entre les deux pays, à partir de

11 heures.

 

_Télégramme adressé le 5 août par le ministre du roi de Belgique à

Londres à M. Davignon._

 

[Illustration]

 

5 Août 1914.

 

Paris en état de siège

 

Le préfet de police rappelle au public qu’en vertu de l’état de siège,

tout attroupement est interdit sur la voie publique. Les auteurs de

pillage, cris et chants séditieux commis ou proférés dans des lieux

publics seront immédiatement déférés en conseil de guerre.

 

_Le Général de division,

Le Préfet de police, gouverneur militaire de Paris_,

HENNION. Général MICHEL.

 

Affiche apposée le 5 août sur les murs de Paris.

 

Le préfet de police fait appel au patriotisme et à l’énergie de tous

les agents des services actifs pour réprimer les désordres. Ces agents

ne doivent pas oublier qu’en pillant des commerçants (dont beaucoup

sont des Alsaciens-Lorrains servant la France), quelle que soit la

consonance de leurs noms, on ne réjouit que les ennemis de la patrie.

… … … … … … … … … … … .

 

Les conseils de guerre se montreront très rigoureux contre tous auteurs

et complices de ces infractions.

 

Le Préfet de police,

HENNION.

 

Circulaire du Préfet de police publiée le 5 août.

 

[Illustration]

 

8 Août 1914.

 

Première Prise de Mulhouse

 

MON GÉNÉRAL,

 

L’entrée des troupes françaises à Mulhouse, aux acclamations des

Alsaciens, a fait tressaillir d’enthousiasme toute la France.

 

La suite de la campagne nous apportera, j’en ai la ferme conviction,

des succès dont la portée militaire dépassera celle de la journée

d’aujourd’hui.

 

Mais, au début de la guerre, l’énergique et brillante offensive que

vous avez prise en Alsace nous met dans une situation morale qui nous

apporte un précieux réconfort.

 

Je suis profondément heureux, au nom du Gouvernement, de vous en

exprimer ma gratitude.

 

Lettre de M. Messimy, ministre de la Guerre, au général en chef.

 

[Illustration]

 

17 Août 1914.

 

Manifestation, dans la charité, de la concorde nationale

 

CHERS ENFANTS DE LA FRANCE,

 

Je viens, pour obéir au ministre de la Guerre, vous donner de nos

nouvelles.

 

A l’heure même où vous partiez, toutes nos discordes se sont apaisées:

nous ne sommes plus qu’une grande famille de qui la jeunesse est partie

pour aller défendre à la frontière le patrimoine sacré légué par nos

ancêtres.

 

Des adversaires d’hier, qui souvent échangeaient de mortelles injures,

s’efforcent ensemble d’assurer les moyens de vivre aux familles de ceux

qui offrent leur sang à la patrie.

 

Vous avez peut-être peine à croire que des royalistes, des

bonapartistes, des républicains modérés, des radicaux, des socialistes,

des révolutionnaires, et Mgr l’archevêque de Paris, et le grand rabbin

et des protestants, et des libres-penseurs s’accordent fraternellement.

 

Cela est, cependant, et je le vois tous les jours.

… … … … … … … … … … … .

 

Article de M. Ernest Lavisse, publié par le Bulletin des Armées de

la République.

 

[Illustration]

 

21 Août 1914.

 

Les Engagements volontaires des étrangers

 

APPEL AUX AMIS DE LA FRANCE,

 

L’heure est grave.

 

Tout homme digne de ce nom doit aujourd’hui agir, doit se défendre

de rester inactif au milieu de la plus formidable conflagration que

l’Histoire ait jamais pu enregistrer. Toute hésitation serait un crime.

Pas de paroles, donc des actes.

 

Des étrangers amis de la France qui, pendant leur séjour en France, ont

appris à l’aimer et à la chérir comme une seconde patrie, sentent le

besoin impérieux de lui offrir leurs bras.

 

Intellectuels, étudiants, ouvriers, hommes valides de toute sorte, nés

ailleurs, domiciliés ici, nous qui avons trouvé en France la nourriture

de notre esprit ou notre nourriture matérielle, groupons-nous en un

faisceau solide de volontés mises au service de la plus grande France.

 

Signé: CANUDO, Blaise CENDRARS, Léonard SARLIUS, CSAKY, KAPLAN, BEER,

OZNOTSKY, DOUBROWSKI, ISBIZCKI, SCHOUMOFF, ROLDIREFF, KOZLINE, ESSEN,

LIOSCHITZ, FRISENDAHL, ISRAILEVITCH, VERTEPOFF.

 

[Illustration]

 

24 Août 1914.

 

Les Allemands envahissent la France

 

Tous les Français déploreront l’abandon momentané des portions du

territoire annexé que nous avions occupées. D’autre part, certaines

parties du territoire national souffriront malheureusement des

événements dont elles seront le théâtre. Épreuve inévitable, mais

provisoire. C’est ainsi que les éléments de cavalerie allemande,

appartenant à une division indépendante opérant à l’extrême droite ont

pénétré dans la région de Roubaix-Tourcoing qui n’est défendue que par

des éléments territoriaux.

 

Le courage de notre vaillante population saura supporter cette épreuve

avec une foi inébranlable dans le succès final qui n’est pas douteux.

En disant au pays la vérité entière, le Gouvernement et les autorités

militaires lui donnent la plus forte preuve de leur absolue confiance

dans la victoire qui ne dépend que de notre persévérance et notre

ténacité.

 

Communiqué officiel du 25 août.

 

[Illustration]

 

25 Août 1914.

 

Évacuation des villages du nord de la France

 

Dans certaines régions du Nord, les populations de quelques villes

et villages se sont effrayées à la vue d’éclaireurs ennemis. Ces

incursions passagères, qui peuvent se produire dans toute guerre à une

distance parfois très grande des opérations importantes, ne doivent pas

alarmer, car elles n’indiquent pas du tout une occupation imminente de

l’ennemi.

 

Note officielle communiquée à la Presse.

 

Je vous invite, de la façon la plus formelle, à n’abandonner votre

poste que sur ordre du Gouvernement ou de l’autorité militaire. Vous

devez donner aux populations l’exemple du calme et du sang-froid. Tous

les fonctionnaires doivent rester à leur poste. Les mesures les plus

rigoureuses seront prises contre ceux qui manqueraient à leur devoir.

 

_Instructions pour les fonctionnaires adressées par M. Malvy,

ministre de l’Intérieur, aux préfets et sous-préfets des

départements frontières._

 

[Illustration]

 

29 Août 1914.

 

Appel au pays

 

Le Gouvernement nouveau vient de prendre possession de son poste

d’honneur et de combat.

… … … … … … … … … … … .

 

Le Gouvernement sait qu’il peut compter sur le pays. Ses fils répandent

leur sang pour la patrie et la liberté. Aux côtés des héroïques armées

belges et anglaises, ils reçoivent sans trembler le plus formidable

ouragan de fer et de feu qui ait jamais été déchaîné sur un peuple. Et

tous se tiennent droits. Gloire à eux! Gloire aux vivants et aux morts!

Les hommes tombent. La nation continue.

… … … … … … … … … … … .

 

Pendant ce temps, nos alliés russes marchent d’un pas décidé vers la

capitale de l’Allemagne.

… … … … … … … … … … … .

 

Face à la frontière! Nous avons la méthode et la volonté. Nous aurons

la victoire.

 

René VIVIANI, président du Conseil; Aristide BRIAND, _ministre de la

Justice_, vice-président du Conseil; DELCASSÉ, _ministre des Affaires

étrangères_; MALVY, ministre de l’Intérieur; RIBOT, _ministre des

Finances_; MILLERAND, ministre de la Guerre; AUGAGNEUR, _ministre

de la Marine_; SARRAUT, ministre de l’Instruction publique; Marcel

SEMBAT, ministre des Travaux publics; THOMSON, _ministre du Commerce,

des Postes et des Télégraphes_; DOUMERGUE, ministre des Colonies;

DAVID, ministre de l’Agriculture; BIENVENU-MARTIN, _ministre du

Travail_; Jules GUESDE, ministre sans portefeuille.

 

[Illustration]

 

29 Août 1914.

 

Mise en état du camp retranché de Paris

 

Dans le Nord, les lignes franco-anglaises ont été légèrement ramenées

en arrière. La résistance continue.

 

Communiqué officiel du 17 août.

 

La situation de notre front, de la Somme aux Vosges, est restée

aujourd’hui ce qu’elle était hier. Les forces allemandes paraissent

avoir ralenti leur marche.

 

Communiqué officiel du 19 août.

 

Hier matin, parmi les questions examinées, on s’est occupé spécialement

de la mise en état du camp retranché de Paris. Les travaux, déjà très

avancés sur la périphérie, vont être poursuivis particulièrement en ce

qui concerne les dégagements prévus.

 

Note officielle communiquée à la Presse.

 

[Illustration]

 

30 Août 1914.

 

Un Avion allemand jette des bombes sur Paris

 

Des forces allemandes progressent dans la direction de La Fère.

 

Communiqué officiel du 30 août.

 

Parisiens, l’armée française a été battue à La Fère. Rendez-vous.

 

_Lettre jetée avec une oriflamme aux couleurs allemandes par

l’aviateur allemand qui survola Paris._

 

MON CHER PRÉSIDENT,

 

Au moment de quitter les fonctions de gouverneur militaire de Paris,

je tiens à vous exprimer ma reconnaissance pour la collaboration

précieuse et dévouée que vous et MM. les membres du Conseil municipal

de Paris vous avez bien voulu me donner. Jamais je n’oublierai

l’attitude calme et résolue de la population parisienne que vous

représentez, alors que l’ennemi s’approchait de la capitale.

 

Veuillez agréer, mon cher Président, l’assurance de mes sentiments

profondément dévoués.

 

GALLIENI.

 

_Lettre adressée le 30 octobre 1915 par le général Gallieni à M. Adrien

Mithouard, président du Conseil municipal de Paris._

 

[Illustration]

 

30 Août 1914.

 

Destruction des maisons situées sur la zone militaire de Paris

 

Vu le décret du 2 août 1914 ensemble la loi du 5 août 1914 déclarant

l’état de siège;

 

Vu le décret du 10 août 1914 déclarant les circonscriptions

territoriales formant le gouvernement militaire de Paris en état de

guerre;

 

En raison des circonstances urgentes;

 

Décide:

 

1º Dans un délai de quatre jours francs à compter du 30 août, les

propriétaires, usufruitiers, locataires ou occupants à un titre

quelconque de tous immeubles situés dans la zone de servitude des

forts détachés anciens et nouveaux devront évacuer et démolir lesdits

immeubles;

 

2º A défaut par les intéressés d’avoir obéi à la présente prescription

dans le délai imparti, il sera procédé d’office par l’autorité

militaire à la démolition des immeubles et à l’enlèvement des matériaux.

 

Le Gouverneur militaire de Paris, commandant des armées de Paris,

 

Signé: GALLIENI.

 

[Illustration]

 

31 Août 1914.

 

Les Turcos traversent Paris

 

….. L’inflexible fermeté (des armées Lanrezac, de Langle, Ruffey, de

Castelnau et Dubail) va rendre possible notre manœuvre offensive.

 

Pour préparer cette offensive, nous avons constitué, le 26 août, à

notre gauche, une nouvelle armée commandée par le général Maunoury.

Cette armée doit se concentrer les jours suivants dans la région

d’Amiens.

 

Mais le progrès de l’ennemi, par étapes de 45 kilomètres par jour, est

si rapide que, pour réaliser son plan offensif, le général Joffre doit

prescrire la continuation de la retraite.

 

On reculera jusqu’à l’Aube, au besoin jusqu’à la Seine.

 

Tout sera subordonné à la préparation du succès de l’offensive.

 

Rapport inséré au Journal officiel du 5 décembre 1914.

 

[Illustration]

 

31 Août 1914.

 

Les Voies sont détruites sur la ligne du Nord.

 

[Illustration: UNE AFFICHE DES CHEMINS DE FER DU NORD LE 31 AOUT 1914]

 

[Illustration]

 

31 Août 1914.

 

Suppression des sauf-conduits pour quitter Paris

 

La situation générale ne s’est modifiée que sur nos ailes.

 

A notre gauche, les Allemands ont gagné quelque terrain. Au centre,

pas de modification sensible: on ne s’est pas battu. En Lorraine, nous

avons remporté de nouveaux avantages.

 

Communiqué officiel du 1er septembre.

 

Afin de faciliter le déplacement des réfugiés qui traversent Paris, le

ministre de la Guerre vient d’ordonner la suppression des sauf-conduits

qui étaient exigés pour quitter Paris en chemin de fer.

 

Tous ceux qui voudront s’éloigner de la capitale n’auront qu’à se munir

de pièces d’identité usuelles: livret de mariage, pièces attestant le

domicile, etc., etc.

 

Note officielle communiquée à la Presse.

 

[Illustration]

 

1er Septembre 1914.

 

_La Tolérance accordée aux automobiles pour quitter Paris est prolongée

jusqu’au 3 septembre_

 

ÉLOGE DES TERRITORIAUX QUI GARDENT LES VOIES

 

Les hommes de la territoriale et de la réserve de la territoriale

chargés de la garde des voies de communication s’acquittent de leur

mission avec une conscience et un zèle au-dessus de tout éloge.

 

Ils ont admirablement compris l’importance de leur tâche, surveillent

nuit et jour les voies ferrées et les routes et examinent avec le plus

grand soin les laissez-passer exigibles des personnes circulant en

automobile.

 

Les hommes mobilisés qui passent en chemin de fer reçoivent des

postes de garde, des vivres supplémentaires et des bouquets de fleurs

dont ils ornent les wagons. Ces postes ont, par leur vigilance, très

utilement contribué au succès de nos transports de mobilisation et de

concentration.

 

Officiel.

 

[Illustration]

 

1er Septembre 1914.

 

_On interdit les gros titres des journaux et leur criage sur la voie

publique_

 

Le préfet de police vient de rédiger une ordonnance relative aux titres

dits “manchettes” des journaux.

 

Aux termes de cette ordonnance, les titres des articles ne pourront

avoir une largeur supérieure à la largeur maximum de deux colonnes.

 

En outre, les journaux qui continueront à se vendre par porteurs sur la

voie publique ne pourront être criés, même par le titre du journal.

 

Les journaux qui useront de ce mode de vente devront faire figurer en

première page la mention “Ce journal ne peut être crié”.

 

Note communiquée à la Presse le 1er septembre.

 

Une ordonnance du 29 août interdisait à tout journal ou écrit

périodique de faire paraître plus d’une édition en vingt-quatre heures

(_N. de l’A._).

 

[Illustration]

 

2 Septembre 1914.

 

Le Gouvernement quitte Paris

 

FRANÇAIS,

 

Depuis plusieurs semaines des combats acharnés mettent aux prises nos

troupes héroïques et l’armée ennemie. La vaillance de nos soldats leur

a valu, sur plusieurs points, des avantages marqués. Mais, au nord, la

poussée des forces allemandes nous a contraints à nous replier.

 

Cette situation impose au Président de la République et au Gouvernement

une décision douloureuse. Pour veiller au salut national, les Pouvoirs

publics ont le devoir de s’éloigner, pour l’instant, de la ville de

Paris.

 

Sous le commandement d’un chef éminent, une armée française, pleine de

courage et d’entrain, défendra contre l’envahisseur la capitale et sa

patriotique population.

… … … … … … … … … … … .

 

Proclamation du Gouvernement au pays.

 

[Illustration]

 

3 Septembre 1914.

 

Paris mis en état de défense

 

… … … … … … … … … … … .

….. Le Gouvernement ne quitte Paris qu’après avoir assuré la défense

de la ville et du camp retranché par tous les moyens en son pouvoir.

Il sait qu’il n’a pas besoin de recommander à l’admirable population

parisienne le calme, la résolution et le sang-froid. Elle montre tous

les jours qu’elle est à la hauteur des plus grands devoirs.

… … … … … … … … … … … .

 

Proclamation du Gouvernement au pays.

 

ARMÉE DE PARIS, HABITANTS DE PARIS,

 

Les membres du Gouvernement de la République ont quitté Paris pour

donner une impulsion nouvelle à la défense nationale.

 

J’ai reçu le mandat de défendre Paris contre l’envahisseur.

 

Ce mandat, je le remplirai jusqu’au bout.

 

GALLIENI.

 

Proclamation du gouverneur militaire de Paris.

 

[Illustration]

 

5 Septembre 1914.

 

Réquisition des fiacres automobiles dans Paris

 

….. A la suite de nos échecs du mois d’août, en Belgique, le

généralissime avait pris le parti de reculer en bon ordre et de ne

prendre l’offensive que lorsque ses lignes seraient rétablies.

 

Le 5 septembre, les conditions que recherchait le général en chef sont

remplies. En effet, notre gauche (armée Maunoury, armée anglaise, armée

d’Esperey) n’a plus à craindre d’être coupée.

 

Au contraire, l’armée allemande de droite (général von Kluck) en

marchant au sud vers Meaux et Coulommiers offre son flanc droit à

l’armée Maunoury.

 

Le 5, au soir, le général en chef ordonne l’offensive générale.

 

Rapport de l’État-major général.

 

[Illustration]

 

6 Septembre 1914.

 

Le Pacte de Londres

 

Les Gouvernements de Grande-Bretagne, de France et de Russie s’engagent

mutuellement à ne pas conclure de paix séparée au cours de la présente

guerre.

 

Les trois Gouvernements conviennent que lorsqu’il y aura lieu de

discuter les termes de la paix, aucune des puissances alliées ne pourra

poser des conditions de paix sans accord préalable avec chacune des

autres alliées.

 

Ont signé: Sir Edward GREY, _ministre des Affaires étrangères de la

Grande-Bretagne_; Paul CAMBON, ambassadeur de France à Londres;

Comte DE BECKENDORF, ambassadeur de Russie à Londres.

 

[Illustration]

 

6 Septembre 1914.

 

Première Journée de la bataille de la Marne

 

AU MOMENT OU S’ENGAGE UNE BATAILLE DONT DÉPEND LE SALUT DU PAYS,

IL IMPORTE DE RAPPELER A TOUS QUE LE MOMENT N’EST PLUS DE REGARDER

EN ARRIÈRE: TOUS LES EFFORTS DOIVENT ÊTRE EMPLOYÉS A ATTAQUER ET A

REFOULER L’ENNEMI.

 

UNE TROUPE QUI NE PEUT PLUS AVANCER DEVRA, COUTE QUE COUTE, GARDER LE

TERRAIN CONQUIS ET SE FAIRE TUER SUR PLACE PLUTOT QUE DE RECULER.

 

DANS LES CIRCONSTANCES ACTUELLES, AUCUNE DÉFAILLANCE NE PEUT ÊTRE

TOLÉRÉE.

 

Général JOFFRE.

 

_Ordre du jour adressé aux troupes par le général commandant en chef

des armées françaises._

 

[Illustration]

 

8 Septembre 1914.

 

Troisième Journée de la bataille de la Marne

 

Le but poursuivi par nos marches longues et pénibles est atteint: les

principales forces françaises ont dû accepter le combat après s’être

continuellement repliées. La grande décision est indiscutablement

proche: demain donc, la totalité des forces de l’armée allemande, ainsi

que toutes celles de notre corps d’armée devront être engagées sur

toute la ligne allant de Paris à Verdun.

 

Pour sauver le bien-être et l’honneur de l’Allemagne, j’attends de

chaque officier et soldat, malgré les combats durs et héroïques de ces

derniers jours, qu’il accomplisse son devoir entièrement et jusqu’à son

dernier souffle.

 

Tout dépend du résultat de la journée de demain.

 

_Ordre du jour adressé au VIIIe corps d’armée allemand la veille de

la bataille de la Marne._

 

[Illustration]

 

10 Septembre 1914.

 

Cinquième Journée de la bataille de la Marne

 

La 6e armée vient de soutenir pendant cinq jours entiers, sans

interruption ni accalmie, la lutte contre un adversaire nombreux et

dont le succès avait jusqu’à présent exalté le moral. La lutte a été

dure: les pertes par le feu, les fatigues dues à la privation de

sommeil et parfois de nourriture ont dépassé tout ce que l’on pouvait

imaginer.

… … … … … … … … … … … .

 

Camarades, le général en chef vous a demandé, au nom de la Patrie, de

faire plus que votre devoir. Vous avez répondu au delà même de ce qui

paraissait possible. Grâce à vous, la victoire est venue couronner nos

drapeaux.

… … … … … … … … … … … .

 

Quant à moi, si j’ai fait quelque bien, j’en ai été récompensé par le

plus grand honneur qui m’ait été décerné dans ma longue carrière, celui

de commander à des hommes tels que vous.

 

_Ordre du jour adressé par le général Maunoury aux troupes de

la 6e armée._

 

[Illustration]

 

12 Septembre 1914.

 

Victoire de la Marne

 

La bataille qui se livre depuis cinq jours s’achève en une victoire

incontestable. La retraite des Ire, IIe et IIIe armées allemandes

s’accentue devant notre gauche et notre centre. A son tour la IVe armée

ennemie commence à se replier au nord de Vitry et de Sermaize.

 

Partout l’ennemi laisse sur place de nombreux blessés et quantité de

munitions. Partout on fait des prisonniers. En gagnant du terrain,

nos troupes constatent les traces de l’intensité de la lutte et de

l’importance des moyens mis en œuvre par les Allemands pour essayer de

résister à notre élan.

 

La reprise vigoureuse de l’offensive a déterminé le succès. Tous,

officiers, sous-officiers et soldats, vous avez répondu à mon appel:

Tous, vous avez bien mérité de la Patrie.

 

JOFFRE.

 

Ordre du jour adressé aux troupes par le général en chef.

 

….. La Marne, bataille formidable, la plus grande bataille-manœuvre

de l’histoire par la direction, le coup d’œil et l’ampleur, a arrêté la

marche sur Paris et brisé l’élan de l’envahisseur…..

 

_Discours prononcé à la Chambre des Députés, le 12 octobre 1917, par

M. Leygues, ministre des Affaires étrangères._

 

[Illustration]

 

13 Septembre 1914.

 

Retraite et poursuite de l’ennemi

 

Notre victoire s’affirme de plus en plus complète: partout l’ennemi

est en retraite, partout les Allemands abandonnent prisonniers,

blessés, matériel. Après les efforts héroïques dépensés par nos troupes

pendant cette lutte formidable qui a duré du 5 au 12 septembre,

toutes nos armées, surexcitées par le succès, exécutent une poursuite

sans exemple. A notre gauche, nous avons franchi l’Aisne en aval de

Soissons, gagnant ainsi plus de 100 kilomètres en six jours de lutte.

Nos armées, au centre, sont déjà au nord de la Marne: nos troupes,

comme celles de nos alliés, sont admirables de moral, d’endurance

et d’ardeur. La poursuite sera continuée avec toute notre énergie.

Le Gouvernement de la République peut être fier de l’armée qu’il a

préparée.

 

JOFFRE.

 

Télégramme du général en chef à M. Millerand, ministre de la Guerre.

 

[Illustration]

 

16 Septembre 1914.

 

Sur les Traces de l’ennemi

 

Nous ne faisons pas la guerre contre les citoyens, mais seulement

contre l’armée ennemie. Malgré cela les troupes allemandes ont été

attaqué en grand nombre par des personnes qui n’appartiennent pas à

l’armée.

 

Pour empêcher ces brutalités, à l’avenir, j’ordonne ce qui suit.

 

1º Toute personne qui n’appartienne pas à l’armée et qui soit trouvée

les armes entre les mains sera fusillée à l’instant: elle sera

considérée hors du droit des gens.

 

2º Tous les armes, fusils, pistolets, etc. doivent être délivré par le

maire de tout village ou ville au commandant des troupes allemandes. En

cas qu’une seule arme soit trouvée dans n’importe quelle maison ou que

quelque acte d’hostilité soit commis contre nos troupes, les coupables

et les otages qui sont arrêtés dans chaque village seront fusillés sans

pitié.

 

Proclamation de l’armée allemande affichée dans les pays envahis.

 

[Illustration]

 

16 Septembre 1914.

 

Sur les Traces de l’ennemi

 

….. De même, après la documentation de nos précédents rapports, nous

avons renoncé à signaler les cas, continuellement renouvelés, où, sans

qu’aucune provocation, aucune parole, ni aucun geste eussent justifié

de tels attentats contre la liberté humaine, de paisibles habitants,

des femmes, des vieillards octogénaires et jusqu’à de jeunes enfants

ont été arrachés à leurs foyers avec tant de brutalité qu’on ne leur

a même pas permis de se vêtir suffisamment, ni d’emporter les objets

les plus indispensables. De lamentables troupeaux de captifs ont été

traînés ainsi au milieu des armées allemandes, poussés à coups de

crosse ou de baïonnette et soumis aux pires traitements. Beaucoup de

ces pauvres gens ont été massacrés en route parce que, brisés de coups,

épuisés de fatigue et d’inanition, ils ne pouvaient plus suivre leurs

bourreaux. D’autres sont morts en captivité.

 

_Rapport présenté à M. le président du Conseil par la Commission

instituée en vue de constater les actes commis par l’ennemi en

violation du droit des gens et publié par le_ Journal officiel _le 17

décembre 1915_.

 

[Illustration]

 

20 Septembre 1914.

 

Bombardement de la cathédrale de Reims

 

Les Allemands se sont acharnés, sans raison militaire, à tirer sur la

cathédrale de Reims qui est en flammes.

 

Communiqué officiel du 20 septembre.

 

Réponse aux explications allemandes.

 

….. Il suffit de se rendre compte de la situation pour constater

que nous n’avions aucun intérêt à placer des observateurs dans les

tours à demi démolies et surtout à faire des signaux lumineux, car

toute la plaine de Reims peut être surveillée aussi bien, et moins

dangereusement, des hauteurs avoisinantes.

 

Enfin, si nous avions eu des observateurs sur les tours, il aurait

suffi de les munir du téléphone pour leur permettre de communiquer

leurs renseignements sans éveiller l’attention de l’ennemi.

 

_Note officielle publiée le 20 octobre en réponse à un communiqué

allemand._

 

[Illustration]

 

22 Septembre 1914.

 

Des Nouvelles du pays

 

De très vives réclamations se sont fait jour contre les retards,

quelquefois prolongés, avec lesquels les correspondances adressées aux

militaires étaient distribuées.

… … … … … … … … … … … .

 

Le président du Conseil, d’accord avec le ministre de la Guerre, a

donné l’ordre au Service des Postes de mettre quarante ou cinquante

voitures automobiles postales à la disposition des armées.

… … … … … … … … … … … .

 

En signalant ces difficultés auxquelles il porte remède, le

Gouvernement doit faire constater qu’il en est d’autres auxquelles,

quel que soit son bon vouloir, il ne pourra obvier; il doit constater

que d’ailleurs le service est déjà amélioré. Il compte surveiller avec

un redoublement de vigilance cette situation, car il comprend très bien

qu’à l’heure où il n’est pas une famille qui n’ait un des siens face à

l’ennemi, c’est un réconfort pour tous les cœurs que de se communiquer

leurs émotions et leurs espérances.

 

Communiqué officiel du 22 septembre.

 

[Illustration]

 

23 Septembre 1914.

 

Les Obsèques des militaires décédés à Paris

 

La Préfecture de la Seine fait connaître que dès le début des

hostilités l’Administration de la ville de Paris s’est préoccupée des

obsèques des militaires qui viendraient à décéder à Paris et a réglé

avec le ministre de la Guerre toutes les dispositions à prendre aussi

bien pour les convois que pour les inhumations.

 

En vertu de ces dispositions, des divisions spéciales sont ouvertes

dans les cimetières parisiens de Pantin, de Bagneux et d’Ivry: les

militaires décédés y sont inhumés dans des concessions gratuites et

séparées.

… … … … … … … … … … … .

 

Les divisions spéciales consacrées dans les cimetières de Pantin, de

Bagneux et d’Ivry à l’inhumation des militaires décédés à Paris sont et

seront, il est inutile de le dire, l’objet des soins les plus attentifs.

 

Note communiquée à la Presse par la Préfecture de la Seine.

 

[Illustration]

 

25 Septembre 1914.

 

Bataille de l’Aisne

 

….. La bataille de l’Aisne prend donc sur une grande partie du

front un caractère de guerre de forteresse analogue aux opérations de

Mandchourie.

 

On peut ajouter que la puissance exceptionnelle du matériel

d’artillerie en présence (artillerie lourde allemande et canons de 75

français) donne une valeur particulière aux fortifications passagères

que les deux adversaires ont établies. Il s’agit donc de conquérir

des lignes de tranchées successives toutes précédées de défenses

accessoires et notamment de réseaux de fil de fer avec mitrailleuses en

caponnière.

 

Dans ces conditions la progression ne peut être que lente: il arrive

très fréquemment que les attaques ne progressent que de 500 mètres à 1

kilomètre par jour.

 

Communiqué officiel du 25 septembre.

 

[Illustration]

 

26 Septembre 1914.

 

Pour la Campagne d’hiver

 

Le ministre de la Guerre reçoit de divers côtés des demandes de

renseignements relatives à la destination à donner à de petits paquets

renfermant du linge et des vêtements chauds pour les militaires aux

armées.

 

Les donateurs sont priés de faire parvenir ces paquets soit aux dépôts

des corps de troupe, soit aux sous-intendances militaires, soit aux

magasins administratifs chargés de les centraliser et à qui toutes

instructions utiles seront données en vue de leur expédition à l’armée.

 

Afin de faciliter la répartition ultérieure de ces dons, chaque paquet

devra porter extérieurement une étiquette de toile solidement cousue

portant indication du contenu.

 

_Note du ministère de la Guerre communiquée à la Presse le 26

septembre._

 

[Illustration]

 

28 Septembre 1914.

 

Facilités accordées pour la visite des blessés

 

Le ministre de la Guerre vient de décider que des facilités de

transport seraient accordées aux familles désireuses d’aller visiter

les militaires blessés à l’ennemi. Les dispositions arrêtées sont les

suivantes:

 

Il est remis aux intéressés, par les soins des chefs de gare, un billet

à demi-place pour aller de leur domicile à l’établissement où leur

parent est hospitalisé et pour revenir à leur point de départ. Cette

réduction ne s’applique qu’aux personnes ayant le degré de parenté

suivant: ascendants, frère ou sœur, époux ou enfants.

 

La remise du billet n’est effectuée que sur présentation, par

l’intéressé, d’une pièce, télégramme ou lettre, authentiquée par le

maire et constatant le lieu de l’hospitalisation.

 

Note communiquée à la Presse par le ministère de la Guerre.

 

[Illustration]

 

12 Octobre 1914.

 

Réouverture des lycées et collèges

 

Parmi toutes les tristesses de cette guerre se cache pourtant une joie:

le lien qui nous unit maintenant aux Français.

… … … … … … … … … … … .

… … … … … … … … … … … .

 

Il y eut des jours où, durant la rapide marche en avant allemande, nous

craignions que les armées françaises ne fussent par trop inférieures à

leurs adversaires, où nous croyions que l’Allemagne ne serait battue

que sur mer et sur sa frontière orientale et qu’après la guerre la

France ne subsisterait, en tant que puissance, que grâce à l’aide de

ses alliés.

 

D’avoir eu cette peur, nous devons maintenant lui demander pardon…..

 

_Article paru dans le Times et lu dans les lycées et collèges, le jour

de leur réouverture, sur l’invitation du vice-recteur de l’Académie

de Paris._

 

[Illustration]

 

13 Octobre 1914.

 

Occupation de Lille par l’ennemi

 

A notre aile gauche, le front prend une extension de plus en

plus grande. Des masses de cavalerie allemande très importantes

sont signalées aux environs de Lille, précédant des éléments

ennemis qui font un mouvement dans la région au nord de la ligne

Tourcoing-Armentières.

 

Communiqué officiel du 6 octobre.

 

A notre aile gauche, les deux cavaleries opèrent toujours au nord de

Lille et La Bassée.

 

Communiqué officiel du 9 octobre.

 

La ville de Lille, tenue par un détachement territorial, a été attaquée

et occupée par un corps d’armée allemand.

 

Communiqué officiel du 13 octobre.

 

[Illustration]

 

14 Octobre 1914.

 

_Le Gouvernement belge se transporte au Havre après l’occupation

d’Anvers par les troupes allemandes_

 

MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

 

Je suis profondément touché de l’hospitalité que la France est

disposée à offrir si cordialement au Gouvernement belge et des

mesures que le Gouvernement de la République prend pour assurer notre

pleine indépendance et notre souveraineté. Nous attendons avec une

inébranlable confiance l’heure de la victoire commune, luttant côte

à côte pour une cause juste. Notre courage ne connaîtra jamais de

défaillance.

 

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à mon inaltérable

affection.

 

_Lettre du roi Albert au Président de la République pour remercier

le Gouvernement français d’avoir offert l’hospitalité, dans une ville

française, au Gouvernement belge._

 

[Illustration]

 

21 Octobre 1914.

 

Bataille de l’Yser

 

FUSILIERS MARINS, MES AMIS,

 

Le drapeau que le Gouvernement de la République vous remet aujourd’hui,

c’est vous-mêmes qui l’avez gagné sur les champs de bataille. Vous vous

êtes montrés dignes de le recevoir et de le défendre. Voilà de longues

semaines que, étroitement unis à vos camarades de l’armée de terre,

vous soutenez victorieusement, comme eux, la lutte la plus âpre et la

plus sanglante. Rien n’a refroidi votre ardeur, ni les difficultés

du terrain, ni les ravages qu’a d’abord faits parmi vous le feu de

l’ennemi; rien n’a ralenti votre élan, ni les gelées, ni les pluies,

ni les inondations. Vos officiers vous ont donné partout l’exemple

du courage et du sacrifice et partout vous avez accompli, sous leurs

ordres, des prodiges d’héroïsme et d’abnégation…..

 

_Discours prononcé le 10 janvier 1915, à Nieuport, par le Président

de la République, lors de la remise d’un drapeau aux nouvelles

formations de marins._

 

La bataille de l’Yser, bataille de géants, dont la grandeur s’accusera

dans le recul de l’Histoire, a arrêté la “Course à la mer”, seconde

manœuvre de grand style, dont l’État-major allemand attendait un

résultat décisif.

 

_Discours prononcé à la Chambre des Députés, le 12 octobre 1917, par

M. Leygues, ministre des Affaires étrangères._

 

[Illustration]

 

23 Octobre 1914.

 

Destruction du beffroi d’Arras par l’artillerie lourde allemande

 

L’Académie Française proteste contre les affirmations par lesquelles

l’Allemagne impute mensongèrement à la France ou à ses alliés

la responsabilité de la guerre. Elle proteste contre toutes les

négations[1] opposées à l’évidente authenticité des actes abominables

commis par les armées allemandes.

 

Au nom de la civilisation française et de la civilisation humaine, elle

flétrit les violateurs de la neutralité belge, les tueurs de femmes et

d’enfants, les destructeurs sauvages des nobles monuments du passé, les

incendiaires de l’Université de Louvain, de la cathédrale de Reims, qui

voulurent aussi incendier Notre-Dame de Paris.

 

Elle exprime son admiration aux armées qui luttent comme nous contre la

coalition de l’Allemagne et de l’Autriche.

 

_Protestation de l’Académie Française contre l’Allemagne, lue en

séance publique, et rédigée par M. Ernest Lavisse._

 

[1] Manifeste des 93 intellectuels allemands, visant les crimes de

droit commun accomplis par les troupes allemandes.

 

[Illustration]

 

2 Novembre 1914.

 

Les Ambassadeurs alliés quittent la Turquie

 

….. Le nombre toujours croissant des postes confiés, durant ces

dernières semaines, à des officiers allemands, la réception d’armes et

de munitions provenant d’Allemagne, l’accueil fait au Gœben et au

Breslau avaient justement alarmé le Gouvernement de la République.

… … … … … … … … … … … .

 

Le 29 octobre, les vaisseaux turcs ont, sans avertissement et sans

Continuer : partie 2 sur 3