Le Prométhée mal enchaîné

André Gide · Chapitre 14 sur 19

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Le Prométhée mal enchaîné

La Maladie de Damoclès

I

— Vous savez qu’il va mal, dit le garçon, revoyant Prométhée quelques jours après.

— Qui ?

— Damoclès — oh ! très mal : — c’est en sortant de votre conférence qu’il a pris cela…

— Mais quoi, cela ?

— Les médecins hésitent ; — c’est une maladie si rare… ils parlent d’un rétrécissement de la colonne…

— De la colonne ?

— De la colonne. — A moins d’un salut brusque et miraculeux, le mal ne peut que s’aggraver. Il est très bas, je vous assure, et vous devriez l’aller voir.

— Vous l’allez voir souvent ?

— Moi ? Tous les jours. Il s’inquiète de Coclès ; je lui porte de ses nouvelles.

— Que n’y va-t-il lui-même ?

— Coclès ? — Il est trop occupé. Votre discours, l’ignorez-vous ? a fait sur lui un effet extraordinaire. Il ne parle plus que de se dévouer et passe tout son temps à chercher partout dans les rues une nouvelle gifle qui vaille quelque argent à quelque nouveau Damoclès. Il tend en vain son autre joue.

— Prévenez le Miglionnaire.

— Je le renseigne chaque jour. C’est même pour cela que je vais chaque jour voir Damocle.

— Que n’y va-t-il lui-même ?

— C’est ce que je lui dis, mais il refuse. Il ne veut pas être connu. Damoclès guérirait pourtant s’il connaissait son bienfaiteur : je le lui dis, mais il persiste, veut garder son incognito — et je comprends bien maintenant que c’est, non Damoclès, mais bien sa maladie qui l’intéresse.

— Vous parliez de me présenter…?

— Dès maintenant, si vous voulez.

Du même pas ils y allèrent.

II

Ne l’ayant pas connu nous-mêmes, nous nous sommes promis de ne parler que peu de Zeus, l’ami du garçon.

Rapportons simplement ces quelques phrases.