Le Salon des Refusés: Le Peinture en 1863
Chapitre III
SOMMAIRE
Missive d'un élève, jeune encore, au nom des Refusés.—
Étrange prétention.—Un petit lopin.—Arguments sans
réplique, réponse accablante.—Le critique d'art revient sur
l'eau.—Il est question de M. Brivet-le-Gaillard et de
Molière.—Naïveté indispensable.—Premier prix donné à
M. Whistler.—Plusieurs tuiles se détachent et tombent sur
les têtes du Jury.—La bêtise afflige les uns et réjouit les
autres.—Déclaration de principes. —Dithyrambe bien
appliqué à M. Signol.—L'art militaire et la religion mal
représentés dans les arts.—Le suspect Briguiboul est
acquitté.—La Mythologie de M. Émile Loiseau n'est pas
adressée à Émilie Demoustier.—Mosaïque ou dessin à
petits carreaux.—M. Amand Gautier jette la pierre à la
femme adultère.—Le sujet est mis au concours par tout le
monde.—Le public refait le tableau.—Un amant en
déshabillé, vu de dos.—Le Muséum-Gautier. —Un petit air
qui n'est pas de Nargeot.—La Tombe de l'Oiseau ou
l'Architecte en démence.—Imitation de Vadé à l'adresse
du jury.—La province ne vote pas comme Paris.—Preuves
à l'appui.
Nous recevons une lettre de M. Ancourt, un des Refusés hardis inscrits sur le catalogue, une réclamation au nom des artistes refusés....
«Cet élève, jeune encore, écrit que les Refusés n'avaient pas la prétention d'être exposés face à face avec les peintres en renom et même déjà décorés (sic).» Mais, alors, quelle était leur prétention en envoyant leurs tableaux à la Commission d'examen?
Nous n'avons demandé qu'un petit coin,» répond ledit peintre, «pour recueillir, s'il est possible, quelques encouragements.» Ce petit coin, si modeste, vous pouviez l'obtenir sans vous faire refuser. On ne vous a fait la concession du grand coin de la Contre-Exposition que pour donner satisfaction aux plaignants et réclamants, et les faire ainsi juger, eux et le jury, par le public. Si le public ratifie par sa critique les refus de la Commission, les peintres sont condamnés, sinon, c'est la Commission qui est coupable.
Quant aux encouragements, qu'est-ce cela? Un artiste ne se décourage pas. Il sait ce qu'il fait et n'a pas besoin de compliments.
Qu'en regardant son œuvre il se dise: c'est bien, Sûr d'elle et sûr de lui,—tout le reste n'est rien.
Encourager qui? Quelqu'un qui fait mal à continuer?
Notre correspondant ajoute: «Nous ne disons rien de la prétendue injustice du jury, etc.» Pourquoi donc protester contre sa décision en acceptant la Contre-Exposition? Et M. Ancourt nous écrit tout ce que dessus A R ! J'affirme qu'il se trompe et qu'un grand nombre de Refusés n'ont pas les mêmes opinions que lui.
Quelques personnes se sont méprises à propos de la petite physiologie du critique d'art détaillée au commencement de ce livre. Je n'ai appliqué dérisoirement ce titre qu'à des jugeurs dont j'ai fait la description ressemblante, qu'à des faiseurs de Salons de profession qui ne savent ni critiquer, ni écrire, ni voir, ni lire. Mais il faut bien se garder de croire que je puisse confondre ces importants personnages avec des écrivains de génie ou de talent qui ont exprimé leurs opinions sur des peintres et sur la peinture. Si par quelques traits, ceux-ci se rapprochent de ceux-là, ce n'est qu'un petit ridicule qui se noie dans la valeur du littérateur-critique. Mais, je le répète, je n'ai pas plus voulu mêler ces hommes spirituels, intelligents et savants, que moi-même, qui suis bien aussi un peu critique d'art, aux pédadogues du Palais-de-Justice, de l'École normale, du Notariat, du monde et de brasserie, dont j'ai cité les infirmités, les tics, les dislocations, les loupes et les bosses intellectuelles. Quand on fait le portrait d'un type d'animal, cela n'est pas le portrait de tous les animaux. M. Brivet-le-Gaillard, déjà nommé, ne dit pas non plus que ses Types de chevaux représentent tous les chevaux. L'ancien Trissotin et l'ancien Vadius n'étaient pas, dans la pensée de Molière, la portraiture de tous les savants et poètes de son temps. De même, en caricaturant certains peintres très-nombreux, je ne parle que de ceux-là et non d'autres, comme le verront les gens qui continueront la lecture de ce livre. (Quoique tout ceci soit d'une simplicité qui le rend inutile à dire, il est bon, il est important de le dire. On ne saurait trop expliquer les choses).
La peinture la plus singulière, la plus originale, est celle de M. Whistler. La désignation de son tableau est: La Fille blanche. C'est le portrait d'une spirite, d'un médium. La figure, l'attitude, la physionomie, la couleur, sont étranges. C'est tout à la fois simple et fantastique. Le visage a une expression tourmentée et charmante qui fixe l'attention. Il y a quelque chose de vague et de profond dans le regard de cette jeune fille, qui est d'une beauté si particulière, que le public ne sait s'il doit la trouver laide ou jolie. Ce portrait est vivant. C'est une peinture remarquable, fine, une des plus originales qui aient passé devant les yeux du jury. Le refus de cette œuvre n'irrite que les gens qui croient aux examinateurs, aux comités et aux académies; ce refus fait plaisir à d'autres personnes et leur confirme une fois de plus la vérité. Ne rien faire qui vienne de soi-même, ne rien faire que d'après les autres, c'est ce que veulent dire règle et tradition, bases fondamentales de l'art académique, à qui nous devons Abel de Pujol et M. Signol.
Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois, etc.
Et, puisque je parle de ce membre de l'Institut, de ce juge des peintres, qu'il me soit permis (autrement je prends moi-même la permission) de citer ici, à cause de sa violence, un petit morceau extrêmement violent:
M. SIGNOL
«Une des hontes de notre temps, c'est qu'un peintre de la
force de M. Signol ait pu arriver à l'Institut. Ce que c'est,
cependant, que la médiocrité soutenue, la docilité
académique et la bêtise soumise! N'avoir ni impression, ni
idées, ni exécution, mais garder bonne mémoire des
pensums donnés à l'École des Beaux-Arts, et pieusement
conserver les recettes de la maison, cela suffit, paraît-il,
pour vous conduire à tout.
»M. Signol me représente un élève ignorant et noué, le
dernier de sa classe, toujours coiffé d'un bonnet d'âne, la
risée de ses camarades et le plastron des professeurs.
Plusieurs générations se succèdent; petit à petit, la classe
se vide; les professeurs meurent, et un beau jour, le
bonnet d'âne, resté seul, finit par monter en chaire.
»Sa profonde nullité a fait sa fortune. Il n'a heurté
personne, et, comme tous les gens médiocres, il a
avancé, soutenu par tout le monde. Très-fidèle à la
tradition de l'École, je ne crois pas qu'il ait jamais peint un
sujet en dehors de l'Antique ou de l'Évangile. Le cycle de
ses sujets est pour lui le cercle de Popilius: Il n'en sort
pas.
»Le Supplice d'une vestale obtient au Salon, cette année,
un succès de fou rire, et Rhadamiste et Zénobie
rappellent avec bonheur le Malek-Adel de Mme Cottin qui
inspira tant de pendules au commencement de ce siècle.
Il est impossible de dire ce qu'est la peinture. Elle a la
propreté lustrée du cuir verni; elle en a aussi la
sécheresse cassante. Est-elle passée au four comme la
peinture de Sèvres?
»Mais que vais-je chercher là? On ne peut pas plus
s'occuper de la couleur de M. Signol, que de sa
composition, que du choix de ses sujets. La seule chose
qu'on soit en droit de lui demander, c'est un peu de
pudeur. Lorsqu'on peint comme lui, on se cache.»
H D L M .
(Figaro-Programme, 20 mai 1863)
Il est à remarquer que les tableaux religieux, que les tableaux à sujets académiques, militaires, mythologiques et romains, sont les plus mauvais. Que de victimes de MM. Brascassat, Léon Cogniet, Yvon, Gleyre! etc., etc.
Il faut excepter M. Briguiboul. Son tableau mythologique est beau; il a bien plus de valeur que son tableau reçu. Ce n'est pas seulement mon opinion, c'est celle de beaucoup de peintres, et je crois pouvoir dire de tout le monde. Mais, malgré son talent, M. Briguiboul doit être classé parmi L S . Il n'est pas inscrit sur le catalogue.
Il proteste timidement au Salon des Refusés contre son rejet. Il ne se montre que comme quelqu'un qui se cache. Je sais par hasard que ce beau tableau est de lui.
Voici un autre tableau mythologique, celui de M. Émile Loiseau, Hercule filant aux pieds d'Omphale. Quelques peintres disent que ce tableau est un Jules Romain. Ce n'est pas ce que je pense; d'ailleurs, mieux vaudrait être soi, fut-on mauvais, que d'être un imitateur. L'Hercule de M. Loiseau est formidable même pour un Hercule. Ce n'est pas des biceps qu'il a sur les bras, mais des montagnes. Son torse est tellement accidenté d'énormes capitons que cela doit le gêner. Du reste, tout est hercule dans ce tableau. Omphale aussi se porte bien! Quelle gaillarde! Cependant cette peinture ne méritait pas les honneurs du refus. Par exemple, l'Intérieur mauresque, du même peintre n'est pas du tout de mon goût, je l'avoue. Il ressemble à une tapisserie ou plutôt à un dessin industriel colorié sur papier à petits carreaux.
M. Amand Gautier figure aux deux Expositions. La Femme adultère est un beau tableau dont le refus ne peut s'expliquer que parce qu'il est beau. Quelques peintres pensent que les peintres du jury, qui ont fait dans leur jeunesse une Femme adultère, n'auront pas admis qu'on traitât le sujet évangélique autrement que classiquement. M. Gautier a représenté sur le seuil d'un petit temple grec un mari féroce, dont la figure est toute en poils, menaçant de transpercer de son doigt pointu sa femme qu'il a chassée pour cause d'adultère.
Une femme, après tout, n'est pas une muraille, Quand son cœur lui dit: Va! que diable! il faut qu'elle aille.
Un ciel en feu, un chien qui aboie, des arbres aux rameaux pointus et tendus comme le doigt de l'époux irrité, semblent être tous avec lui contre la malheureuse jeune femme. Je ne pense pas que M. Gautier ait voulu donner une leçon à Jésus-Christ qui pardonne à la femme adultère; mais j'ai entendu quelques personnes le supposer. Le tableau est très-bien peint;—la femme, le ciel, le chien surtout sont réussis. On ne peut s'empêcher de prendre le parti de cette jeune épouse qui doit être jolie, je dis qui doit, car elle cache sa figure dans ses mains. Le mari est plus désagréable, plus méchant, plus ridicule encore que ne le sont ses semblables ordinairement. Le ciel orageux est admirable—pas de charité,—et cela s'explique mal, puis-qu'il est le séjour du Christ.
Ce qu'il y a de plus comique, c'est que chacun éprouve le besoin de recomposer le tableau de M. Gautier. L'un dit: le mari devrait être chauve, et fait plusieurs observations judicieuses à ce propos. L'autre prétend que dans le fond du paysage on devrait apercevoir de dos l'amant, fuyant en tenant sa culotte sur le bras. Un troisième voudrait que le chien, au lieu de prendre part à... l'accident de son maître, léchât les mains de sa douce maîtresse. Enfin, chacun refait le tableau à sa manière, et la Femme adultère est bien certainement le sujet qui aura été traité le plus cette année.
M. Amand Gautier est un des jeunes peintres qui se sont fait remarquer dans ces derniers temps: La Promenade des Frères, les Folles de la Salpétrière, les Sœurs de chanté sont des tableaux connus, estimés. La Femme adultère est digne de ces peintures qui avaient été admises aux Expositions précédentes.
Le peintre Gautier ne s'est pas seulement fait connaître par ses tableaux; sa ménagerie ne l'a pas moins illustré. Il avait dans son atelier, singe, chats, perroquet, chiens, rats, serins et une alouette qu'il préférait même à son singe, nommé Arthur. Lorsque cette jolie alouette mourut, je fis sur elle, pour adoucir la vive douleur du peintre, la chanson suivante, qui arrive ici comme dans un vaudeville (entrée habilement préparée):
L'ALOUETTE DU PEINTRE GAUTIER
Qu'a donc le peintre Gautier?
Revient-il de l'autre monde?
Ne sait-il plus son métier?
Est-ce que Courbet le gronde?
Ses lèvres n'ont plus d'accueil
Même pour le doux sourire.
Une larme dans son œil
Ne cesse jamais de luire;
Son ami, le singe Arthur,
Ne fait plus de cabrioles.
Le perroquet, d'un air dur,
Roule d'amères paroles.
Pourquoi donc tout l'atelier
S'attriste-t-il de la sorte
Avec le peintre Gautier?
C'est que l'alouette est morte!!!
Il aimait tant cet oiseau
Auquel, sur la serinette,
Il apprenait un morceau
Ou l'air d'une chansonnette!
Un rayon parti des champs
Venait-il dorer sa cage,
L'alouette dans ses chants
Semblait rêver paysage,
Elle était heureuse, alors,
Le plumage de sa tête
Tout d'un coup formant un corps
Se dressait comme une aigrette!
Elle semblait un instant,
Par ses ailes soutenue,
Planer sur le blé flottant
Et s'élever dans la nue,
Elle mangeait du millet
Dans la main de son bon maître,
Et jamais ne s'envolait
Quand il ouvrait lu fenêtre.
Avec tous les animaux
Elle était si bien unie.
Que pas un jour de gros mots
N'ont troublé leur harmonie.
On n'aurait pas pu l'avoir
Ni pour cent francs, ni pour mille,
Me disait Gautier un soir.
Sa douleur n'est pas puérile.
Il faudrait être bien dur
Pour railler d'une alouette.
Les cœurs simples comme Arthur
Comprendront qu'on la regrette.
Un jour Gautier s'en allant
Porte la pauvre petite
Chez un ami bienveillant.
Il devait revenir vite.
L'alouette était encor
Plus aimainte que son maître,
Son départ causa sa mort.
Elle se tua peut-être!...
Gautier comprit tous ses torts
Et demeura morne en face
De ce pauvre petit corps
Déjà froid comme la glace.
Gâchet, un bon médecin,
Fut chargé de l'autopsie.
«L'oiseau, dit-il, était sain;
Il est mort d'apoplexie.»
Les restes du cher oiseau
Furent déposés en terre
Sous un cerisier fort beau,
Dans un jardin solitaire.
Trois dames ont accompli
Cette mission secrète.
An pied du bel arbre on lit:
Ici gît une alouette.
Ce n'est pas tout.
Jugez de mon étonnement: Je passais dans le Salon de l'architecture refusée. Tout d'un coup, je vis Un projet de tombeau pour une fauvette! Ce projet de l'architecte, M. Edmond Morin, n'a pas été réalisé: il n'est pas même indiqué dans le catalogue. On m'a raconté que l'auteur l'avait fait pour l'alouette de M. Gautier. Mais le peintre l'ayant refusé, préférant un cerisier pour tout mausolée, l'architecte, vexé, destina son projet de tombeau à une fauvette imaginaire.
M. Morin est le seul architecte dont nous parlerons. L'architecture, comme la tragédie et comme la sculpture, est en pleine déroute. On ne sait même pas imiter. On ne sait plus faire que des maisons et des embarcadères, comme l'église de Saint-Vincent-de-Paul et autres, ou des échafaudages de pâtisserie.
Reprenons haleine.
Il me semble qu'il y a longtemps que je n'ai dit des choses désagréables au jury—depuis le commencement de ce chapitre.
Ah! c'est que je ne suis pas comme la bonne province; je n'ai pas été nourri dans le respect de la niaiserie chauve et du crétinisme entêté aux cheveux d'un blanc jaune, aux oreilles bouchées par le coton.
Ces cheveux—devenus blancs à force d'outrage Au bien élémentaire,—on doit les respecter, A dit, d'un air profond, un pion sans ouvrage Que son cuir chevelu ne pouvait qu'irriter.
Vraiment, je ne suis pas flatteur—on le voit—pas plus pour mes amis les peintres et les critiques d'art que pour d'autres; je ne crible pas ceux-ci de compliments et ceux-là d'invectives. Je suis sûr jusqu'au bout de ne pas épargner les gens, sans pédantisme, sans forfanterie, uniquement parce que je ressens l'irrésistible besoin de dire mon opinion—mon opinion qui me semble être pleine de raison, —autrement je ne la publierais pas. Mais n'est-ce pas violent de voir tant de dessus et tant de dessous de pain à l'huile—et au vinaigre— s'étaler majestueusement d'un côté interdit à d'autres pauvres croûtes non moins rassies et non moins trempées?—Et de ne rencontrer les plus hardies peintures que dans les salles des Refusés!
N'est-il pas temps de laisser à tous les artistes le droit et la possibilité de montrer leurs œuvres? Que peuvent les censures? Le public à tête de veau lui-même n'est-il pas mille fois plus intelligent que tous les jurys du monde? Sa raillerie, son gros rire suffisent et ne ruinent ni ne désespèrent l'artiste. Au contraire, les arrêts académiques, outre qu'ils sont toujours contestables et contestés, accablent les pauvres victimes et les empêchent de vendre leurs tableaux bons ou mauvais. Là les Académies cessent d'être risibles. Puisqu'on ne peut empêcher les mauvais artistes de pulluler, à quoi bon les empêcher de vivre? Trop de mécaniques et de machines à vapeur remplacent avantageusement les hommes et les forcent de ne pas subsister. Laissons les peintres inoffensifs remplir tranquillement les crèmeries en essayant de faire quelque chose.
Après ces considérations philanthropiques, comment s'expliquer le style—on pourrait dire académique—des critiques d'art de la banlieue et de la province?
«H ' est empaillé!» s'écrie M. C. Brun, en parlant
d'un tableau, dans le Courrier artistique. L'article commence ainsi:
«L'Exposition des Refusés pourrait aussi s'appeler
l'Exposition des comiques. Quelles toiles! quelles œuvres!
quelle collection! quelle galerie! Les bonnes choses, et il y
en a peu, y sont écrasées par les mauvaises. Que dis-je?
les mauvaises! les déplorables! les impossibles! Jamais,
certes, succès de fou rire ne fut mieux mérité. Le public,
qui ne paye que vingt sols à la porte, s'amuse pour plus
de cinq francs.»
Et ce morceau dithyrambique de M. Fichau, du Mémorial de la Loire:
«Mais j'ai épuisé, ce me semble, les divers chefs de
plainte sans avoir rencontré de ces dénis de justice, de
ces abus de pouvoir, de ces injustices criantes, dont vous
étiez accusés et dont j'avais commencé par vous accuser
moi-même. C'est à peine si j'ai pu démêler une dizaine de
rigueurs, parmi tant de jugements inattaquables. Vous
avez cru que c'était votre droit comme dépositaires des
saines doctrines, des traditions et des bienséances de
l'art, de protester contre des tendances funestes, de
rejeter dans l'ombre des productions où l'art se ravale
jusqu'à violenter le regard par le scandale. Vous vous êtes
dit que le respect dû aux grands artistes vos ancêtres, que
le souci de votre illustration personnelle et de l'avenir
artistique de notre pays vous faisaient une loi d'être sans
pitié pour les dévergondages de sentiment et de forme et
vous commandaient de leur refuser votre approbation,
sorte de brevet qui leur eût reconnu le caractère élevé et
les qualités d'œuvres d'art. Voilà donc toute votre
iniquité.»
Je ne sais pas pourquoi je cite cela, par exemple, à moins que ce ne soit pour faire plaisir au Jury.