Le troisième
Chapitre III
La vie reprit au sein de la famille, ce n’était pas facile tous les jours, mais chacun y mettait du sein pour que tout se passe au mieux. Il était évident que les enfants avaient été perturbés par ce qui s’était passé, alors Marcel leur dit qu’il ne fallait plus aucun secret dans cette famille et qu’il serait toujours là pour eux.
Quelques mois plus tard, une fois qu’ils avaient repris un certain rythme dans leur vie, Marcel entama les démarches de divorce. Il avait bien essayé de pardonner à Suzanne, en particulier pour ses enfants, mais c’était chose impossible pour lui, la confiance n’était plus la, ce qui, pour son malheur, ne l’empêchait pas de toujours aimer Suzanne, et ce malgré tout ce qu’elle avait fait.
Plusieurs semaines étaient passées, les aînés n’avaient toujours pas réclamé leur mère. Benjamin, de temps en temps, demandait où était sa maman. Dans ces moments-là, il semblait triste, mais ses aînés s’en occupaient avec tout leur amour et Benjamin passait vite à autre chose.
De temps en temps, au moment où Marcel se retrouvait seul dans sa chambre, il se demandait ce que Suzanne était devenue, où elle vivait, si elle s’en sortait seule ? Même après tout ce qu’elle avait fait, il lui arrivait de pleurer son absence, parce qu’au fond de lui il savait qu’il l’aimait encore et cela lui brisait le cœur.
Après avoir pris connaissance des faits, le juge prononça le divorce aux torts de Suzanne. Il ordonna la garde exclusive des enfants à leur père, mais, suite à la demande de Marcel, le juge autorisa des visites mensuelles à Suzanne et à ses enfants, à condition qu’ils en expriment le souhait. Ces visites se dérouleraient dans un centre pour enfant et sous surveillance d’une tierce personne. Suzanne suffoqua à l’énoncé du verdict, elle comprit qu’elle ne verrait plus ses enfants et que Marcel ne lui pardonnerait jamais ce qu’elle avait fait. Elle sortit très vite du tribunal, sans que personne ne la voie. Elle se cacha et attendit qu’ils sortent. Ils avaient l’air heureux et elle se dit qu’elle avait perdu le droit de les voir. Elle partit…
Elle se retrouvait seule, très seule puisque même ses propres parents ne voulaient plus entendre parler d’elle, eux si croyant, n’avait pas accepté qu’elle enterre un enfant sans nom et sans personne de sa famille pour l’emmener à sa dernière demeure. Ils étaient révoltés quant à ce que leur fille avait fait.
Suzanne, rejetée de tous, vivait dans une chambre d’hôtel sordide. Elle n’avait ni argent ni travail. Ses seuls revenus lui avaient été attribués lors du jugement de divorce. Une somme de dix mille euros lui avait été attribuée par an, au regard des parts qu’elle possédait dans la société agricole de son mari. Mais cette somme ne permettait pas grand-chose, une foi, le loyer de l’hôtel payé. Elle vivait au jour le jour, elle si disait qu’il lui fallait trouver un emploi, oui, mais dans quoi ? Elle qui n’avait jamais travaillé et était depuis toujours mère au foyer.
Du côté de Marcel et les enfants, la vie reprit tant bien que mal. Les aînés poursuivaient leurs études avec toujours d’aussi bons résultats, quant à Benjamin, après avoir été de nouveau suivi par les médecins, suite aux révélations qu’il avait eu sur l’attitude de sa mère, pu arrêter complément le traitement qui n’avait plus lieu d’être puisque les cauchemars avaient cessé.
Quelques mois plus tard, un jour alors que Suzanne marchait dans la rue, juste pour passer le temps et voir un peu de monde, elle aperçut ses aînés sur le trottoir d’en face. Elle traversa et alla au-devant d’eux. Serge et Sophie s’arrêtèrent net, ils la regardèrent d’un air surpris et lui demandèrent comment elle allait. Suzanne, toute contente qu’ils ne la rejettent pas, leur dit qu’elle essayait de survivre sans sa famille, mais que c’était très dur, que son mari lui manquait, mais surtout que sans ses enfants elle avait l’impression que son cœur lui avait été arraché.
Ses aînés se jetèrent dans ses bras, apparemment elle leur manquait à eux aussi. Son cœur battait à mille à l’heure, quel bonheur de pouvoir serrer ses enfants dans ses bras. Elle aurait voulu que ce moment dur l’éternité, mais ils devaient reprendre le car pour rentrer chez eux. Suzanne les embrassa et leur dit au revoir. Ce petit moment de bonheur avait ravivé tous les merveilleux souvenirs qu’elle avait en mémoire, mais aussi le fait qu’à présent elle était seule. Elle rentra à son hôtel, ne mangea pas et se coucha.
Les aînés étaient rentrés et étaient désireux de parler à leur père. Benjamin jouait dehors et ils en profitèrent pour lui parler.
— Papa.
— Oui, les enfants.
— On voudrait te parler de quelque chose, mais on ne voudrait pas te
fâcher.
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Bien, par hasard, on a rencontré maman dans la rue au moment où nous
allions prendre le car.
— Ah oui et alors ?
— On voulait te dire qu’elle a l’air très malheureuse toute seule et elle nous
manque.
— Je ne vous ai jamais empêché de la voir, mais vous ne devez pas la voir
seule, elle n’en a pas le droit.
— Mais papa…
— Il n’y a pas à revenir sur les termes du divorce, tant que vous n’êtes pas
majeur, c’est moi qui dis ce que vous pouvez ou vous ne pouvez pas faire, c’est bien compris ?
— Oui, papa, mais…
— Ça suffit !!! Aller dans vos chambres.
Serge et Sophie en étaient tout retournés, il n’avait jamais vu leur père réagir ainsi. Ils montèrent dans leur chambre, mais au bout d’un moment, Serge vient dans la chambre de Sophie afin de lui parler. Il frappa à la porte et Sophie répondit d’entrer.
— Sophie, tu as vu comment papa a réagi ? C’était un peu brutal et je ne
l’avais jamais vu comme ça.
— Moi non plus, il est dur avec maman, c’est sur elle a des tords, mais elle
m’a fait pitié, elle était triste, mal habillée, amaigrie et il m’a même semblé qu’elle avait pleuré.
— Je me suis fait la même réflexion. Il faut absolument que l’on trouve une
solution pour que maman revienne à la maison.
Serge rejoignit sa chambre et quelques instants après Marcel et Benjamin allèrent se coucher.
Le lendemain matin, Suzanne ouvrit les yeux sur une nouvelle journée qui était pareille aux précédentes, monotones et solitaires. Tout à coup, Suzanne fut prise de crampes au niveau de l’estomac, elle appela le gardien afin de faire venir un médecin.
Quand le médecin arriva sur place, Suzanne était évanouie, le médecin l’examina et demanda au gardien d’appeler une ambulance. À son arrivée à l’hôpital, Suzanne était dans un état de grande faiblesse, cela devait faire bien longtemps qu’elle n’avait pas mangé quelque chose. Les médecins décidèrent de la mettre sous perfusion et sous antibiotique, ces résultats de prise de sang faisaient apparaître les signes d’une infection.
Après quelques jours à l’hôpital, Suzanne ouvrit les yeux. Le médecin lui expliqua ce qui s’était passé et lui demanda s’il devait prévenir quelqu’un. Suzanne ne répondait pas. Elle avait les yeux ouverts, fixes, mais ne montrait aucune réaction quant aux diverses questions que lui posait le médecin. Celui-ci demanda à l’infirmière si elle avait trouvé des papiers d’identité dans les affaires de cette femme. Elle lui répondit que lorsqu’elle était arrivée elle n’avait aucun papier ni sac avec elle. Le médecin décida d’appeler le confrère qui l’avait hospitalisé.
— Allô ! Oui bonjour, désolé de vous déranger, mais hier soir vous avez
fait hospitaliser une patiente et je n’ai aucune identité, savez-vous quelque chose à son sujet ?
Le confrère lui expliqua que cette femme habitait à l’hôtel, que c’était le propriétaire des lieux qui l’avait contacté, mais qu’il allait se renseigner puisqu’il ne la connaissait pas non plus. Et lui dit qu’il le rappelait dès que possible.
Quelques heures plus tard, le médecin qui avait fait hospitaliser Suzanne arriva à l’hôpital avec ses papiers et demanda à rencontrer le médecin hospitalier qui s’occupait d’elle.
— Cher confrère, je vous ai ramené les papiers que j’ai trouvés dans la
chambre de cette patiente, comment va-t-elle ?
— Bonjour, et merci pour les documents. Après examen, cette patiente n’a
pas mangé depuis longtemps ou très peu, de ce fait elle a déclenché un processus grave au niveau de l’estomac, qui a provoqué ses fortes douleurs. De plus, il y a infection. Je l’ai mise sous antibiothérapie et perfusion pour la nourrir. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est que depuis son réveil elle ne réagit pas. C’est pourquoi je cherche quelqu’un de sa famille qui pourrait m’en dire plus.
— Et bien dans ses papiers j’ai trouvé une photo d’elle à côté d’un homme
et de trois enfants et un numéro de téléphone. Peut-être que c’est celui de sa famille ? Il faudrait l’appeler.
— Oui, je m’en occupe. Je vous remercie de vous être déplacé, au revoir,
cher confrère.
— Au revoir, tenez-moi au courant de l’évolution de son état, s’il vous
plaît.
Quelques jours plus tard, après que l’infirmière eu prit contact avec Marcel, il se présenta dans le service afin de rencontrer le médecin qui s’occupait de Suzanne.
— Bonjour Monsieur.
— Bonjour Docteur.
— Vous êtes qui par rapport à Madame ? — Je suis son ex-mari.
— Bien, si je vous ai demandé de venir, c’est que votre ex-femme ne va pas
bien du tout. Quand elle a été hospitalisée, elle n’avait pas mangé depuis un certain temps, d’où les douleurs abdominales qu’elle a ressenties et qui ont déclenché son malaise. Après plusieurs examens, il s’avère que nous avons découvert une infection que nous sommes en train de
soigner. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’elle ne réagit plus, nous l’avons mise sous perfusion pour la nourrir. Aurait-elle subi un choc psychologique qui pourrait expliquer son état ?
— Effectivement nous avons subi un drame et il en est ressorti un divorce. — Bien, je comprends mieux son état maintenant. Ce que je vais faire dans
un premier temps, c’est soigner cette infection, attendre qu’elle reprenne des forces, mais après je pense devoir la transférer dans un hôpital psychiatrique, là elle sera prise en charge comme il faut. Mais je ne vous cache pas que si elle ne souhaite pas guérir, nous n’arriverons pas à la sauvée.
Marcel sortit du cabinet. Les derniers mots du médecin furent comme un électrochoc pour lui. Ces paroles tourbillonnaient dans sa tête et il se posa de nombreuses questions : « dois-je en parler aux enfants ou pas, dois-je l’aider malgré ce qu’elle a fait subir à notre famille, ou la laisser là sans personne et peut-être finir ses jours dans un sordide hôpital en psychiatrie, voir mourir seule sans personne ? ». Marcel aimait toujours Suzanne et il se dit qu’il n’avait pas le droit de ne rien faire, que même si ses mensonges avaient fait éclater sa famille en morceaux, il ne pouvait décemment pas laisser ses enfants dans l’ignorance et Suzanne dans un tel état. Cela reviendrait à mentir et à faire souffrir tous ceux qu’il aimait et ça il ne le voulait pas.
Sa décision était prise, il en parlerait aux enfants.
De retour à la maison, il attendait les aînés, Benjamin était déjà là puisqu’il était passé le chercher en revenant. Mais comment allait-il leur expliquer la situation, comment faire comprendre à ses enfants et surtout à Benjamin, encore si petit, que leur mère était gravement malade ? Comment éviter de les perturber encore une fois et de les traumatiser plus que ce qu’ils ne l’avaient déjà été ? Marcel était pensif.
À leur arrivée, Marcel les fit goûter et une fois terminé, leur demanda de rester à table parce qu’il avait quelque chose d’important à leur dire. L’étonnement se lit sur les visages des enfants.
Serge demanda à son père ce qu’il se passait et Marcel commença à expliquer la situation de leur mère. Il voyait les larmes couler sur les visages des aînés, quant à Benjamin, il fit une remarque qui perça le cœur de Marcel :
— Papa, maman est comme moi alors, elle est malade ? — Oui, mon grand…
— Papa, dit Serge, qu’est-ce qu’on va faire ? — Les enfants, nous sommes une famille et la décision doit être prise en
commun. Deux solutions, la première on laisse maman à l’hôpital seule se faire soigner ou on attend qu’elle soit un peu rétablie et avec l’accord du médecin on la ramène à la maison. À vous de choisir.
— Et toi, papa, dit Sophie, qu’en penses-tu ? — J’ai ma propre opinion, mais je ne veux pas influencer votre décision,
donc je vous dirais ce que je souhaite après votre réponse.
Les enfants répondirent naturellement que leur mère devait rentrer à la maison et qu’elle guérirait beaucoup mieux et plus rapidement parmi sa famille.
Marcel ne dit rien, mais il était si heureux et fier de ses enfants et le fait de savoir que Suzanne allait rentrer à la maison lui remplit le cœur de joie. Bien sûr il n’avait pas oublié ce qu’elle avait fait, mais qui peut se vanter de ne jamais avoir commis d’erreur dans sa vie et il se dit qu’elle avait assez payé et qu’il était temps de tourner la page.
Serge demanda à son père la réponse à la question de Sophie. Marcel lui répondit :
— Les enfants, malgré ce qui s’est passé, j’aime toujours votre mère, elle
est toujours ma femme dans mon cœur, même si nous sommes divorcés. Je suis très fier de vous et heureux que tous les trois vous ayez eu la force de lui pardonner. Je ne m’opposerais pas à son retour parmi nous et j’apprendrais jour après jour à lui pardonner à mon tour.
Les enfants éclatèrent de joie rien que d’imaginer le retour de leur mère à la maison.
— Papa, quand allons-nous voir maman ? — Je vais voir avec le médecin si cela est possible ce week-end. — Super, dit Benjamin, je vais pouvoir faire plein de gros câlins à maman,
comme ça elle va guérir et puis le soir elle viendra comme avant me faire des bisous dans mon lit après m’avoir raconté une histoire.
Sur ces paroles, Marcel comprit que Suzanne manquait aux enfants, qu’un foyer sans mère n’est pas un foyer heureux.
Le week-end arriva, les enfants étaient prêts et impatients d’aller voir leur mère. À leur arrivée à l’hôpital, ils trouvèrent Suzanne, toujours les yeux fixant le plafond, n’ayant aucune réaction à la vue de ses enfants et de son mari. Marcel se demandait s’il n’était pas trop tard pour sauver la vie de sa femme.
Il demanda à ses enfants de rester auprès de leur maman et alla voir le médecin.
— Bonjour docteur, je viens aux nouvelles concernant l’état de santé de ma
femme ?
— Bonjour, Monsieur, nous avons réussi à stopper l’infection dont elle
souffrait, mais elle est toujours nourrie par perfusion et reste toute la journée les yeux ouverts vers le plafond, sans aucune autre réaction. Je pense qu’il va falloir la transférer en hôpital psychiatrique.
— Attendez, j’ai une proposition à vous faire, mais je veux votre avis de
médecin avant d’aller plus loin. Les enfants et moi-même souhaiterions qu’elle rentre à la maison avec nous. Qu’en pensez-vous ?
— Cela pourrait accélérer sa guérison, mais ça risque d’être long et
contraignant. Vous aurez, si je puis m’exprimer ainsi, quatre enfants à gérer.
— Je vais trouver une solution, quand pensez-vous que je puisse venir la
chercher ?
— J’ai encore quelques examens à lui faire, donc disons le week-end
prochain, comme ça vous aurez le temps de tout préparer pour son arrivée. Cela vous convient ?
— Merci docteur, merci pour tout. Je viens samedi la chercher. À la
semaine prochaine.
Sur ses paroles, Marcel repartit dans la chambre annoncer la bonne nouvelle à ses enfants, puis il leur demanda de sortir afin de laisser leur mère se reposer. Une fois les enfants à l’extérieur de la chambre, il s’approcha de Suzanne, lui déposa un baiser sur le front et lui dit à l’oreille ces quelques mots : « tu vas rentrer à la maison avec nous, alors bat toi pour les enfants et moi, je t’aime tellement », puis il partit avec ses enfants.
Toute la semaine fut rythmée par les préparatifs du retour de Suzanne à la maison. Les enfants y mettaient du cœur, Benjamin faisait plein de dessins pour le retour de sa maman.
Marcel se posa la question de savoir comment il allait faire quand il était aux champs pour s’occuper de Suzanne. Puis il eut une idée, il prit le téléphone et appela ses beaux-parents.
— Allô ! Bonjour c’est Marcel, comment allez-vous ? — Oh Marcel, qu’elle joie de vous entendre, oui nous allons bien et les
enfants ?
— Ils vont bien eux aussi.
— J’aurais besoin de vous, mais cela ne concerne ni les enfants ni moi. — Ah bon, mais cela concerne qui ? — Votre fille....
Il y eut un long silence… Puis la conversation reprit.
— Qu’es qu’il y a ?
— Voilà, Suzanne est à l’hôpital, elle a été gravement malade, mais elle est
guérie, néanmoins elle n’a plus aucune réaction, elle passe ses journées allongée sur son lit, les yeux ouverts vers le plafond.
— C’est sa punition ! s’exclama sa mère. — S’il vous plaît, je pense qu’elle a déjà été assez punie comme ça, les
enfants et moi-même allons la ramener à la maison samedi prochain, parce que les enfants lui ont pardonné. Mais entre les enfants, la maison et Suzanne j’aurais besoin d’un coup de main, pourriez-vous envisager de venir la journée à la maison pour vous en occuper ?
— Je ne sais pas, ce qu’elle a fait est impardonnable.
— C’est quand même votre fille et si nous ne faisons rien, elle risque de
rester ainsi et d’être enfermée en hôpital psychiatrique. Vous ne connaissez donc pas le pardon, vous qui êtes chrétienne ? Et puis, vous savez bien que je ne peux pas demander à quelqu’un d’autre, étant orphelin, je n’ai pas d’autre famille que vous.
— Je vais en parler avec ton beau-père et je te rappelle. Au revoir, embrasse
les enfants pour nous.
Marcel ni ne dit rien de cette conversation à ses enfants, il ne voulait pas qu’en cas de refus, ses enfants haïssent leurs grands-parents.
Trois jours plus tard, la maison était fin prête pour accueillir Suzanne. Un soir, alors qu’ils regardaient tous un film à la télévision, le téléphone sonna. C’était la mère de Suzanne, elle et son mari avaient pris la décision de pardonner à leur fille et était d’accord pour s’en occuper durant la journée. Marcel exprima ses remerciements à ses beaux-parents et organisa leur venue le samedi après-midi, jour du retour de Suzanne à la maison.
Les enfants se tournèrent vers leur père et demandèrent qui était au téléphone avec lui. Marcel éteignit la télévision et demanda à ses enfants de bien vouloir écouter, parce qu’il avait une très bonne nouvelle à leur annoncer.
— C’est maman ? dit Serge.
— Non ce n’est pas maman, mais c’est en rapport avec maman. Il y a
quelques jours, j’ai demandé de l’aide à vos grands-parents, pour m’aider dans la journée, à m’occuper de votre maman. Au début, votre grand-mère n’était pas tout à fait d’accord, mais je lui ai demandé de réfléchir. Ne sachant pas la réponse, je ne voulais pas vous en parler avant.
— Et quoi ? dit Sophie.
— Eh bien, ils sont d’accord pour venir la journée s’occuper de votre mère,
je suis sûr que tout va rentrer dans l’ordre maintenant, votre mère verra que tout le monde est là pour elle et elle va guérir.
La joie éclata au sein de la maison, et Marcel, en voyant ses enfants heureux comme cela n’avait pas été le cas depuis longtemps, se dit qu’il avait pris la bonne décision.
Le jour de la sortie de Suzanne arriva. Marcel était prêt, les enfants étaient prêts et tout était organisé pour Suzanne. Marcel prit la route. À son arrivé à l’hôpital, il effectua les démarches administratives pour sa sortie et alla chercher Suzanne dans sa chambre. Le médecin lui indiqua que tout ce qu’elle avait dans la chambre d’hôtel où elle habitait était là. Il lui souhaita bonne chance en lui précisant qu’il restait à sa disposition si toutefois il avait besoin de son aide, médicalement parlant.
Ils arrivèrent à la maison, durant tout le trajet Marcel avait parlé à Suzanne comme s’ils s’étaient quittés la veille. Mais aucune réponse de sa part. À la maison, les grands-parents et les enfants étaient là, tous impatients de voir arriver la voiture et leur mère.
Dès que la voiture franchit le portail, les enfants coururent au-devant d’elle.
— Maman !!! s’écria Benjamin.
Serge et Sophie étaient, eux aussi, heureux de la voir.
Marcel l’installa dans le salon, puis ses parents s’approchèrent d’elle pour lui dire bonjour, Suzanne n’eut aucune réaction. La mère de Suzanne sortit et se mit à pleurer toutes les larmes de son corps, « Oh, mon dieu, qu’avons-nous fait à notre fille, dans quel état est-elle ? Je ne pourrais jamais me pardonner ». Marcel alla la rejoindre, la prit dans ses bras et lui dit :
— Il n’est plus temps de se faire des reproches, nous avons tous une part de
responsabilité de son état de santé, il faut arrêter de se lamenter sur soi-même, toute notre énergie doit être employée à l’aider à s’en sortir, si vous ne pouvez pas vous contrôler, vous ne mette d’aucune utilité ici. Allez sécher vos larmes et allez vous occuper de Suzanne. S’il vous plaît, faites ça pour les enfants.
— Vous avez raison Marcel, c’est sur moi que je m’apitoie, mais c’est fini.
La mère de Suzanne repartit auprès d’elle et embrassa sa fille, comme pour lui demander pardon.
Après une après-midi pleine d’émotion, les parents de Suzanne repartir chez eux en nous disant à demain.
Les jours qui suivirent étaient rythmés autour de Suzanne, le matin ses parents arrivaient de bonne heure, ils aidaient les enfants à se préparer et une fois qu’ils étaient à l’école, Marcel disait au revoir à Suzanne et à ses beaux-parents, puis partait aux champs travailler. Six mois s’étaient écoulé, Suzanne était toujours dans son monde et ne réagissait toujours pas.
Un jour, alors que Benjamin racontait sa journée à Suzanne, comme tous les jours, il se mit brutalement à hurler : Papa !!!! Tout le monde se précipita dans le salon.
— Benjamin, pourquoi hurles-tu comme ça dans la maison ? — Regarde, regarde maman, elle a bougé sa main. — Qu’est-ce que tu dis ?
— Oui c’est vrai, j’ai vu la main de maman bougée, on aurait dit qu’elle
voulait la levée.
Marcel prit une chaise, s’essaya à côté de Suzanne et d’une voix douce, lui dit :
— Suzanne, peux-tu bouger la main ?
Les yeux de Suzanne se dirigèrent lentement vers son mari. Le cœur de Marcel allait exploser, c’était donc vrai, Suzanne était en train de revenir vers nous. Il appela toute la famille qui était dans le fond du jardin.
— J’ai une excellente nouvelle, Suzanne a bougé la main et quand je lui ai
parlé, elle m’a regardé. Je suis sur maintenant qu’elle va guérir.
— Oh Suzanne ! Dit sa mère, tout est pardonné revient parmi nous, fait
encore un petit effort s’il te plaît.
— S’il vous plaît, laissez-la respirer. Si tu m’entends, cligne une fois des
yeux.
Tout le monde attendait la réaction de Suzanne, tous fixé sur ses yeux… et elle cligna des yeux. Ce jour-là, ce fut un jour de bonheur comme cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé dans la famille, ça y était Suzanne était en train de revenir, nous étions tous extrêmement heureux.
Le lendemain, Marcel prit contact avec le médecin qui l’avait suivi à l’hôpital. Il lui expliqua que Suzanne avait légèrement bougé la main et que lorsqu’il s’était approché et lui avait demandé de cligner des yeux si elle l’entendait, elle l’avait fait. Le médecin lui proposa de passer le lendemain pour ausculter Suzanne.
La soirée se passa dans la joie et la bonne humeur, Marcel et ses beaux-parents burent un verre en l’honneur du retour de Suzanne parmi eux.
Le lendemain tous attendaient le médecin, enfin, il arriva… Marcel alla l’accueillir.
— Bonjour, Messieurs, Madame, les enfants, alors où est notre miraculée ? — Dans le salon, docteur.
— Je voudrais la voir seule, s’il vous plaît, et dès que j’ai fini, je vous
appelle.
— D’accord, docteur.
Le médecin entra dans le salon, il y trouva Suzanne allongée sur le lit qui avait été installé pour elle.
— Bonjour, Suzanne, je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, je suis le
médecin qui vous a pris en charge à votre arrivée à l’hôpital. Alors il paraît que vous pouvez cligner des yeux pour dire oui ?
Suzanne cligna effectivement des yeux.
— Bien c’est un bon début, maintenant essayez de serrer ma main.
Suzanne bougea quelques doigts, mais n’avait pas assez de force pour fermer la main.
— C’est bien, nous allons en rester là pour aujourd’hui. S’il vous plaît, vous
pouvez entrer. C’est une excellente nouvelle que je vous confirme,
Suzanne est en train de se rétablir, je vais lui prescrire des vitamines, il faut qu’elle mange beaucoup de légumes et fruits frais et de la bonne viande. Autre chose, je vais faire venir un kinésithérapeute, chaque jour durant un certain temps afin qu’il aide Suzanne a retrouvé ses forces.
— Merci docteur, je vous dois combien ? — Non pas de ça entre nous, je suis tellement heureux pour vous et votre
famille, que le sourire qui illumine vos visages, me paye bien plus que vous ne pouvez l’imaginer.
Sur ces paroles, le médecin parti. Marcel prit la route pour la pharmacie, afin de donner le plus rapidement possible le traitement ordonné. Il était si heureux qu’il se surprit à chanter dans sa voiture.
La vie reprit son cours, les enfants avaient retrouvé le sourire, les parents de Suzanne arrivaient de plus en plus tôt et partaient de plus en plus tard, ils avaient peur de manquer quelque chose dans l’évolution du rétablissement de leur fille. S’ils avaient pu savoir à quel point leur présence m’avait aidé à surmonter ce malheur, je ne pourrais jamais assez les en remercier.
Marcel s’assit sur les marches devant la maison, les enfants étaient couchés, ses beaux-parents étaient partis et lui savourait cet instant, rafraîchi par une douce brise, sous les étoiles, dans un silence apaisant. Cela faisait si longtemps qu’après une journée de travail sous un soleil brûlant, il n’avait pris le temps de se poser et avait l’impression de se sentir aussi léger qu’une plume.
Plus les journées passaient, plus Suzanne se rétablissait. Bien sûr le médecin nous avait prévenus que son rétablissement serait long, qu’il faudrait s’armer de patience, mais question patience, je pense que toute la famille savait exactement ce que ce mot voulait dire. Tout se déroulait sans problème, les enfants travaillaient bien en cours, les parents de Suzanne étaient aux petits soins pour leur fille et Marcel n’attendait plus qu’une seule chose pour que son bonheur soit comblé, qu’il puisse enfin parler avec Suzanne pour lui dire combien il regrettait de l’avoir traitée comme il l’avait fait et qu’il l’aimait toujours.
Ce jour-là, nous étions en week-end, le kinésithérapeute était là, comme tous les jours de la semaine. À la fin de la séance, il demanda à toute la famille de le rejoindre dans le salon, tous surpris par cette requête, nous nous demandions pourquoi. Y avait-il un problème avec Suzanne ?
— Je vous en prie, entrez et installez-vous.
À notre arrivée dans le salon, quelle ne fut pas la surprise de voir Suzanne, assise sur une chaise.
— Oh ! Quel bonheur de te voir ainsi, dit Marcel en s’approchant de
Suzanne pour l’embrasser.
— S’il vous plaît, Monsieur. Suzanne a quelque chose à vous montrer… — Allez, Suzanne, vous êtes prête ?
Et avec l’aide du kinésithérapeute, Suzanne se leva de la chaise et fit quelques pas. Tous étaient en admiration devant les efforts qu’elles fournissaient pour se rétablir.
— Oh, ma chérie, ça y est tu marches, c’est un miracle ! — Oui, Marcel, lui répondit-elle.
Ce que la famille ne savait pas, c’est que le kinésithérapeute que le médecin de l’hôpital avait envoyé chez eux avait fait des études d’orthophoniste et qu’il avait réussi à redonner de la voie à Suzanne.
Marcel resta là et cette fois-ci, sans dire un mot.
— Marcel, dit Suzanne, maintenant que je peux parler de nouveau, c’est toi
qui as perdu la parole ?
— Oh ma chérie ! Quelle joie d’entendre à nouveau ta douce voix, quel
bonheur de te retrouver, si tu savais comme je regrette tout ce qui s’est passé, j’ai été un mauvais mari et je te supplie de me pardonner.
— Marcel, s’il te plaît, dit-elle d’une voix douce, je n’ai rien à te pardonner,
j’ai agi de la manière stupide et j’en ai payé le prix fort, mais à partir d’aujourd’hui, je ne veux plus jamais que l’on reparle du passé, chacun des membres de la famille a eu sa part de tristesse et de souffrance, je veux que cela cesse et que l’on retrouve l’harmonie d’une famille heureuse.
Marcel serra Suzanne dans ses bras et ils s’embrassèrent longuement d’un baiser si tendre qu’ils auraient pu se fondre dans le décor. Puis ce fut au tour des enfants, ils arrivèrent vers leur mère, tous les trois la couvrir de baisers, et benjamin dit :
— Bienvenue avec nous, maman, tu m’as manqué et tes gâteaux aussi.
Tout le monde éclata de rire.
Puis Suzanne se tourna vers ses parents, qui la prirent dans leurs bras et l’embrassèrent tendrement. Enfin, se dit Marcel, ça y est ma femme est de nouveau là, avec nous. Quel bonheur !!!
Plus les jours passaient, plus Suzanne retrouvait sa mobilité physique et son langage était de plus en plus fluide. Marcel remerciait les étoiles tous les soirs de lui avoir rendu la seule femme au monde qu’il aimait d’un amour si fort, qu’il arrivait à peine à respirer pendant son absence. Son cœur débordait d’amour pour elle et il se jura que quoi qu’il se passe à l’avenir, jamais au grand jamais, il ne ferait deux fois l’erreur de la chasser de la maison.
Le lendemain matin, tous étaient là pour le petit déjeuner et Suzanne, pour la première fois, s’installa à table. Le repas se déroula dans la joie et la bonne humeur. Puis, Benjamin demanda à son père :
— Papa, j’ai une question.
— Oui Benjamin qu’es ce que tu veux ? — Bien, tu m’as expliqué que maman n’était plus là parce que vous n’étiez
plus marié.
— Oui et…
— C’est quand que vous vous remariez pour que maman reste à la maison ?
Marcel resta sans voix. Pourquoi n’y avait-il pas pensé lui-même, mais d’un autre côté, il fallait laisser le temps au temps pour que Suzanne soit au mieux de sa forme. Elle était encore fragile et reprenait tout doucement ses marques dans la vie, dans sa famille, comme dans la maison.
— Je te remercie Benjamin, mais je pense que c’est un peu prématuré, la
principale occupation du moment c’est le rétablissement complet de maman.
— Oui, mais quand même tu…
— Benjamin on n’en reparlera plus tard, fini ton petit déjeuner, tu vas être
en retard à l’école.
Plus le temps passait et plus Suzanne retrouvait ses forces, elle arrivait à se déplacer seule et arrivait même à participer aux tâches ménagères sans aide de notre part en compagnie de sa mère.
Le soir au dîner, malgré toutes ces bonnes nouvelles, Marcel perçu dans l’attitude de ses beaux-parents, un certain malaise qui le mettait mal à l’aise, il prit donc la décision de leur parler.
Au moment où ils étaient sur le point de partir, Marcel les raccompagna jusqu’à leur voiture et entama la conversation.
— Dites-moi, dit Marcel en s’adressant à ses beaux-parents. — Oui, Marcel, qui y a-t-il ?
— Malgré les progrès de Suzanne, l’harmonie de notre famille, je sens
comme un malaise, quelque chose que je devrais savoir ? À moins que ce soit d’ordre privé, auquel cas je m’excuse par avance de mettre immiscé dans votre vie privée.
— Non, Marcel, dit sa belle-mère, ce n’est pas d’ordre privé. — Alors, après m’avoir aidé comme vous l’avez fait tous les deux,
d’ailleurs vous avez ma reconnaissance éternelle, j’ai l’impression qu’il y a un problème, je me trompe ou pas ?
— Non vous ne vous trompez pas, mon mari et moi avons un peu
d’appréhension quant à la suite.
— Quelle appréhension, dit Marcel ? — On ne voulait pas t’en parler parce que tu as déjà bien des choses à gérer,
mais vous savez ont à pris l’habitude de venir tous les jours pour Suzanne et les enfants.
— Oui
— Eh bien on appréhende la guérison de Suzanne, parce que vous n’aurez
plus besoin de nous et tout recommencera comme avant, nous tous les deux seuls dans notre appartement en ville et vous ici à vivre votre vie.
Oh bien sûr on se verra, mais à l’occasion des anniversaires ou autres, mais ce ne sera pas pareil. Voilà, maintenant vous savez pourquoi nous sommes inquiets.
— Ah bon ce n’est que ça ! Ne vous faites pas de souci, vous pourrez
continuer à venir chaque fois que vous en aurez envie et ce n’est sûrement pas moi qui vous en empêcherais. Vous êtes mes invités d’honneur.
— Merci Marcel, notre fille à bien de la chance de vous avoir et nous aussi.
Alors à demain pour une nouvelle journée de bonheur.
— Oui, faites attention sur la route, dormez bien et à demain.
La vie avait repris son cours et nous étions tous heureux des progrès de Suzanne qui était presque guérie. Cela faisait quelques jours que le kinésithérapeute ne venait plus, il avait expliqué à Suzanne que la meilleure thérapie c’était celle de la vie.
Quelques mois passèrent, Suzanne avait complètement récupéré son autonomie. Un soir alors que nous étions en train de dîner, je regardais Suzanne et c’est là que j’ai compris qu’il était temps de faire ma demande. Mais je voulais qu’elle soit plus grandiose que la première fois, tellement grandiose qu’elle ne pourrait jamais l’oublier. Je décidais que l’organisation se ferait avec la complicité de mes trois enfants et de mes beaux-parents, mais pour cela il fallait que je sois seul avec eux. Je savais que Suzanne avait encore des rendez-vous à l’hôpital, donc j’attendis le bon moment.
— Marcel ! Je pars à mon rendez-vous à l’hôpital, à tout à l’heure. — Oui chérie, fait attention à toi, à tout à l’heure.
Marcel demanda à tous les membres de la famille de se réunir dans le salon. Tous se posaient des questions quant à l’objet de cette réunion, mais Marcel allait les éclairer.
— Si je vous ai réuni, c’est que j’ai une grande nouvelle à vous annoncer,
mais pour que tout se passe bien, j’ai besoin de l’aide de chacun.
— Papa, dit Benjamin, qu’est-ce que tu veux faire ? — J’ai l’intention de demander la main de votre mère.
Tous éclatèrent de joie…
— Oh là ! On se calme, j’ai besoin de vous, vous vous rappeler !!! — En quoi peux ton vous aider Marcel ? — Eh bien voilà, je voudrais organiser ma demande avec vous, je souhaite
monter un barnum derrière la maison, l’entourer de fleurs, mettre un tapis rouge pour faire ma demande en mariage.
— On est tous partant, hein, les enfants, dit son beau-père. — Merci, c’est très gentil. Mais ce jour-là, je veux que tout le monde soit
bien habillé, genre costume, cravate pour les hommes et robes longues pour les femmes. Croyez-vous que ce soit possible.
— Oui, bien sûr, répondit la belle-mère de Marcel, je m’occupe d’habiller
les enfants, mon mari et moi-même, mais aussi des fleurs. Si cela vous va ?
Marcel acquiesça.
— Pour le barnum, dit le beau-père, je m’en occupe. — Je vous remercie pour vos propositions. — Papa, dit Benjamin et moi je fais quoi ?
Serge et Sophie se tournèrent vers leur père, avec un regard qui posait à Marcel la même question.
— Les enfants, j’ai besoin de vous aussi, voilà Benjamin, il me faut des
dessins avec de gros cœurs pour maman, Serge, j’aimerais que tu gères la musique au bon moment et enfin Sophie j’ai besoin de toi pour apporter la bague que je vais offrir à votre mère. Vous voyez, on a beaucoup de travail, alors au boulot.
Tout le monde était heureux. Chacun s’occupait des préparatifs de la demande en mariage. Marcel, maintenant qu’il avait prévenu tout le monde, commença à sentir l’angoisse monter.
Les jours qui survirent, Marcel et ses beaux-parents inventèrent n’importe quel prétexte pour éloigner, à tour de rôle, Suzanne de la maison.
Le jour J arriva. Marcel avait choisi une journée ou Suzanne avait un rendez-vous à l’hôpital pour que tous aient le temps de se préparer. Tout était en place, il ne manquait plus que Suzanne, qui devait revenir au maximum dans une demi-heure. L’attente fut longue pour Marcel, mais aussi pour le reste de la famille. Tout à coup, ils entendirent la voiture de Suzanne. Elle entra dans la maison et ne voyant personne s’étonna. Elle découvrit un petit mot sur la table qui lui demandait d’aller dans le salon. Arrivée dans le salon, elle découvrit une superbe robe couleur champagne, où était épinglé un autre mot qui disait : « s’il te plaît ma chérie, met cette robe et rejoins-moi dans le jardin derrière la maison ». Suzanne était étonnée, elle ne comprenait pas ce qui se passait.
Elle s’exécuta et se trouva tellement belle dans cette superbe robe, qu’elle alla se coiffer et se maquiller. Une fois prête, elle sortit dans le jardin à l’arrière de la maison. Quand elle vu ce que sa famille et surtout Marcel lui avait préparé, une larme de joie coula sur son visage et en quelques instants elle se rendit compte de la chance qu’elle avait d’avoir autant d’amour autour d’elle.
Elle s’approcha de Marcel l’air étonné.
— Suzanne, dit Marcel. Je t’ai épousé pour le pire et le meilleur il y a
20 ans, depuis les aléas de la vie ont fait que nous avons divorcé ce que je regrette profondément.
— J’avais demandé que plus personne n’en parle, dit Suzanne. — Attends, s’il te plaît, laisse-moi parler. Je suis déjà très nerveux, ne
m’interrompe pas, sinon je vais avoir du mal à aller jusqu’au bout. Donc je disais que malgré tout ce qui s’est passé, je t’ai toujours aimé, même divorcé. Maintenant que tu es là, en pleine forme, j’ai quelque chose à te demander…
Suzanne était très émue, elle ne l’avait pas dit à Marcel, mais elle aussi aimait son mari et d’ailleurs, c’était cet amour qui lui avait permis de tenir lorsqu’elle était séparée de sa famille, cet amour inconditionnel et l’amour qu’elle portait à ses enfants.
Suzanne regarda autour d’elle, ses enfants étaient magnifiques, ses parents étaient très beaux et la décoration très réussie. Elle aperçut les dessins de Benjamin, elle entendit la musique de Serge et Sophie était là à côté de ses parents et attendait.
Suzanne se retourna et Marcel put reprendre le cours de son discours.
— Suzanne, je ne veux pas te faire attendre plus longtemps. Il fit un clin
d’œil à sa fille, elle s’approcha et tendit une petite boîte en velours rouge à son père. Suzanne, veux-tu m’épouser ?
— Marcel avant de te répondre, je voulais te remercier pour tout ce que tu
as fait pour moi, sans ton amour je serais probablement morte à l’heure qu’il est. Mais ne parlons pas de chose triste aujourd’hui, je veux juste te dire que je t’aime et que la réponse à ta question est « oui », oui je veux t’épouser, et ce jusqu’à ma mort. En te promettant que plus jamais aucun secret ne se mettra en travers de notre amour.
Marcel lui mit la bague au doigt et embrassa Suzanne tendrement. Les enfants et les parents de Suzanne se rapprochèrent du couple pour les félicités.
La mère de Suzanne entra dans la maison, afin de mettre en place la table et sortir tous les bons petits plats qu’elle avait passé l’après-midi à préparer. Marcel, Suzanne, les enfants et le père de Suzanne arrivèrent à la maison, Suzanne découvrit tout ce que sa mère avait prévu pour le repas de fiançailles, ça donnait envie rien que de regarder les plats.
Après tout ce qui s’était passé, le bonheur et la joie de toute la famille étaient enfin revenus dans cette maison qui avait subi tant de tempêtes…
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La moralité de cette histoire, c’est qu’il est bien plus difficile de pardonner que de haïr, mais lorsque l’on y arrive notre cœur est apaisé.
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Imprimé en Allemagne
Achevé d’imprimer en novembre 2022
Dépôt légal : novembre 2022
Pour
Le Lys Bleu Éditions
40, rue du Louvre
75001 Paris
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Vous avez terminé Le troisième
Christine Cassier