Le voisin d’en face (French Edition)

Kelly Myers · Chapitre 21 sur 34

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Le voisin d’en face (French Edition)

20. Crystal

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CRYSTAL

 

M onter jusqu’au deuxième étage deviendrait plus facile, je me disais. Je deviendrais plus forte. Je prendrais des forces. Je devais le faire. J'avais la meilleure raison au monde. Je regardai avec amour le petit visage de mon petit garçon, bien calé dans son siège auto.

Je portai le siège portable dans mon nouvel appartement. Et je le posai doucement, ne voulant pas perturber son sommeil.

Une petite table de travail et deux chaises en bois dépareillées occupaient déjà un côté de mon nouveau salon. Il était plus petit que mon dernier appartement. Je secouai la tête pour chasser ces pensées. Les regrets appartenaient au passé. J'avais un brillant avenir devant moi vers lequel je pouvais me tourner sans avoir de temps pour les regrets.

- Arrêtez de pousser, c'est lourd, dit une voix grincheuse dans l’escalier.

Je m’approchai de la porte pour la tenir ouverte. En reculant, je vis entrer un grand rouquin longiligne, Hunter, le frère de Charline.

- Eh bien, bouge plus vite, rétorqua Charline en le suivant.

Plus petite de quelques centimètres, et plus menue en général, elle ne se plaignait pourtant pas de la lourdeur du canapé.

- Je n'arrive pas à croire que tu m'aies fait ramasser ça sur le bord de la route, continua Hunter en se plaignant.

- C'est toi qui as un camion, répondit-elle.

- Je ne sais pas comment vous remercier, dis-je.

Je réagissais encore de façon un peu exagérée à cause des hormones. Le médecin m'avait dit que c'était des restes d'hormones de croissance qui finiraient par disparaître de mon organisme. Je ne devais m'inquiéter que si la dépression devenait envahissante. Pleurer devant les publicités télévisées et pleurer parce que j’étais très heureuse était tout à fait normal.

Ils placèrent le canapé dans l'espace vide le long du mur.

Charline mit ses mains sur ses hanches.

- Tu vois, je savais que ce serait parfait. Et il est en bon état en plus.

- C'est moche, marmonna Hunter.

- C’est vrai. Mais il est en bon état. J'ai du nettoyant pour tissu, je vais le nettoyer ce soir, dis-je en tendant les bras vers Charline pour l'embrasser. Je ne pourrai jamais vous remercier assez.

Les larmes recommencèrent à monter, mais cette fois-ci, c'était les bonnes. J'avais pleuré plus que ma part de larmes tristes l'année dernière. J'en avais fini avec ça.

- Tu es sûre que tu veux déménager maintenant ? Tu aurais pu rester, dit Charline.

- Je sais. J'avais l'intention de ne rester que quelques mois. Tu m'as laissée vivre dans la chambre d’amis de ta mère bien trop longtemps.

- Pas du tout, dit Charline.

Hunter traînait des pieds et grognait. Il fixa Adam, mais il agissait comme si le bébé était un monstre effrayant.

- Je ne serai pas mécontent de pouvoir enfin rejouer aux jeux vidéo sur la grande télé.

Charline lui donna une tape sur le bras. Elle l'aurait bien frappé à l'arrière de la tête, mais il était beaucoup plus grand qu'elle et se maintenait hors de sa portée.

- C'est bon, je comprends, dis-je, et ce n'est pas comme si tu te débarrassais de moi, je te verrai toujours au travail. Et ta mère m'a dit que j'aurais une baby-sitter dès que j'en aurais besoin.

- Bien sûr, comme si j’allais refuser de passer du temps avec mon petit ami, dit-elle en tapant dans ses mains. Nous devons encore aller chercher ton matelas. Viens Hunter.

Il grommela.

- Tais-toi, Cro-Magnon, tu es payé pour. Crystal, n'élève pas Adam pour qu'il devienne un ingrat comme cette chose.

- Je ne suis pas une chose, protesta Hunter.

- Tu es sûr ? Tu t'es reniflé ? Se moqua Charline alors qu'ils partaient.

Un autre puits de larmes brouilla ma vision. Mon Adam aurait-il un jour un frère ou une sœur à aimer et à embêter comme le faisait leur famille ? Charline avait une grande sœur et deux petits frères. Hunter était le bébé de la bande et le seul autre roux. Ils avaient un lien spécial.

Je fermai la porte derrière mes amis et je m’assis avec un gros soupir sur l'une de mes chaises pour regarder le nouveau canapé. Les accoudoirs étaient un peu usés, et les coins avaient été griffés par un chat ou deux, mais le reste était en parfait état. Ce n'était peut-être pas mon choix de couleur préféré, un marron boueux, mais cela pouvait être caché avec une housse.

Adam claqua sa parfaite petite bouche dans son sommeil. Il allait se réveiller affamé dans une minute. Je me levai puis détachai et soulevai le bébé du siège auto.

Mon instinct me poussait à me blottir dans le coin du canapé, mais aussi confortable qu'il puisse paraître, je ne voulais pas que mon bébé s'en approche jusqu'à ce que je puisse le nettoyer correctement. Je retournai à la chaise en bois, une autre trouvaille du bord de la route. Je soulevai mon chemisier et le plaçai contre ma poitrine. Avec un tortillement excité, il prit le sein et commença à téter.

Mon parfait petit garçon. Il y avait tellement de son père dans son visage. Les mèches de cheveux indiquaient qu'il aurait les cheveux noirs de son père. Les yeux d'Adam étaient déjà du même bleu ciel que ceux de Zack Noble. Adam grandirait et deviendrait un bel homme. J'allais faire de mon mieux pour m'assurer qu'il soit beau aussi à l'intérieur, contrairement à son père.

Peut-être que tout recommencer à zéro était une erreur. Mais je n'aurais pas pu rester. Je devais quitter ce travail. On me forçait à quitter l'appartement. Je repoussai mes larmes, celles qui étaient tristes. Penser à Zack me faisait toujours ça. Il pensait que j'étais grosse et stupide. J'étais un coup facile, et je l'avais laissé m'utiliser. C'était ma faute. C'était peut-être un prédateur, mais je m’étais jetée dans son piège et j'avais osé le laisser m'attraper.

Peut-être qu'il avait raison, j'avais été si stupide. Zack n'aurait jamais dû être plus qu'une passade après Chase. Il n'était pas censé devenir une relation sérieuse.

Une vague d'amour déferla sur moi alors que je regardais Adam. Tant pis si ça n’avait pas duré. Ce petit homme était certainement l’élément d'un engagement pour la vie.

Adam lâcha mon sein tout seul, et se rendormit. Il allait avoir une sacrée couche mouillée quand il se réveillerait.

Je le remis dans son porte-bébé, c'était le moyen le plus simple de le garder sous surveillance pendant que je déballais et nettoyais. Des gants de nettoyage en plastique jaune me couvraient du bout des doigts jusqu'au coude. Je nettoyai la crevasse derrière les coussins après avoir mis les gants. Il était hors de question que je mette ma main nue là-dedans. Je trouvai un crayon qui avait l'air d'avoir été mâché, quelques pièces de monnaie, et beaucoup de poussière et de poils de chat. J’étais en train de frotter sur les côtés et l'arrière du canapé avec du nettoyant pour tissu quand j'entendis les grognements de plainte inimitables de Hunter. Je me dépêchai de déplacer mes produits de nettoyage, d'ouvrir la porte plus grand et de m'assurer qu'Adam était bien rangé sur le côté, là où je pouvais le voir.

Hunter et Charline entrèrent, lui marchant à nouveau à reculons, portant un matelas emballé dans du plastique.

- Ne t'arrête pas, continue à avancer jusqu’au fond, lui dit Charline.

Sans s'arrêter pour me parler, ils traversèrent mon salon avec mon nouveau lit. Ils firent plusieurs aller-retours dans mon salon avec le matelas et le cadre de lit.

- Tu veux que je monte ça maintenant ? Demanda Hunter.

- Oui, idiot, elle veut que tu le montes maintenant, lui dit Charline en ricanant.

Hunter haussa les épaules en direction de la chambre simple, et Adam commença à s'agiter.

- Oh, mon petit ami se réveille, roucoula-t-elle au bébé. Je m’en occupe.

Elle le souleva et lui fit de joyeux gargouillis. Il répondit avec un grand sourire de bébé édenté.

- Ouh la la, il a besoin d’être changé. Sa couche est trempée. Crystal, où sont ses affaires de rechange ?

Je pointai du doigt la chambre et commençai à retirer mes gants.

Charline le serra plus fort contre elle.

- Je vais le faire. N'est-ce pas Adam ? Oui c’est moi, oui c’est moi, dit-elle au bébé.

Je ne sais pas à qui la vie avec elle manquerait le plus, à moi ou à Adam ? Ou peut-être que c'est lui qui manquerait le plus à Charline.

Je jetai le seau d'eau maintenant sale dans l'évier et le remplis de liquide de nettoyage et d'eau. Je me remis à frotter le canapé. Je détachai les housses des coussins, je les jetterai dans la buanderie. L'appartement était petit, mais il y avait une machine à laver dans la cuisine, et j'avais décidé que payer un supplément pour un lave-linge et un sèche-linge en valait la peine. Surtout avec un bébé qui avait besoin de vêtements propres en permanence.

Charline faisait rebondir Adam, maintenant réveillé.

Hunter apparut par derrière.

- J'ai fini de monter le lit. Il y a un berceau à monter aussi ?

Je fis non de la tête.

Il grogna.

- Oh ok. Où sont les draps ? Je vais faire ton lit.

Je montrai une valise rouge qui contenait mes draps et mes serviettes. Malgré toutes ses plaintes, c'était un bon gars.

- Il va s'attendre à une pizza supplémentaire pour ça, dit Charline.

- Ça en vaut la peine. Je vais être trop fatiguée pour faire mon lit ce soir. J'allais probablement juste dormir directement sur le matelas, donc ça ne peut pas être pire que ça.

- Il va probablement tout faire de travers. Tu sais qu'il essaie juste de t’amadouer, dit-elle. Il veut te passer de la pommade pour t'utiliser comme référence pour des demandes d'emploi.

- Moi ? Je suis réceptionniste, en quoi est-ce utile ? Demandai-je.

- Tu n'es pas de la même famille, répondit-elle, et tu ne seras pas réceptionniste toute ta vie. Contrairement à l'autre entreprise où nous avons travaillé, Rollins Tech embauche en son sein. Tu sais que je suis à l'écoute pour un poste pour toi. Et Rolly t'aime bien. Il garde les employés qu'il aime bien.

Je m’assis.

- Merci, sincèrement. Tu m'as sauvé la vie. Tu m'as donné un endroit où rester, tu m'as trouvé un travail, et tu m’as aidée avec le déménagement, dis-je en faisant un signe de tête en direction d’Adam, tu m’as aidée avec Adam. Comment pourrais-je te rendre la pareille ?

- Tu peux commencer avec une pizza et une bière, dit Hunter en revenant dans le salon.

- Une pizza seulement, tu es trop jeune pour une bière, le corrigea Charline.

- Que dirais-tu d'une pizza et d'un peu d’argent liquide ? Demandai-je.

- L'argent liquide est toujours une bonne idée, dit Hunter.

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