Le voisin d’en face (French Edition)

Kelly Myers · Chapitre 2 sur 34

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Le voisin d’en face (French Edition)

1. Crystal

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CRYSTAL

 

S i j'ouvrais cette porte, cela voulait dire que ma vie continuait. Sortir dans le monde et aller au travail signifiait que le traumatisme des dernières heures serait derrière moi. Je pourrais aller de l'avant et arrêter de me sentir si mal. Je fixai la poignée de la porte. J’avais juste à l’ouvrir et je serais dehors, je pourrais continuer à essayer d’oublier Chase.

Je pris une profonde inspiration et mis mes lunettes de soleil sur mon nez. J'ouvris la porte.

- Oh salut, Crystal, dit le nouveau voisin sexy juste en face de notre appartement, pas notre, mon—il n'y avait plus de "notre". Il sortait son vélo. Il avait dû ouvrir sa porte quelques secondes avant que j'ouvre la mienne. Il portait une sacoche en bandoulière et avait un casque de vélo posé, pas attaché, sur le dessus de sa tête. Un autre jour peut-être, j'aurais apprécié le sourire qu'il m’adressa. Un autre jour peut-être, nous n'aurions pas ouvert notre porte en même temps.

- Salut. Tu vas au travail à vélo ? Tu as un nouveau boulot ? Je croyais que tu travaillais en costume cravate.

Merde, est-ce qu’il nous avait entendu nous disputer hier soir ?

- Non, toujours le même travail. La partie costume est terminée pour le moment, expliqua-t-il en attachant son casque. Je peux enfin me consacrer à un vrai travail, et j’ai un nouveau bureau, dit-il en passant sa grande jambe par-dessus le siège avant de s’installer sur le vélo. À bientôt, passe une bonne journée !

J'aurais dû attendre. Mais si je l'avais fait, je n'aurais pas eu la chance de voir son derrière alors qu'il s'éloignait dans son short de cycliste.

Sans moyen de transport vers le train de banlieue, je dus marcher. La marche jusqu'à la gare me sembla plus longue que celle qui me ramenait chez moi. Je n'eus pas à attendre longtemps avant qu'un train n'arrive et ne m'emmène à quelques arrêts d'une station de transfert, où je sautai dans le tram, et marchai encore un moment jusqu'au bureau.

Mon trajet du matin ne fit pas disparaître mes problèmes comme je l'avais espéré. Je suivis quelques autres collègues jusqu’aux bureaux de Shingle Click. Je remerciai rapidement la personne devant moi qui tint la porte assez longtemps pour que je puisse l'attraper. Je fis de même pour la personne suivante. Contrairement aux autres, qui saisissaient leur badge d'identification pendu à leur cou pour pouvoir entrer directement, je m’arrêtai au bureau d'accueil.

- Salut, ma belle !

Je fus accueillie par un grand sourire carnassier, une tignasse de cheveux orange et un visage qui était vraiment heureux de me voir.

Merde, je me remis à pleurer.

Charline jeta un coup d'œil à mon visage et fit le tour de son grand bureau, les bras tendus. Elle me serra dans ses bras. Le réconfort de ma meilleure amie m’était bien nécessaire.

- Qu’est-ce qui ne va pas, Crystal ? T’as entendu parler d'autres licenciements ? Dit-elle avec son petit accent du Texas qui donnait un ton apaisant à ses mots.

Je secouai la tête, incapable de parler sans sangloter. Je voulais en finir avec les pleurs.

- Sherryl, je raccompagne Crystal, annonça-t-elle à l'autre réceptionniste en passant son bras sous le mien.

En utilisant sa carte, elle nous fit passer et nous fit entrer dans la zone des box.

- Je t'ai dit qu'il n'y avait pas à s'inquiéter, dit-elle en marchant. Ils gardent toujours les réceptionnistes et les stagiaires. Ils ont besoin de gens pour répondre au téléphone et de gens mal payés qui feront le travail pour faire leurs preuves. Toi et moi, meuf, on ne risque rien.

Je pris une profonde inspiration.

- Ce n'est pas ça... Commençai-je avant de fermer la bouche, je n'allais pas pleurer au travail, c’était hors de question. Je te le dirai plus tard, d'accord ? Ajoutai-je.

Charline me serra la main alors que nous nous arrêtions devant mon box.

- Bien sûr, poulette. Le nouveau grand patron est déjà arrivé aujourd'hui. J'ai pu l'apercevoir. Il est plutôt agréable à regarder. Dommage qu'il soit si désagréable sur tout le reste. Viens me rejoindre pendant la grande réunion.

- Quelle grande réunion ?

- Lis tes messages. Tu n'as pas vu la scène qu'ils montaient sur le parking ? C'est un truc de dernière minute. Je ne voudrais pas voir le montant les frais de mise en place express. On se voit plus tard, dit-elle en me faisant un signe de la main avant de me laisser m'installer à mon poste pour la journée.

- Bonjour, Henry, dis-je à ma plante. Après avoir arrosé Henry, je mis mon sac dans un tiroir et j'entrai le mot de passe de mon ordinateur.

J'ouvris le tchat de l'équipe. Il occupait la moitié d'un écran. Un autre programme de tchat sur lequel la société envoyait des annonces à l'échelle de l'entreprise occupait l'autre moitié du moniteur. Même s'il ne fallut que quelques secondes à ces applications pour se calibrer et afficher leur contenu, j'avais déjà reporté mon attention sur un écran plus grand. J’ouvris mon courrier électronique et le programme où j'allais passer la majorité de mon temps.

Une fois que tout était allumé, je me rendais généralement dans la salle de repos pour prendre une tasse de café rapide avant de retourner à mon bureau et de commencer à travailler. Mais pas aujourd'hui, dans les deux fenêtres de chat, les messages défilaient plus vite que je ne pouvais les lire. Les gens paniquaient.

- Je ne peux pas me permettre d'être licencié !

- Est-ce qu'ils vont fermer Shingle Click ?

- Quel gâchis ! Tout ça parce que Jameson n'a pas pu la garder dans son pantalon.

La tension au travail était palpable depuis des semaines maintenant. Nous avions déjà perdu le département de comptabilité à cause des transgressions de l'ancien PDG. Les gens étaient stressés. Moi y compris. Les conneries que Chase m’avait sorties hier soir n'avaient pas aidé.

Je fis défiler le tableau des messages de l'entreprise pour voir ce qui avait provoqué la panique. C'était là : une réunion de toute l'entreprise sur le parking juste après le déjeuner. On allait nous présenter notre nouveau PDG, que les gens n'aimaient déjà pas après le travail de démolition qu'il avait fait sur la comptabilité. Et nous allions apprendre la nouvelle et excitante direction prise par Shingle Click.

Je m’affalai sur ma chaise. Oui, ça n'augurait rien de bon. J'essayai d'inspirer profondément, mais l'irrégularité de ma respiration me fit comprendre que les larmes étaient proches. J'ajustai mes lunettes de soleil, toujours sur mon nez parce que mes yeux étaient rouges et gonflés à cause d'une nuit blanche de pleurs. Je n'étais pas présentable et comme j’étais au travail, les gens pourraient s’en apercevoir.

Dans les toilettes, l'eau fraîche que j’aspergeai sur mon visage me fit du bien, mais je ne pense pas que cela me fut d’une grande aide. Ma peau n'était qu'un amas de taches roses et sombres. Aucune quantité de maquillage ne pouvait couvrir le rouge de mon nez ou les taches que j'avais sur les côtés de mes joues, sur ma mâchoire et sur mon cou. Les paupières bordées de rouge et les yeux légèrement injectés de sang n'étaient pas à la mode et resteraient derrière mes lunettes pour les jours à venir. Le reste de mon corps pouvait faire croire à n'importe qui que je n'étais pas en train de mourir au fond de moi. Mes cheveux étaient lissés en une queue de cheval, et le jean et la tunique que je portais étaient parfaits pour n'importe quel jeudi au travail.

De retour à mon bureau, je fis défiler le tchat de mon groupe. Je voulais voir si le responsable des solutions d'énergie solaire avait quelque chose à dire sur la panique générale.

« Nous ne saurons rien avant quelques heures, et nous avons encore des solutions à apporter. Je suis convaincu que Shingle Click ne fera rien de radical. Leur initiative en matière d'énergie solaire a été une affaire importante pour les investisseurs, et vous savez à quel point c’est important que les investisseurs soient contents. Continuons à travailler, et nous pourrons nous regrouper et discuter après cette réunion. J'ai entendu de bonnes choses sur ce Noble, et sur la façon dont il gère la situation. Voyons ce qu'il a à dire d'abord, d'accord ? »

On pouvait toujours compter sur Armand pour être la voix de la raison.

Je fis un signe de tête à mon moniteur comme s'il pouvait voir que j'étais d'accord. Je reportai mon attention sur l'autre écran et je poursuivis ma tâche de relecture des spécifications de mon ingénieur principal.

Quelques heures plus tard, toute la compagnie était sur le parking. Charline s'approcha de moi avec deux canettes de boisson gazeuse dans les mains. Elle m'en tendit une et fit un signe de tête en direction d'un groupe près de l’estrade.

- Je t'avais dit que le nouveau PDG était beau gosse.

Zack se retourna et attira mon attention. Il me fit un petit signe de tête pour me montrer qu’il m’avait reconnue.

Je recrachai ce que j’avais dans la bouche.

- C’est pas vrai !

- Attends, demanda-t-elle, est-ce que le nouveau PDG vient de te faire un sourire là ?

Je m’essuyai le menton.

- C'est mon voisin, le beau gosse. C’est pas possible qu'il soit le nouveau PDG.

- C'est M. beau gosse en costume qui pourrait te faire faire n’importe quoi, n’importe quand ? Tu es sûre ? Dit-elle, ses grands yeux noisette étaient encore plus grands quand elle me dévisagea. Zack Noble est ton nouveau voisin ? Oh, Chase va adorer ça. Tu ne disais pas qu'il agissait bizarrement parce que tu avais souri à M. beau gosse ?

- Ouais, eh bien Chase n'est plus un problème. Il m'a quittée hier soir.

C'était étonnamment facile à dire, sans fondre en larmes.

- Oh, ma chérie, dit Charline en passant un bras autour de moi.

Je lui racontai comment il me l’avait annoncé et la dispute qui avait suivie. Zack Noble commença à parler. Nous avons ignoré ses « nouvelles directions excitantes » et ses commentaires sur comment il allait reconstruire l’atmosphère de confiance de l'entreprise, alors que je parlais à Charline de la confiance brisée que je ressentais. Quelqu'un grogna dans notre direction.

- Vous pouvez vous taire. C'est important.

Châtiées, nous nous sommes tues et avons finalement prêté attention au voisin sexy/nouveau patron.

- Je sais que ce n'est pas la meilleure nouvelle pour vous tous, c'est pourquoi je voulais que vous l'entendiez directement de moi. Réunissez-vous avec vos chefs de département. Ils auront plus de détails concernant vos situations individuelles. Shingle Click a simplement traversé une mauvaise passe. Comme dans la vie, le progrès n'est pas toujours évident. Comme une flèche qui doit être tirée pour aller encore plus loin, nous reculons pour grandir. Merci, dit-il et, avec un signe de la main, il s'éloigna du micro.

- Oh, ça n’a pas l’air bon, n'est-ce pas ? Demanda Charline.

Je confirmai de la tête.

- Si je suis licenciée, je suis foutue. Je ne peux pas payer le loyer toute seule. Chase m'a laissée tomber, je dois payer sa moitié. Et je suis coincée dans ce bail pour au moins six mois de plus.

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