Les amours du temps passé

Charles Monselet · Chapitre 18 sur 59

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Les amours du temps passé

SEIZIÈME DIALOGUE.—La Comtesse, Montade.

SEIZIÈME DIALOGUE.—L C , M .

 

Montade triomphe entièrement de la comtesse.

 

DIX-SEPTIÈME DIALOGUE.—L C , R .

 

Ce dialogue, le dernier, est le plus curieux et le plus spirituellement observé au point de vue des véritables mœurs du temps. Les deux anciennes amies de couvent échangent des confidences sur leur position nouvelle et sur leurs relations dans le monde.

—A propos, vous savez qu'on vous donne Montade? dit madame de Rastard à la comtesse.

Celle-ci se défend de son mieux, mais sans succès; et madame de Rastard lui apprend qu'elle figure déjà sur des listes.

L C .—Comment! sur des listes?

M R .—Eh! vraiment, oui. Est-ce qu'ils ne font pas tous des listes vraies ou fausses des femmes qui leur ont passé par les mains?

L C .—Quelle perfidie!

M R .—Eh! bons dieux! ne me suis-je pas vue, moi, sur celle d'un petit agréable à qui je n'avais seulement pas donné ma main à baiser?

L C .—Mais sur quoi en faisait-il au moins voir l'apparence?

M R .—Sur quoi? sur trois ou quatre lettres qu'il m'avait écrites, en présence peut-être de quelque ami, mais auxquelles pourtant je n'avais fait nulle réponse; sur l'air libre et dégagé avec lequel il était venu chez moi; sur un ton de plaisanterie et de familiarité que je lui passais sans y prendre garde; que sais-je? sur quelques soupers où on l'avait vu se faire de la maison et servir tout le monde, comme si je l'eusse chargé de faire les honneurs de ma table.

Voici un autre trait, fort plaisant, et qu'on chercherait vainement ailleurs que dans l'ouvrage de la Popelinière.

L C .—Cela me rappelle que j'ai remarqué dernièrement un de ces petits messieurs-là, au balcon de l'Opéra, qui ne cessa point de me regarder et de me fixer pendant tout le temps du spectacle, et que j'en fus même embarrassée.

M R .—Eh bien, pendant qu'il vous faisait cet honneur-là, il en faisait peut-être lorgner une autre par son valet de chambre, avec une lettre passionnée à cette autre femme, pour lui persuader que c'est par un excès de discrétion et de réserve qu'il n'a pas osé se faire remarquer en la lorgnant lui-même; de façon qu'elle lui sera fort redevable d'avoir été lorgnée par son valet.

Plus loin, l'experte madame de Rastard demande à la comtesse si elle a un habit d'homme.

L C .—Un habit de cheval? Non, je n'en ai point.

M R .—Tant pis; il faut vous en faire faire incessamment: habit, veste et culotte. Je vous enverrai mon tailleur.

L C .—Mais je n'aime guère à monter à cheval.

M R .—Ni moi non plus, mais qu'est-ce que cela fait? On s'habille toujours, on fait un tour d'allée; c'en est assez pour descendre et pour demeurer le reste du jour dans ce déguisement, dont les hommes sont fous.

L C .—Mettez-vous cet habit-là souvent?

M R .—Sans doute. On en est cent fois plus jolie et plus piquante. Si vous rencontriez madame d'E… dans cet équipage, indolente et langoureuse comme vous la voyez dans son état naturel, vous ne la reconnaîtriez point du tout. Avec sa taille dégagée, ses cheveux tressés de rubans jaunes, son petit chapeau à plumet retapé, ce n'est plus une femme, c'est un petit garçon, joli à manger, et qu'on prendrait pour un petit vicieux, tant elle devient vive et hardie.

Avant de s'en aller, madame de Rastard prête à la comtesse un petit volume intitulé Histoire de Zaïrette.

C'est par cette histoire, assez étendue, que se terminent les Tableaux des Mœurs du temps. Il y est encore question de l'Orient et des sérails. Zaïrette est «fille de la Fortune et de l'Amour, c'est-à-dire d'un homme opulent et d'une actrice de théâtre.» Ce sont les expressions de la Popelinière; elles nous donnent à penser qu'il pourrait bien y avoir quelque petite vengeance sous ce récit. S'agirait-il d'une fille de mademoiselle Gaussin, la Zaïre de Voltaire?

De Paris, où elle est née, Zaïrette, par une suite d'aventures romanesques, se trouve transportée dans l'empire du Karakatay pour servir aux amusements de l'empereur Moufhack. Ces amusements, ou plutôt ces orgies, sont rendus avec une ardeur et un soin qu'on ne saurait concevoir. Mais le but est dépassé: la lassitude et le dégoût s'emparent du lecteur et l'empêchent de prendre à cette accumulation de fresques licencieuses l'intérêt que lui avaient arraché les dialogues.