Les amours du temps passé

Charles Monselet · Chapitre 42 sur 59

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Les amours du temps passé

XXIII les Almanachs Galants

XXIII

 

LES ALMANACHS GALANTS

 

C'étaient de petits livres in-32, très-coquets, dorés sur tranche et fermés par un stylet qui servait à écrire sur un certain nombre de pages blanches ménagées à la fin de chaque volume. Le texte était composé habituellement de chansons et de maximes d'amour, avec des gravures pour tous les mois. Voici une liste des almanachs pour l'année 1789 qui se trouvaient chez le libraire Langlois fils, rue du Marché-Palu, au coin du Petit-Pont:

 

Le Nanan des curieux.

L'Affaire du moment.

Le Portefeuille des femmes galantes.

L'Almanach bien fait.

L'Almanach sans titre.

Le Petit Chou-Chou.

Les Hymnes de Paphos.

On ne veut que celui-là.

Pierrot-Gaillard.

Merlin-Bavard.

Les Fastes de Cythère.

La Récolte des petits riens.

Le Loto magique.

Le Plaisir sans fin.

Mon petit savoir-faire.

Le Grimoire d'amour.

Les Mois à la mode, ou l'An des plaisirs.

 

Sauf quelques-uns, ces petits livres de poche ne dépassent pas le badinage. La plupart sont d'une ingénuité grotesque, comme dans le dialogue suivant, extrait des Mois à la mode.

Un batelier conduit deux messieurs et deux dames au parc de Saint-Cloud, le jour de la fête.

 

U .—L'air est pur aujourd'hui, et je crois que nous

ne risquons rien, mesdames, de vous promettre une belle

journée.

L .—Le temps paraît assez sûr, mais vous savez

qu'il est comme les hommes, c'est-à-dire inconstant.

L .—Ah! mesdames, je ne saurais prendre cela

pour moi.

U .—Cependant, s'il ne faisait pas beau

aujourd'hui, que diriez-vous?

L .—Je dirais, madame, qu'en votre compagnie

on ne saurait jamais essuyer de mauvais temps; et ces lieux, si

enchanteurs qu'ils puissent être, n'auraient aucun appas pour

nous s'ils ne recevaient leur principal ornement de votre

présence.

 

A : La plus belle promenade.

 

Le séjour le plus aimable

N'aurait point d'attraits sans vous;

L'antre le plus effroyable

Plaît par des objets si doux.

Triste Paris! tu nous lasses,

Et ces lieux plaisent beaucoup

Quand on amène les Grâces

A la fête de Saint-Cloud.

 

C'est fort innocent.