Les Climats

Anna de Noailles · Chapitre 20 sur 46

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Les Climats

Cloches Vénitiennes

L

a pauvreté, la faim, le fardeau du soleil,

Le meurtrissant travail de cette enfant vieillie, Qui respire, tressant l’osier jaune et vermeil,

L’odeur du basilic et de l’huile bouillie,

 

Les fétides langueurs des somnolents canaux, La maison délabrée où pend une lessive,

Les fièvres et la soif, je les choisis plutôt

Que de ne pas tenir votre main chaude et vive

 

A l’heure où, s’exhalant comme un ardent soupir, Les cloches de Venise épandent dans l’espace Ce cri voluptueux d’alarme et de désir:

«Jouir, jouir du temps qui passe!»